1193 Richard Cœur de Lion, Capturé à son retour de croisade
Richard, après avoir conclu avec Saladin une trêve de trois ans trois mois et trois jours, et instruit de ce qui se passait dans son royaume, où les régents par lui nommés commettaient des vexations de toutes sortes, quitta l'armée des croisés pour revenir en Angleterre.
Le roi d’Angleterre, à son départ de la terre sainte, est poussé par la tempête au fond de la mer Adriatique ; ayant fait naufrage sur la côte italienne, le roi tente de gagner l'Angleterre en traversant les terres de ses ennemis.
Comme il craignait les vengeances de ceux qu'il avait maltraités en route, il voyagea incognito ;
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Décembre 1192, Richard, revenant de la croisade, fait naufrage sur la côte dalmate (Illyrie)- Déguisé en Templier, il traverse l’Autriche mais est reconnu (l’anneau royal le trahit).
Le roi Richard, au moment de son débarquement, avait encore avec lui deux gentilshommes : Baudouin de Béthune et Guillaume de l’Etang, quelques templiers et un petit nombre de serviteurs dévoués.
Il comprit qu’il fallait, pour fuir l’Italie, traverser les domaines de Léopold, duc d’Autriche, ce prince qu’il avait si brutalement offensé sous les murs de Saint-Jean-D’acre : pour garder un incognito vraisemblable, il réduisit d’abord le nombre des hommes qui l’accompagnaient ; ensuite il prit un déguisement et se fit passer pour marchand.
Maitre Hugues, tel était son nom d’emprunt. Cependant, comme tel, il lui fallut demander un sauf-conduit au seigneur de Zara.
Richard eut l’imprudence, pour obtenir cette pièce, de faire offrir au châtelain un gros rubis monté sur une bague, pierre célèbre dans toute l’armée chrétienne. Chacun l’avait vu briller au doigt de Richard Cœur de Lion, du vainqueur de Ptolémaïs et d’Ascalon.
Traqué par le duc d’Autriche, il sera reconnu et arrêté à l’automne 1192, à Rast, un petit bourg près de Vienne.
Léopold V d’Autriche, furieux contre Richard pour des incidents en Terre Sainte (notamment la mort de son cousin à Acre et le refus de partager le butin, insulté à Ptolémaïs en déchirant sa bannière), le capture et le vend à l’empereur Henri VI (janvier 1193).
Philippe de France, en apprenant la captivité du roi d'Angleterre, voulut en profiter pour s'emparer de ses domaines du continent, puis après de l'Angleterre.
1193, janvier à mars Philippe Auguste écrit au duc d'Autriche pour le prier de garder le roi Richard Cœur-de-Lion dans une étroite captivité jusqu'à ce qu'ils se soient entendus avec l'empereur à son sujet.
Philippe, par la grâce de Dieu, roi de France, à son très cher ami, le noble duc d'Autriche, salutations et amour sincère.
Parce que vous avez vu et entendu de manière perverse et contre Dieu et l'homme Richard, le roi le plus impie d'Angleterre, vivre et agir dans les régions d'outre-mer, il n'est pas nécessaire de rappeler chaque détail à votre mémoire.
Il est vrai que nous savons que vous devez garder fermement à la mémoire que Richard, marquis de Chunrad, seigneur de Tyr, qui fut jusqu'au dernier jour le défenseur et le pilier du christianisme, sans cause et sans mérites antérieurs, un parent autrefois très cher à vous et aux nôtres, a été cruellement mis à mort par les Assassins.
C'est pourquoi, par tous les moyens que nous pouvons, nous vous offrons des prières provenant de l'affection la plus intime de notre cœur à tout moment, en vue de la miséricorde de Dieu et en respect de tout service que nous pourrions vous rendre, afin que vous gardiez ce qui précède. Richard sous garde étroite, et ne le relâchez en aucune façon, jusqu'à ce que vous et nous avec l'illustre empereur des Romains Nous ayons été informés de bouche à oreille ou par des messagers de notre côté.
Phylippus Dei gratia Francie rex karissimo amico suo nobili duci Austrie salutem et sincère dilectionis pienitudinem.
Quoniam quam perverse et contra Deum et contra hominem Richardus, impiissimus rex Anglie, in transmarinis partibus vixerit et fecerit, oculo ad oculum vidistis et audistis, singula vobis ad memoriam non oportet reducere.
Verum scimus vos fixa tenere memoria quod Richardus Chunradum marchionem, dominum Tyri, qui usque ad supremum diei exitum defensor et columpna Christianitatis extitit, sine causa et nullis precedentibus meritis, consanguineum quondam vestrum karissimum et nostrum, per Assassinos crudeliter fecit interfici.
Modis igitur omnibus quibus possumus, preces ex intimo cordis affectu procedentes vobis porrigimus quatinus, intuitu misericordie Dei et respectu cujusque servitii quod umqnam vobis potuerimus exhibere, predictum Richardum sub arcta teneatis custodia, nec aliquo modo eum liberetis, donec vobis et nos cum illustri Romanorum imperatore ore ad os, aut per nuncios de latere nostro, locuti fuerimus.
Des prisons de Léopold, Richard passa dans celles de l'empereur d'Allemagne ; il y resta jusqu'à ce qu'il eût acquitté une rançon qui s'élevait à cent cinquante mille marcs d'argent, et à laquelle il avait été condamné par jugement : il eut sa liberté en janvier 1194.
Les historiens sont unanimes à cet égard, c’est le 20 décembre 1192 (kalendas januarii captus est)
Avril 1193 L’empereur décida que Richard serait jugé par la diète germanique, réunie à Haguenau.
Les chefs d’accusation portés contre Richard:
1- Appui donné au bâtard Tancrède dans son usurpation du trône de Sicile
2- Divers manquement au roi de France, suzerain de Richard
3- Le prince de Chypre injustement détrôné, et cette ile donnée à un étranger (Lusignan)
4- Insulte faite à la nation allemande, à Léopold, en faisant jeter dans un égout la bannière de l’Autriche
5- Le meurtre de Conrad de Montferrat, ordonné et soldé par Richard
6- Connivence entre Saladin et Richard pour ne pas enlever Jérusalem aux infidèles, et présents du sultan acceptés par le roi d’Angleterre.
Procès à Spire ou Triffels : Devant Henri VI (Hohenstaufen), Léopold d’Autriche dresse cet acte d’accusation pour justifier la détention et la rançon. Richard répond avec calme et ironie, réfutant les accusations.
ACCUSATION PORTÉE PAR LÉOPOLD, DUC D’AUTRICHE, DEVANT L’EMPEREUR HENRI
Richard, roi d’Angleterre, de retour de la guerre sainte, alors qu’il naviguait sur la mer Adriatique avec ses hommes, fut surpris par une tempête effroyable.
Sa flotte fut dispersée et lui-même fut jeté par les flots sur la côte d’Illyrie.
Il déposa sa majesté royale, ne gardant avec lui que très peu de compagnons, revêtit l’habit des Templiers et se dirigea vers l’Allemagne, pensant ainsi éviter surtout les Français, dont il craignait le plus les embûches et la violence.
Mais le mal lui vint d’ailleurs. Sa figure, connue de tout l’univers, ne put tromper personne ; et l’anneau royal aperçu à son doigt le fit reconnaître et trahir par son hôte.
Léopold, duc d’Autriche, dont les sujets avaient combattu en Asie et entretenu des inimitiés avec les Anglais, considéra cet homme comme un don du ciel dont il pourrait tirer vengeance.
Il le conduisit devant l’empereur Henri et parla ainsi :
« Voici, Auguste, Richard, qui a troublé la Sicile, où il avait été accueilli et honoré comme chevalier ; qui, se vantant de faire la guerre aux Turcs, l’a faite aux chrétiens ; qui n’a approché aucun lieu chrétien qu’avec un cœur hostile ; qui a ravagé par les armes Chypre, royaume chrétien, et l’a livré au pillage ; qui a entretenu des inimitiés avec Philippe, excellent roi des Français, ton ami et celui des tiens ; qui, à Ptolémaïs, a massacré presque tous les Turcs prisonniers que les chrétiens ne voulaient pas échanger, et a vendu les autres, surtout les plus riches, pour de l’argent ; qui, parti pour Jérusalem, est revenu au milieu du chemin sans qu’aucun événement nouveau l’y contraignît ; qui a reçu chaque jour de Saladin des présents et des lettres, et était déjà presque uni à lui par un traité ; qui a traité nos compatriotes allemands en Asie avec la plus grande cruauté, au point que les croisés allemands ont trouvé Richard plus cruel que Saladin.
Tout cela, Auguste, est connu de toi et du monde entier par des lettres, des messagers et la renommée universelle.
S’il nie l’un de ces crimes, je suis prêt à prouver ma parole par les armes et à décider de la vérité par la force et par cette droite main. »Ainsi parla le duc.
Richard, debout, les mains chargées de chaînes, répondit en ces termes à tous les chefs d’accusation :
« Je suis né dans un rang à ne rendre compte de mes actions qu’à Dieu seul ; mais elles sont d’une nature telle, qu’elles ne craignent pas même le jugement des hommes, et particulièrement, seigneur, d’un prince (Henri VI) aussi juste que vous.
Mes liaisons avec le roi de Sicile n’ont rien qui vous ait dû fâcher ; j’ai pu ménager un homme dont j’avais besoin, sans offenser un prince dont j’étais l’ami.
Pour le roi de France, je ne sache rien qui m’ait dû attirer son chagrin, que d’avoir été plus heureux que lui. Soit l’occasion, soit la fortune, j’ai fait des choses qu’il eût voulu avoir faites : voilà tout mon crime à son égard.
Quant au tyran de Chypre, chacun sait que je n’ai fait que venger les injures que j’avais reçues le premier. En me vengeant de lui, j’ai affranchi ses sujets du joug sous lequel il les accablait. J’ai disposé de ma conquête, c’était mon droit ; et si quelqu’un avait dû y trouver à redire, c’était l’empereur de Constantinople, avec lequel ni vous ni moi n’avons pas de grande mesure à garder.
Le duc d’Autriche s’est trop vengé de l’injure dont il se plaint, pour compter encore parmi mes crimes. Il avait manqué le premier, en faisant arborer son drapeau dans un lieu où nous commandions, le roi de France et moi, en personne : je l’ai puni trop sévèrement ; il a eu sa revanche au double ; il ne doit plus rien avoir sur le cœur, si ce n’est le scrupule d’une vengeance que le christianisme ne permet pas.
L’assassinat du marquis de Montferrat est aussi éloigné de mes mœurs, que mes intelligences prétendues avec Saladin sont peu vraisemblables. Je n’ai pas jusqu’ici montré assez de crainte de mes ennemis, pour qu’on me croie capable d’attaquer leur vie autrement que l’épée à la main, et j’ai fait assez de mal à Saladin, pour donner à penser que, si je ne l’ai pas trahi, je n’ai pas été son ami.
Mes actions parlent pour moi, et me justifient mieux que mes paroles. Acre pris, deux batailles gagnées, des partis défaits, des convois enlevés, avec tant de riches dépouilles dont toute la terre est témoin que je ne me suis pas enrichi, marquent assez, sans que je le dise, que je n’ai pas épargné Saladin, non moins recommandable par sa courtoisie et sa générosité que par sa valeur et sa conduite, m’a de temps en temps envoyé des présents. Le roi de France en a reçu comme moi ; ce sont là des honnêtetés que de braves gens dans la guerre se font les uns aux autres sans conséquence.
On dit que je n’ai pas pris Jérusalem : je l’aurais prise si l’on m’en avait donné le temps. C’est la faute de mes ennemis, non la mienne, et je ne crois pas qu’aucun homme équitable me puisse blâmer d’avoir différé une entreprise qu’on peut toujours faire, pour apporter à mes peuples un secours qu’ils ne peuvent plus longtemps attendre.
Voilà, seigneur, quels sont mes crimes. Juste et généreux comme vous êtes, vous reconnaissez sans doute mon innocence ; et si je ne me trompe, je m’aperçois que vous êtes touché de mon malheur.
Je n’ai pas troublé la Sicile, Auguste, et je ne me réjouis pas de troubles. Je ne pouvais rester silencieux en voyant ma sœur veuve privée de sa dot et livrée à l’outrage par ceux qui n’en avaient pas le droit ; j’ai réglé l’affaire le plus doucement possible, sans causer de grave soulèvement par mon fait.
Jeté par la tempête sur Chypre, avec une flotte brisée et déchirée, empêché d’aborder, j’ai pris les armes par nécessité, j’ai dompté les ennemis des Latins qui m’attaquaient.
Pouvais-je tirer un grand butin de cette île épuisée par l’empire grec et l’amitié turque ? Je n’ai pas exercé de cruauté envers eux ; je leur ai donné un roi latin, que tu peux changer si par hasard tu le regrettes, Auguste.
On m’accuse d’avoir eu des inimitiés avec le roi Philippe ; mais c’est moi qui pourrais me plaindre plus justement que d’être accusé. Tandis que je servais la religion, on dit qu’il menaçait le duché de Normandie, qui est sous ma domination.
J’ai tué les barbares que j’ai tués, poussé par l’injustice et la perfidie de Saladin ; car il ne rendait pas la sainte croix et ne voulait pas tenir les pactes de ses satrapes. J’ai tiré vengeance de l’ennemi comme ennemi ; j’aurais souhaité pouvoir le faire de Saladin lui-même.
L’or que j’ai reçu des prisonniers libérés, je l’ai partagé avec les soldats latins. Regarde quelles richesses je rapporte avec moi, nu et dépouillé, hormis cet anneau. Je n’ai pas abandonné mes compagnons ; je reviens le dernier des princes, après mes accusateurs.
Comment aurais-je accepté de Saladin des traités, des lettres, des présents, alors qu’il ne respectait même pas la foi de ses propres chefs ? J’aurais reçu de Saladin des présents avec le même cœur que la faim, la peste, les malédictions et les enfers.
Pourquoi aurais-je traité superbement les Allemands en Asie ? Mes Anglais et les miens me donnaient déjà assez de soucis.
N’ajoute pas foi, César, aux rumeurs d’Asie : elles sont fausses et insidieuses, forgées par Saladin et les Turcs pour semer la discorde entre nous et envoyées jusqu’à nous.
On avait répandu le bruit que j’avais préparé des assassins contre le roi des Français. Philippe y crut d’abord, il se protégea les flancs et ne laissait approcher personne sans fouille.
Convaincu du mensonge de la rumeur, il libéra son âme du soupçon, ses flancs des gardes, ses hommes de la peur, et témoigna qu’il ne fallait accorder aucune foi aux bruits d’Asie.
Pense que, en Asie, aucune rumeur ne naît sur nous qui ne nous soit funeste. Elle est enfantée par les Turcs, accueillie par nos imprudents et nourrie ; elle se plaît à croître grandement, elle invente le vrai et le faux.
Nous croyons aux oracles, plus prompts à nos blessures qu’à notre salut.
Si quelque soldat allemand se plaint d’avoir été traité avec avarice et superbe par moi, qu’il vienne : quiconque est revenu d’Asie sans avoir accompli sa tâche, irrité contre la fortune, les hommes, les terres et contre nous-mêmes, accuse tout ; nous pensons que rien ne nous est venu d’autrui que d’une manière hostile ; et peut-être moi-même, si je n’étais accusé, j’accuserais.
Quant à être appelé au jugement de Mars, j’avais pris la croix pour défendre la religion : si quelqu’un l’attaque, je combats ; pour ma tête, je ne combattrai qu’une fois rentré chez moi.
J’ai assez combattu contre Saladin : j’ai tué en combat rangé tant de milliers d’ennemis de la religion que, après les victoires du grand Godefroy, personne n’en a autant fait.
J’ai contraint l’ennemi à accorder une trêve de cinq ans aux chrétiens.
On m’accuse d’avoir abandonné et trahi la cause chrétienne pendant que mon frère cadet Jean usurpe le nom royal et que le roi Philippe tente la Normandie.
Mais toi, Auguste, rends-moi à ma patrie, et par ta mansuétude ramène-moi dans la mienne ; afin que, parti d’Angleterre pour défendre le nom et l’honneur chrétiens, ayant tendu vers l’extrême Orient et combattu contre Saladin, je combatte désormais pour toi, ton empire et la majesté de ton nom, avec mon sang et celui des miens, partout où tu l’ordonneras, et que je donne ma vie si les circonstances l’exigent. »
Lorsque Philippe-Auguste et Jean Sans Terre connurent les conditions de la délivrance de richard, ils promirent à l’empereur de lui assurer une somme d’argent plus forte que celle qui avait été fixées pour la rançon du roi.
La nouvelle en étant venue en Normandie, l’archevêque de Rouen écrivit au Pape se plaignant que ce prince eut été pris en revenant du pèlerinage de Jérusalem, contre le privilège de la croisade, qui mettait les croisés sous la protection spéciale du S. Siége et exhortant le pape à employer en cette occasion le glaive de S.Pierre.
La lettre fut composée par Pierre de Blois, qui écrivit aussi en son nom à Conrad archevêque de Maïence, avec lequel il avait contracté amitié pendant ses études : le priant de travailler de tout son pouvoir à la délivrance du roi Richard.
La reine Aliénor employa le même secrétaire pour écrire au pape en son nom trois fois.
Rançon exigée : 150 000 marcs d’argent (environ 100 000 livres sterling de l’époque), somme colossale équivalant à plusieurs années de revenus royaux d’Angleterre.
Paiement effectif initial : 100 000 marcs en 1194 (le reste fut payé plus tard ou annulé).
La rançon fut versée en deux tranches principales : une première en janvier-février 1194, permettant la libération, et le solde étalé ensuite.
Rôle d’Aliénor d’Aquitaine :
À 72 ans, Aliénor (mère de Richard) prit la tête des efforts pour réunir la rançon.
Elle parcourut l’Angleterre et les domaines continentaux (Normandie, Anjou, Poitou) pour collecter l’argent :
Taxes exceptionnelles (impôt du « quart » sur les revenus, dîme saladine prolongée),
Prélèvements sur les abbayes et les villes,
Vente de bijoux, d’argenterie et de terres,
Contributions des barons et des bourgeois.
Aliénor âgée de près de 80 ans, réussit à rassembler péniblement la rançon.
100 mille marcs d’argent, et lui donna des otages pour les 50 mille qui restaient à payer. Les églises d’Angleterre épuisèrent leurs trésors pour racheter la liberté de leur roi. Richard chercha à adoucir les peines de sa captivité, par les charmes de la poésie
Lettre d’Aliénor d’Aquitaine au pape Céléstin III, lui demandant de faire rendre à son fils la liberté, et de lancer les foudres de l’église contre ses geôliers couronnés.
J’avais résolu de garder le silence, disait la reine mère au souverain pontife, de peur que dans l’abondance du cœur et au fort de ma douleur, il ne m’échappât contre le successeur de Pierre quelque expression qui me fît accuser d’insolence et de présomption ; car la douleur, lorsqu’elle se laisse aller à son impétuosité, ne diffère pas beaucoup du délire. Mais il faut parler ; et qu’on ne s’étonne pas si la violence de mon affliction me rend moins retenue dans mes paroles ; car je déplore un malheur public.
Les nations troublées, les peuples déchirés, les provinces désolées, l’église d’Occident dans les larmes vous supplient, ô très-saint Père, de mettre un terme à nos désastres.
Notre roi est en prison. Le tyran qui l’y retient forge sans cesse des armes d’iniquité contre lui. Il l’a fait prisonnier pendant le saint pèlerinage, quand il était sous la protection du Dieu du ciel, lorsqu’il défendait l’église. Ce monstre tue mon fils chargé de chaînes ; il couve sa proie.
Si l’église garde le silence, que Dieu s’élève alors et qu’il juge notre cause ! Où est le zèle d’Elie contre Achab, de Jean contre Hérode, de Basile contre Valens ?
Au milieu de tant de plaintes, de tant de larmes, vous n’avez pas envoyé un seul nonce à ces princes coupables ; cependant pour des causes peu importantes vos cardinaux sont envoyés avec de grands pouvoirs dans des contrées barbares.
Seconde lettre d’Eléonore au Pape:
La distance que me sépare de vous, très-Père, m’empêche de vous parler en personne. Cependant il faut que j’épanche ma douleur. Je suis desséchée par le chagrin. Mes années s’écoulent dans le gémissement. Mes entrailles sont arrachées. J’ai perdu le soutien, l’ami de ma vieillesse, la lumière de mes yeux, j’ai perdu mon fils, et je vous le demande ! O mon fils, qui m’accordera, Vierge sainte, regardez la douleur d’une mère !...
Le roi Richard est dans les fers. Son frère Jean ravage son royaume…. Je flotte incertaine : si je pars, si j’abandonne le royaume de mon fils, ce royaume sera privé de mes conseils et de mes consolations ; si je reste, je ne verrai point la face de mon fils. O tyrans impies et cruels, qui n’avez pas craint de porter des mains sacrilèges sur l’oint du Seigneur, personne ne se lèvera donc pour vous punir !
Mais le prince des apôtres règne et commande encore sur le siége apostolique. Saint Père ! tirez donc le glaive de Pierre contre les méchants ! La croix du christ est supèrieur aux aigles de César, le glaive de Pierre à l’épée de Constantin, le siége apostolique au trône impérial. Votre puissance vient de Dieu, non des hommes.
LA COMPLAINTE DU PRISONNIER
Chanson de Richard, ler surnommé Cœur-de-Lion, Roi d'Angleterre, Comte de Poitou, et Duc de Normandie.
Nota. L'explication de chaque Strophe est de M. l'Abbé Grandidier, qui nous en a adressé la Copie.
La Chanson de li Roi Richar est historique. Il y parle de sa captivité, et se plaint de ses Sujets, qui ne paroissent pas s'intéresser à sa liberté. Elle renferme sept Strophes.
Dans la premiere, le Poête Roi fait entendre qu'un homme sage, s'il est en prison, ne doit pas perdre son temps par de vaines plaintes, mais adoucir son fort dans le commerce des Muses. Il ajoute qu'il a beaucoup d'amis, mais dont il reçoit peu de secours, et qu'il leur seroit honteux, si sa Rançon ne pouvoir être payée dans l'espace de deux ans.
J'ai nuls hons pris ne diroit sa raison
Adroitement sensi com dolans non,
Maix per confort puet-il faire Chanson,
Moult ai damis maix poure sont li don
Honte en auront se por ma Reanson
Seux les deux hivers pris
Richard, dans la seconde Strophe, rappelle à tous ses Barons et Vassaux , tant d'Angleterre et de Normandie, que du Poitou et de la Gascogne, combien il avoit été empressé de procurer la liberté du moindre de ses Sujets, tandis qu'à présent personne d'eux ne pense à le tirer, lui-même, de ses fers.
Se sevient bien mi homme et mi Baron
Anglois, Normant, Poitevin et Gascon,
Ke gi n'avoie si poure Compagnon
Ke je laissaisse, por avoir en prixon,
Je nel dis puis por nulle retraisson
Mais encore seux je pris.
Il dit, dans la Strophe suivante, qu'il voyoit bien qu'un mort ou un captif n'avoit plus ni parens ni amis.
Or sai je bien de voir certainement
Ke mors, ne pris n'ait amis, ne parent,
Quant on me lait por or ne por argent,
Moult m'est de moi, maix plux m'est de ma gent,
Ç'après ma mort auront reproche grant
Se longuement feux pris.
Le Roi d'Angleterre se plaint, dans la 4e Strophe, de Philippe-Auguste, Roi de France, qui avoit profité de sa détention pour faire quelques incursions sur ses terres.
Richard l'appele Mes sires, parce qu'il étoit son vassal, a cause des Provinces de France qu'il tenoit de lui à titre de Fief.
N'est puis merveille se j'ai le cuer dolent,
Quant Mes sires tient ma Terre en torment,
S'or li membroit de nostre sairement
Ke nos seimes auduis communément
Bien sai devoir ke seuns longuement
Ne seroie puis pris.
La cinquième et la sixième Strophes renferment des reproches sur l'ingratitude de ses Sujets.
Se sevient bien Angevain & Poitevain
Cil Baicheliet ki or font riche & sain
Kincombries seux loing d'eaus en autrui main
Forment m'amoient maix or ne m'aime grain
De belles airmes font ores ve veut li plain
Portant ke je feux pris.
Mes Compagnons cui j'amoie & cui j'ain,
Ceals de caheu & ceaulx de perchemin
Me di Chanson kil ne font puis certain
Non kes Vers eaus no le cuer sauls ne vain
S'il me gueroient il font moult ke vilain
Portant ke je feux pris.
La septième et dernière Strophe est obscure : elle me paroit mutilée , parce que le metre est différent de celui des précédentes , et parce qu'elle n'est pas terminée par le même mot qui finit les six autres Strophes.
Richard l'adresse à Jeanne sa sœur, mariée, en premières noces, à Guillaume, Roi de Sicile. Il la nomme Comtesse, parce qu'elle épousa, en secondes, Raimond, Comte de Toulouse.
Comtesse suer votre pris souverain
Vos sault & gaire cil à cui je me rain
Et par cui je feux pris J
e ne dis puis de celi de Chairtrain
La Mere Loweis.
La Chanson de Richard, conservée par Fauchet, copiée et même traduite dans la Bibliothèque Littéraire du Poitou, est un peu différente de celle-ci.
L'une et l'autre font faites pour intéresser les Amateurs de l'ancienne Poesie Provençale, dans laquelle nous avons des choses si agréables.
Déjà nul prisonnier ne dira sa raison dextrement, s’il ne le fait tristement ; mais pour se consoler il peut faire une chanson.
J’ai beaucoup d’amis, mais pauvres sont leurs dons ; honte ils en auront, si pour attendre ma rançon je suis ces deux hivers prisonnier.
Sachent bien mes hommes et mes barons anglais, normands, poitevins et gascons, que je n’ai jamais eu si pauvre compagnon que je voulusse pour argent laisser en prison.
Je ne dis point cela par reproche ; mais encore suis-je prisonnier.
Je sais bien comme chose vraie de toute vérité, que homme mort ou prisonnier n’a mai ni parent, et que s’ils me laissent faute d’or et d’argent, c’est mal pour moi, mais pis pour ma nation, qui après la mort souffrira blâme de m’avoir si longtemps laissé prisonnier.
Pas n’est merveille si j’ai le cœur dolent, lorsque mon seigneur (Philippe-Auguste) met ma terre au pillage. S’il lui souvenait de notre serment que nous fîmes tous deux en commun, bien sais-je vraiment qu’ici longtemps ne serais prisonnier.
Alliance secrète :
Jean, profitant de l’affaiblissement d’Henri II, conclut une entente clandestine avec Philippe Auguste conclu à Paris en janvier 1194.
Le carême ne commençait cette année que le 23 février.
Cela devient évident après la mort d’Henri II (6 juillet 1189) : Jean trahit son père mourant en rejoignant Richard et Philippe, ce qui précipite la capitulation d’Henri à Azay-le-Rideau (4 juillet 1189) et sa mort immédiate.
Tandem sacro tempore quadragesime superveniente, a bello quievit; et tunc Joannes frater regis Anglie qui Sine-Terra cognominatur, regi Francorum Philippo confederatus est in dolo; quod rei exitus manifestius postea declaravit.
Vers 1194, l'an 5 de Richard, 5 janvier. Charte de Richard Cœur de Lion pour l'Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem
Cette charte est datée de Spire en Allemagne du cinquième an du règne de Richard Roy d’Angleterre et duc de Normandie
Richard, par la grâce de Dieu roi des Anglais, duc de Normandie et d’Aquitaine, comte d’Anjou, aux archevêques, évêques, abbés, comtes, vicomtes, barons, sénéchaux, justiciers, prévôts, baillis et à tous ses ministres et fidèles de toute sa terre, et à tous les fils de la sainte mère Église à qui parviendra la présente charte, salut dans le Seigneur.
Combien grande et constante dans ses œuvres de piété est la sainte maison de l’Hôpital de Jérusalem, votre universelle connaissance n’a pas moins été instruite par l’immensité même de la chose que par la célébrité de sa renommée ; et la foi la plus certaine de cette réalité, pour ceux qui ont été établis dans les régions de Jérusalem, le témoignage de leurs propres yeux et l’expérience elle-même l’ont prouvé : car outre les secours quotidiens qu’ils ont fournis aux indigents au-delà de toute attente et au-delà même des facultés de cette maison, le Maître et les Frères de l’Hôpital de Jérusalem nous ont aussi secourus, tant au-delà de la mer qu’en deçà, avec tant de dévotion et de magnificence que la grandeur même de leur subvention et le jugement de notre conscience qui nous oblige envers eux ne nous permettent pas de dissimuler de si grands bienfaits sous l’ingratitude.
C’est pourquoi, voulant répondre avec piété à leurs pieuses œuvres par une œuvre de piété, pour le salut de l’âme de notre seigneur le roi Henri notre père, de la reine Aliénor notre mère, de nos frères, de nos ancêtres et de la nôtre, nous avons donné et concédé à Dieu, à la bienheureuse Marie toujours vierge, à saint Jean Baptiste et à la susdite maison de l’Hôpital de Jérusalem, à son Maître et à ses Frères et à ses hommes, dans tous leurs tenements et dans les aumônes qui leur ont été données et faites et qui leur seront données, et dans tout ce qu’ils pourront acquérir, nous avons donné et concédé en pure et perpétuelle aumône tout droit, tout domaine qui nous appartient ou nous appartiendra, toute puissance, toutes libertés et coutumes libres que la puissance royale peut conférer en toutes choses, afin qu’ils aient et tiennent toutes leurs choses et possessions et toutes leurs dépendances, qu’ils possèdent actuellement et posséderont à l’avenir, bien et pacifiquement, librement et quitte, entièrement, pleinement et honorablement, en bois et en plaine, en prés et en pâturages et en marais et en pêcheries, en viviers, en étangs, en eaux et en moulins, en fours et en foires et en marchés, en terres, en champs et en vignes, en cens et en ventes, en vilains, c’est-à-dire aussi en larcins et en rapt de femmes, en incendies et en meurtres, en péages et en bornes, en hommes, en maisons, en mesures et en cités, en châteaux et en villes, et en voies et hors des voies ; et nous voulons et ordonnons fermement que les hommes dudit saint Hôpital de Jérusalem soient libres et quittes de l’ost et de la chevauchée, de tonlieu et de péage et de portage et de passage et de vinage et de fouage et de toutes ventes et de toutes querelles, plaids, aides et tailles et de toutes corvées des cités, châteaux et villes, afin qu’ils aient la paix en toutes choses.
De même, si l’un des hommes desdits frères est mis en merci envers nous ou envers nos baillis pour quelque cause ou délit ou forfait, les merci et merciements pécuniaires seront rendus sans délai auxdits frères.
Nous défendons aussi que quiconque d’entre eux soit mis en plaids sinon devant lesdits frères ou leurs baillis ou serviteurs dudit saint Hôpital de Jérusalem.
Tout ce qui précède et tous les revenus qui pourront en provenir, nous l’avons concédé et confirmé avec les autres libertés et coutumes libres, avec toutes les choses appartenant à la susdite maison et aux frères et aux hommes dudit saint Hôpital de Jérusalem, dans tout notre royaume et dans toute notre terre au-delà de la mer et en deçà, ou partout où ils seront, ne retenant rien pour nous ni pour nos héritiers et successeurs, sinon seulement les prières et les biens spirituels de la susdite maison du saint Hôpital de Jérusalem.
Témoins :
- S[ébrand Chabot], évêque de Limoges,
- H[enri], évêque de Saintes,
- Baudouin de Béthune,
- Walkelin de Ferrières,
- Robert d’Harcourt,
- Geoffroy de Sai,
- Aymeric vicomte de Thouars,
- Hugues le Brun [Hugues IX de Lusignan],
- Berlai de Montreuil-Bellay,
- Jean prévôt de Douai,
- Sefred trésorier de Chichester.
Donné par la main de Guillaume, évêque d’Ely, légat du siège apostolique, notre chancelier, à Spire, le cinquième jour de janvier, en la cinquième année de notre règne.
Aliénor négocia directement avec Henri VI, envoya des émissaires, et obtint même l’appui du pape Célestin III (qui menaça d’excommunier Henri VI et Léopold).
Elle accompagna personnellement une partie du trésor vers l’Allemagne et accueillit Richard à son retour à Sandwich (Kent) le 23 mars 1194, puis à Nottingham et Winchester.
Parmi les nombreuses singularités que présente notre histoire monétaire, un des plus frappante est la rareté des monnaies de nos rois et des plus puissants feudataires de la couronne, tels que les ducs de Normandie, de Bourgogne, de Bretagne, d'Aquitaine, frappées aux onzième et douzième siècles, et la rencontre fréquente de pièces des même temps au noms de seigneurs d'assez minces domaines.
Histoire de Richard Coeur-de-Lion, roi d'Angleterre, par M. Baptistin Poujoulat
Révolution d’Angleterre, par le P. d’Orléans.
Affiches du Poitou
La troisième croisade (1189-1192) - la croisade des rois Philippe-Auguste et Richard Coeur de Lion <==.... ....==>Siège du château de Nottingham, par Richard Coeur de Lion en 1194.
....==> Récit de la mort de Richard Cœur de Lion d’après Roger de Hoveden.
LÉOPOLD, DUC D'AUTRICHE, ACCUSE RICHARD CŒURDE-LION DEVANT L'EMPEREUR HENRI.
Redux à bello sacro Ricardus, Angliæ rex , cùm Illyrici oram exortâ tempestate ejectus esset, perpaucis comitibus, sumpto Templarii habitu , Germaniam petiit.
Sed conspectus in digito regius annulus ab hospite, Ricardum indicavit prodiditque.
Hunc Leopoldus, Austriae dux, cujus populares in Asiâ res gesserant, simultatesque cum Anglis exercuerant, ad Henricum Auguslum duxit , atque ita verba facit :
Ricardum arguet perturbasse Siciliam ; bellum non Turcis, sed Christianis intulisse, vastavisse Cyprum, christianum regnum ; simultates cum Philippo, Francorum rege, gessisse; ad Ptolemaidem interemisse Turcarum, quos Christianis mutare noluit, propè omnes dedilitios, reliquos pecunia vendidisse; ex medio Hierosolymitano itinere rediise; iniisse cum Saladino amicitiam; Germanos in Asia atrocissime habuisse.
Si quid eorum criminum neget Ricardus. Leopoldus declarat se esse paratum armis fidem facere.
RÉPONSE DE RICHARD.
Ad hæc Ricardus respondet, nullas a se in Sicilia turbas concitatas , sed impedilum esse ne dote suâ soror fraudaretur; Cyprum procellis se impactum, ab ej usque incolis lacessitum, necessario bello usum esse ; nihil prædæ ex ilia insula utpotè à Græcis Turcisque exhaustâ extulisse, sed illi à se esse regem impositum ;
Se à Philippo, Francorum rege, dùm religioni militaret, esse Normaniae ducatu spoliatum; coactum esse Saladini, qui pacta Satraparum suorum rata nolebat, perfidia Turcaruin dedititios occidere, divisisse latinis militibus, quidquid à dimissis Turcis accepit;
nullas divilias, nulla Saladini dona secum asportâsse ; nullâque usum esse in Germanos superbiâ.
Hæc crimina, quae mendacii insimulabit Ricardus, à Saladino Turcisque profecta esse dicet, eaque falsitatis convicta obtinebit Philippi, Francorum regis, auctoritate, qui, cum timuisset primum ne , ut fama percrebuerat , sibi percussores à Ricardo essent parati, nullam huic asiaticae famæ fidem habendam testatus est.
Hortatur Ricardus ut prodeat si quis Germanus miles de ipso queratur.
Non , nisi domum regressus, de suo caput Ricardus pugnabit; pro unâ enim religione nunc sibi pugnandum est; paucisque memorabit quae in Christi hostes patraverit.
Orationi faciet finem orando Henricum ut suum Angliæ regem restituat.
CORRIGE.
ACTE D'ACCUSATION, PORTÉ DEVAIT L'EMPEREUR HENRI, PAR LÉOPOLD, DUC D’AUTRICHE , CONTRE RICHARD CŒUR-DE-LION. -
Redux à bello sacro Ricardus, Angliae rex, cùm Adriaticum mare cum suis teneret, exurtâ foedâ tempestale, disjectâque classe, ipse fluctibus in illyrici oram ejectus, deposit â majestate, perpaucis comitibus, sumpto Templarii habitu, Germaniam qua proximus erat petit; Francum, à quo maxime insidias vim que timebat, vitaturum se ratus.
Aliunde malum ei conflatum. Facies orbi terrarum nota fallere non potuit; et conspectus in digito regius annulus ab hospite ilium indicavit prodidit que
Cognitum igitur Ricardum Leopoldus, Austriae dux, cujus populares in Asia res gesserant, simultatesque cum Anglis exercuerant, divinitus sibi oblatum de quo poenas repeteret ratus, ad Henricum Augustum duxit, atque iti verba fecit :
« Hic est, Auguste, Ricardus, qui in Sicilia res perturbarit, ubi sublevatus cultusque ipse ac miles fuerat. Turcis bellom inferre ae jactans, cum Christianis gessit. Nullum locum christianum nisi hostili animo adiit, Cyprum, christianum regnum armis evastavit, prædæque totum dedit. In Asia, cum Philippo Franco, rege optimo, tibique ac tuis amicissimo, simultatem getsit. Ne Christianos à Turcis captos permutatione reciperet, dedititos illorum ad Ptolemaidem propè omnes interemit reliquos ditissimum quemque quaestui habens, pecuniâ ven- didit. Hieroiolyamitanum iter ingressus, medio ex itinere nulla nova re adactus rediit.
A Saladino munera litterasque nullo non die accepit ; ac jam propè fœdere jungebatur. Germanos cives nostros, quicumque in Asiâ res gerebant, adeo impotenter habuit, ut atrociorem hostem Ricardum quam Saladinum experti sint,
Hæc tibi, Auguste, orbique terrarum nota sunt litteris, nuntiis, celebri terrarum famâ.
Si quid eorum negat, paratus sum armis fidem facere, ac virtute judice, hacque dextra decernere. Haec dux.
Réponse de Richard
Neque ego, Auguste, res in Siciliâ turbavi, neque turbatas lxtor. Sorerem meam viduam dote sua fraudari , ac ludibrio esse quibus minimè aequum erat, pati tacitus non debui : et sic quoque quam mitissime potui rem transegi, nullo graviore motu per me facto. Cyprum procellis impulsus impactusque , cum , quassat â laceratâque classe , littorum appulsu probiberer, necessaria sumpsi arma, Lalinorum hostes lacessitus edomui.
lngentem de illis praedam parere qui poteram, quos Græcorum imperium et Turcica amicitia exhauserat ? In eos eaede non saevii: regem iis Latinum dedi, qui abs te mutari possit, si fortè ejus te, Auguste, poenitet..
Cum Philippo rege simultateni exercuisse insimulor, qui conqueri justius possum quam accusari debeo. Ille, dum religioni milito, fertur ducatui Normanniæ ditionis meæ imminere.
Quos Barbarorum occidi, Saladini injuria perfidiàque adductus occidi; quandoquidem neque sanctam crucem reddebat, neque pacta satraparum suorum rata volebat.
De hostibus hostis supplicium sumpsi; optarem de Saladino sumere licuisset.
Quod å dimissis aurum accepi, id divisi militibus Latini. Aspice quas, excepto hoc annulo, mecum divitias nudus inopsque referam. Neque deserui socios , ultinus procerum, ac post accusatores redeo. Ab Saladino fœdus, litteras, munera quo pacto accepi, qui ne suorum quidem ducum fidem persolvit.
Eodem animo ab Saladino munera quo famem, pestem, diras, inferos acciperem. Germanos cur superbe in Asia tractassem. Satis negotii mihi Angli reliquique mei dabant.
« Famæ Asiaticæ, Cæsar, ne credas : falsa insidiosaque est à Saladino Turcisque, ut inter nos bella serant, conflata et ad nos emissa. Fama percrebuerat me percussores Franco regi paravisse. Haec initio credidit Philippus, latusque suum munierat, nec quemquam nisi excussum admittebat.
Convicta mendacii fama , animum suspicione, latus custodibus, suos metu liberavit, testatusque est Asiaticae famae nullam fidem habendam. In Asia nullam de nobis nisi nobis pestiferam famam nasci puta.
A Turcis gignitur, à nostris imperitis excipitur, educaturque ; illa magnis ultro gaudens incrementis, fanda nefandaque affingit. Nos oracula credimus, in vulnera nostra quàm in salutem proniores.
»Si quis Germanus miles 4 me avarè superbèque habitum se qoeritur, prodeat: quicumque infectâ re ex Asiâ redimua, fortunae, hominibus, terrisque omnibus, et nobismetipsis irati redimus : omnia incusamus. Nihil à quo quam in nos nisi hostiliter profectum arbitramur : et ipse fortassìs nisi accusarer, accusarem.
Quòd autem ad Martis judicium vocor, susceperam crucem pro religione tulandâ : si quis earn oppugnat, dimico ; pro capite meo , nisi regressus domum, non dimicabo. Satis in Saladinum pugnavi : tot millia hostium religionis acie occidi, quot secundùm magni Gotthofredi victorias nullus. Coegi hostem inducias in quinque annos piis dare.
» Desertæ proditæque rei christianae insimulor tantisper, dum et Joannes frater minor regium nomen invadere dicitur, et Philippus rex Normanniam tentare. At tu , Auguste, patriæ me, mihi patriam restitue; ut, ex quâ movit me studium religionis defendendæ, in eam mansuetudine tuâ revehar; et, ut pro nomine ac decore christiano arma indui,ex Angliàque prefectus, extremum propè Orientem pentens, in Saladinum pugnavi, ità pro te imperioque tuo et majestate nominis tui, meo meorumque sanguine, ubicum que jusseris, pugnem , ac vitam, si res ferat, profundam..
Nihil motus his Germanus duodevigenti menses Anglum in custodiâ habuit, nec dimisit nisi centum millibus ac quingentis pondo argenti redemptum.
Vers 1194, l'an 5 de Richard, 5 janvier. Charte de Richard Cœur de Lion pour l'Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem
Cette charte est datée de Spire en Allemagne du cinquième an du règne de Richard Roy d’Angleterre et duc de Normandie
Ricardus, Dei gratia, Rex Anglie, Dux Normannie, Aquitanie, Comes Andegavie, archiepiscopis, episcopis, abbatibus, comitibus, vicecomitibus, baronibus, senescallis, justiciis, prepositis et omnibus ballivis et fidelibus suis tocius terre sue, et universis sancte matris ecclesie filiis, ad quos presens carta pervenerit, salutem in Domino.
Quam magnifica, quam jugis in operibus pietatis sacro sancta domus hospitalis Jerosolimitani existat, ad universitatis vestre noticiam non minus ipsa inmensitas rei quam fame potest celebritas deduxisse; cujus rei fidem certissimam in Jerosolimitanis partibus constitutis propriorum occulorum testimonium et experientia ipsa fecere: nan preter cotidiana que ceteris indigentibus et supra fidem et super ipsius domus facultates Magister et Fratres ipsius domus hospitalis de Jherusalem exibuere subsidia, nobis quoque et ultra mare et citra tam devote tamque magnifice subvenerunt, ut et ipsa magnitudo subventionis et obligate sibi conscientie nostre judicium tanta nos beneficia dissimulare sub ingratitudine non permittant.
Quocirca piis eorum operibus volentes parenter in opere pietatis respondere, pro salute anine domini Regis. H. patris nostri, et. A. Regine matris nostre, et fratrum nostrorum, necnon et antecessorum nostrorum et nostre, dedimus et concessimus Deo et Beate Marie semper virgini et Beato Jobanni Baptiste et supradicte domui Sancti Hospitalis de Jherusalem et Magistro et Fratribus et hominibus suis, in omnibus tenementis suis et in elemosinis que eis date et facte sunt et erunt, et in quibuscumque aquirere potuerint, dedimus et in puram et perpetuam elemosinam concessimus,omne jus, omne dominium quod ad nos pertinet et pertineat, omnem potestatem, omnes libertates et liberas consuetudines quas regia potestas conferre potest in omnibus, ut habeant et teneant omnes res et possessiones et universas pertinentias suas, quas in presenti possident et in futuro possidebunt, bene et in pace, libere et quiete, integre, plenarie et honorifice, in bosco et plano, in pratis et pascuis et mariscis et piscariis, in vivariis, in stagnis, in aquis et molendinis, in furnis et in foris et in nundinis, in terris, in agris et vineis, in censibus et venditionibus, in villicationibus, scilicet etiam in latrociniis et in raptu mulierum, in incendiis et in multicidiis (sic), in paagiis et in metis, in hominibus, in domibus, in mensuris et in civitatibus, in castellis et in villis, et in viis et extra vias, et ita volumus et firmiter precipimus, quod homines predicti Sancti Hospitalis [de] Jherusalem sint liberi et quieti de exercitu et equitatu et de theloneo et paagio et portagio et passagio et de vinagio et foagio et de omnibus venditibus et de omnibus querelis, placitis, auxiliis et de taillagiis et de omnibus operationibus civitatum, castellorum, villarum, ut pacem habeant in omnibus.
Similiter si aliquis hominum predictorum fratrum sit inmertiatus erga nos vel erga ballivos nostros pro quacunque causa vel delicto vel forisfacto, mercie et merciamenta peccunie predictis fratribus sine dilatione reddantur.
Prohibemus eliam ne de aliquo ponantur in placitum nisi coram predictis vel eorumdem ballivis vel servientibus sancti predicti Hospitalis Jerosolimitani.
Hec omnia predicta et omnes exitus, qui inde provenire poterunt, concessimus et confirmavimus fcum aliis libertatibus et liberis consuetudinibus suis, cum universis rebus ad prenominatam domum et fratres et homines predicti Sancti Hospitalis de Jherusalem pertinentibus, in universo regno nostro, et in tota terrra nostra ultra mare et citra, vel ubicunque sint, nichil nobis retinentes nec heredibus et suscessoribus nostris, nisi tantummodo orationes et bona spiritualia sepedicte domus Sancti Hospitalis Jerosolimitani.
Testibus S. Lemovicensi (Sebrand Chabot), et H. Xantonensi episcopis (HENRI II evêque de Saintes), Balduino de Bethuna, Walklino de Ferrariis, Roberto de Harrecort (Robert II d’Harcourt), Gaufrido de Sei, Americo vicecomite de Thoarz, Hugone le Brun (Hugues IX de Lusignan), Berlai de Mosteroel (Montreuil Bellay), Johanne preposito de Duai, Sefredo thesaurario de Ciscestria.
Datum per manum Willelmi Elyensis episcopi, apostolice sedis legati, cancellarii nostri, apud Spiram, quinto die Januarii, anno quinto regni nostri.
(Original scellé au Trésor des Chartes, carton J. 918. Voy. au même dépôt le n°. 2 des Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, et le n°. 22 des Titres mélés.)



![rançon d'aliénor d'Aquitaine pour Richard coeur de lion, Capturé à son retour de croisade (3) [Résolution Originale]](https://storage.canalblog.com/14/28/1403127/120350575.jpg)



