histoire de l'abbaye de Maillezais fouilles archéologiques exécutées sous la direction d’Apollon Briquet en 1834

Alors la vieille abbaye la renommée revint au monde, sa réputation fut tout-à-coup splendide ; les dames surtout, les dames, dont l’imagination poétique s’anime si vite, les dames qui firent foule ; elles arrivèrent de loin, avides, empressées, pour voir de remarquables débris, pour contempler du haut des tours les ouvriers qui se meuvent sur les dalles foulées par tant de siècles.

Histoire Abbaye de Maillezais A la vue de tant de ruines et de trouble, il était impossible de ne pas éprouver de pénibles sensations (2)

Quand l’heure du départ avait sonné pour les ouvriers, on se vit se complaire à remuer, à brouetter des terres, on les vit vers le soir remonter au haut des tours, et contempler à l’horizon la foudre qui s’approche, les éclairs qui flamboient.

Ensuite de jeunes hommes arrivaient ; plus audacieux, ils montaient sur des pans de murailles, ils ne craignaient pas de se glisser dans les entrailles de la terre et d’y ramper dans des conduits inconnus.

histoire de l'abbaye de Maillezais fouilles archéologiques (1)

Longtemps ils se dérobaient aux regards, qui les revoyaient ensuite, et semblaient surpris de leur retour et de tant d’audace.

Une fois ensuite dans la cave salée, dans cet immense souterrain si sombre, des lumières furent placées de distance en distance ; alors, par une pente rapide, des femmes descendirent  dans ce moment, il fut beau de les voir, avec leurs têtes gracieuses et leur marche incertaine, s’avancer sous des voûtes humides, dans l’obscure demeure.

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Frappés par tant de spectacle divers, nous voulûmes, nous aussi, les fêter, ces nobles ruines ; pour elles nous fîmes porter au sommet des tours les roseaux qui naissent à leurs pieds ; nous y fîmes porter aussi les branches des peupliers et des saules qui croissent sur les terrées de la Sèvre ; puis, quand la nuit fut bien noire, des flammes s’élevèrent et grondèrent, et la pauvre cathédrale s’illuminant au loin des feux qui la dominent, ses murs, déchirés par le temps, parurent tout-à coup ; alors il sembla les voir, au milieu des orages et de la guerre, dévorés par l’incendie, sillonnés par la foudre ; mais, bientôt tout s’enfonça dans l’ombre et la profonde nuit.

Au sortir du chœur, des bas-reliefs étalèrent à nos yeux la sculpture dans tout ce qu’elle a de plus élégant, de gracieux : là, deux anges à chevelure bouclée étaient tournés l’un vers l’autre ; ils semblaient se sourire au milieu des guirlandes, des rubans, des fleurs et des fruits ; là, dans deux niches, deux enfants d’un travail achevés ; au-dessus de leur tête, deux élégantes corniches et un dôme.

Après quelques jours d’attente, le moment des tombeaux commença ; nous déterrâmes des os gigantesque, qui prouvent que les hommes étaient alors d’une taille bien plus élevée que celle de notre temps.

histoire de l'abbaye de Maillezais fouilles archéologiques (2)

Pierre tombale de Goderan, abbé de Maillezais, évêque de Saintes, mort en 1073.

Le bienheureux, revêtu de ses habits pontificaux, mitre en tête, la crosse sous le bras gauche, git, la tête appuyée sur un coussin ; les pieds sur un chien.

Les inventeurs qui, par, une singulière étourderie, avaient détruit en la lavant une inscription peinte en rouge sur l'un des côtés du tombeau, n'ont pas su mieux t soustraire au vandalisme d'une piété irréfléchie cette curieuse statue qui reste, malgré ses mutilations, la plus précieuse épave de la vieille Abbaye.

On l'a attribuée jusqu'ici au XIIIe siècle, mais il paraitrait bien étrange qu'on eût attendu si longtemps pour décorer la sépulture du pieux évêque.

Appartint-elle à cette époque que l'ampleur des draperies, les fortes saillies, un faire tout particulier, en un mot, ne permettraient guère d'en faire honneur à quelque vulgaire tailleur d'images du Poitou.

Elle paraîtrait plutôt l'œuvre d'un sculpteur étranger venu sans doute des provinces méridionales où les saines traditions de l'art antique se conservèrent longtemps.

La sépulture était intacte. Le sarcophage formé par plusieurs pierres juxtaposées, contenait, avec les ossements du défunt, une crosse en bois avec un cercle d'argent portant ces mots :

VIRGA. PASTORALIS. GODERANNI. SANTONENSIS.

L'anneau pastoral qui fut vendu, paya en grande partie les frais de la feuille. On l'a vu successivement aux mains de M. Faustin Poëy d'Avant, le numismate bien connu, l'un des derniers possesseurs des ruines de Maillezais, et, après sa mort dans celles de M. Fortuné Parenteau, à Nantes.

Une plaque en plomb portait l'inscription suivante :

VIII : ID

AVG. OB.

GODERA

NNS. SAN

TONENS.

EPS: HYIS.

Q. LOGI.

ABB. PIIS

SIMVS.

Cette plaque et le cercle d'argent désigné ci-dessus se trouvent conservés dans les vitrines de la salle du 1er étage du Musée de l'Ancien Hôtel de Ville.

Le tombeau contenait encore un vase brisé en terre, il ressemblait aux pots de lait Bas-Poitou ; dans ce vase étaient des charbons qu’on avait allumés au moment de l’inhumation, pour y jeter des parfums (du charbon et des plantes aromatiques), et pour éviter les exhalaisons de la mort.

 

histoire de l'abbaye de Maillezais moine et son seigneur

Un peu plus loin que Godéran, gisait une statue qui représente un guerrier sous les armes ; c’est sans doute le comte du Poitou nommé Eudes ou Odon.

Le seigneur est revêtu de sa cotte de mailles serrée à la taille par un ceinturon qui soutient l'épée; les mains sont gantées et étendues le long du corps. La tête et les jambes sont mutilées.

Le corps gît sur une sorte de lit de camp analogue aux lits drapés sur lesquels reposent les statues funéraires des Plantagenet à Fontevraud (XIIIe siècle).

En effet, au onzième siècle, les guerriers portaient la pesante armure des Normands, ou cotte de maille, qui les couvrait des pieds à la tête. Or, la tombe que nous avons retrouvée en est enveloppée ; elle appartient donc à un guerrier mort sous les armes, et par conséquent au prince tué devant Mauzé.

La statue d’Eudes ou d’Odon a considérablement souffert dans l’éboulement des voûtes ; les pieds, les jambes et la tête ont été cruellement mutilés, la peinture presque entièrement effacée. Ch. Arnauld fait observer qu'au moment de la découverte ; la poignée de l'épée conservait encore des traces de dorure, et que la cotte de mailles était peinte en noir. Il croit devoir attribuer ce tombeau il Eudes ou Odon. duc de Gascogne, tué au siège de Mauzé en 1039. ==> An Mil, siège du château de Mauzé de Guillaume le Bâtard, protégé par la Bretagne, avec des fossés et des pont-levis

Charles Arnauld. Histoire de Maillezais, pp. 320-821

Cette habitude de peindre les armures funèbres s’est conservée jusqu’au seizième siècle ; elle nous vint de l’Orient, les croisés nous l’apportèrent ; aussi les mausolées que Saint Louis fit ériger aux rois, ses prédécesseurs, furent enrichis de brillantes couleurs ; le soin même pour quelques-uns de nos rois fut porté à un tel point, que les statues furent dorées et coloriées au naturel.

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Le catalogue de 1865, sous le n° 19, inscrit le nom de Guillaume d'Aquitaine, sans dire s'il s'agit de Guillaume le Grand, mort en 1030, ou de Guillaume VI mort en 1037, qui tous les deux furent enterrés à Maillezais.

La statue étriquée et sans relief n'a rien de l'ampleur de celle de Goderan dont elle semble contemporaine : elle parait être l'œuvre de quoique imagier local.

Non loin d’Eudes ou d’Odon se trouva une autre tombe dont la forme n’était plus celles des autres ; c’était une masse de pierres dont les côtés étaient couverts de peinture, et où l’on voyait un ange sonner de la trompette ; il y avait aussi un cercle, dans lequel nous avons découvert un reste d’inscription, c’est-à-dire un C et un A. Il y avait un vase en étain avec une anse et un couvercle : cette forme ne se présente presque jamais.

 

Musée départemental (ancien hôtel de ville), Niort. Émile Breuillac et G. Girard.

 

histoire de l'abbaye de Maillezais abbé (1)

Près d’arriver au terme de nos fouilles, nous avons creusé jusqu’à l’endroit où la cloche a été fondue. La chemise du moule était assez bien conservée ; son diamètre avait trois pieds cinq pouces. Enfin nous rencontrâmes le puits sacré, que l’on voyait dans les églises au dixième ou onzième siècle, le puits dont les eaux merveilleuses opéraient, dit-on, de nombreux miracles.

Au milieu des immondices qui l’encombraient, nous avons trouvé, non sans surprise, des os de singe, un trépied en cuivre, une épée brisée.

L’intérieur de l’église entièrement déblayé, nous en avons fait lever le plan, le voici : à l’aide de ce qui reste et de la tradition, il est facile de rétablir la basilique de Maillezais telle qu’elle fut aux jours de ses magnificences.

plan abbaye maillezais fouilles archéologiques exécutées sous la direction d’Apollon Briquet en 1834,

 

A - Narthex ancienne entré; B - le puit sacré; C Escaliers pour monter aux clochers de l'époque romane; D - Tombeau de l'abbé Goderan; E - Autres tombeaux; F - Porte d'entrée; G - Entrée du choeur; H - Escalier pour monter au jubé; I - Escalier pour monter aux cloches du XIV siècle; K Chapelles autour du choeur.

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