La maison de Georges Clemenceau est une maison située au bord

La maison de Georges Clemenceau est une maison située au bord de l'océan Atlantique au lieu-dit « Bélesbat » à Saint-Vincent-sur-Jard en Vendée

Né le 28 septembre 1841, dans le petit village de Mouilleron-en-Pareds (Vendée), Georges Clemenceau appartenait à une famille ancienne du pays. Comme beaucoup de ses parents, comme son père Benjamin Clemenceau, il fit sa médecine. Après avoir achevé ses études à Nantes, il vint au Quartier latin.

Elevé dans les idées des encyclopédistes, matérialiste, très épris des doctrines scientifiques, il adapta dès sa jeunesse cette philosophie qui porte la marque de l'époque, et s'il la modifia quelque peu dans la suite, il en garda l'essentiel. Les idées qu'il a rassemblées plus d'un demi-siècle plus tard, en 1926, dans un vaste ouvrage intitulé « Au Soir de la pensée », attestent la permanence de ses tendances. De ces mêmes années date sa philosophie politique. Etudiant sous le Second Empire, antibonapartiste, républicain, tout pénétré des souvenirs de la Révolution et de la Convention, dont les conversations paternelles avaient été pleines durant toute son enfance, il fit dès 1860 ses débuts dans l'opposition, et dès 1862 ses débuts dans la polémique, qui lui valurent un mois de prison à Mazas.

Après avoir voyagé en Angleterre et en Amérique, il revint en France au moment de la guerre de 1870. Très patriote, il n'acceptait pas la défaite, et voulait la guerre à outrance. Il participa à la proclamation de la République, devint maire de Montmartre, joignit sa signature à celle des Alsaciens-Lorrains qui protestaient contre l'abandon du territoire, quitta l'Assemblée de Bordeaux pour revenir à Paris pendant la Commune, trouva moyen d'être suspect aux deux partis qui se combattaient, et faillit être fusillé par les révolutionnaires, ce qui ne l'empêcha pas dans la suite d'être accusé de n'avoir pas sauvé les généraux Lecomte et Clément Thomas.

Dans ces épisodes orageux, on trouve déjà les traits essentiels de son tempérament, beaucoup plus important pour l'histoire que ses doctrines. Fougueux individualiste, volontaire et impulsif, raisonneur dès qu'il faut parler ou écrire, intuitif et direct dès qu'il faut agir, capable de pitié pour l'humanité, mais facilement impitoyable aux faiblesses des hommes, mordant et batailleur, doué d'un esprit critique aigu, d'une terrible indépendance de caractère, et par-dessus tout, en toutes circonstances, plein d'amour pour son pays, tel il apparait à trente ans et tel il restera jusqu'à sa mort. Les incidents variés dont sa carrière est faite ne sont que des manifestations, déterminées par les circonstances, de sa personnalité. La véritable vertu de sa vie est dans sa nature.

De 1875 à 1917, il est mêlé à tous les événements politiques et parlementaires de la France. Conseiller municipal dès 1871, il devient en 1875 président de l’assemblée de l'Hôtel de Ville, puis député. D'accord avec Gambetta pour combattre le Seize-Mai, il rompt avec lui pour soutenir contre lui le parti radical. Il fonde avec Camille Pelletan la Justice, qui est le journal de l'extrême gauche. A la Chambre, il lutte contre tous les ministères modérés, il renverse Waddington en 1870. Gambetta, Freycinet, Jules Ferry, Goblet, Rouvier. Indulgent quelques jours à Boulanger, il se dresse contre le boulangisme. La Chambre des députés veut faire de lui son président, et contre lui Méline ne l'emporte qu'au bénéfice de 1 âge. Il a alors cinquante ans. Il est redouté de tous les partis. Il a de l'esprit, de l'audace, du courage. Il a beaucoup d'ennemis. Le scandale du Panama, l'affaire Cornélius Herz et les faux Norton sont l'occasion d'une tourmente où Déroulède attaque Clemenceau, qui est battu aux élections de 1893.

Mais Clemenceau n'était pas de ceux qui ne peuvent vivre qu'au Parlement. Grand voyageur, grand amateur de livres et d'objets d'art, passionné pour l'antiquité grecque, curieux de toutes les manifestations de l'activité humaine, il passa neuf années hors de la Chambre et il se consacra au journalisme. Il était, moins bon écrivain qu'il n'était bon orateur, mais il avait pour lui l'ardeur, la puissance de l'argumentation, la véhémence dans l'affirmation, la rapidité. Toutes ses campagnes, et notamment la série des articles de l’Aurore depuis 1897, au cours de l'affaire Dreyfus , montrent l'extraordinaire bouillonnement de cet esprit, plus remarquable par la vivacité des impressions que par la cohérence des doctrines On discerne dans les articles de Clemenceau les traces de toute l'idéologie radicale On y retrouve anticléricalisme, la défiance à l'égard de toute hiérarchie, la critique de l'armée, les préjugés contre l'Eglise, un romantisme révolutionnaire persistant. Et en même temps on y retrouve des sarcasmes continuels contre le socialisme, un goût profond de la liberté, qui s'accordait mal avec la protection qu'il donnait à Combes, un souci toujours présent de la défense nationale, qui était en contradiction avec la politique des ministères qu'il soutenait.

Par la variété de ses passions et la vigueur de sa personne, Georges Clemenceau demeurait plein d'imprévu. Lorsqu'il devint sénateur du Var en 1902 et reprit sa place au Parlement, nul ne savait ce qu'il allait faire. Les circonstances lui donnèrent un rôle inattendu. Celui qui avait brillé dans l'opposition devint ministre de l’intérieur dans un cabinet Sarrien en 1906, puis président du Conseil quelques mois plus tard. Il garda le gouvernement trente mois, tourmentés par les grèves et les querelles religieuses. Ce qui a surtout marqué son passage, c'est une première tentative de redressement national à une époque où déjà la tension était grande entre la France et l'Allemagne. On sortait de l'affaire de Tatiger et de la Conférence d'Algésiras. A propos d'un incident relatif aux déserteurs de Casablanca, le chancelier Bulow cherchait une occasion de succès diplomatique. Clemenceau résista et tint sans forfanterie mais avec décision le langage d'un homme qui ne souffre pas d'atteinte au prestige de son pays.

Ce sentiment ne cesse de l'animer dès lors. Lorsqu'il a été renversé en 1909 il à bientôt continué son action par la plume ou par la parole. Ses partis pris et ses ressentiments personnels le mettent soudain dans le camp où on ne s'attend pas à le voir. On le retrouve aussi parfois retourné contre ses partisans de la veille, si ses sentiments patriotiques le lui commandent. Il est adversaire de Delcassé, adversaire de Poincaré, dont il combattra la candidature à la présidence de la République.

Larousse_mensuel_illustré___revue_[

 Il est partisan du service de deux ans, mais l'heure du danger venue, il soutient la loi de trois ans. Après Agadir et les négociations relatives à la cession d'un territoire à l'Allemagne, il se prononce hardiment contre Caillaux, et par son intervention à une commission du Sénat, provoque la démission du ministre des affaires étrangères et le lendemain la démission du Cabinet tout entier.

 Lorsque la guerre a éclaté en 1914. Clemenceau a passé les trois premières années à exercer une critique vigilante, acerbe, et même injuste contre les gouvernements et les chefs. Il a été un juge implacable de tout ce qui lui paraissait erreur ou défaillance. Ce qui est à son honneur, c'est qu'avec une clairvoyance patriotique il discerna au cours de l'année 1917 le péril que faisait courir à notre pays la propagande connue sous le nom de défaitisme. Il le dénonça vigoureusement au Sénat. La guerre se prolongeait. Des signes de fléchissement étaient sensibles. Georges Clemenceau de toutes ses forces proclama le danger. Lorsque le ministère Painlevé tomba, Poincaré, oubliant toutes les considérations personnelles, confia, le 16 novembre l917.

La lourde mission de chef de gouvernement à Clemenceau, qui constitua son Cabinet en quelques heures et prit immédiatement la direction politique de la guerre.

Il était alors âgé de soixante-seize ans. II avait la volonté persuasive de vaincre. On savait qu'il briserait toutes tes résistances, qu'il châtierait toutes les faiblesses, qu'il consentirait à tous les sacrifices. Sa seule présence au pouvoir était l'annonce d'une lutte qui se poursuivrait jusqu'au bout. Par son autorité, par sa vigueur, par le souvenir de l'époque conventionnelle et des mesures de salut public qu'il évoquait, par la force qui émanait de lui, il anima toute la nation, il permit aux chefs militaires qui étaient en place, à Foch et à Pétain, de remplir leur mission, sans se préoccuper des répercussions des événements sur le Parlement et sur l'armée.

Il fut, avec une incontestable supériorité, le maitre du gouvernement et tout s'inclina devant lui. Son rôle à cette heure-là a été d'une éclatante grandeur, qui lui assure la reconnaissance publique.

Les temps étaient particulièrement durs quand il prit le pouvoir. La Russie s'était effondrée. L'Italie venait d'être battue. Les effectifs français s'épuisaient. L'aide américaine venait lentement. Le bilan des armes, des vivres et des finances publiques était préoccupant. Clemenceau trouvait une situation grave. Il prit un à un tous les problèmes. Il assura la coordination de tous les efforts nécessaires. Les jours les plus angoissants surviennent.

Le front anglais a cédé, l'affaire du Chemin des Dames jette l’émoi au Parlement. Paris est menacé, visité par les avions toutes les nuits, bombardé le jour par un canon à longue portée. Clemenceau ne veut pas croire à l'effondrement de la patrie. Il veille, il rassure, il agit. Il travaille à obtenir l'organisation du commandement unique confié à Foch, il défend la Chambre contre les entraînements, il sévit contre toutes les formes de la trahison, il fait taire les révolutionnaires et les propagandistes de la paix de compromission, il poursuit la guerre jusqu'à ce mois de juin 1918 où commencent les offensives de Foch qui peu à peu obligèrent l'armée allemande à reculer, jusqu'à la retraite de l'ennemi, jusqu'à l'armistice. Alors il annonce au Parlement la nouvelle qui s'accordait au rêve du vieillard témoin de la guerre de 1870 l'Alsace et la Lorraine allaient reprendre leur place dans la patrie.

On a beaucoup dit que si Georges Clemenceau avait abandonné le gouvernement au lendemain du onze novembre, il se serait retiré en pleine gloire et qu'il a eu tort de présider lui-même aux négociations de la paix. Il est plus exact de regretter que tout de suite après l'armistice il n'ait pas été procédé à la signature de préliminaires de paix, qui auraient rendu plus facile la conclusion du traité. Quant au traité lui-même, qui est inférieur à ce que la France pouvait espérer, il est difficile de croire qu'un autre négociateur aurait davantage écouté le maréchal Foch et résisté plus fortement aux réclamations des Alliés.

Clemenceau a jugé qu'ayant le prestige de la victoire, il était aussi l'homme le plus capable de discuter avec l'Angleterre et avec l'Amérique. II était d'ailleurs enclin lui-même à tenir compte des idées soutenues par le président Wilson sur la libération des peuples. Très vite après l'armistice, la politique intérieure française et les traditions de la diplomatie anglo-saxonne ont surgi dans les discussions et ont pesé sur la Conférence de la paix.

Deux idées ont inspiré toute l'action de Clémenceau : une occupation de la Rhénanie permettant l'exécution du traité pendant quinze ans, une occupation permettant même la prolongation du délai et même le retour des troupes françaises après l'évacuation, si le traité n'était pas appliqué, d'autre part une convention de garantie anglo-américaine touchant le Rhin, convention que le président Wilson promettait de faire approuver par le Sénat des Etats-Unis.

Sur ces deux sujets, la suite des événements a complètement déçu l'attente de la france. Le Sénat américain a rejeté le traité de Versailles et n'a pas examiné la convention de garantie. La politique de liquidation de la guerre, inventée en 1924, a eu pour effet de renoncer prématurément à la garantit qu'était l'occupation rhénane.

Dans l'esprit de Clemenceau, le traité supposait toute une politique française qui n'a pas été suivie, et qui a même été remplacée par une politique absolument différente. L'homme qui avait négocié le traité croyait qu'il pourrait en surveiller l'application. Il fut soudain écarté du pouvoir. Il avait songé, sans excès d'enthousiasme, à se présenter à la présidence de la République.

Le 16 janvier 1920, la réunion préparatoire du Sénat lui apprenait que le Parlement lui préférerait Deschanel. Il déclara immédiatement qu’il n'était pas candidat, et il donna la démission du ministère le lendemain 18 janvier.

Une fois la guerre finie et le danger passé, les qualités qui avaient fait de Clemenceau un chef le rendaient insupportable non au peuple, mais aux représentants du peuple et au régime démocratique.

Ce qui avait paru courage, décision, autorité, était désormais considéré comme imprudence, caprice et despotisme. Ce qui avait été admiré en lui était devenu un sujet de critique. Ce qui avait contribué au salut de la nation était regardé comme un obstacle empêchant un prompt retour aux mœurs d'avant-guerre. Toutes les forces qu'il avait réprimées travaillaient sourdement contre lui. Il aurait sans doute triomphé, s'il avait délibérément manifesté sa volonté. Il n'était pas homme à solliciter. Il attendait que l'offre de la magistrature suprême lui vint du dehors, comme un consentement universel. Elle ne vint pas. Illustre dans la tourmente, le vieillard qui avait vaincu sembla gênant quand l'heure revint de la politique parlementaire.

Sans un mot, sans une explication et sans une plainte, il entra dans une retraite définitive et digne qui devait durer neuf années. Il voyagea, il alla en Egypte, aux Indes, aux Etats-Unis. Revenu en France il partagea son temps entre son pays de Vendée qu'il aimait et son appartement de la rue Franklin. Il travaille jusqu'à la fin, lisant et relisant, écrivant les deux volumes où il a résumé son expérience intellectuelle, Au soir de la pensée, un livre sur Démosthéme,  et enfin son livre sur les Grandeurs et misères d’une victoire où il montre qu'âgé presque de quatre-vingt-dix ans il avait gardé toute son ardeur de polémiste, sa véhémence, son pouvoir de sarcasme et d'injustice même contre le maréchal Foch, dont il parle avec une tendresse secrète et une amertume sensible. Mais il avait gardé aussi toute sa vigilance patriotique, et son dernier ouvrage manifeste à la fois la mélancolie qu'il ressentait en constatant ce que ses successeurs faisaient de la victoire, les inquiétudes qu'il éprouvait, les espoirs qu'il conservait, en dépit de toutes les erreurs, dans la destinée de son pays.

Dans la nuit du 24 au 25 novembre, à 1 heure 45 du matin, il s'éteignait.

Selon sa volonté, il n'y eut ni cérémonie, ni obsèques nationales, ni discours. Il a voulu être inhumé en Vendée, au Colombier, ferme aux tourelles de manoir, maison familiale de Clemenceau. Pendant que sans cortège il était enseveli au loin, à Pans le canon tira les mêmes salves que le jour de l'armistice, et évoqua ainsi l'heure la plus magnifique de la vie de celui qui venait de disparaitre. Déjà, il est entré dans la légende. Parmi ceux qui ont eu à subir ses coups, il y a encore des rancunes, des récriminations qui s'expliquent après soixante ans de polémiques et de batailles. Mais pour toute une génération qui ignore ces luttes du passé et qui du présent ne retient que l'essentiel, Clemenceau est l'homme exceptionnel par ses défauts et ses qualités, différent de toutes les personnalités diverses de la politique, supérieur par la vitalité, celui que les combattants ont nommé le Père la Victoire.

André CHAUMEIX, de l'Académie française. Larousse mensuel illustré : revue encyclopédique universelle

 

 

==> Le président Clemenceau et le jeune capitaine de Lattre - Colline des Moulins à Mouilleron en Pareds