Mais, où est la statue Jeanne d'Arc à ANGERS d’Auguste Giffard

Le 7 octobre 1893, mourait à Angers M. Auguste Giffard, ancien conducteur des Ponts et Chaussées qui, suivant divers testaments et codicilles olographes déposés le 9 octobre 1893 en l'étude de Me Brunet, notaire à Angers, instituait la Ville d'Angers sa légataire universelle à charge d'exécuter certaines clauses au nombre desquelles se trouvait l'érection de plusieurs statues.

L'acceptation de ce legs, sur le rapport détaillé de M. de Villiers, adjoint aux finances, présenté à la séance du Conseil municipal du 27 février 1894, fut soumise à l'avis d'une Commission spéciale, composée des première et deuxième Commissions, auxquelles furent adjointes des personnalités de notre ville.

Sur l'avis de cette Commission, le Conseil municipal accepta le legs dans sa séance du 30 mars 1894. Cette acceptation fut rendue définitive par un arrêté du préfet du Maine-et-Loire rendu en Conseil de Préfecture le 21 mars 1895.

Enfin, une ordonnance du Tribunal du 8 mai 1895 confirmait l'entrée en possession de ce legs.

Le 31 janvier 1896, sur le rapport de M. Fourrier, le Conseil municipal émit l'avis « de suivre scrupuleusement les volontés du testateur ».  

Pour se conformer à ces volontés, la ville devait faire exécuter et ériger les statues dont voici l'énumération telle qu'elle fut faite par M. de Villiers, avec les sommes affectées à chacune d'elles, inscrites dans le testament ; on remarquera que ces sommes n'ont aucun rapport avec le plus ou moins de célébrité du personnage, ni avec la valeur vraiment artistique de l'oeuvre à exécuter : le testateur a attribué les sommes les plus importantes aux statues qui n'existaient pas dans l'industrie ou dont û ne connaissait aucun modèle lui agréant, et par conséquent la création du modèle devait être plus dispendieuse, tandis que les modèles commerciaux qui lui plaisaient ont été cotés à peu près à leur valeur réelle.

1° Vénus d'Arles, de 2 mètres, en fonte cuivrée, pour le Jardin du Mail, évaluée 1.700 francs.

2° Vénus de Mathurin Moreau, pour le Jardin du Mail, en fonte cuivrée, évaluée 3.000 francs.

3° Marguerite d'Anjou et son fils, en bronze, pour la place de la Visitation, grandissement à 3 mètres de la statue de Mathurin Moreau de lm60, évaluée 16.000 francs

4° Mme Vigée-Lebrun, en marbre, pour le Jardin du Mail, entrée, pour faire pendant à David d'Angers, évaluée 20.000 francs.

5° Mlle Mars de Thomas, en bronze, pour la place du Ralliement, évaluée 10.000 francs.

6° Robert-le-Fort, en bronze, pour la Doutre, extrémité du Pont de la Basse-Chaîne, grandissement à 3 mètres de la statuette de David, évaluée 10.000 francs.

Grandissement en plâtre à 3 mètres pour le Musée Saint-Jean (mémoire).

7° Pomone, de Mathurin Moreau, en fonte bronzée, pour la place Saint-Jacques, évaluée 600 francs.

8° La Source de Sauvageot, de 2m16 du val d'Osne, en fonte peinte, pour la place Giffard, évaluée 2.000 francs.

9° Jeanne d'Arc de Tussay (sic) (sans autre indication), de 2 mètres, en fonte cuivrée pour l'avenue Jeanne d'Arc, évaluée 2.000 francs.

Il ne me paraît pas inutile de relever, dans le testament de M. Giffard, certains considérants assez curieux qui ont motivé le choix de ces statues et éclairent vivement les sentiments qui ont guidé le testateur.

A de Marguerite d'Anjou, M. Giffard s'exprime ainsi : « Cette statue est une espèce de dette de coeur et de justice que je tenais à payer ici aux femmes en général et en particulier à cette protectrice des arts et des lettres. » Il tient à ce que la place Saint-Jacques où sa famille a presque toujours habité, soit ornée de la statue de Pomone « très gracieuse et appropriée à la population agricole de ce quartier ».

Notons, en passant, que j'ai cherché vainement l'endroit précis où se trouve officiellement la place Saint-Jacques, dans les archives de la ville.

La statue de Jeanne d'Arc devra être érigée place Sainte-Croix, dans l'axe de la rue Saint-Aubin, d'après le testament en date du 10 mai 1890 ; la Ville aura le choix entre celle de Domremy, celle de Tussay (sic) ou celle de Vaucouleurs en projet.

Dans des dispositions en date du 16 mars 1891, il insiste pour que soient exécutées les trois statues de Marguerite d'Anjou, de Jeanne d'Arc dite du Sacre, avec drapeau de Tussay (sic) « statue patriotique de cette libératrice de la France qu'on ne saurait trop multiplier », de Robert-le-Fort, qu'on devra placer dans la Doutre « au milieu de cette population de travailleurs qu'il a si énergiquement défendus contre les Normands », et il ajoute: « Nous avons toujours cherché à faire le plus possible en faveur des femmes si déshéritées et par vive sympathie pour elles, soit par des portraits et des statues en leur honneur, surtout de deux des plus illustres d'entre elles : Jeanne d'Arc et Marguerite d'Anjou. »

 

Dans un testament ultérieur, M. Giffard renonce à la statue de Jeanne d'Arc dite du Sacre, de Tussay (Meuse); c'est la seule fois où, dans le testament, paraît le mot (Meuse) « à élever place Saint-Maurice, ayant appris « qu'il était assez sérieusement question d'édifier une « statue de cette libératrice de la France dans l'avenue « portant son nom. » Mais, « tenant toujours avant tout à honorer les femmes », il remplace Jeanne d'Arc par Mme Vigée-Lebrun, « cette femme charmante sous tous les rapports et mère si dévouée « qui représenterait, à Angers, la peinture, comme David peut représenter la sculpture ». (Testament : 7 août 1891.)

Dans une addition en date du 20 septembre 1891, M. Giffard revient sur cette dernière décision et inscrit définitivement la statue de « Jeanne d'Arc, de Tussay », mais spécifie que cette statue sera élevée dans l'avenue de ce nom (Jardin du Mail).

 Une note du 30 janvier 1892 précise que, pour assurer l'érection de ces dernières statues, les acquisitions désignées par lui à faire pour les Musées et le Jardin des Plantes seront supprimées ; les fonds qui leur étaient destinés seront reportés « aux statues du Jardin du Mail et aux statues de place pour les faire aussi belles que possible ».

En résumé, l'acceptation du legs Giffard par la Ville d'Angers entraînait pour la cité l'obligation d'ériger les neuf statues que signalait le rapport de M. de Villiers, adjoint en 1894.

Tout ce qui concernait les statues de Mme Vigée-Lebrun, de Marguerite d'Anjou, de Mlle Mars, de la source de Sauvageot fut réglé assez vite et les érections de ces monuments se firent successivement, sinon dans l'ordre exigé du testateur, du moins sans soulever ni de grandes difficultés, ne trop de critiques, bien que le testament n'ait pas été observé avec la scrupuleuse exactitude votée dans la séance du 31 janvier 1896.

 

Il n'en fut pas de même pour la statue de Jeanne d'Arc.

Non seulement M. Giffard avait indiqué formellement les statues à élever, mais il en avait fixé l'ordre d'érection et même les délais d'exécution et, prévoyant encore une insuffisance possible de ressources qu'il mettait à la disposition de la Ville, celle-ci devrait, dans ce cas spécial, ne faire exécuter, « après l'érection de Marguerite et de Jeanne d'Arc » que le grandissement en plâtre de la statue de Robert-le-Fort pour les Musées » et « Mlle Mars serait supprimée ».

« En cas de désastres financiers — dans la réalisation du legs — Marguerite d'Anjou serait exécutée en fonte cuivrée ainsi que Jeanne d'Arc et Vénus d'Arles ».

Ailleurs il ajoute : les statues de place sont au nombre de trois : 1° Marguerite d'Anjou ; 2° Jeanne d'Arc (place Sainte-Croix) ; 3° Robert-le-Fort ; celle-ci doit être exécutée la dernière. Elle sera placée à l'extrémité du Pont de la Basse-Chaîne dans l'axe du boulevard Henry-Arnault.

Jeanne d'Arc devra être érigée dans la troisième année du décès, et Marguerite d'Anjou et son fils dans la quatrième ; le plâtre de Marguerite d'Anjou devra être exécuté pour le musée dans la première année, toutes les statues portant le nom du donateur.

Ses intentions sont tellement précises qu'il les formule encore plus tard en donnant l'ordre suivant à l'érection : 1° Vénus de Mathurin Moreau ; 2° Vénus d'Arles ; Jeanne d'Arc ; 4° Lebrun-Vigée ; 5° Marguerite d'Anjou ; 6° Mlle Mars ; 7° La Source ; 8° Robert-le-Fort ; ordre qui, dans un codicille suivant, ne se trouve modifié que pour Mme Lebrun, qui sera érigée immédiatement après Marguerite d'Anjou et dont l'exécution devra être confiée au sculpteur « Solo » (sic).

Ce simple exposé des volontés successives, quoique dans le fond identiques, du testateur montre assez, je crois, que M. Giffard tenait particulièrement à honorer Jeanne d'Arc ; cette statue restait dans les diverses clauses du testament toujours parmi les premières à édifier, comme celle de Marguerite d'Anjou ; si, en effet, dans l'un de ses codicilles, il a pu la remplacer, par Mlle Mars, c'est qu'il croyait que la Ville allait faire à l'héroïne, sur les deniers municipaux, l'honneur d'un monument dans l'avenue Jeanne d'Arc ; apprenant sans doute plus tard que le projet n'avait pas de suite, il insiste pour que la libératrice de la France figure parmi les statues angevines et, prenant en considération les raisons qui ont pu militer en faveur de l'avenue Jeanne d'Arc, il demande simplement à ce que le monument qu'il destinait à la place Sainte-Croix soit reporté dans cette avenue.

Le 24 mars 1897, le Conseil municipal fut d'ailleurs saisi de la question. Un rapport de l'un des adjoints rappelle que la Ville est tenue par le testament Giffard d'élever une statue dans l'avenue Jeanne d'Arc.

 « Au cours de l'année dernière, dit le même rapport, la Société des Amis des Arts, s'inspirant du Legs Giffard, a mis au concours un projet de piédestal pour la grande héroïne française. Le projet de M. Dubos, architecte, classé premier, a été l'occasion de propositions faites à la Ville. »

 « L'honorable architecte a prévu, pour l'érection de la « statue Jeanne d'Arc, le prolongement de notre magnifique avenue du Mail jusqu'à la ligne du chemin de fer de Tours et la création sur tout le prolongement d'un nouveau square qui serait le digne pendant de notre avant-mail. »

Le principe du prolongement de l'avenue était voté et rendu décisif dans la séance du 1er mai 1897.

L'emplacement de la statue était alors désigné formellement ; quant à la statue elle-même, il n'en est pas question.

Bien que, comme je l'ai déjà dit, l'interprétation des volontés du testateur ait été faite dans des conditions pouvant prêter à la critique, j'ai été encore bien plus étonné, après la compulsion du volumineux testament de M. Giffard et du dossier qui l'accompagne, de voir que la statue de Jeanne d'Arc, si nettement désignée, qui devait être érigée dans la troisième année du décès du donateur, c'est-à-dire en 1897 au plus tard et devait être tout au moins le troisième des monuments à élever, avait été constamment ajournée et, chose surprenante, les motifs de cet ajournement n'étaient indiqués nulle part; toutefois, vers 1903, il en est allégué plusieurs qui me paraissent de peu de valeur quand il s'agit de l'exécution d'un testament accepté sans réserves et d'une statue si nettement désignée : Statue dite du Sacre avec drapeau de Tussay (sic) (Meuse).

Pourquoi cet ajournement?

Eh bien ! il réside, je crois bien, tout simplement de 1893 à 1903 et plus, dans une simple faute d'orthographe du mot Tussay. — En passant, à noter que le nom du département se trouve une seule fois inscrit dans le testament et que partout ailleurs il n'est question que de Tussay, sans autre désignation. Nulle part, ni au Conseil, ni dans la Commission, il n'est question du département.

Qu'était ce Tussay? Un artiste, un sculpteur, un fondeur, une ville? Je sais qu'à tout hasard, après avoir compulsé les Dictionnaires et Encyclopédies de toutes sortes, après avoir consulté la plupart des personnes qualifiées pour obtenir d'elles un renseignement précis, conservateurs, artistes, etc., une lettre fut adressée au Maire de Tussay (sic), Meuse.

 

La lettre revint avec mention « localité inconnue ».

 

Les villes d'Orléans, Rouen, auxquelles il fut écrit, ignoraient également la Jeanne d'Arc de Tussay.

Telle est la première, la vraie cause des premiers retards apportés dans l'exécution des volontés de M. Gifïard ; c'est aussi la cause initiale de tous les retards ultérieurs.

Comme on le verra, cette cause doit être attribuée uniquement à la mauvaise orthographe du mot « Tussay », reproduite dans tous les documents officiels, depuis les procès-verbaux du Conseil municipal jusqu'aux comptes-rendus des Commissions successives et des Commissions spéciales du Legs Giffard. Je dis « des Commissions », parce qu'à la première Commission avaient succédé d'autres Commissions composées d'hommes nouveaux, en raison du renouvellement des Conseils municipaux.

Nous retrouvons encore dans le procès-verbal d'une séance du 4 juillet 1899, tenue par la Commission du Legs Giffard à l'Hôtel de Ville, la Jeanne d'Arc de « Tussay ».

Dans cette séance, la Commission retient seulement quatre statues ; la Jeanne d'Arc ne figure pas parmi les privilégiées et la Commission allègue le mauvais motif de raison budgétaire.

Certaines décisions de cette Commission, qui tint plusieurs séances dans la suite, ne furent pas sans soulever quelques critiques de la part de Conseillers municipaux qui, suivant les volontés de suffrage universel ou le hasard de la Constitution des Commissions des finances et des Beaux-Arts prenaient, pour la première fois, part aux délibérations.

 Régulièrement, dès que le budget était mis en discussion, il arrivait une question indiscrète au sujet des retards de la mise en emploi des fonds disponibles du Legs Giffard.

A la séance du 19 juin 1899, sur l'interpellation d'un conseiller, l'adjoint aux finances reporte la responsabilité du retard sur son collègue des Beaux-Arts; le conseiller insistant sur l'affectation du crédit dans un délai de trois mois, le maire et l'adjoint aux Beaux-Arts assurent que bonne note est prise de cette demande.

Le 25 juillet 1900, un conseiller rappelle à nouveau qu'il est regrettable de voir inutilisées les ressources du legs Giffard et le Conseil émet le désir qu'il soit procédé, sans plus de retard à leur emploi.

Toujours est-il que, s'il était question de la statue de Jeanne d'Arc dans les discussions, aucune mention n'est faite dans les divers procès-verbaux de cette assemblée de 1895 à 1900 inclus.

J'attribue ce silence, peut-être par erreur, toujours à l'orthographe du mot « Tussay », puisque ni à Rouen, ni à Orléans, les municipalités consultées n'ont pu elles-mêmes donner d'indication sur ce « Tussay ».

 En 1908 même, l'auteur de l'article Jeanne d'Arc de Larousse, auquel s'adresse la Municipalité, ne connaît pas de « Tussay », mais dit excellemment « je suppose qu'il y a peut-être dans l'acte que vous avez à mettre en exécution un mot mal écrit ».

— « Si l'examen du testament ne confirmait pas cette hypothèse, vous pourriez vous adresser à M. André Marty qui vient de publier une magnifique histoire de Jeanne d'Arc d'après les documents originaux et les oeuvres d'art et qui est actuellement, je crois, l'homme de France le mieux au courant de l'Iconographie de Jeanne d'Arc. »

Et M. Marty écrit : « Je n'ai pas été à Tussay (Meuse), mais cette statue au drapeau a été fréquemment reproduite.

J'en ai vu deux, notamment une à Beaurevoir (Aisne), l'autre à Sainte-Catherine de Fierbois (Indre-et-Loire). — M. le Curé de Sainte-Catherine ou M. Gustave Paris à Beaurevoir pourront peut-être vous renseigner sur le fondeur auquel elles ont été commandées ».

Or, les renseignements pris aux adresses indiquées, aucune des statues signalées ne correspondait à la volonté si clairement exprimée à plusieurs reprises par le donateur.

Quelques-unes des lettres écrites en 1908 montrent bien le genre de difficultés qui a plus que probablement empêché les municipalités de mettre jusqu'à présent à exécution le testament de M. Giffard, en ce qui concerne la Jeanne d'Arc de « Tussay ».

En désespoir de cause et sur les instances réitérées de plusieurs conseillers, la Commission du legs Giffard décide que la statue de Jeanne d'Arc sera cependant érigée et admet en principe un concours. Il n'est pas question de la Jeanne d'Arc de « Tussay ».

Le mot de «  Tussay » est orthographié ainsi dans tous les documents manuscrits ou imprimés administratifs jusqu'à ce qu'une lettre de M. Henry Jouin, en date du 14 mai 1902, lettre non enregistrée à la Mairie et dont d'ailleurs les procès-verbaux des Commissions ne font pas mention, rétablit la véritable orthographe « Tusey ». M. Jouin répond à une lettre du maire d'Angers en date du 27 février.

Je n'ai trouvé nulle part copie de cette dernière, dans laquelle vraisemblablement le Maire exposait la situation, puisque M. Jouin s'exprime ainsi :

« Si vous disposez d'un reliquat sur le legs Giffard, destiné à doter Angers d'une Jeanne d'Arc (ainsi que vous voulez bien me l'expliquer dans votre lettre en date du 27 février, serez-vous en mesure d'écarter les modèles de Tusey et de Domrémy ?  Et, au cas où cela serait possible, M. Jouin propose divers autres modèles et ajoute même des considérations sur l'élévation du piédestal, dont le dessin devrait être confié au sculpteur lui-même et non à des architectes qui veulent faire oeuvre personnelle, ambitieuse et complète » — « par erreur de talent, et rappelle à cette occasion que David d'Angers ne permettait à personne de tracer les piédestaux de ses statues.

Il les dessinait toujours simples et discrets d'ornements, laissant aux architectes le soin de traduire sa pensée en la respectant. »

M. Jouin accompagne sa lettre l'un envoi de reproductions photographiques de diverses Jeanne d'Arc parmi lesquelles la Ville pourrait acquérir une oeuvre d'une valeur artistique réelle;—qu'il me soit permis de souligner la phrase de M. H. Jouin qui semble bien préjuger de la solution à intervenir :

« Serez-vous en mesure d'écarter les modèles de Tusey ? n'y a-t-il pas une allusion discrète à l'obligation où se trouve la Ville d'exécuter une dernière volonté, strictement et scrupuleusement?

Cette lettre dut cependant être communiquée à la Commission spéciale, car nous voyons alors seulement les procès-verbaux de celle-ci rétablir la véritable orthographe du mot « Tusey » dans une séance du 19 février 1903, pas pour longtemps cependant.

A la suite de cette lettre, les considérations d'art qui avaient été émises par M. Jouin sur la valeur esthétique des oeuvres de Tusey constituent autant de nouveaux motifs pour la Commission spéciale de s'écarter des volontés formelles du testateur, car elle décide que le modèle de Tusey est sans intérêt et, sur la proposition d'un de ses membres, il est admis que la statue de Jeanne d'Arc à ériger sera exécutée par un sculpteur angevin, après concours, avec cette réserve que, si le jury nommé à cet effet déclare qu'aucune des oeuvres soumises ne possède les qualités artistiques suffisantes pour contribuer à l'ornement de la Ville, l'Administration prendra telle décision qu'elle jugera utile ».

Elle décide également que ladite statue sera érigée dans le Jardin du Mail ; l'emplacement choisi sera l'hémicycle situé près de la grille de l'avenue Jeanne d'Arc.

Une sous-commission nommée le même jour est chargée d'élaborer le programme et les conditions du concours.

Toutefois, dès que fut connu à Angers l'emplacement désigné dans le jardin du Mail, des protestations s'élèvent et l'Auto-Vélo-Club d'Angers, très ému par ce projet, insiste pour que la statue soit érigée ailleurs ; le 3 août 1903, la deuxième Commission du Conseil propose de la placer, en conséquence, dans le fond de l'avenue du Mail au- delà de la rue Franklin, « afin de ne pas gêner les courses de bicyclettes qui constituent l'une des fêtes les plus populaires de la Ville ».

Dès le 16 mars 1903, la sous-Commission du legs Giffard, chargée d'élaborer le règlement du concours pour l'érection de la statue, en avait déposé l'épreuve à la mairie.

Le 8 mai de la même année, l'ordre du jour du Conseil portait « Statue de Jeanne d'Arc. Emplacement ». Sur la proposition du Maire et sans discussion, l'assemblée renvoyait l'affaire aux Commissions compétentes, le maire ayant demandé au service de la voirie un rapport sur les dépenses à faire pour un square projeté à l'extrémité de l'avenue Jeanne-d'Arc.

Ainsi donc, il n'y avait pas encore de statue et l'emplacement lui-même, primitivement fixé, était remis en question.

Le programme de concours qu'avait rédigé la Commission du Legs Giffard, à peine connu, soulève aussi d'assez nombreuses critiques, de la part de plusieurs artistes et non des moindres, et subit en conséquence des modifications ayant surtout pour but de ne pas écarter du concours tous les jeunes statuaires. (Deuxième Commission, 22 août 1903.)

Ajoutons que ce concours était à deux degrés : premier concours éliminatoire sur esquisse et maquette ; deuxième concours de classement sur maquette d'exécution de un mètre.

Enfin, le 29 août 1903, le Conseil municipal adopte le programme modifié élaboré par la Commission spéciale du Legs Giffard, avec autorisation de prélever sur le reliquat du legs :

1° La somme de 12.000 francs, prix de la statue en bronze ;

2° Le montant des primes du concours : 1.500 francs ;

3° et divers frais relatifs à ce concours : publicité, achat de médailles, indemnités aux membres du jury, etc., etc.

Toutefois, au cours de la discussion, la statue de Jeanne d'Arc, telle que la réclame le testament, est encore proposée, mais la proposition n'a pas de succès.

Les articles 10 et 11 du règlement du concours portent que le Jury sera choisi parmi les sommités artistiques et les maîtres de la sculpture, membres de l'Institut, au nombre de trois, plus le maire et un délégué du Conseil municipal.

 Dans sa séance du 30 décembre 1903, le Conseil nomme à cette fonction M. Goblot, après trois tours de scrutin.

Entre temps, des propositions variées étaient faites à la municipalité pour la reproduction d'oeuvres déjà connues.

Dès le 31 août 1903, le Maire faisait savoir par voie d'affiches ou d'insertions qu'un concours était ouvert à Angers à l'effet d'ériger une statue de Jeanne d'Arc.

L'affiche était posée le 12 septembre à l'École des Beaux-Arts de Paris, par les soins de notre éminent compatriote M. H. Jouin qui, dans une lettre du même jour, donnait des indications utiles pour la presse artistique.

Dans cette même lettre, M. Jouin proposait quelques noms comme membres du Jury.

D'autre part, l'affichage du concours provoquait des récriminations assez justifiées, surtout en ce qui concernait le prix peu élevé accordé pour la partie matérielle de la statue définitive qui, d'après un lauréat d'un Grand Prix de Rome, était tellement minime, que l'artiste ne pourrait jamais l'exécuter.

Enfin des bruits fâcheux étaient répandus dans le public, bruits dont la Presse enregistrait les échos.

« Le Préfet de Maine-et-Loire, imprimait-on, refusait de revêtir de son approbation la délibération du Conseil municipal relative à l'érection d'une statue de Jeanne d'Arc ». « La légende de ce refus a déjà fait le tour de l'Europe, écrit le Maire d'Angers aux rédacteurs des journaux en protestant avec énergie et en les priant d'insérer sa protestation. »

Le dernier délai d'inscrjption des artistes pour le concours avait été fixé au 1er janvier 1904 ; onze artistes s'étaient inscrits ou plutôt avaient demandé officiellement la communication du programme.

La constitution du Jury ne fut pas chose facile; MM. les Membres de l'Institut furent pressentis, il fallait ménager les susceptibilités ; bref, après de nombreuses démarches, des acceptations qui se changeaient en refus ou étaient subordonnées à certaines conditions, la Municipalité put cependant se tirer à son honneur de ces difficultés de toutes sortes et le Jury se trouva constitué de la façon suivante :

MM. le Maire d'Angers, Goblot, délégué du Conseil municipal, Jules Thomas, Emmanuel Fremiet, Ernest Barrias, statuaires, membres de l'Institut, et M. Henry Jouin, secrétaire de l'Institut National des Beaux-Arts, qui était adjoint au Jury comme secrétaire.

Ce Jury fonctionna à Paris même, à l'École Nationale des Beaux-Arts où une salle spéciale fut réservée aux opérations du concours : exposition des projets et délibérations de la Commission.

Le 27 janvier, le Maire d'Angers envoyait à l'École des Beaux-Arts les maquettes de cinq concurrents ; .une sixième maquette qui, avait été détériorée dans le transport, était renvoyée à son auteur qui, après réparation, devait la faire parvenir directement à l'École des Beaux-Arts.

Le 8 février, le Jury se prononçait sur les six esquisses soumises à son appréciation ; à l'unanimité, trois esquisses furent retenues ex oequo ; les auteurs en étaient MM. Legendre, L'Hoest, Morice.

Ces trois artistes étaient en conséquence invités à exécuter l'agrandissement à un mètre de leurs esquisses et maquettes, de façon à présenter leurs oeuvres au deuxième concours.

Le Jury du Concours définitif fut donc à nouveau réuni le 6 août 1904 à l'École Nationale des Beaux-Arts. Étaient présents : MM. Joxé, maire d'Angers, M. Goblot, délégué du Conseil municipal, Thomas, Fremiet et Barrias. (M. Thomas, président, M. Goblot, secrétaire).

« Après examen des modèles présentés, mentionnés au procès-verbal, le Jury ne croit pas pouvoir engager la Municipalité d'Angers à faire exécuter aucun d'eux : mais, considérant que chacun de ces modèles est de valeur semblablement équivalente, il demande qu'une prime à peu près égale soit allouée à chacun des concurrents. » « Il procède cependant au classement des oeuvres présentées.

Les concurrents sont à la suite du scrutin classés comme suit : MM. L'Hoest, Legendre, Morice.

Dans sa séance du 4 novembre 1904, pour se conformer à la demande formulée par la décision du Jury du concours, le Conseil municipal décidait d'allouer les primes suivantes aux projets classés : au premier, 600 francs ; au deuxième, 500 ; au troisième 400 francs.

Cette décision était vivement attaquée par l'un des concurrents qui confiait ses intérêts à la Société des Artistes français ; la Société demandait à la ville des explications sur l'interprétation des décisions de la Commission.  

Le Maire d'Angers, dans sa lettre du 23 décembre 1904, communiquait à la Société des Artistes Français la délibération du Conseil municipal, le procès-verbal du Jury du Concours et insistait notamment sur sa décision. « Voici, écrivait-il exactement, l'esprit de la décision prise par le Jury : Les conditions du programme imposé n'ont été remplies par aucun des concurrents ; les modèles présentés sont de valeur sensiblement équivalente ; le Jury demande qu'une prime à peu près égale soit allouée à chacun des concurrents. » Et en post-scriptum : « Le Jury avait adopté le mot « indemnité » et c'est uniquement pour ménager la susceptibilité des artistes que, sur la demande d'un de ses membres, il a employé le mot « prime ».

L'affaire, en conséquence, sur ses explications, fut classée de part et d'autre.

Donc en 1904, en ce qui concerne Jeanne d'Arc, le legs Giffard est loin d'entrer en exécution ; nous sommes déjà loin de la volonté du testateur qui avait imposé un délai de deux à trois ans après sa mort pour l'édification de notre statue.

Il n'y a ni statue, ni emplacement.

De décembre 1904 au 17 décembre 1906, les Archives municipales ne contiennent aucun document sur l'affaire; le legs Giffard continue à figurer au budget, mais de Jeanne d'Arc personne n'a cure. C'est un sommeil complet et les fonds fructifient lentement ; le legs s'en trouve accru de plus de 3.000 francs, somme d'ailleurs en partie dépensée par le Concours.

Mais la discussion du budget, le 17 décembre 1906, ramène la question et le rapporteur de la Commission des finances émet l'avis de prélever sur cet accroissement un crédit nécessaire à l'organisation d'un concours à l'effet d'élever un monument, sans préciser quel sera ce monument, soit sur l'une de nos places, soit dans un édifice municipal.

L'Administration accepte cette idée et l'un de ses membres propose l'érection d'un monument à la mémoire des victimes de la catastrophe du pont de la Basse-Chaîne.

L'un des adjoints rappelle vainement la volonté formelle du testateur et demande à ce qu'on donne satisfaction aux voeux de M. Giffard. L'un de ses collègues s'élève contre l'édification d'une statue dans les conditions pécuniaires du testament.

A noter au cours de la discussion l'énergique protestation de M. de Terves. « La dernière volonté d'un mort, dit-il, est comme le cachet d'une lettre, elle doit être d'autant plus sacrée qu'elle ne peut se défendre. » « Si, ajoute-t-il, après l'exécution des statues prévues au testament, il existe encore un reliquat, je propose de mettre à l'étude l'érection d'un monument aux combattants angevins de 1870. »

Après discussion, le Conseil renvoie la question à la deuxième Commission.

Nous revoyons alors la deuxième Commission, ou plutôt la Commission du legs Giffard, reprendre ses séances à intervalles éloignés.

Le 15 mars 1907, une première réunion a lieu ; l'un des membres propose de se servir du reliquat du legs pour refaire l'ornementation du Grand-Théâtre et en améliorer le matériel ; un autre reprend l'idée de M. de Terves et réclame un monument pour les Angevins morts pour la patrie ; un troisième demande à ce qu'on remplace les lions du Mail par des statues, ceux-là devant occuper les extrémités du pont du Centre ; un quatrième enfin demande purement et simplement l'exécution du testament ; à noter l'orthographe du mot « Tussey ».

Après une discussion qui, d'après le procès- verbal, paraît assez confuse, la Commission décide, sur la proposition d'un cinquième membre, que l'Administration entrera en relation avec M. Charpentier, auteur d'une statue de Jeanne d'Arc, afin de savoir à quel prix il en accordera une reproduction en fonte, puis émet l'avis d'élever cette statue dans le Jardin du Mail, pour faire pendant au Chasseur d'ours; l'avenue Jeanne d'Arc sera gratifiée d'un monument pour les enfants morts pour la patrie ; enfin, les lions du Mail, transférés au pont du Centre, seront remplacés par des vases décoratifs.

Il est probable toutefois que ces décisions ne satisfaisaient pas complètement l'Administration puisque celle-ci entame une correspondance suivie avec plusieurs établissements spéciaux.

C'est ainsi que les établissements métallurgiques Durenne et du Val d'Osne sont appelés à soumettre les différents modèles de Jeanne d'Arc dont ils peuvent disposer.

Dans une séance du 21 juin 1907, la Commission du legs Giffard délibère à nouveau. Les pourparlers de l'Administration avec le statuaire Charpentier n'ayant pas donné de résultat, on décide après examen des modèles Durenne et de Val d'Osne, l'acquisition de la Jeanne d'Arc équestre (Le Nordez et Mathurin Moreau), du Val d'Osne ; la question du piédestal est réservée pour étude afin de ne pas trop entamer le reliquat du legs, dans le but d'élever un monument aux enfants morts pour la patrie, et M. Goblot est chargé de faire une estimation approximative des frais qu'entraînerait la construction du piédestal.

Le 28 juin, la Commission tient une nouvelle séance; il y est donné communication d'une dépêche des Angevins de Paris qui réclament un concours. M. Goblot expose qu'il sera nécessaire de sacrifier une somme de 2.800 fr. pour le piédestal d'une statue à élever dans le Jardin du Mail et de 6.400 francs au cas où cette statue serait placée dans l'avenue Jeanne d'Arc;

—l'un des commissaires insiste pour remplacer la statue en fonte de Jeanne d'Arc par un achat d'une statue en plâtre à déposer dans un Musée et l'érection d'un monument aux enfants de l'Anjou.

D'autres membres demandent que soit respectée la volonté du testateur ; enfin, une troitième proposition est faite : « Serait-il possible de réunir les deux monuments en un seul. Jeanne d'Arc au sommet et des bas-reliefs consistant en groupes de blessés avec plaques commémoratives rappelant les noms des Angevins morts au champ d'honneur? »

Il est encore question dans cette séance des lions du Mail ; mais on propose, sans solution, de les placer maintenant au Palais de Justice.

Plusieurs membres réclament un concours, sans succès, et la Commission décide l'achat d'une statue plâtre de Jeanne d'Arc à déposer dans un Musée et l'érection d'un monument patriotique.

Le 20 décembre 1907, les décisions de la Commission du legs Giffard sont soumises à l'approbation du Conseil municipal qui, à l'unanimité, renvoie la question aux quatre Commissions du Conseil et à la Commission du legs Giffard.

Ces dernières décisions remettent donc tout au point initial : l'emplacement est à choisir, comme la statue reste à désigner.

Aussi, la Société des Amis des Arts est-elle bien fondée à organiser un concours ayant pour but d'élever au pied du château, aux abords du pont de la Basse-Chaîne, du boulevard du Château et du quai Ligny, un monument commémoratif de la guerre de 1870-1871 ; non moins fondée aussi la demande de la Société des Artistes Angevins qui estime insuffisant le laps de temps proposé pour ce concours et réclame en plus un concours officiel municipal (13 juin 1908).

Nous sommes loin de Jeanne d'Arc et du Jardin du Mail.

D'ailleurs, les élections municipales de 1908 envoyaient à la Mairie une nouvelle municipalité. Celle-ci se mettait immédiatement à l'oeuvre, reprenait les affaires en souffrance, et l'adjoint aux Beaux-Arts s'attaquait au volumineux dossier du legs Giffard.

Dès le 26 mai 1908, une correspondance était engagée avec les maires des villes importantes possédant des statues de Jeanne d'Arc, comme Rouen et Orléans ; Dans cette correspondance était rappelée la mention inscrite au testament Giffard « statue de Jeanne d'Arc dite du sacre de Tussay ». J'ai déjà dit que ni M. Ledos, l'auteur de l'article Jeanne d'Arc du Larousse, ni M. Marty, auteur de l'ouvrage le plus documenté sur les oeuvres consacrées à Jeanne d'Arc Histoire de Jeanne d'Arc, d'après les documents originaux et les oeuvres d'art » qui avaient répondu avec la plus grande bienveillance aux lettres qui leur avaient été adressées, n'avaient donné des réponses précises à ce sujet.

Toutefois, M. le Secrétaire de la mairie de Bar-le-Duc, auquel voulut bien écrire le très dévoué secrétaire d'Angers, M. Chicotteau, mit la question à jour dans la lettre-réponse suivante : « Les fonderies de Tusey forment un écart dépendant du bourg de Vaucouleurs. »

A titre de curiosité, signalons en passant l'orthographe du mot Tusey qui, à l'article Vaucouleurs du Larousse, est imprimé Thusey ; dans ce même article, on rappelle que c'est dans ces fonderies qu'ont été coulées les colonnes rostrales qui, à Paris, ornent la place de la Concorde.

L'Administration municipale de 1908 était donc suffisamment renseignée lorsque, dans la séance du 8 juillet 1908, au cours de la discussion du budget additionnel de 1908, un conseiller renouvela la question traditionnelle relative à l'emploi du reliquat du legs Giffard.

L'adjoint aux Beaux-Arts put alors affirmer que la solution ne tarderait pas.

En effet, des pourparlers étaient immédiatement engagés avec la fonderie de Tusey et, le 3 août, celle-ci faisait parvenir les photographies reproduisant la statue si explicitement décrite dans le testament Giffard.

Nous étions au commencement des vacances ; dès la rentrée, la deuxième Commission, convoquée le 23 octobre, décidait d'exécuter le testament dans sa lettre et dans son esprit, tant pour Jeanne d'Arc que pour les autres monuments à élever et, le 30 octobre, le Conseil municipal approuvait sans réserve les propositions de la deuxième Commission.

 Enfin, le Conseil chargeait M. Dubos, l'un des architectes distingués de notre Ville, l'auteur du projet primé en 1896 par la Société des Amis des Arts, d'exécuter le piédestal destiné à l'héroïne.

Le 15. décembre, la deuxième Commission, forte de la délibération du Conseil municipal, fixait le montant de la somme à dépenser pour le piédestal et, le 4 février 1909, approuvait le dessin de M. Dubos ; M. Sabin, entrepreneur à Angers, était chargé du travail sous la direction de l'architecte ; les ornements du piédestal, comportant les armes de la Ville et celles de Jeanne d'Arc étaient confiés à M. Aubert, statuaire.

Enfin, le 25 mars de cette année, l'adjoint aux Beaux-Arts, M. Dubos et M. Sabin recevaient la statue de Jeanne d'Arc, dite du Sacre, de Tusey, qui était remise à la garde de M. Sabin, en attendant sa mise en place dans l'avenue Jeanne d'Arc.

Bien que j'ignore si jamais l'héroïne française ait pu venir dans notre ville, qu'il me soit permis de rappeler que le Roi René a été l'un des plus ardents chevaliers de Jeanne d'Arc et qu'il renonça, d'après Célestin Port, à la pension anglaise qui lui était allouée, pour rejoindre Charles VII à Reims où il assista au couronnement, et fut entraîné comme ses pairs par la bonne Lorraine.

Le modèle de la statue de Jeanne d'Arc est dû au sculpteur Martin Pierson, mort il y a quelques années à Vaucouleurs.

Certes, on pourra discuter sur le mérite artistique de cette oeuvre ; la question nous importe peu ; mais il a semblé à l'Administration, et le Conseil l'a approuvée dans la circonstance, qu'il était digne qu'une cité qui a accepté les bénéfices d'un testament sans réserves, se devait à elle-même d'exécuter les volontés du donateur intégralement et scrupuleusement — ne fût-ce que pour prouver aux donateurs éventuels que leurs intentions seraient observées — et, pour ma faible part, je suis heureux d'avoir contribué à faire respecter les dernières volontés d'un bienfaiteur de notre Ville.

Dr LABESSE. Académie des sciences, belles-lettres et arts (Angers).