Sur le chemin de Jeanne d’Arc, Château d’ Huisseau-sur-Mauves et l'ancienne église Saint-Pierre-aux-Liens

J'ai peu de choses à dire sur le mot de Huisseau sur Mauves, dont le mot "Huisseau" ne parait correspondre à aucun sens satisfaisant

Quant aux Mauves, chacun sait qu'il s'agit là de ces petits cours d'eau qui descendent vers la Loire, aussi bien sur cette partie du bassin du fleuve que plus près de son embouchure, puisque, près de Nantes, il y a une prairie de Mauves bien connue des jeunes nantais qui vont s'y ébattre l'été.

Les Mauves qui se jettent à Beaugency étaient réputées pour être autrefois riches en poissons et en écrevisses - toutes choses excellentes que la civilisation moderne parait avoir chassées.

Le château où vous vous trouvez est d'origine fort ancienne et ceux qui l'ont habité remontent très haut dans notre histoire.

Il faut d'abord citer les Vidames de Chartres, un des membres de cette famille, Gérard, dont l'existence est signalée en 1188, est à l'origine des premiers seigneurs de Huisseau, dont la lignée dura deux siècles.

Une des filles de cette maison, Marie, épouse à la fin du XIVème siècle un Jean de la Ferté; il s'agit de la Ferté-Nabert, aujourd'hui La Ferté-St-Aubin. C'est la 2ème lignée des Seigneurs de Huisseau, qui se prolongea jusqu'au milieu - environ- du XVIème siècle.

A ce moment- la seigneurie passe successivement aux d'Avy, seigneurs de St-Peravy, puis aux Cugnac, marquis de Dampierre.

Ces Cugnac devaient posséder le château et la seigneurie pendant deux siècles et demi, c-à-d jusqu'à la Révolution

C'était une famille originaire du Périgord, qui s'était installée en Beauce vers le milieu du XVème siècle. Ils occupaient la seigneurie de Dampierre à une lieue environ à l'ouest d'Ouzouer sur Loire. Cette famille comptait des maîtres des Eaux-et-Forêts, des chambellans des rois de France.

C'est François Ier du nom, seigneur de Dampierre qui, en épousant Jeanne d'Avy, fit rentrer dans sa famille la seigneurie de Huisseau.

Parmi ses représentants, on compte un des compagnons d'Henri IV, François II de Cugnac, qui fut récompensé de ses services et de sa valeur sur les champs de bataille, à Arques notamment, par la charge de maréchal de camp et de lieutenant du roi au gouvernement d'Orléans.

La Révolution passa sans que le château quitte la famille de Cugnac.

 Il se trouvait en 1800 en la possession de la dernière descendante, Antoinette. Celle-ci l'apporta en dot à Armand de Bizemont.

La famille de Bizemont garda le château pendant tout le XIX ème siècle et le début du XXème. Signalons au passage qu'elle a compté parmi ses membres nos anciens confrères André et Adrien de Bizemont dont l'activité s'est exercée dans les Beaux-Arts, puisque le premier André succéda à Desfriches à la tête de l'école de dessin et fonda le musée des Beaux-Arts d'Orléans.

Le château de Huisseau est resté dans cette famille jusqu'au mariage de Marie-Thérèse de Bizemont avec Henri de Robien, issu d'une, famille originaire.de Bretagne.

Je me résume : des vidâmes de Chartres et de leurs descendants aux Cugnac, des Cugnac aux Bizemont, puis aux Robien, cette histoire parait peu compliquée ; elle témoigne seulement que ce château n'a jamais quitté la lignée de ses anciens fondateurs, et que, par des familles venues, les unes de Chartres, les autres du Périgord ou de Bretagne, il exprime une continuité remarquable

Je ne puis malheureusement pas entrer dans plus de détails, malgré les facilités qu'a' bien voulu me donner Mme de Robien, que je remercie ici de la courtoisie avec laquelle elle veut bien nous accueillir.

Le château conserve un chartrier très intéressant qui n'a jamais été exploité et que j'aurais été heureux d'utiliser en l'occasion qui nous réunit - archives très riches qui contiennent trace des alliances que les Cugnac, les Bizemont ont eues avec les Vendémont et d'autres grandes familles.

Mais d'autres archives m'ont retenu,, qui sont celles dont j'ai la charge et qui actuellement changent de local; de ce fait je n'ai pu donner à cet exposé le développement qu'il mériterait .

Parlons du château s ce château a été l'objet de nombreux remaniements au cours des siècles, ce qui rend son étude archéologique assez malaisée.

Cependant il est facile d'apercevoir trois tours, auxquelles il faut ajouter une quatrième, dont on ne voit plus que les fondations et qui a peut-être été ruinée sous les guerres de Religion.

Cet édifice se présente donc comme un château-fort quadrangulaire dont la forme n'est pas sans rappeler le château de Chamerolles, près de Chilleurs aux bois.

A examiner les croisées d'ogives que conserve encore la base de ces tours il semble bien que nous soyons en présence d'une construction du XIIème siècle.

A cette construction du XII ème siècle s'est ajoutée au XVème une avant-cour par où nous sommes entrés et qui parait montrer qu'à cette époque le château-fort s'est transformé do forteresse en centre d'exploitation agricole.

 C'est par cette entrée qu'a dû probablement pénétrer Jeanne d'Arc quand en juin 1429 elle a  chassé les Anglais de Meung pour les rencontrer victorieusement à Patay

Le château parait avoir pas mal souffert des guerres de religion. Dans tous les cas, au cours des siècles suivants, les Cugnac se sont efforcés de transformer le château en une habitation à la fois confortable et élégante, telle que nous l'admirons ici.

Les murs nord et est ont été abattus et par contre les ailes ouest et sud ont été considérablement développées en largeur.

Sur votre gauche une grille du XVIIème siècle qui provient, je crois, du choeur de la cathédrale de Sens

Puisque nous ne pouvons pas visiter le château - nous sommes évidemment trop nombreux - je demanderais à Mme de Robien la permission de nous montrer, dans les anciennes cuisines, une remarquable cheminée que je crois pouvoir dater sans certitude  du XII ème siècle .

Pour faciliter la visite, je vous signale, qu'après l'examen de cette cheminée, nous sortons de .l'enceinte du château pour nous trouver devant la grille d'entrée du presbytère, et là nous visiterons les restes de l'ancienne église de Huisseau.

Avant de pénétrer à l'intérieur du jardin du presbytère je veux vous montrer les deux porches de l'ancienne église Saint-Pierre-aux-Liens.

Ces porches ont été refaits au cours des siècles, et ce n'est pas eux qui nous permettront d'en dater la construction

C'est d'abord cette petite colonne que vous voyez ici ; elle soutenait le choeur de l'ancienne église et par conséquent a été démontée et remontée. Elle est gracieusement ornée de feuilles de vigne, car en ces temps où nous approchons des vendanges, il est bon de rappeler que nous sommes ici dans une zone d'ancienne production viticole.

Maintenant nous allons entrer dans le jardin du presbytère pour voir les restes de l' ancienne église.

Je remercierai tout d'abord Monsieur le curé de bien vouloir excuser notre invasion et de nous offrir sa gracieuse hospitalité. Il est une autre personne qu'il faut également remercier, c'est notre collègue du Bizemont, successeur des artistes dont je vous parlais tout à l'heure, grâce auquel ont été préservés ces beaux restes de l'ancienne église de Huisseau.

C'est tout ce qu'on en pouvait admirer d'intéressant d'ailleurs à la fin du XIXème siècle, quand la vieille église percluse de siècles et peut-être de batailles a dû être rasée par suite de sa vétusté pour être remplacée par celle que nous voyons ; l'ancienne église était orientée est-ouest, tandis que la nouvelle est orientée nord-sud.

Ces magnifiques vestiges du mur nord, on les doit à des ouvriers, ou des architectes des ateliers parisiens, que l'Ile de France nous a envoyés à l'époque des cathédrales et qui ont laissé bien d'autres oeuvres dans le Loiret, à Bou par exemple.

Clarté de la composition architecturale, simplicité et élancement des piliers, distinction un peu froide de la sculpture des chapitaux, nous sommes en plein dans la belle période de l'art gothique 1200 à 1220 environ.

Au dessous d'une des voutes nous admirons deux bénitiers monolithiques, qui sont extrêmement anciens et que l'on peut dater vraisemblablement de la fin du XI ème siècle.

Quant à l'église de Huisseau y c'est une église récente telle qu'on les faisait à la fin du XIXème siècle. Je n'en dirai trop rien, sinon qu'elle conserve deux de ces objets d'art qui font le charme de tous les sanctuaires du Loiret puisqu'il est peu d'églises où il ne se trouve un morceau de sculpture intéressant s il s'agit ici d'un Christ du XVIème siècle que Mr le curé a arraché à la poussière de son grenier et qui est l'oeuvre de ces artistes de campagne dont la spontanéité et la sincérité donnent tant de prix aux oeuvres qu'ils nous ont laissées . Autre pièce sauvée du grenier presbytéral s un Saint Jacques en bois également, qui a perdu une jambe au cours des siècles, qui a gagné une peinturelure malheureusement pas de très bon goût, mais qui en dépit de tous ces avatars, vous garde un air du pays bien sympathique.

Société archéologique et historique de l'Orléanais.