1134 Niort Charte de Guillaume X, père d’Aliénor d’Aquitaine en faveur de l’abbaye de Fontevraud
Avec l'établissement du régime féodal, un lien de plus en plus serré s'établit entre les seigneurs et la forêt, à tel point qu'il suffisait d'être un justicier de certaine classe pour avoir droit à la forêt; à tel point aussi que les seigneurs confisquèrent même parfois à leur profit les droits d'usage, et que, quand ils venaient à les confirmer entre les mains des usagers, ils semblaient octroyer de nouveaux droits.
Détenteurs de tout le domaine public dans le sud-ouest de la France, les ducs d'Aquitaine eurent dès les temps les plus reculés la directe de forêts de leur territoire.
Aussi les voit-on dans tous les titres faire acte de maître à leur égard. C'est d'eux en effet que le clergé et la plupart des maisons religieuses en reçurent des parts plus ou moins grandes.
La forêt d'Argençon, plus connue aujourd'hui sous le nom de Benon, faisait partie du domaine des ducs d'Aquitaine, comtes de Poitou.
On la trouve indiquée dans les chartes sous le nom de Argencum, Argenchum, de Argenconio, de Argentonio, de Arcenconi, d'Argenton et d'Argençon, nemus Argenti (1069), Argenzum (1107), nemus Arjacum (1134), Arranzurn (1135), Ariarzum (1136), Arjachum (1165) etc.
Le 19 avril 1134, le père d’Aliénor d’Aquitaine, Guillaume X, Comte du Poitou et duc d'Aquitaine, signe dans la cour du château de Niort une chartre « in aula niortensi castri », en faveur de l’abbaye de Fontevrault.
Un magnifique cyrographe permet de faire remonter à une époque antérieure à l'année 1140 rétablissement des dames de Fontevraud dans le petit monastère de Saint-Bibien ; autrement il serait difficile d'expliquer comment elles ont pu percevoir le droit d'herbage de la forêt d'Arjacium, aujourd'hui Benon, donné à l'abbaye, par Guillaume X, duc d'Aquitaine, qui en avait affecté spécialement le produit à l'achat de pain de froment pour les religieuses et pour les frères qui les assistaient.
Au nom de la Trinité sainte et individuelle.
Moi Guillaume, par la grâce de Dieu, duc d’ Aquitains, je transmets par la présente page le souvenir de la postérité que je me suis donné au monastère de Sainte Marie de Font Hevraud, afin que Dieu ait pitié de l'âme de mon père et conduise moi à la vraie pénitence, pratique qui s'appelle l'herbier de toute ma forêt qui s'appelle Arjacium, aux juments, à l'esprit, aux bœufs et aux vaches ; laquelle coutume est payée chaque semaine entre les branches de palmier et la Pâque, douze deniers pour chaque jument, six deniers pour chaque bœuf et quatre deniers pour chaque vache.
Mais je veux que le présent et la postérité sachent avec une certitude absolue qu'aucun homme n'a été entièrement défavorisé par cette pratique, aucune église n'a été entièrement défavorisée par moi ou par mon père.
C'est pour cela que je donne moi-même le pâturage des vaches de mon père et des miennes, à ceux qui les voient, de ma bourse d'aumônes, entre les mains de la première abbesse Pétronille de l'église elle-même ; et quiconque ne respecte pas fidèlement ladite coutume encourra la colère de Dieu Tout-Puissant et sera jugé comme fraudeur de nos aumônes.
Mais les deniers recueillis selon la coutume ci-dessus ne doivent être dépensés que pour acheter du pain de blé, pour le rafraîchissement des religieux qui, dans le cloître, servent Dieu et la Bienheureuse Marie toujours vierge, et des frères qui veillent sur les besoins leurs enfants.
Maintenant, j'ordonne, j'établis et je confirme ce don afin qu'il reste ferme et inviolable pour toujours et à jamais.
De nombreux hommes vénérables étaient présents à notre donation, dont les noms sont souscrits :
Aimeri, vicomte de Châtellerault, Boso son frère, Eschivard de Preuilly, Engelelmus de MorteMere, Rannulfus Senebaudi, Helies de Vivone, Hugh Claretus, William de Camera, Ademarus vicaire, Hugh Tirolius, Peter Helias, ami du comte.
Signum + Wuillelm, duc d’Aquitaines.
Celle qui s'est déroulée dans la cour du château de Niort, l'année de l'incarnation du Seigneur 1134, le 13 mai, 12ème acte d'accusation, 23ème accord, avec succès, amen.
In nomine sancta et individu Trinitatis.
Ego Wuillelmus, Dei gratia dux Aquitanorum, per presentem paginam trado posleritatis memoriae me dedisse monasterio sanctae Mariae de Fonte Hevradi, ut Deus anime patris mei misericordiam faciat et me ad veram penitentiam conducat, consuetudinem que erbarium dicitur de toto nemore meo quod Arjacium vocatur, de equabus videlicet et bobus et vaccis; que consuetudo redditur ebdomada inter Ramos Palmarum et Pascha, de unaquaque equa duodecim denarii , de unoquoque bove sex denarii, de unaquaque vacca quatuor denarii. Volo autem et présentes et posteros certissime scire quod de hac consuetudine nuilus prorsus homo feodatus, nulla penitus ecclesia a me vel a patre meo feodata est.
Quapropter ego ipse de propriis patris mei vaccis et meis, his qui assunt cernentibus, de bursa mea elemosinaria pascuarium reddo, in manu ipsius ecclesiae abbatissae primae Petronillae; et quisquis prefatam consuetudinem fideliter non reddiderit, iram Dei omnipotentis incurrat et tanquam elemosinae nostrae fraudator judicetur. Congregati vero de predicta consuetudine denarii non in alios usus expendantur nisi ad emendum panem de frumento, ad refectionem earum sanctimonialium quae in claustro Deo et Beata Mariae semper virgini deserviunt, et fratrum qui earum necessitatibus invigilant. Hoc autem donum precipio , constituo, con firmo ut firmum et inviolatum permaneat amodo et usque in sempiternum.
Interfuerunt huic nostrae donationi multi venerabiies viri, quorum nomina subscribuntur : Aimericus vicecomes de Castro Airaudi (4), Boso frater ejus, Exchivardus de Pruliaco (5), Engelelmus de Morta Mare (6), Rannulfus Senebaudi (7), Helias de Vico Veone (8), Hugo Claretus. Guillelmus de Camera, Ademarus vicarius, Hugo Tirolius, Pelrus Helias, amicus comitis.
Aimericus vicecomes de Castro Airaudi (4), Boso frater ejus, Exchivardus de Pruliaco (5), Engelelmus de Morta Mare (6), Rannulfus Senebaudi (7), Helias de Vico Veone (8) , Hugo Claretus (9). Guillelmus de Camera, Ademarus vicarius, Hugo Tirolius, Pelrus Helias, amicus comitis.
Signum + Wuillelmi ducis Aquitanorum.
Quod factura est in aula Niortensis castri, anno ab incarríatione Domini MCXXXIIII, XIII kaleudas maii, indictione XII, epacta ххш, féliciter, amen.
Cette donation du duc Guillaume fut confirmée, une quarantaine d'années plus tard, par son petit -fils, Richard Cœur de Lion, après que son père, Henri II, lui eut donné le comté de Poitou.
En 1196 elle reçut aussi la confirmation d'Othon de Brunswic, auquel, avant sa promotion à la dignité de roi des Romains, Richard, son oncle maternel , avait conféré le duché d'Aquitaine, dont il eut la jouissance durant deux années.
Le texte de la charte originale, conservée, à Angers, dans le chartrier de Fontevraud, Titres anciens, n° 121.
Chartes de Fontevraud concernant l'Aunis et La Rochelle Paul Marchegay
Niort l’ancien castellum à la reconstruction du Donjon Poitevin Plantagenêt.<==
1. Archives de Maine-et-Loire, Fontevraud : Fen. 4, Sac 2, pièce I". Orig. jadis scellé sur cuir blanc.
2. L'inscription placée entre les deux exemplaires de cet acte, et couple par le ciseau lorsqu'ils furent délivrés l'un au duc d'Aquitaine et l'autre à l'abbesse de Fontevraud, porte ; - . –DATVM OPTIMVM ET OMNE DANVM…..
3. Le P. de la Mainferme, Clypem nascentis Fontebraldensts ordinis, (vol II)
(4) Aimeri 1er vicomte de Châtellerault (1077-7 nov. 1151), épouse Dangereuse de L'Isle Bouchard (v. 1075-1151) dite Maubergeonne, fils de Boson II (v. 1055-1101)
(5) Eschivard de Preuilly
(6) Engelelmus de Mortemer
(7) Vers 1190, Isembert Sennebaud possède une « maison » à Chauvigny (cartulaire de la Merci-Dieu p. 38-39, n° XXXVIII). Le Bois Sennebaud (hameau commune de Chauvigny) leur doit peut-être son nom.
Au moment où les Sendebaud voient Chauvigny leur échapper ils sont vraisemblablement déjà installés au Blanc. En effet, Isembert et Pierre Sendebaud souscrivent en compagnie de Garnier du Donjon et ses frères pour l'alleu d'Aillé (vers 1090 ? ; Cartul Saint Cyprien n° 213). Pour la seigneurie du Donjon du Blanc.
(8) Helias de Vivonne
