LES FORTERESSES DE LA MER - DONJON DE FOURAS

Fouras, successivement appelé Colrasum, 1074; Currasium, 1080. 1096; Corrazo, Folloraso, 1096  Foras, Ferres, 1110-1305; Forrans. Forresio, 1314; Fourraz, 1315, et Fourras, 1500, présente des étymologies aussi compliquées que variées.

D'après Bourignon (Recherches topographiques, historiques, militaires et critiques sur les antiquités gauloises et romaines de la province de Saintonge, an IX, 1800, note 246) et A. Gautier (Statistique de la Charente-Inférieure, 1839, 2eme partie, page 87). ce nom viendrait du celte Forest, en basque Fora, en allemand Foret, qui signifie Forêt, parce que le château-fort de cette localité s'élève près d'une forêt mentionnée dès l'an 1080.

Les auteurs du Gallia christiana ( 1720, t. II, coll. 1066, 6 vol. in-folio) voient dans ce mot une allusion blessante: « Eodem anno confirmat donu m ecclesiae  S. Gaudentii de Folloraso. Fouras, quod seculares homines usualiter turpi nomine vocant, sitae juxta mare, prope castellam quod vulgari nomine nuncupatur Currasium, factum ab Arnulfo, Santonum episcopo, etc.>> Ce qui veut dire: «La même année 10 9 6 (le Pape Urbain II) confirme le don fait par Arnulfe, évêque de Saintes, de l'église de S. Caudence de Folras, pays que les profanes désignent habituellement  par un nom honteux. L'église est située près de la mer, non loin d’un château vulgairement appelé Currasium. (?). »

Or, pourquoi Fouras serait-t ’il un nom honteux, turpi nomine? L'oratorien M. Arcère (Histoire de la ville de La Rochelle et du pays d’Aunis. 1756, tome 1, p.161) l’explique ainsi : « C'est le vulgaire qui, par inexpérience ou par badinage indécent, à défiguré ce nom, abusant de l'expression Foris castrum ! »

Mais comment traduire ce mot Foris ? Fouras le château de la colique ou de l’entrée ... de la Charente?

Dans ses fastes historique ( 1842, page 100), R-P. Lesson, le naturaliste rochefortais, donne cette étymologie bizarre: « Fouras, anciennement Folloraso, pays où le vent glisse sur l'eau; de Follis vent. et de Raso, Radere, glisser sur l'eau, ou bien encore, de Foratus, rectum; Foris ou Fora, dévoiement. »

« Le peuple, fait remarquer M. Faye (Bulletin de la société des antiquaires de l'ouest, 1849, p. 336), ne comprenait pas plus le latin au XIe siècle qu’aujourd’hui; Fouras a succédé à Coures ou Curas,» On lira plus loin l'enchaînement de ces origines, assez difficile les à conter dans un livre qui doit être lu par tout le monde.

«Le mot Follorasum, dit A. Eveillé, auteur d'un Glossaire saintonqeais (1887), est la forme latine du vieux français Follorez, moulin à foulon. » Cette industrie est inconnue dans le pays.

« Foras, me disait encore un aimable lettré, rappelle l’adverbe latin Foras, signifiant dehors, d’où l’expression latino-santone ire foras, aller dehors ; traduction libre : sortir de Gaule, aller s’embarquer à Fouras. » L’idée est assez audacieuse. Notre villette serait-elle le célèbre Port des Santons, Portus Santonum, indiqué par le géographe Ptolémée (128 ap. J.C) sous le 46e degré de latitude ? C’est bien la situation astronomique de Fouras ; mais dans la nomenclature des caps et des fleuves, le port des santons se trouve entre la Garonne et le Cap que je place au Chapus (caput, tête, promontoire) donc il semble plus exact de mettre l’amirauté gauloise à Marennes ou à Saujon.

Marennes, d’ailleurs, fut siège d’amirauté jusqu’à la fondation de Rochefort. Néanmoins Fouras devait être un port important, sinon le marché de la capitale d’une petite cité maritime, l’Aunis ; longtemps on a cru que les Romains avaient laissé les rives septentrionales de l’embouchure de la Charente aux Vénètes, le cours du fleuve jusqu’à la Gère ou canal de Fichemort, limitait la Saintonge anglaise de l’Aunis, domaine royal des Valois.

Bref, si le mot Currasium, transformé en Follorasum par suite d’une erreur possible de scribe ne s’applique pas spécialement à Charras (Currus-ras, pointe des chars, localité voisine d’un chemin antique) près de Saint-Laurent, je trouve à Fouras quatre autres étymologies :

1° Four-ras. Le cap du Four. Ce nom est conservé par les anciens livres de pilotage hollandais (Claas Jansz Voogt, Le nouveau et qrand illuminant flambeau de la mer, 1699), qui l'écrivaient Voorn-ras. C'était des fours à pain ou à métaux.

2° Fol ou Fou-ras. Le cap de la Folie. Au temps des druides, les localités où l'on faisait des miracles, où l'on rendait les oracles, s’appelaient la Folie. Dans la plupart des Fana ou temples des Dieux antiques, il y avait des possédés, des voyantes, qui prédisaient l'avenir.

A la cour des rois de France, jusque sous Louis XIV, des fous, nains, bossus, ou nègres avaient le droit de tout dire; on leur rasait complètement la barbe et la chevelure. En outre, ce pouvait être une station de plaisir pour les marins, un temple dédié à la Vénus Génitrix , la bonne déesse des Vénètes. (Voir l'explication à la page 18). On a aujourd’hui les Folies-Bergères à Paris, les Folies-Bordelaises à Bordeaux, etc.

3° Cur-rasa, pour Curia-rasa. Curie, juridiction rasée. For-rasum, pour Forum - rasum : marché ruiné.

Un célèbre roman de chevalerie, le livre du Saint-Graal et de la Table-Ronde, parle de la Terre foraine en Gaule. Vers l'an 117 de l'ère chrétienne, Alain, l'un des 12 fils de Bron, beau-frère de Joseph d'Arimathie, décurion, qui s'était emparé du calice et du sang de Jésus-Chris t, Alain, dis-je, vint cacher la sainte relique clans la Terre foraine. Pour la cacher plus sûrement, ses descendants firent bâtir le château de Corbenic.

Les premiers chevaliers bretons ou armoricains, Gauvain, neveu d'Arthur de Bretagne, Lancelot, filleul de Merlin, etc., vinrent dans la Terre foraine pour retrouver ce fameux vase ...

Le bras de mer qui baigne La Rochelle s'appelle pertuis breton, mais je n'affirmerai pas que Fouras soit la seule Terre foraine.

4° Col-rasum, pour Collum-rasurn, Fol-rasum, pour Follim-rasum, cou, bourse ou phallus coupé. Allusion à quelque scène de sauvagerie locale, comme la mort d’Osiris, l’exécution des sénateurs vénètes par César, le martyre du patre Gaudens de Girons en Comminge ; ou plutôt mutilation de quelque seigneurs poursuivi par un mari trompé, par quelque vierge à l’exemple d’Actéon par Diane !

Le port sud se nomme encore La Coue ! Au XVIe siècle, la mule d’un conseiller au parlement de Paris avait la queue coupée ; c’était la règle d’étiquette !

Quoi qu’il en soit, Fouras, avec ses falaises verdoyantes et ses conches abritées du vent du nord, à l’embouchure du fleuve des Santons, était logiquement un point de ravitaillement pour les navigateurs, le tribunal maritime, un lieu de plaisir, un marché d’esclaves rameurs ; son nom est une tradition pénible. Je laisse à mes lecteurs le soin de ne pas confondre Fouras avec La Spezia, Portus Lunae, cille d’Italie, car nous avons encore la légende très populaire de la Lune !.

Chapitrer II

Fouras et l’embouchure de la Charente aux temps Préhistoriques.

Il ne faut pas exagérer ni trop moderniser les transformations du littoral charentais, c’est-à-dire du PAYS DES SANTONES, depuis la pointe de Grave, en Médoc, jusqu’à la pointe du Perray, en Vendée.

Avant l’époque dite quaternaire, il y a 4,236 ans d’après la bible, la Charente, de Ptolémée (140 ap. J.C lib. II, e.7), le Carentonus d’Ausone (360 ap. J.C.), se déversait dans l’océan d’Aquitaine, au-delà des terres d’Oléron et de ré. « Ces Iles, débris d’un continent qui s’étendait à plusieurs milles au-delà de l’Atlantique, sont les squelettes des terres envahies ! » On essaye d’expliquer cette conquête de la mer par un affaissement de l’écorce terrestre avec marées extraordinaires, fissures et ondulations souterraines. En rompant ses digues, l’océan contourna les principales hauteurs, emporta les débris dans les vallées submergées. A la longue, ces dépôts augmentèrent, se solidifièrent sous l’action du soleil ; les hommes complétèrent cette œuvre de desséchement ; ainsi furent formées ces grandes prairies que l’on aperçoit autour de Fouras et de Saint-Laurent de La Prée.

A une certaine époque, c’était des lagunes ou les navires à fonds plats pouvaient manœuvrer, comme aux environs de Venise : en hiver, lorsqu’elles sont inondées par les fortes marées et les eaux du ciel, il est facile de se figurer l’aspect de cette ancienne région lacustre : chaque coteau, à base jurassique ou crétacée, forme une ile véritable. Telle est la situation de Fouras avec le territoire de Saint-Laurent de La Prée et de Charras. ==> Lacurie (abbé). Carte du Golfe des Santons, Pictons sous les Romains

Les autres iles étaient : Yves, Voutron. Le Grand et le Petit Agère, Liron, l’ile de la Lance, l’Ileau, Rochefort avec la Loire et Breuil-Magné, Châtelaillon l’ile d’Able, Bois d’Arlais, le Flay, Ludène, Saumoran, l’ile de Rhône, Lupin, etc.

Cet archipel surgissait de l’embouchure de la Charente comme d’une petite mer intérieure, justement désignée par les vieux cartulaires sous les noms d’étang public, stagnum, stoariul, esteriul publicum, mare conclusum. Cette partie intérieure de l’ancienne mer britannique (pertuis breton) mériterait d’être appelée golfe fourasin, car, avant 1790, elle se trouvait en-deçà des bornes de la haute seigneurie de Fouras ; Rochefort ou Voutron partageaient le reste.

Ces sommets qui dominent aujourd’hui le niveau des prairies d’une dizaine de mètres, avaient une hauteur plus considérable avant le cataclysme diluvien ; des sondages indiquent une profondeur de 30 à 40 mètres dans les vallées comblées d’alluvions récentes ; on appel ces terres marines, terres de bri. L’ancien pays devait émerger de 70 mètres.

Si l’on consulte les historiens de la région, Arcère  (1756), Bourignon (1792), Massiou (1840), Delayant (1870), on lit que l’Aunis est de formation géologique plus récent que la Saintonge.

D’après ces auteurs, ce territoire, alternativement couvert et découvert par la mer, était inhabitable aux premiers temps de notre ère ; les Romains n’ont pu que s’arrêter au sud de la Charente. (c’est une erreur !)

Depuis 4.000 ans, ce rivage n’a pas été modifié dans ses grandes lignes ; seules, quelques falaises ont pu s’écrouler sous l’action continuelle de la vague, mais il est facile de retrouver leur ossature.

La région la plus affaissée, indiquée par le récif de Rochebonne, l’ancienne Hyrcanie, se trouve aujourd’hui à 4 et 7 mètres sous les flots, à 70 kilomètres de l’ile de Ré. Contemporain du divin Homère, ce plateau formait, avec sa petite montagne, une ile sécrée, séjour des Cimmériens-Bretons et des Druides, évocateurs des Ombres. (1)

Les premiers hommes ont foulé ces coteaux et il est certain que des Phéniciens, Ibères, Celtes, Gallo-Kymris, Gallo-Grecs, Gallo-Romains ont connu Fouras et l’archipel de l’embouchure de la Charente.

Les documents irréfutables de l’ancienneté de ce pays sont les monuments mégalithiques qui existent encore sur les deux rives du fleuve et tout autour des limites des lagunes, sur des hauteurs jurassiques de l’Houmée-Charras, de Loire près de rochefort, Beaugeay, La Sausaie près de Saint-Aignan, La Jarne, Ardillières, Salles, Saint-Vivien, et dans les iles d’Oléron et de Ré.

Les découvertes récentes de stations de l’âge de pierre et de bronze à Chatelaillon, Voutron, Rochefort, Angoulins, Saint-Germain de Marencennes, Choupeau, Fouras, complètent les indications de la science géologique : trois milles ans avant la conquête romaine, des races primitives, dites celtiques, ensuite gauloises, occupèrent ces rivages.

Les Santons ou hommes roux vivaient, comme les Indiens de l’Amérique ou de l’Océanie, dans des huttes, des grottes ou des terriers.

Les haches et les flèches en silex taillé, poli, formaient leur principal armement.

 

ANCIENNE FORTERESSE DE FOURAS DICTE LE CHASTEAU DE CESAR

 

Malgré les imperfections, le dessin de Châtillon le graveur Melchior Tavernier a commis l’erreur de faire la tour cylindrique, il est possible de reconnaitre le donjon de Brosse (XVe siècle) et la ligne d’anciens remparts vers les douves actuelles. La porte se trouvait dans l’alignement de la route de Rochefort (rue du Treuil-Bussac

 

(1)    Ces indications géographique, encore inédites, sont expliquées dans un ouvrage manuscrit de M. A. Duplais des Touches.

 

....==> Fouras de la Charente depuis la domination Romaine jusqu’à l’An Mil- Les voies antiques. L’invasion normande