Légendes du Poitou et le royaume de la fée Mélusine

Les fées (fades en langue d’oc) sont des êtres merveilleux, imprécis, parfois bons, parfois dangereux, que l’on désigne par le terme révérentiel de « dame » ou de « damoiselle ». Elles sont peut- être la transposition chrétienne de ces déesses mères dont plusieurs statues figurent au musée archéologique de Saintes.

Leur nom semble venir de « fata », nom populaire des Parques : on les nomme parfois « Filandières ». Ausone les cite au quatrième siècle. Bonnes à l’origine, elles devinrent cruelles quand les Germains introduisirent chez nous les Normes et leur cortège inquiétant de nains, d’où sortirent peut-être nos fadets.

Certaines fées, les Pédauques, avaient des pattes d’oies : les chrétiens en firent des lépreuses ou cette « reine Pédauque » que l’on voit aux façades de certaines églises.

En Saintonge, elles hantaient les bois de la Faye d’Epannes, entre Marsais et Saint-Félis, là où s’élevaient deux dolmens aujourd’hui détruits. (leur présence est souvent liée à celle d’un mégalithe ou d’une fontaine.)

Celles-là avaient si mauvaise réputation que l’on évitait de passer la nuit dans cet endroit. 

Mélusine Château fort de Saint Jean d'Angle - Poitou Charentes

De toutes les fées dont le souvenir soit vivant, Mélusine est peut-être la plus populaire et la plus sympathique. Fée très française, elle a pour berceau Lusignan, dans cette vieille terre de Poitou, et son influence bienfaisante s'étend à toute la région de l'Ouest : outre la « forteresse nommée de son nom », elle y a élevé Vouvant, Mervent, Parthenay, La Rochelle, Châtelaillon, Niort, et autres lieux.

Les fées comme notre Mélusine sont généralement de grandes bâtisseuses.

En Vendée nous la retrouvons pas seulement à Vouvent et à Mervent, les donjons de Tiffauges, Châteaumur et Pouzauges ont aussi retenu son nom. Si l’on en croit la tradition l’évènement fatal serait survenu lors de la construction de cette dernière forteresse.

Les habitants de Pouzauges s’étonnaient de trouver les murs plus avancés chaque matin et de voir la bâtisse marcher ainsi vers son achèvement toute seule et sans le concours d’aucun ouvrier. L’un d’eux plus hardi résolut de pénétrer ce mystère.

Il se cacha dans les broussailles au-dessus du bois de la Folie en face de la tour carrée alors bien près d’être finie.

A minuit sonnant, la mère Lusine apparut et se mit à monter le ciment et les pierres, mais l’importun ne put se dissimuler longtemps aux yeux vigilants de la fée ; furieuse d’être découverte elle disparut en criant :

Pouzauges, Tiffauges, Mervent, Châteaumur et Vouvent Iront chaque an, je te le jure, d’une pierre en périssant.


Son caractère ne dément pas son origine. Mélusine diffère entièrement des dangereuses fées bretonnes, des Viviane, des Morgane, belles et perfides amies de Merlin… Mélusine, aussi belle, aussi tragique, leur est supérieure non seulement par ses vertus morales, mais aussi par la puissance de ses dons intellectuels.

Le Poitou est le royaume de la fée Mélusine qui détruit autant qu'elle construit car elle est capable de colères dont se souviennent les ruines des Charentes, et les îles qu'elle arracha au continent.

 

Le château de Mélusine de Lusignan <==.... ....==> Mélusine, légende populaire du pays d'Aunis et Saintonge