Le vieux port de la Rochelle, Tour St-Nicolas, Tour de la Chaine, Tour de la Lanterne

Le vieux port, comme on le nomme à la fin du XIIe siècle, ne devait pas tarder à devenir insuffisant ou à se combler, par suite de l'envasement, de la marche des galets encombrant l'ouverture de la porte des Deux-Moulins. Ce résultat fut en outre amené par la création en cet endroit par les Templiers des deux moulins à eau qui donnèrent leur nom à la porte.

Au commencement du XIIIe siècle, on fit cependant un effort pour lui rendre la vie.

Par une charte, en date du 4 décembre 1222, Henri III, d'Angleterre, ordonna de faire un port depuis les moulins des Templiers, sis au Parrock, jusqu'au pont Rambaud, et du pont Rambaud jusqu'à son Châtelet hors des murs de La Rochelle. Les historiens de La Rochelle ont longuement disserté sur la situation de ce port.

M. Jourdan met le point de départ des moulins des Templiers à l'angle de la Besse-à-la-Reine; nous avons démontré ailleurs que les moulins étaient aux environs du lieu où s'éleva plus tard la tour de la Lanterne et de la porte qui a pris son nom des moulins ; le pont Rambaud s'ouvrait au pied de la rue Rambaud, vraisemblablement au niveau de la maison L'Évêque. C'est à l'extrémité du pont ou de la chaussée qui faisait communiquer la ville avec les routes de Laleu et de Nieul, que nous placerons le Châtelet. Ces sortes de défense avaient généralement pour but de protéger les abords d'un pont.

Quelques-uns ont placé ce Châtelet à l'angle des fortifications où s'éleva plus tard le bastion de l'Evangile ; à tort bien certainement puisqu'il eût été ainsi sur la même ligne que les deux points précédents, et qu'on n'indique pas une surface au moyen d'une seule ligne ; de cette façon, il n'eut pas été d'ailleurs hors des murs de La Rochelle, comme le dit Henri III.

Pour faire la dépense de l'établissement du port, Henri III mettait, à compter de Pâques suivant, un droit sur la navigation, à savoir 5 sous sur les navires portant des marchandises d'une valeur de 20 livres et au-dessus, 12 deniers pour les navires dont la cargaison valait moins. Cette aide était établie pour deux années; la direction des travaux et la perception des droits étaient confiées au connétable du Châtelet et à deux prud'hommes nommés par les Rochelais.

Les archives Britannique portent trace de dépenses faites en 1226 par le roi Henri III pour l’armement et l’équipement d’un navire qu’il appelait notre grande nef (magma navis nostra). La capacité de ce navire ou d’un autre semblable qui appartenait au roi permettait en 1225 le transport de 220 tonneaux de vin de Bordeaux.

Il y a lieu de douter, a-t-on dit, que ce port ait reçu un commencement d'exécution; d'abord, parce que, ni les annalistes, ni les vieux titres n'en font mention ; ensuite parce que le temps aura manqué pour conduire à fin une entreprise aussi considérable, le siège de La Rochelle par Louis VIII ayant commencé dix-huit mois après la date de la charte d'Henri III, et guère plus d'un an après l'époque fixée pour la perception de l'impôt.

Aux approches de la guerre, on se contenta sans doute d'élargir et de creuser le lit du cours d'eau de Lafond, et c'est peut-être à ce travail que fait allusion Nicolas de Braïa, dans son poème en l'honneur de Louis VIII, quand, en parlant des préparatifs de défense faits par les Rochelais, il s'exprime ainsi : « la terre est enlevée, des fossés sont creusés, les places sont entourées de palissades. »

Les Rochelais, en fait, ne devaient pas être très soucieux d'obéir à Henri III, d'abord à cause de l'aide de 5 sols et de 12 deniers qui pouvait nuire à leur commerce ; en second lieu, parce que, mieux que le monarque anglais, ils savaient par expérience que le cordon de galets menaçait l'ouverture de ce port à la mer. Cette résistance leur valut une seconde lettre du 8 avril 1223, dans laquelle Henri III invoque l'intérêt des Rochelais, pour la création de ce port, non pas seulement au point de vue de la navigation, mais parce qu'il servira de défense à la ville. Nous voici bien d'accord avec Nicolas de Braïa, et les travaux furent certainement commencés.

Nous en trouvons une autre preuve dans une concession d'une partie de la Besse-à-la-Reine, faite en 1250, à trois commerçants.

Girard Vendier, Guillaume et Giraud Arbert reçoivent à cens des Templiers, tout ce que ceux-ci possèdent devant les murs de la ville jusqu'aux « bacious », baisses ou bassins (?) qui sont de l'autre côté du chenal des Deux-Moulins, avec faculté d'exploiter ce cours d'eau comme ils l'entendront, pour le chargement elle déchargement des grands et des petits vaisseaux, s'interdisant de fermer à l'avenir les portes du chenal des Deux-Moulins.

Les tours du vieux port de La Rochelle vues par Juste Lisch

(Les tours du vieux port de La Rochelle vues par Juste Lisch)

Au fur et à mesure que la population s'augmente, on couvre le coteau d'habitations, et comme la mer se retire, c'est vers elle qu'on descend. Des atterrissements s'étaient formés de chaque côté des eaux de la vallée de Périgny ; l'un devint l'île du Perrot, l'autre l'ile Saint-Nicolas. Au milieu s'ouvrait une baie très favorable à la navigation ; on se réunit autour d'elle. Les puissantes sociétés du Temple et des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem avaient d'ailleurs compris toute l'importance de cette situation et s'étaient fait donner le plus de terrain possible aux abords de cette baie. C'était, en fait, une admirable situation. Ce port à l'entrée étroite, par suite à l'abri des coups de main, s'ouvrait sur une baie, également fermée, sorte d'avant-port immense limité par les pointes de Chef-de-Bois et de Coureilles, et couvrait ainsi tout ce qui a disparu sous le Marais perdu, la gare et le nouveau bassin à flot.

Une autre raison motive aussi la translation du havre en cet endroit. Un port est une source de revenus ; il y a des droits de toutes sortes perçus par les seigneurs dominants et dont l'origine remonte au lise romain.

Or La Rochelle se trouve dans une situation particulière; confisquée aux Châtelaillon par Guillaume, conservée aux comtes de Poitiers et aux rois d'Angleterre par Aliénor d'Aquitaine, qui régularise l'usurpation, en donnant Benon en échange, elle est bornée tout autour par les terres des seigneurs ; à l'ouest par la terre de Laleu qui vient longer le vieux port, au sud par la baronnie de Châtelaillon, dont les assises se tiennent à la porte Saint-Nicolas, au nord-est par la baronnie de Pauléon, qui tient les siennes dans le cimetière de Cougnes.

Le vieux port de La Rochelle se trouve donc limitrophe des terres des seigneurs qui peuvent avoir un droit sur les navires.

Encore au XIIIe siècle, on perçoit en effet à La Rochelle un impôt qui porte le nom des Mauléon, héritiers des Châtelaillon. Sur le nouveau port, au contraire, toutes les rives sont terres du comte qui y a droit à la totalité des revenus. Il y a donc une raison fiscale de substituer le nouveau à l'ancien.

La situation du nouveau port était acquise pour de longues années. Voyons donc quelle fut sa physionomie pendant les siècles qui précédèrent les temps modernes.

On y distinguait d'abord deux parties, le port et le havre. Le port, c'est ce que nous appelons aujourd'hui la baie, où stationnent un grand nombre de navires, se chargeant ou se déchargeant au moyen d'allèges. Beaucoup de vaisseaux préfèrent, pour plusieurs motifs , s'arrêter à l'extérieur des murs ; leur mouillage est meilleur et ils n'ont pas à craindre l'encombrement du havre ; ils sont dispensés de décharger leurs armes ou leur artillerie , meubles habituels et presque indispensables, des navigateurs des siècles derniers ; s'ils sont sujets aux coutumes , ils n'ont à payer ni droits de chaîne, ni droits de quais, et enfin ils ne sont pas exposés aux coups de force dont les menacent les fortifications et les tours de la ville, à une époque où l'on ne sait jamais si c'est la paix ou la guerre, ou si la foi des traités sera respectée.

Ce que nous appelons actuellement le port, se nommait le havre.

On y distinguait plusieurs parties: la grande rive qui s'étendait de la tour de la chaîne au pont Saint-Sauveur construit par Isambert, écolâtre de Saintes, vers 1200; la petite rive, depuis le pont Saint-Sauveur jusqu'à la tour Saint-Nicolas.

Quand toutes les rives furent occupées par le commerce, le côté de la rue du Temple d'abord, le faubourg Saint-Jean ensuite, puis le faubourg Saint-Nicolas , le havre eut une physionomie toute particulière; il était entouré d'une ceinture de murailles crénelées, flanquées de tourelles, percées de portes de distance en distance ; devant s'étendait la rive, aux terres soutenues par des pilotis et des palplanches, interrompues par des cales descendant droit à la mer.

Le quai Duperré se trouvait le plus rapproché de la ville; quand on a fait les travaux de reconstruction de l'hôtel des Douanes, c'est au cœur même de l'édifice qu'on a retrouvé l'ancienne armature du port. Par contre le quai qui correspond au cours des Dames et qui était occupé alors par le groupe de maisons de la Bourcerie, s'avançait beaucoup plus dans la mer.

Les aménagements du port ne se firent pas d'ailleurs d'un seul coup. Les premières fortifications séparèrent la rue Chef-de-Ville et la rue du Temple du port et du canal Verdière (Besse à la Reine) ; elles remontent à la fin du XIIe et au commencement du XIIIe siècle.

Puis Jean-sans-Terre entoura l'île du Perrot.

La première clôture du faubourg Saint-Nicolas est également de cette époque, 1205. En cette année, nous dit un chroniqueur, « les sieurs maire, eschevins, conseillers et pers de la ville de la Rochelle, commancèrent à faire rencloure le faubourg de Saint-Nicolas du costé de la Moulynette (porte Saint-Nicolas) et y faire faire des tours et machecoulys despuys la porte de Maubec (vis à vis le chevet de Saint-Sauveur) tyrant vers Saint-Nicolas, le tout aux despans de la dicte ville. Et furent contraints, les saulniers de Tasdon et lieux circonvoysins de venir, avec leurs ferremans , travailler à rechercher les fondemans dedans les maroys ; et leur fust ordonné à chacun, deux poictevins par jour ; et y assistoient, par chascun jour, quatre, tant de la maison de ville, que bourgeoys et habitans pour faire mieux dilligenter lesd. saulnyers, et autres ouvryers tant cherpantyers que massons. Et est à notter que les murs et fondemans furent posez et assis sur de gros paux fichez dans le bris avec de grosses traverses de boys y enlacées. Et fust employée led. an, la somme de six mille escus de Jean des denyers du commun et fust octroyée sur les tailles la somme de deux mille écus pour la continuation desd. fortifications. » Ces fortifications, dans l'esprit de Jean-sans-Terre, avaient été élevées contre le roi de France, Philippe-Auguste, qui s'avançait vers la Touraine ; les évènements firent qu'elles servirent surtout contre le roi d'Angleterre.

le vieux port de la Rochelle les tours

Cette muraille commençait à l'angle extérieur de l'église, à la porte Saint-Nicolas, porte qui devait s'appuyer de l'autre côté sur le rivage de la mer ; elle suivait ensuite la rue du Duc jusqu'à la hauteur du cours Ladauge, et de là se reliait au chenal de Maubec en obliquant vers le pont de Maubec qu'elle rejoignait, en face de la rue de la Ferté qui tirait son nom (Finnitas) d'un groupe important de fortifications. Au cours des travaux d'élargissement du canal Maubec (1882), on a retrouvé en ce point, vis-à-vis la rue de la Ferté, l'angle même de la fortification refaite sans doute au XVIe siècle, et reposant sur une meule de moulin que nous avons fait transporter au Musée. C'est là en effet qu'étaient placés les sept moulins qui, au XVIe siècle, avaient donné leur nom au quai.

Mais si la petite rue et le faubourg Saint-Nicolas étaient défendus du côté de l'est, ils ne l'étaient guère du côté de la mer et du port; aussi construisit-on, à la fin du même siècle ou au commencement du suivant au plus tard , un second mur qui partant du pont Saint-Sauveur, œuvre d'Isambert, vers 1200, rejoignait la tour qui fait encore l'angle du quai Valin, et suivait la façade des maisons du quai Valin jusqu'au point où le mur pouvait s'amorcer avec les constructions de la porte Saint-Nicolas.

Le chroniqueur Bruneau nous apprend que ces murs d'enceinte se trouvèrent, un siècle plus tard, insuffisants, en présence des perfectionnements apportés dans l'attaque et la défense des places, et que les murs furent exhaussés aux frais des habitants de la Rochelle, qui contribuèrent généreusement de leurs deniers à cette dépense.

C'est de cette époque que datent les mâchicoulis dont ils furent couronnés.

A la fin du même siècle, on compléta enfin ce système de défense. Un mur fut construit qui renfermait les lagunes de la petite rive et s'étendait de la porte Saint-Nicolas au goulet, ne laissant plus aucune partie du port exposée aux attaques de l'extérieur.

Ce dernier travail fut exécuté avec les ruines du château de Vauclair qu'en 1373, le roi Charles V autorisa à y employer. On y travailla avec une telle ardeur, dit le chroniqueur Baudouin, que le mur fut en état de défense en 1376. La tour Saint-Nicolas était aussi achevée de construire en 1384.

 

 De la ville et des faubourgs, on pénétrait sur la rive au moyen de portes ménagées dans la muraille; trois étaient ouvertes sur le quai ouest, dont une placée vers l'entrée de la Verdière était nommée la porte de Fer. Sur le quai nord, il y avait les portes des deux rues du Port, plus loin celle de la Poterie, au coin du quai Maubec. Sur la petite rive, les deux portes Cunare ou des Canards et de la Vérité.

L'enceinte, tout en conservant sa force, fut bientôt envahie par le commerce. En dehors comme en dedans, on se servait du mur pour y appuyer des constructions. Il n'y avait pas alors de Génie militaire pour en dégager les abords. Cette habitude n'était pas seulement tolérée, mais encouragée.

Nous en trouvons une preuve dans ceci qu'en 1588, on considère comme un embellissement le fait d'avoir construit des maisons et des boutiques au long du cavalier de Saint-Nicolas, sur la place qui porte aujourd'hui ce nom.

Mais il n'y a pas d'usage sans abus, et l'envahissement n'eut pas de limites.

En plus des maisons appuyées aux murs d'enceinte, des échoppes et des auvents, une partie des rives était couverte de constructions en bois qui portaient le nom de chais, et qui, comme de grands hangars, couvraient les quais eux-mêmes. Nous avons cherché à prouver ailleurs que le mot cayum employé dans de vieux documents rochelais, devait être traduit par quai et non par chai, synonyme de cellier. Nous serons ici encore plus précis dans nos explications, en déterminant l'origine exacte de ce mot de chai, usuel aujourd'hui dans les Charentes, dans le sens de cellier. Le mot cayum, chai, était un terme spécial qui servait à désigner les magasins en bois établis sur les rives et les cales, et destinés à mettre les marchandises momentanément à l'abri. Ce qui prouve absolument la spécialité de ce terme, c'est que dans tous les documents originaux des XVe, XVIe siècles et du commencement du XVIIe siècle, on désigne invariablement par l'expression de celliers tous les magasins destinés aux vins et aux autres marchandises, qui sont placés dans l'intérieur de la ville ou dans les propriétés rurales. Le chai, au contraire, est le magasin de la rive.

Or les riverains, au lieu de se contenter de créer seulement un abri et de laisser ces hangars ouverts aux marchandises, les avaient occupés, divisés, cloisonnés et en avaient définitivement accaparé la possession. Quelques maisons s'étaient même avancées jusqu'à la mer, aux abords de la tour de la Chaîne et ailleurs.

Ce qui facilitait encore l'accaparement, par les particuliers, des chais et de la rive, c'était l'autorisation, que les bourgeois avaient obtenue sous la réserve de certaines charges, de percer les murs d'enceinte de portes et de fenêtres. On en avait fait de véritables ruches d'abeilles, et le mur de ville ne devenait souvent plus qu'un mur de refend d'une maison particulière.

Les concessionnaires de ces droits d'ouverture étaient d'ailleurs soumis à des règlements. Les fenêtres devaient être grillées, les portes de bois couvertes de fer (arrêt du 26 avril 1536) ; les portes ne pouvaient être ouvertes et ne devaient être fermées qu'à l'heure où les portes de ville s'ouvraient et se fermaient (1407). A propos d'une affaire particulière, en 1583, la cour de l'échevinage déclare que « tous les habitants de telles maisons et chaix, à peine de punition corporelle (seront tenus) de fermer la porte desdites maisons et chaix regardant sur le havre de ladite ville aussitôt après le saing de la porte sonné et que l'on ferme les portes de la ville , sachant que telles portes sont réputées portes de ville, et pareillement ne les ouvrir du matin que led. seing de la porte ne soit sonné. »

Il arriva même, en 1467, que par crainte des ducs de Bretagne, on fit complètement fermer et murer les portes des quais et des maisons. Mais l'échevinage obtint la suppression de cette mesure.

Le même fait se produisit en 1567. Sainte-Hermine craignant les troupes de Montluc fit murer toutes les fenêtres et la plupart des portes qui étaient sur le havre du côté de la grande rive, celle de la chaîne, la porte de fer, les deux portes de la poissonnerie et le coy neuf (Verdière) ; du côté de la petite rive , la porte de Vérité, Cunare et le pont de Maubec. Ceci ne fut d'ailleurs que momentané.

A cette tolérance, l'échevinage trouvait un avantage, celui de mettre toutes les réparations du mur d'enceinte à la charge des particuliers.

En présence de tous ces accaparements, l'échevinage était obligé de rappeler quelquefois les propriétaires au respect du droit du public ; les contrats particuliers servaient même d'occasion à cette intervention du pouvoir.

Mais ce système de laisser à des particuliers la charge de l'entretien et de l'amélioration d'un établissement public, était déplorable. On peut dire que le port était dans un état peu favorable à la navigation. Comme nous l'avons vu, à l'exception de quelques cales dont les rebords étaient en pierre, les rives n'étaient soutenues que par des fascinages de gros pieux plantés debout ; les rives, jusqu'au XVe siècle, n'étaient abordables qu'aux petits bateaux et aux gabarres de moulinette dont le nom s'expliquera dans un prochain chapitre.

Les riverains curaient le port devant leurs quais; mieux que cela, ils curaient même tout ou partie du port, mais seulement pour satisfaire aux nécessités de leur commerce particulier. Un jour, André Morisson, échevin de la Rochelle, veut faire réparer un navire. Il n'y a, pour ce faire, qu'une sorte de chenal qui s'étend de la petite rive à la Grave, aux lieux où se trouve maintenant le bassin à flot ; et alors Morisson fait curer lui-même le chenal.

Voici, dans son intégrité, ce contrat de Morisson qui peint bien la part qu'avait alors l'initiative privée.

« Morisson, ses bessons. Personnellement establis Reynier Danjou, demourant en Aytré, Jehan Fouchier, et Jehan Bureau, demourant à Salles en Aulnis, et Méry Urjault, demeurant en Perrot, en la ville de la Rochelle, tous bessons, lesqueulx et chacun d'iceulx, ont fait marché avec sire André Morisson, échevin de la Rochelle, ad ce présent, stippulant et acceptant, qui ont promis, les dessus nommez, aud. Morisson, chacun pour soy et ung pour le tout, de luy croiser, netoyer, gester et oster terre, fange et aultres choses, de la cricque ou forme de la petite rive de La Rochelle jà encommancé à netoyer, pour y mectre et asseoir led. navire dud. Morisson, nommé l'Ysabeau, estant en la chaîne de lad. Rochelle. Et ce netoyé et croisé bien, profond et convenablement, comme il appartient au drois de Loys Hautin , maistre et pilotte de lad. navire et autres galfaicteurs et gens ad ce y congnoissans, dedans quinze jours prochain venans, et ce, pour et moyennant le prix et somme de 17 livres 10 sols tournois, pour toutes choses que led. Morisson a promis leur payer et bailler en faisant lad. besoigne et parfin, en payant la besoigne parachevée.

Et entreront le bateau estant en lad. cricque de la voye dudict. Et ad ce faire, ils ont obligés, etc. Fait et passé en La Rochelle, en présence de Myet et Maixant Ollier, maistres, le quart jour de may 1537. A. Doulcet, notaire. » Le travail fut exécuté, et on lit en marge : « Tracé (ce qui veut dire biffé) du consentement dud. Morisson et bessons, le 16e jour de juin 1537. »

L'expression de forme employée ici pourrait induire en erreur et laisser croire qu'il existait réellement une forme de radoub. Il ne faut pas trop se fier aux apparences, et, s'il est vrai, qu'à l'occasion on se servait de la crique de la petite rive pour y réparer les navires, il est apparent que les propriétaires de navires étaient obligés de faire les frais de l'appropriation de la fosse provisoire.

« Le mot fourme, nous dit en effet Jal, était employé pour désigner le lieu de retraite où les navires se plaçaient pour faire leur débarquement ou leur déchargement, longtemps avant que l'on songeât à bâtir des formes ou bassins de radoub ou de construction. »

Et encore : « Au XVIIe siècle, avant que les formes ou bassins en maçonnerie fussent établis dans tous les arsenaux maritimes et en assez grand nombre pour subvenir aux besoins des radoubs, on faisait des fosses où les navires pouvaient être introduits, et d'où la mer les emportait. »

C'est de cette façon que la crique de la petite rive était utilisée.

Le soin d'organiser l'outillage du port était laissé à la seule initiative privée. Si l'on en croit un document peu précis et à caractère traditionnel de la Chambre de commerce, un sieur Le Gan aurait imaginé de faire construire des baraques roulantes, contenant tous les objets nécessaires au radoub des vaisseaux. Le Gan les promenait de place en place, les mettant à la disposition des propriétaires, de telle sorte que l'emplacement où il se tenait le plus habituellement, aurait pris le nom de Place Le Gan, qu'il avait encore au XVIIIe siècle.

Cet état de choses, cette substitution de l'initiative privée à l'intervention du pouvoir, devait cesser. L'échevinage s'émut de cette situation, et à la fin du XVe siècle, nous le voyons préoccupé des moyens d'améliorer le port.

 

vieux port de la Rochelle Tour St Nicolas

(Vieux port de la Rochelle - Visite Virtuelle)

 

 

Pontanus, dans son itinéraire de la Gaule-Narbonaise compare La Rochelle à Cybèle, à cause de sa ceinture de murailles et de tours.

De cet ensemble de fortifications, il ne reste plus que la tour de la Lanterne et les tours de Saint-Nicolas et de la Chaîne, vieilles sentinelles criblées de blessures, qui gardent l'entrée du port, et sur lesquelles semble peser encore le fantôme des siècles passés.

 

La Tour de Saint-Nicolas

La légende prête à la fée Mélusine, la construction de la tour Saint-Nicolas.

La tour de Saint-Nicolas, construite à la fin du XIVe siècle (1384), mais où quelques détails intérieur ont été évidemment empruntés à un monument plus ancien. Elle a été restaurée par MM.Lisch,  Massiou et Corbineau.

En raison du terrain marécageux, il est décidé de mettre en place un radier, constitué de longs pieux de chêne enfoncés dans la vase et calés à l’aide de pierres, qui fait alors office de fondations. Cependant, en raison du poids de la construction et de la nature meuble du terrain, les fondations cèdent, ce qui a pour effet de faire s'incliner l'édifice, qui présente un important devers de plus de vingt centimètres en direction de l'est. Ne parvenant pas à la redresser, les ingénieurs décident de stabiliser les fondations.

En 1360, la signature du traité de Brétigny par le roi Jean II de France, qui cède de nombreux territoires à la couronne d’Angleterre, dont la ville de La Rochelle, interrompt le chantier. Ce dernier ne reprend qu'en 1372, symbolisant l’alliance entre Charles V, roi de France et la ville, après que les anglais ont été vaincus lors de la bataille de La Rochelle et chassés de la ville par les rochelais lors du siège mené par le connétable Bertrand Du Guesclin, sur ordre du roi, faisant de La Rochelle une ville définitivement française. 

En 1376, après 31 ans de travaux interrompus par la rupture des fondations dans les premières années de la construction et par l'occupation anglaise ensuite, et après un tour de force technique, les constructeurs étant parvenus à corriger la verticalité de la partie supérieure de l’édifice, la tour Saint-Nicolas est achevée.

On aura une idée de la grosse tour Saint-Nicolas, terminée en 1384, en se représentant un môle polygonal, auquel sont accolées circulairement quatre tours semi-cylindriques, excepté du côté qui regarde la mer. De ce côté, l'édifice présente un angle droit et forme une tour carrée beaucoup plus élevée que le reste du bâtiment. Cette espèce de donjon est entourée d'une plate-forme enceinte d'un parapet en saillie, décoré de trèfles et reposant sur un rang de consoles à trois renflements.

L'intérieur de l'édifice est composé de deux étages divisés en plusieurs corridors et compartiments irréguliers, voûtés en ogive.

La première salle, un peu au-dessus du niveau de l'eau, est de style ogival ainsi que la salle supérieure à laquelle on arrive par une rampe qui débouche près de la porte de la jetée. Cette salle est octogonale avec une ouverture au sommet de la voûte ; elle est composée de sept travées ; leurs nervures, au nombre de sept, retombent sur des colonnettes, dont les chapiteaux sont formés de pampres et autres feuilles diversement dentelées.

Les murs sont de grand appareil et les garnitures de petit appareil.

La salle a de 12 à 14 mètres de diamètre.

Il faut appeler l'attention des visiteurs sur le charmant autel gothique, qui est en retrait à un des flancs de la grande salle des hommes d'armes.

Cet autel est à quatre arcatures trilobées, avec crédences ogivales. La salle est octogonale. Chaque angle est occupé par des sculptures fort curieuses qui paraissent provenir d'un monument plus ancien. On remarque, entre autres, deux antilopes à cornes et à long cou entrelacés, un homme tenant un animal sous chaque bras, une tête humaine avec quatre ailes et diverses figures fantastiques.

On voit aussi, dans quelques enfoncements, placés dans les escaliers, plusieurs écussons très bien conservés, notamment l'un portant « trois léopards-lionnés en pal », et l'autre, « un lion rampant, avec bordure chargée de besans ».

Outre les chemins de ronde dans les murs, des escaliers doubles sont disposés de façon que ceux qui montent et ceux qui descendent en même temps ne se rencontrent pas.

Les escaliers se terminent à une tourelle donnant sur une terrasse à machicoulis, d'où l'on découvre toute la rade.

Restaurée par M. Lisch, et classée comme monument historique, la tour Saint-Nicolas va être aménagée pour recevoir le musée archéologique de cette ville. La télégraphie sans fil y a été installée en août 1907.

 

La Tour de la Chaîne

Au nord, la tour de la Chaîne, reconstruite au XVe siècle. Celle-ci était flanquée au sud-est d'une autre petite tour, dite petite tour de la Chaîne, « à cause, dit la légende d'une vieille carte, qu'on y tend une chaîne de fer qui est attachée à la tour Saint-Nicolas, pour empêcher les navires d'entrer et de sortir sans permission du capitaine ». Cette habitude de fermer le port a subsisté jusqu'au XVIIIe siècle, et la dernière chaîne est conservée au Musée d'archéologie.

C'est à propos de cette disposition que Rabelais raconte que « Gargantua, craignant que Pantagruel ne se gastat, feit faire quatre grosses chaisnes de fer pour le lier, et de ces chaisnes en avez une à la Rochelle que l'on lève au soir entre deux grosses tours du havre ». A voir une jolie voûte de la tour de la Chaîne.

C'est entre la tour de Saint-Nicolas et la petite tour de la Chaîne que M. Lisch, se basant, sur les apparences d'une base d'arcade visible au nord de la tour Saint-Nicolas, a cru pouvoir imaginer un immense porche qui, dominant le goulet, aurait mis les deux rives en communication entre elles. Tant ingénieuse soit-elle, cette conception manque de vraisemblance, pour des raisons architectoniques ou autres qu'il serait trop long d'indiquer ici.

La tour de la Chaîne avait primitivement 34 mètres d'élévation, du fond de l'avant-port, à mer basse, au sommet de son parapet. Elle se terminait par un parapet en saillie, coupé en créneaux et percé de meurtrières cruciformes, lequel reposait sur des consoles formant machicoulis. Son diamètre hors d'oeuvre est d'environ 16 mètres. Le premier de ses quatre étages paraît seul avoir été voûté comme le rez-de-chaussée, voûte qui résista, pendant la Fronde, à l'explosion des poudres et artifices auxquels les soldats du comte du Doignion, partisan de Condé, mirent le feu en 1651.

La voûte de la salle du rez-de-chaussée est ogivale et à 8 pans, dont les nervures reposaient sur des colonnettes basses, en partie détruites. A chaque étage sont des réduits voûtés, dont plusieurs assez grands, percés de canonnières. Les escaliers avaient été ménagés dans l'épaisseur des murs, mais ils sont en partie murés. Au palier du deuxième étage, on distingue encore une tête humaine de vieillard sur laquelle s'appuyait une des 4 nervures de la voûte, les autres sont très endommagées. La tour de la Chaîne servit souvent de dépôt de poudre, d'armes et même de canons.

Entre cette grosse tour et celle de Saint-Nicolas existait une petite tour, démolie au commencement de ce siècle, pour élargir l'entrée du port.

La chaîne qui défendait l'entrée du havre était attachée par un anneau à la tour Saint-Nicolas, et entrait par son autre extrémité dans une large ouverture voûtée, pratiquée au niveau de la mer dans la petite tour de la Chaîne, aujourd'hui détruite. On la tendait à l'aide d'un treuil placé dans un corps de garde, entre la grande et la petite tour de la Chaîne (Jourdan).

Un architecte distingué, M. Lisch, à l'examen de quelques restes de construction subsistant encore à la tour Saint-Nicolas, après des études sérieuses, a pensé qu'une vaste ogive, ouverte dans un massif de constructions réunissant jadis la tour de la Chaîne à la tour Saint-Nicolas, livrait passage aux navires, comme le colosse de Rhodes, et, dans sept dessins, remarqués à l'Exposition universelle de 1867, il a donné une restauration hardie de cette arcade.

 

Un mur, flanqué de tourelles, fermait la ville à l'ouest et rencontrait, à la hauteur de la rue des Fagots, la tour de la Lanterne, construite entre 1445 et 1476, ainsi appelée parce que sur la tourelle de l'escalier était construite une lanterne de pierre percée à jour, à six pans et vitrée, pour empescher que le vent n'esteignît le gros cierge ou massif flambeau que l'on mettait dedans, la nuit, en mauvais temps, pour servir de phare et lumière aux vaisseaux. On la nommait aussi tour du Garrot, de ce que, pour désarmer les navires de leurs canons, avant leur entrée dans le port, on employait une sorte de cabestan ou garrot.

 

Tour de la Lanterne

La tour de la Lanterne, dont la construction remonte à 1445 ne fut complètement terminée qu'en par les soins du maire Jehan Mérichon, marié à Marie de Parthenay-Soubise, conseiller intime de Louis XI, et premier historien de La Rochelle. Cette tour mentionnée par Rabelais avait « un capitaine bien gaigé »; elle s'appelait le Phare ou la Lanterne parce que sur la tourelle de l'escalier existait une « lanterne de pierre percée à jour, à six pans et vitrée pour empescher que le vent n'esteignit le gros cierge au massif flambeau que l'on mettait dedans la nuit, en mauvais temps, pour servir de phare et de lumière aux vaisseaux ». (Mervault. — A. Barbot.) Renversée par la foudre, le 1er février 1632 (J. Guillaudeaù) cette lanterne fut réédifiée en 1908.

Elle est représentée, comme phare, sur les médailles satiriques frappées lors du siège de 1627.

 

Une rampe douce conduit de la rue Sur-les-Murs au grillage de bois qui ferme l'entrée de la tour. Après avoir gravi 11 marches, on arrive au logement du concierge auprès duquel se trouve l'ancien corps de garde. Au-dessous règnent de vastes caves. Une lourde porte à droite dont la partie supérieure forme accolade conduit à l'escalier. Il y a quatre étages. Le panorama du haut de la galerie du chemin de ronde est magnifique.

 

Elle servit plusieurs fois de prison et reçut en 1681 une centaine de protestants du Poitou fuyant les persécutions et arrêtés au moment où ils espéraient passer en Hollande. Plusieurs prisonniers anglais y furent détenus vers le milieu du XVIIIe siècle.

En 1793 pendant la guerre de Vendée, ceux qu'on appelait les Brigands de la Vendée y furent entassés. Enfin elle servit, jusqu'en ces dernières années, de prison militaire.

 

La Tour de la Chaîne

Après l’achèvement de la tour Saint-Nicolas, la municipalité fait édifier la tour de la Chaîne de 1382 à 1390. Son nom provient de la grosse chaîne en fer qu’il fallait manœuvrer avec un treuil pour permettre l’entrée et la sortie des navires dans le Vieux Port. Le Capitaine de la Tour surveillait ainsi les mouvements des bateaux et percevait les droits et taxes de passage.

En 1472, la tour reçoit la visite du Roi Louis XI. Une légende raconte qu’il aurait gravé une inscription sur une vitre de la tour avec le diamant qu’il portait au doigt… 

Alors qu’elle sert de poudrière pendant la Fronde (soulèvement contre la monarchie lors de la minorité de Louis XIV), la Tour explose et reste 300 ans à ciel ouvert. D’importants travaux de restauration ont lieu aux XXème et XXIème siècles avec la reconstruction d’un chemin de ronde crénelé, la création d’une nouvelle toiture puis, la restitution de 2 étages à l’intérieur. ==> https://www.larochelle-tourisme.com/decouvrir/patrimoine-et-culture/les-tours-de-la-rochelle

 

 

La Rochelle et ses ports / par G. Musset

Wikipédia : Tour_Saint-Nicolas

Congrès archéologique de France : séances générales tenues ... par la Société française pour la conservation des monuments historiques

 

 

 

 

La Rochelle au Moyen Age - Le château Vaucler d’Henri II Plantagenêt et Aliénor d’Aquitaine <==

 

 

 

La Tour St-Nicolas et la Tour de la Chaîne ont été édifiées au 14ème siècle et faisaient partie des fortifications de la ville en assurant la fonction de verrou à l'entrée du port. A la fois, demeures et donjons, elle symbolisaient la puissance et la richesse de La Rochelle.
La Tour St-Nicolas, la Tour de la Chaîne et la Tour de la Lanterne ont été classées monuments historiques en 1879

Le Centre des monuments nationaux a décidé de prendre cette mesure de précaution après une nouvelle vérification de l'état de solidité de la tour dans les derniers jours du mois de février. Cette fermeture au public va permettre de réaliser des études pour mieux connaître l'étendue des risques et de mettre en œuvre des actions pour y remédier.

https://france3-regions.francetvinfo.fr

Fermée depuis le 1er mars pour des travaux d’urgence, la tour Saint-Nicolas est de nouveau accessible au public à compter de ce jeudi 25 juillet 2019