Hutte – Bourrine, la Maison du MARAIS Vendéen (2)

Comme dans le Marais Poitevin, les habitants du Marais nord Vendéen sont appelés « Maraichins ».

 

Ils demeurent dans des maisons basses, couvertes en tuiles creuses (tiges de bottes) jointes à la chaux.

Mais l'habitat caractéristique du marais, la maison maraichine la plus ancienne, c'est « la Bourrine ». Basse, trapue, aux murs épais (au moins 75 centimètres) faits de torchis, ou « Bourre » mélange de terre de marais, de paille et de roseaux séchés. Aucune pièce de bois ne consolide ces murs, montés en talus et enduits d'un lait de chaux d'une blancheur éclatante.

La charpente, faite de chênes équarris, est recouverte d'un nattage fabriqué avec des plantes que l'on trouve dans les fossés, aux feuilles larges de 3 centimètres et longues de plus d'un mètre, semblables aux feuilles d'iris.

Hutte – Bourrine, la Maison du MARAIS Vendéen Autrefois Challans La Foire

Sur ce tapis, qui empêchera les débris de tomber, sera placée la couverture constituée d'une épaisse couche de rouche (roseau de marais) qui est faite de petites bottes fixées par des fils de fer à la charpente, bien serrées les unes aux autres. Cette toiture, d'où émergent peu les cheminées rectangulaires ou rondes, forme un dôme arrondi, ou bien s'aplatit légèrement. Elle est maintenue par des perches horizontales appelées « garlattes ». Avec cette couverture isolante et les murs épais, la « Bourrine,» est en quelque sorte climatisée.

Le sol, la plupart du temps, est en terre battue.

85-Saint-Jean-De-Monts Hutte – Bourrine, la Maison du MARAIS Vendéen

Accolées à cette habitation, une ou plusieurs petites constructions semblables servent d'étables ou d'abris aux canards, poulets, porcs, ou bien de débarras.

L'ensemble se complète par la meule de foin ou de paille, « la barge » et souvent le tas de « bouzas » faits d'excréments des animaux mélangés à de la terre et de la paille broyée, qui servent de combustible, une fois bien séchés.

Ces « bourrines » constituent aussi tout le charme du Marais, charme auquel l'écrivain Jean Yole a été sensible : « Les murs badigeonnés au lait de chaux ont l'éclat des « voiles blanches sous la calotte de chaume ou de tuiles.

« A la poupe ou à la proue de chaque aire fermée à haut « bord par une clôture de tamaris ou de plusieurs coupes « de têtards, deux ou trois arbres, des ormes le plus souvent, se dressent comme des mats. »

85-Une-Bourine-Vendeenne-Hutte – Bourrine, la Maison du MARAIS Vendéen

Passons l'humble porte de bois d'une de ces vieilles bourrines. Il fait sombre dans la grande pièce, éclairée seulement par la petite fenêtre à quatre carreaux.

La grande cheminée à manteau occupe la place principale. L'âtre est très large, le manteau s'orne d'un rideau de cretonne fleurie. Quelquefois c'est un simple papier découpé le dépassant de quelques centimètres. Dans l'âtre, des alvéoles sont destinées au dépôt de chandelles de résine et d'allumettes. (Cet éclairage traditionnel a été abandonné depuis plus de soixante ans et remplacé par la lampe à huile, puis à pétrole, enfin par l'électricité.)

85-Une-Bourine-Vendeenne-N°165-H-0117

De chaque côté de cette cheminée, au seuil surélevé, on peut voir un banc de bois avec dossier, sur lequel on prend place pour se chauffer. Au bord du seuil, il y a parfois des paillassons, des tabourets de joncs réservés au même usage.

Derrière chaque banc est placé un lit qui a de très hauts pieds (en vue des inondations de l'hiver), à quenouilles ou non, et auquel on accède souvent par un coffre de chêne massif qui sert d'armoire.

Au centre de la chambre sont la large table et ses deux bancs de bois.

Le long du mur, face à la cheminée, les armoires à deux portes, appelées « Presses » aux fiches de cuivre bien astiquées, puis l'armoire à une porte « le cabinet », enfin le buffet vaisselier.

Sur un côté, la grande pendule « comtoise » et sur une partie surélevée, granit, pierre lisse ou mortier, une cruche d'eau, le « cantlau ».

 Autrefois Challans La Foire Hutte – Bourrine, la Maison du MARAIS Vendéen

La maison Vendéenne

La Vendée se divise géographiquement en trois parties : marais, plaine et bocage ; chacune de ces régions possède un type différent de construction. La bourrine est la maison typique du marais ; elle est construite en bourre, c’est-à-dire en terre malaxée avec de la paille et des roseaux hachés. Aucune pièce de bois ne vient consolider ces murs d’argile, aussi sont-ils très épais et montés en talus. Cette maison n’a jamais d’étage, possède très peu d’ouverture et est couverte d’une vaste calotte brune et épaisse faite de rouches ou roseaux. Cette toiture en roseaux est maintenue de distance en distance par de longues perches installées horizontalement. Les cheminées rectangulaires faites également en terre ne dépasssent  guère en hauteur le faitage de la couverture.

Quelques dépendances : étables ou abris ; viennent se souder à l’habitation ; les toitures de ces constructions accessoires sont néanmoins plus basses ou en appentis.

La bourrine réalise le type d’une habitation essentiellement paysanne, édifiée avec les seuls matériaux trouvés dans le pays. Sa silhouette trapue comme trapue contre terre pour se mettre à l’abri du vent, la couleur de ses murs et de sa toiture, tout cela s’accorde parfaitement bien avec le paysage, avec le marais, avec toute sa boue, son eau et ses herbes aquatiques. Cette originale habitation est un cas curieux de mimétisme intentionnel.

Les terres du marais étant, l’hiver, envahies par les eaux, la bourrine doit être construite sur une élévation du terrain, tertre naturel ou artificiel émergeant des plus hautes eaux.

Des fossés et des canaux entourent cette butte qui devient ainsi un véritable ilot, ne communiquant avec l’extérieur qu’au moyen d’un petit pont ou d’une yole.

Sur le terrain parcimonieux de cet ilot, outre la bourrine, s’entassent, au hasard des emplacement disponibles, des huttes ou cabanes, de petites constructions en terre coiffées de « rouches », abritant les dépendances de la ferme.

Les cabanes à canards, à poules, la niche du chien de garde sont également de minuscules bourrines.

Cet ensemble fort pittoresque de petites constructions de même caractère.

La bourrine est appelée à disparaitre ; elle est peu à peu remplacée par une maison construite en pierre (la pierre venant du bocage) ; les murs sont crépis et blanchis à la chaux vive, la toiture a deux pentes très faibles et faites de tuiles creuses.

La bourrine est à l’origine une maison de pauvres, la maison est peu coûteuse de construction et d’entretien : blanchissage annuel à Pâques couverture à refaire tous les 5 ou 10 ans (les artisans appelés chaumeurs ou bourrineurs).

Hutte – Bourrine, la Maison du MARAIS Vendéen 85-Saint-Jean-De-Monts

De par sa nature, la bourrine présente des qualités remarquables d’isothermie : fraîche en été, chaude en hiver. Les anciens assurent même que l’humidité n’y rongeait pas les meubles.

 

Bourrine Chemin des Grenouillères  Saint-Jean-de-Monts

On a remédié à l’inondation de diverses manières : des levées de terre étaient dressées au seuil des maisons, si l’eau y pénétrait, alors on devait circuler sir des planches, parfois même faire le feu dans un chaudron, et dormir dans un lit haut sur pattes. En été, il fallait faire la CHUSSAIE (ou GIBRONEE) pour tuer les moustiques : un récipient plein d’herbes brûlait dans une pièce en dégageant une forte fumée âcre. Quant à l’eau pour tremper la soupe, elle était prise dans les puits de la rive, cela nécessitait un long transport souvent. Pour les autres usages moins délicats, on recueillait sur place l’eau saumâtre, et on la laissait décanter dans des bassins. Enfin, rien n’était prévu pour l’hygiène, ni local pour la toilette, ni latrines ; les ordures étaient jetées à la FOULAIE.

La bourrine traditionnelle en bigots et roseaux a été remplacée vers 1910 par la bourrine en roseaux mais dont les murs porteurs étaient de pierres jointoyées à la glaise.

 

Hutte – Bourrine, la Maison du MARAIS Vendéen (1)

La maison de la plaine a un aspect différent, car elle est souvent à étage ;  les façades crépie et blanchies ont les jambages de baies et les linteaux en pierre de taille. L’habitation est flanquée à droite et à gauche de deux dépendances plus basses abritant l’une la remise, l’autre l’étable.

 

La maison du bocage est construite en schiste ou en granit apparent ; aussi, malgré la parure des toits de tuiles rouges ou jaunes, l’aspect est triste.

Les linteaux et les pieds droits des portes et des fenêtres sont quelques fois en briques, tandis que les corniches sont des bandeaux moulurés. La couverture en tuile creuses est quelques fois à deux versants inégaux, car le plan de l’habitation est, dans certaines régions, doublé en profondeur par l’étable, la laiterie ou beurrerie, et le cellier, constructions édifiées en arrière de la pièce commune. Un escalier en pierre ou en bois, adossé extérieurement à l’un des pignons, permet d’accéder au grenier qui s’étend au-dessus des pièces d’habitations.

Société d'ethnologie et de folklore du Centre-Ouest.

 

 Les colliberts, collibertus, culvert, huttiers et nioleurs des marais de la Sèvre du Bas Poitou <==.... ....==> Marais Poitevin - Breton, la N’Yole dés - barques