Fouras Antique

Chapitre V

Fouras et l’embouchure de la Charente depuis la domination Romaine jusqu’à l’An Mil, Les voies antiques. L’invasion normande.

 

 

Tandis que Saintes, Mediolanum des Santons sani ou liberi, se couvrait d’édifices sous l’administration romaine, avec une amirauté à Marennes ou à Saujon, sur la Seudre, le pagus ou pays des Arixos. Arixos, division correspondant à l’Aulnis, dut conserver les ports de Fouras et de Châtelaillon, avec les grandes rades que l’on pratique encore.

De tout temps, l’embouchure de la Charente fut occupée par un seigneur-officier dont les milices veillaient sur la navigation ; les navires qui montaient ou descendaient le fleuve, étaient soumis à des droits ; ces coutumes douanières furent conservées par la féodalité.

 

Les Romains étaient peu navigateurs; ils ont surtout amélioré l'art de construire, remplaçant les huttes gauloises par des villas et des châteaux solides, empierrant les routes, desséchant les relais de mer pour la culture des marais salants ; c'est là, du moins ..... , une tradition chantée par un poète poitevin, Mage de Fiefmelin.

Les monnaies de Constantin et de Constance (309-337; 360 ap. J.-C.) trouvées en grand nombre sous des décombres calcinés, sont les preuves d'une prospérité relative suivie d'une invasion, vers le IVe ou Ve siècle.

On sait que les Bretons, les Angle-Saxons vinrent porter la désolation en 284, 364, 384 et de 448 à 477; c'était des pillages continuels.

Certaine lettre du célèbre Sidoine Apollinaire permet d'affirmer ces détails: «Tu poursuis, dit-il à son ami Nammatius, gouverneur de l'ile d’Oléron, tu poursuis les vaisseaux courbes des Saxons dans tous les coins de ces rivages de l'océan ... Prends garde ce sont des ennemis terribles! » etc. ( 1)

Un autre poème ferait supposer que le prince de ces Saxons-Bretons, Arthur, escorté des fameux chevaliers de la Table ronde, remonta la Charente et soumit une partie de la Gascogne (542 ?).

Cette région fut encore dévastée par les Wisigoths (412), par les Francs (507), par les Basques (631), par les Sarrasins ou Maures (721 à 732), puis enfin par les Normands (IXe siècle).

Pendant ce chaos d'invasions barbares, l'Aunis avait repris son aspect sauvage des temps préhistoriques. Saint Fortunat, qui écrivait au VIe siècle raconte dans la vie de Saint Hilaire, que lorsque cet évêque de Poitiers, arrivant d'Italie, s'approcha d l'embouchure de la Sèvre, il ne voulut pas aborder une île, tellement clic était infestée de serpents énormes. (2) On croit que c'est Yves, près Fouras. Il y a encore dans le pays des légendes bizarres de dragons, de griffons, de sirènes, gardiens de cavernes  ou de ruines où le veau d'or était caché.

(1)    Arcère, t.1,p. 79. Sid. Apol, édit. Sirm, lib. 8, ep.6.

 

En même temps, le pouvoir des moines s'étendait peu à peu sur l'archipel charentais; ces solitaires défrichaient les bois, construisaient des églises, des maisons de refuge pour les persécutés; plusieurs souverains, vaincus ou dégoûtés du monde, y vinrent finir leurs jours.

Vers 768, et pendant neuf années, la guerre désola le pays par suite de la lutte de Pépin contre Gaifer, fils d’ Hunald, petit-fils d’Eudes duc d'Aquitaine. Hunald s'était retiré clans l'ile de Ré; il fut tué  en voulant secourir son fils. ==> Ducs d' Aquitaine et Comtes de Poitou et plus

Le golfe d'Aunis ou de Fouras, mare conclusum, stagnuni publicum; était en communication avec la Charente et l'Océan, par certaines ruptures du cordon littoral. La poussée des eaux de pluie, l'écoulement de la Gère, de la Charente, traçait dans lacs vaseux des estuaires ou chenaux qui laissaient pénétrer, à marée haute. les flots salés du pertuis  Breton, jusqu’aux coteaux du Magnou, du Carcault, Champon , Charras, etc.

Pour parcourir ce pays lacustre, planté d'aulnes et de frênes, pagus alnisius, il fallait des barques à fond plat, en bois d’aulne, ou des nacelles couvertes de peaux tendues comme les pirogues des Indiens. Aujourd'hui les acons ou pousse-pieds, que mènent habilement les pêcheurs àla courtine sur les relais de mer limoneux, peuvent rappeler la navigation primitive entre Rochefort et Fouras.

(2)    G. Musset. La formation du pays d'Aunis: 11e session de l’Association française pour l'avancement des sciences, 1882.

Cependant, sur la terre ferme, il y avait des routes supposées tracées par les Romains; elles devinrent plus tard les chemins du Roi ou de Charles, parce que l’empereur Charlemagne les fit réparer.

Dans sa notice sur le pays des Santones, l'abbé Lacurie indique une voie militaire de Saintes à Muron (Via n° 12). Il en est des restes à Moragne et non loin du Pillet ou de La Pillette, village probablement bâti sur l'emplacement d’une pile romaine comme Pirelonge et Ebéon. Ces bornes monumentales indiqueraient les fines des Santons sani. ==> Lacurie (abbé). Carte du Golfe des Santons, Pictons sous les Romains

Ce chemin, aux abords de Muron, était défendu par le castrum de Beaumont et celui de L'Ileau; il contournait toute la mer intérieure jusqu'à Châtelaillon.

……..

Sous les Carolingiens, Fouras semble reprendre de l’importance. La tradition affirme que le fondateurs de l’empire franc, Charlemagne, venu sur les bords de la Charente pour châtier Gannes ou Cadelon, vicomte d’Aulnay et Tonnay-Boutonne, fit édifier, restaurer un nombre considérable d’églises et de châteaux-forts. Ainsi « la clef de l’embouchure du fleuve des Santons » ne fut pas oubliée.

Au commencement de 810, au moment de marcher contre les Sarrasins, Louis, fils de Charles, aurait reçu l’ordre de visiter encore les bords de la Charente et de faire fortifier l'entrée du fleuve contre les pirates du Nord. (1) L'empereur prévoyait la revanche des Bretons ou Saxons ; ce fut le comte Ingobert qui fut chargé de la mission de l'accompagner.

Plus tard, Louis le Débonnaire, en langue franque Lvdwig, devenu empereur d’Occident, n'oublia pas l'Aunis et la Saintonge. Son fils, Pépin, suivit son exemple; tous deux comblèrent de privilèges l'abbaye de Saint-Maixent dont l’autorité s'étendit sur  le prieur de Fouras. Il existe encore des copies de ces chartes d'immunités accordant la faculté d’élire l'abbé, etc. (18 juin 815: -22 décembre 825,  -11 janvier 827, - 10 octobre 829, - veille de Pâques  833). (2)

Lorsqu'on démolit (mai 1883) la vieille église de SainL-Gaudens de Fouras, on trouva des traces de pavages, des urnes brisées, des ornements d'église fondus sous le chevet du XIe siècle. ……..

Ces débris, ces monnaies dispersés ont été certainement les témoins de quelque terrible scène de pillage au IXe siècle. Voici d’ailleurs le relevé des principales incursions des Normands sur nos côtes :

817- défaite de 4000 vandales dans une plaine située au sud du port d’Angoulins, à deux milles de la mer, par Pépin, fils de Louis le Débonnaire. Relation miraculeuse du chef de saint Jean-Baptiste, apporté d’Orient , par trois moines. Pépin habitait son palais d’Angéry, lorsqu’on le prévint de l’arrivée des Barbares. (2)

820- 13 barques normandes, chassés de Flandre, s’empare de l’ile Bouin, et parcourent le rivage poitevin. ==>Nous étions Vikings... l'histoire des Vikings dans les Pays de la Loire

830 juillet- Toute une flotte descend brûler le monastère de Saint-Philibert de l’ile d’Her (Noirmoutier) s'établissent sur ce point, et rayonnent en Poitou, Aunis et Saintonge, semant partout la désolation.

 

(1)    Dans les Chroniques poitevines, il est souvent question des morceaux de la vraie croix apportée à Charroux, sous Charlemagne, par un moine envoyé par le patriarche de Jérusalem, p. 79, 471. Histoire des rois d’Aquitaine, etc.

(2)    Lire les Chroniques de Maillezais : La relation du chef de saint Jean-Baptiste, le traité historique (1665), les historiens Massiou, Arcères, etc.

 

 

833 ou 835.-Pillage d'une ville inconnue, Burnad ;, incendie de Saintes et de Bordeaux.

843, 84 et 850. - Pillage et incendie de l'île d'Aix, du monastère, de Fouras, Saintes, Bordeaux, de tout l'Aquitaine enfin. En juin 846, Ségune, comte de Gascogne, est lui-même fait prisonnier, emporté, puis égorgé.

854-863. - Retour de ces « rois de la mer ». Turpion ou Turpin, chef de la maison d'Angoulème, est tué dans un duel avec le chef des bandes norwégiennes, Moerne ou Maurus; la rencontre eut lieu sur les bords de la Charente.

865. - Les Normands s'établissent définitivement à l'embouchure de la Charente et dans l'île d'Aix. Ils en sont chassés en 869. ( 1)

877-895-925. - Retour de leurs flottes; ils débarquent dans un petit port d'Aquitaine, peu éloigné des frontières du Poitou : Appulerunt portum aquitenicum juxta Pictavorum terminos.  

Guillaume tête d'Etoupe, s'étant porté, avec ses chevaliers, au -devant de l'ennemi, faillit être tué par embuscade. Ce prince se retira à Saint-Maixent et prit la robe; il mourut dans une dépendance de cette abbaye en 963.(1) ==> Maillezais - Guillaume III Tête d'Etoupe, duc d'Aquitaine et comte de Poitiers

Quelle que soit l'époque, on pourrait dire les époques, où Fouras fut pillé, incendié, il est certain que son port, sa forteresse et ses bois de chênes vert servirent longtemps de stations à des pirates; c'était un point commode pour capturer les navires remontant ou descendant la Charente.

(1)    Hist. Des rois, ducs d’Aquitaine et des comtes de Poitou par Dufour et de Fontenelle de Vaudoré, p. 333, passim.

 

  ==> Raids vikings (Normands) en Poitou et dans la vallée de la Charente

 

 

CHAPITRE VI  L'AN .MIL. – L’ÉGLISE DE FOURAS AU XIe SIÈCLE.

 

Vers la fin du x" siècle, les rivalités de castes, les luttes féodales et religieuses ruinaient la France et l’Europe. Le commerce était entravé, le paysan ne voulait plus travailler la terre épuisée. L'on crut alors que l'an mil était le terme de l’humanité; aussi beaucoup de chartes de cette époque commencent- elles  par cette phrase désespérée:

« La fin du monde étant annoncée par des signe certains ... etc.

 

Mundi termino adpropincante, ruinisque ejus crebesceruibus, jam certasigna  rnanifestantur, etc,»

Cette panique ramena bien des âmes à l'Eglise.

Dans la crainte de brûler aux enfers, nobles et roturiers, riches et pauvres donnaient au clergé ce qu’ils avaient. D'autres partirent pour l'Asie, délivrer Jérusalem, la ville sacrée des Juifs. ==> Croisade

 

Les seigneurs de Fouras prirent-ils part à cet élan d'enthousiasme guerrier?

Le livre d'or des croisades ne mentionne pas leurs noms, mais il subsiste cinq chartes de leurs donations de terres et de salines aux abbés de Saint-Maixent et de Nuaillé. (l)

  1. - La  16e calende de novembre 1074 ( 17 octobre) , sous le règne de Philippe de France, Geoffroy  (de Rochefort ?), fils d’Hugon de Saint-Maixent et de Papie, donne à  Saint-Junien de Nuaillé et à ses moines l'église de Colrasum, c'est-à-dire de Fouras, levée en l’honneur du Seigneur et de saint Gaudens évêque et martyr.

Cette donation a pour but de racheter les fautes de Geoffroy et celles de sa famille.

L'Eglise de Fouras, que ce seigneur tient du comte de Poitiers, est située en Saintonge, pays d’Aunis, tout près de la mer, en dehors du château : in Sanctonico, in pago Alniso, (2) prope mare sitam, foris castrum quodvocatur Colrasum.. etc.

Ce fief ecclésiastique comprenait XVII sextiers de terres de labour, v quartiers de vignes, un moulin à moitié, des pêcheries sur la cote, dont une au Pont-Neuf ou Pont-Nadaud (ad Pontem Natalis). des bois, des vergers, des jardins et des maisons dans le rayon de l’église.

Cette donation de Geoffroy fut approuvée au monastère de Nuaillé, avec le consentement de sa femme Oxile et de son fils Hugon, avec l'autorisation du duc et comte de Poitiers, Guy-Geoffroy  (1058- 1086), de Bosson , évêque de Saintes (1066- 1083) .

Tous ces hauts dignitaires ont signé en priant Isembert II,  évêque de Poitiers (1047-1087), de confirmer la charte.

(1)    Bibliothèque de Poitiers. D. Fonteneau, t. XXI, p. 437, publiée par M. Faye, Bulletin de la société des Antiquaires de l’ouest, 1894, 1er trimestre.

(2)    Ces mots prouvent que l’Aunis est une subdivision de la Saintonge.

 

 

Six ans après, à la sixième calende de mars (24 février) 1080 et 1088, le même Geoffroy, fils d’Hugon, désirant éviter les peines de l'enfer et faire pardonner ses crimes (qu'avait-il pu commettre ?) donne à Dieu et à Saint-Maixent l'église de Saint-Gaudens en Aulnis. Cette église est si tuée près du château de Currasium : elle comprend les terres labourables depuis la forêt jusqu’à la mer, entre deux routes ; la terre du nommé Costet, le cens sur les marais salants de Robelin, le sol déboisé depuis les salines jusqu'à la mer, la terre de Raymond de Boteville au-dessous de l'église, les terres de Pertrin et d'Otgerius, avec jardins, dunes et petits bois.

Dans cette donation sont encore compris la moitié de la moitié des droits sur la pêcherie du Pont-Nau (quart des anguilles) le cens sur le moulin de Marsilly, la saline de Robelin juqu’a l’Aguille (pointe de l’Aiguille).

A cette époque, quelques moines de l’abbaye de La Trinité de Vendôme avaient commencé le desséchement des marais de Fouras et de Rochefort.

 Eble, sire de Châtelaillon, voulut s'emparer de ces terres. A la suite du concile tenu à Saintes en 1096 ou 1097, les droits de l'abbé de Vendôme furent maintenus après l’excommunication  d’Eble II de Châtelaillon. Geoffroy de Fouras, seigneur de ces terres nouvelles par une faveur de Dieu, divino nutu, donne à Saint-Maixent la moitié des droits sur les îles d'Alantia (Alance) et de Liron, à condition que les levées ou canaux (bessae)  soient continuées jusqu’à Sensmur (1) où ils s’empareront de la pêcherie, et qu’ils élèvent à Fouras (2) un monastère dirigé par sept moines et un prieur; le plan devait être celui du monastère de Saint-Agnant et la construction ne pas durer plus de cinq ans, à compter de la fête de Saint-Michel.  

 

(1)    Saint-Mur, au nord du Breuil-Magné.

(2)    Dans la charte de 1080 il n’est parlé que des constructions autour du monastère des iles.

 

 

Les moines de Nuaillé pourront avoir un nombre illimité d’animaux et de serviteurs. Le donateur, sa femme ou son fils devront être enterrés gratuitement par les religieux et l'abbé de Saint-Maixent ……..

En face de Fouras, l’ile d’Aix fut possédée par des moines de Cluny. Il y a des documents écrits, datés  de 814 et 1077, confirmant la générosité des sires de Châtelaillon (Arcères, t. I, p. 79, 580.)

 

Les Forteresses de la Mer - le Château de FOURAS <==.... ....==>

 


 

 

Pays des Vals de Saintonge - le Pays aux sept rivières (Histoires d'Eaux et de Régions)

Situé au cœur de la région Poitou-Charentes, entre vignobles, bois et plaines, ce Pays offre, à qui veut le découvrir, ses trésors d'art roman, sa gastronomie, ses traditions et sa nature. La Communauté de communes des Vals de Saintonge, appelée aussi Vals de Saintonge Communauté, est une communauté de communes française, située dans le département de la Charente-Maritime, région Nouvelle-Aquitaine.