Essai historique sur les Monnaies du Poitou et sur quelques autres Monnaies de la période anglo-française (2)

Parmi les nombreuses singularités que présente notre histoire monétaire, un des plus frappante est la rareté des monnaies de nos rois et des plus puissants feudataires de la couronne, tels que les ducs de Normandie, de Bourgogne, de Bretagne, d’Aquitaine, frappées aux onzième et douzième siècles, et la rencontre fréquente de pièces des même temps au noms de seigneurs d’assez minces domaines.

C’est ainsi qu’en Poitou les monnaies de l’abbaye de Saint-Martin de Tours, des Foulques d’Anjou, des comtes de Guingamp et de Gien sont fort communes, tandis qu’il ne nous reste que très-peu de monnaies poitevines (2) postérieurs à Aliénor d'Aquitaine, et aucune des Guillaumes Ducs d' Aquitaine et Comtes de Poitou et plus, quoiqu’il soit bien prouvé que l’on fabriquait de leur temps monnaie en Poitou.

En effet, nous voyons vers l’an 1060 la comtesse Agnès accorder la dîme de son seigneuriage sur la monnaie de Poitiers pour la fondation et la dotation de la collégiale de Saint-Nicolas de Poitiers, vers 1078 Guillaume VI céder aux moines de Cluny la monnaie de Niort. De pareilles donations prouvent aussi que nos comtes n’étaient pas très-jaloux de leurs droits sur les monnaies.

C’est ce que confirment les nombreuses stipulations en monnaies angevines et tournoises que présentent les chartes poitevines de ces siècles, en prouvant que les comtes de Poitou permettaient dans leurs terres un libre cours aux espèces des seigneurs voisins.

A cette cause, qui explique en partie la rareté actuelle de nos monnaies poitevines, viennent se joindre plusieurs circonstances qui durent anciennement en occasionner la disparition.

Essai historique sur les Monnaies du Poitou et sur quelques autres Monnaies de la période anglo-française (1)

La rançon de Richard-Cœur-de-Lion, qui s’élevait à plus de cent cinquante mille marcs d’argent pur, poids de Cologne, fit sortir d’Aquitaine beaucoup de numéraire. C’était une somme énorme pour ce temps, et Aliénor, mère de Richard, fut plus d’une année à pouvoir réunir seulement cent mille mares, tant en Angleterre qu’en Aquitaine.

Plus tard, Alphonse, frère de saint Louis, fit frapper un assez bon nombre de monnaies en Poitou, puisque nous voyons dans un comte de ses recettes et de ses dépenses, rendu à la Chandeleur (1251-1252), les revenus de la monnaies poitevines s’élever à 455 livres 4 sols 9 deniers.

Mais se pièces étaient contrefaites sur celle du roi et de plus bas titre ; et saint Louis ordonna, en 1265, qu’elles seraient dampnées et perciées (. Les pièces d’Alphonse se trouvèrent ainsi retirées de la circulation, et peu sont parvenues jusqu’à nous.

Les comtes du Poitou, qui possédaient dans leur territoire les mines de Melle et l'atelier monétaire de cette ville, si fécond sous les Carlovingiens, ne durent pas être des derniers à s'emparer du droit de monnayage et à l'exercer en grand à leur profit.

A la faveur de la rivalité de Charles-le- Chauve et des Pépins d'Aquitaine, leur pouvoir s'était rapidement accru et s'était de bonne heure affranchi de l'autorité royale. Aussi dans ses dernières années, Charles-le-Chauve ne conservait plus sur le Poitou qu'une vaine suzuraineté, qu'un pouvoir nominal; tous les profits, toute la puissance, étaient dans les mains du vassal (2).

« Il n'est donc pas étonnant, de trouver dans les chartes, de fréquentes mentions de la monnaie poitevine.

Sa fabrication fut active, son cours fort étendu (3).

Raymond d'Agiles nomme-t-il les monnaies qui circulaient dans l'armée des croisés, il cite les deniers poitevins en première ligne.

A une époque antérieure aux croisades, vers 1060, Agnès, comtesse de Poitou, pour suppléer à l'insuffisance de la dotation de l'abbaye de Saint- Nicolas-de- Poitiers, dotation qui, dit-elle, était beaucoup trop faible, ajoute, comme un don fort important, la dîme de son droit de seigneuriage sur la monnaie poitevine.

Vers le même temps, cette monnaie donnait son nom de pile ou poitevine (picta, pictavina) à la plus petite de nos pièces française, au quart de denier, sans doute, parce que les premiers diminutifs de l'obole furent frappés en Poitou.

Toutefois, cette monnaie poitevine, dont l'existence est attestée par des documents si positifs, a longtemps mis en défaut la numismatique, qui ne trouvait sur aucune pièce des dixième, onzième et douzième siècles, ni les noms des comtes de Poitou, antérieurs à Richard Cœur-de-Lion, ni les noms des villes de Niort et de Poitiers, où des chartes nous apprennent que ces princes avaient leurs ateliers monétaires.

Voyons si elle ne se déguisait point au moyen de légendes pseudonymes qui empêchaient de la reconnaître.

«  On rencontre souvent, surtout dans les provinces qui formaient l'ancien duché d'Aquitaine, des pièces qui d'un côté portent, autour d'une croix grecque, simple ou patée, le nom royal de Charles, et au revers l'inscription Metalo, nom de la ville de Melle, en deux lignes.

Elles présentent de très- nombreuses variétés.

« Ainsi, la légende d'obvers se modifie de beaucoup de façons différentes.

« On trouve :

CARLVS REX

CARLVS REX F

CARLVS REX R

CARLVS REX E

CARLVS REX 0

CARLVS REX I

CARLVS REX P

«  Sans parler de fréquentes mutations et transpositions de lettres, erreurs évidentes du graveur.

Les diverses lettres qui suivent le mot rex, étaient sans doute autant de différents monétaires, et on peut y voir les initiales d'épithètes honorifiques, telles que fortis, religiosus, egregius, optimus, inclitus, pius, quoique dans le principe les lettres r et f, que l'on trouve sur les variétés les plus anciennes, fussent probablement un reste du signe Fr. (Francorum).

« Des sous-variétés, dont le nombre incalculable prouve une fabrication longtemps prolongée et de fréquentes émissions successives (4), se distinguent par un ou plusieurs points, un ou plusieurs annelets, diversement placés dans le champ ou dans les légendes, par une ou deux petites croix, un croissant, une étoile, par la forme de certaines lettres et notamment de la lettre s, qui se trouve droite, renversée, couchée à droite, couchée à gauche, ou seulement inclinée sur l'un de ses côtés, et qui, jointe dans ces positions diverses à chacun des autres différents monétaires, produit des combinaisons variées à l'infini.

 « Sous le rapport du module, du poids, du titre et de la fabrication, se présentent des différences encore plus _nombreuses et plus sensibles que sous le rapport du type et des légendes.

Le module des deniers varie de 24 à 17 millimètres, leur poids de 32 à 15 grains, leur titre du fin à 250 millièmes, et même quelques pièces paraissent purement de cuivre, mais peut-être sont-elles de la fausse monnaie (5).

 Tantôt les flaons sont assez épais, le dessin est net, les lettres courtes, épaisses et correctes ; le plus souvent les flaons sont très- minces et légèrement frappés, le dessin barbare, les caractères allongés, maigres et anguleux.

Outre les deniers, il existe beaucoup de pièces de moindre valeur, au même type et aux mêmes légendes, savoir, des oboles dont le poids varie de 9 à 12 grains, et même des diminutifs de l'obole, qui ne .pèsent que 5, 6 ou 7 grains.

Ce nombre prodigieux de variétés, ces différences si notables dans le module, dans le poids, dans le titre, dans la fabrication, joints à l'existence de diminutifs de l'obole, fait insolite dans la monnaie de la seconde race dont les pièces les plus faibles pèsent au moins douze grains, nous conduisent déjà à nous demander si toutes ces pièces appartiennent bien à l'époque qu'indique le nom du prince dont elles sont marquées, ou si les noms de Charles, roi de Melle, ne se seraient point continués par habitude, pendant plusieurs siècles, sur les monnaies qui nous occupent ; car si quelques-unes annoncent la période Carlovingienne, le plus grand nombre offre tous les caractères des monnaies des onzième et douzième siècles. »

Ici l'auteur se livre à des recherches infiniment intéressantes au point de vue de la numismatique, mais dont cet abrégé de l'histoire de Melle peut se passer sans nuire à la logique et à l'enchaînement des faits.

Cependant pour compléter l'aperçu, que nous croyons nécessaire de tronquer ainsi, nous reproduisons la dernière partie du travail de M. Lecointre-Dupont.

« Le mot masculus, n'a point, comme l'ont cru D. Fonteneau et Ducange, la signification du mot générique maille, pris dans le sens de l'obole ; encore moins peut-il, selon l'interprétation de Mabillon, exprimer de la forte monnaie ; il ne reste donc qu'à dire, avec le père Sirmont, que la monnaie poitevine était ainsi nommée mâle à cause d'une marque particulière, et cette marque nous la retrouvons dans son inscription Metalo.

« Il est bien vrai, que le mot maille, même comme synonyme d'obole, en latin meala, medaglia, n'a pas eu d'autre origine que le mot Metalo ; mais, de même que le nom de pite (6) (picta, pictavina), fut comme nous l'avons déjà dit, employé spécialement pour exprimer le quart de denier, encore que dans la monnaie poitevine il y eut des deniers, des demi-deniers et des quarts de deniers, de même aussi le nom de maille vint à être appliqué génériquement et exclusivement au demi-denier, sans doute à cause de la quantité de ces petites pièces qui furent frappées en Poitou.

» En effet, dans les médailliers qui m'ont passés sous les yeux, j'ai trouvé autant d'oboles de Louis-le-Débonnaire et de Charles-le-Chauve, au nom de la ville de Melle seule, qu'aux noms de tous les autres ateliers monétaires réunis.

Les demi-deniers aux légendes Carlvs rex r - Metalo, se rencontrent encore plus communément, et dans son dernier numéro, la Revue de la numismatique française, signalait la découverte de plus de deux cents de ces pièces, faite en 1834, auprès de la Mothe-Sainte-Héraye.

D'ailleurs les mentions d'oboles poitevines, ne sont pas rares dans les chartes de la première moitié du douzième siècle. On rencontre même des stipulations en oboles pour des sommes qui étaient assez importantes à cette époque. Ainsi nous trouvons dans une charte, vers 1105, rapportée par Besly, une stipulation de trois cents sols poitevins anciens et de deux cents sols en oboles d'excellente monnaie.

Ainsi encore en 1130, dans une donation faite à l'abbaye de Notre-Dame de Saintes, par un nommé Audebert, de quelques dîmes de vignes, terres et jardins, situés près de cette abbaye, un nommé Guillaume reçoit trente sols en oboles poitevines.

» Je n'ai pu trouver dans les documents du moyen-âge d'autres traces de la longue continuation du monnayage en Poitou, aux noms de Charles, roi, et de la ville de Melle, que la dénomination de mascula moncta, masculi pictavienses.

» Mais cette dénomination suffit pour ajouter, si je puis m’exprimer ainsi, une sanction historique aux preuves matérielles que j'ai tirées de la diversité de poids, de titre, de module et de fabrication dans les nombreuses variétés des pièces aux légendes Carlvs rex - metalo, de l'existence parmi ces pièces de quarts de deniers, de la présence d'un croissant sur quelques-unes d'elles, de la conformité de leur type avec le type des deniers poitevins de Richard-Cœur-de- Lion, frappés à partir de 1189, de leur identité avec les premières monnaies de Savary de Mauléon, qui n'offrent pour toute différence que la substitution du nom Savaricvs, aux mots Carlvs rex r, et surtout de leur rencontre fréquente dans les enfouissements numismatiques des dixième, onzième et douzième siècles.

» Cette continuation ne peut être douteuse pour quiconque a, comme moi, sous les yeux, une série de ces monnaies trouvées dans les différents dépôts cités. Cette série m'appartient, car, non contents de me fournir des renseignements sur les découvertes de Confolens, de la Souterraine, de Saint-Amand, de Rome, de Javarzay et de Saint-Saviol, MM. Ardant, Cartier, Mater, le marquis de la Grange, Rondier et Dupont, ont bien voulu encore placer, par échange, dans ma collection poitevine, quelques spécimens des pièces provenant de ces trouvailles et je les prie d'en recevoir ici, tous mes remerciments.

Ce remarquable travail, est assez explicatif pour nous dispenser de lui joindre des réflexions qui naitront d'elles- mêmes dans l'esprit du lecteur, seulement nous le compléterons par la traduction de l'édit de Piste, pièce un peu aride peut-être, mais qui se rattache trop intimement à Melle, pour qu'on n'en regrettât pas l'omission.

L'histoire nous dit qu'à la mort de Pépin 1er en 838.(7), son fils, Pépin II, eut un concurrent redoutable dans son oncle consanguin Charles-Chauve, fils de l'Empereur Ludwig-Débonnaire et de Judith, sa dernière femme.

Nous voyons, que alternativement avec Pépin II, il fut choisi et répudié pour roi par les Aquitains. Dans une telle position il fit aussi battre monnaie à Melle, quand à son tour, il fut possesseur de l'Aquitaine ; il le fit de plus, lorsqu'il était roi de France, en considérant cet atelier monétaire comme dépendant de la première couronne de France et non de la couronne d'Aquitaine, c'est ce qui résultera des textes que nous allons citer en faisant connaître la législation de Karles- Chauve, sur les monnaies.

La plus ancienne ordonnance de ce prince, sur cette matière fut rendue à Antigny, au mois de juin 854.

On y ordonna l'envoi de commissaires dans les provinces pour y, faire exécuter les anciens règlements. Ils furent particulièrement chargé d'examiner l'état des ateliers monétaires, de corriger les abus qui s'y étaient glissés et de punir sévèrement les faux monnayeurs (8).

La troisième ordonnance de Charles-Chauve, sur les monnaies est l'édit donné en 854 à la diète de Piste. Ce document est le plus important de tous ceux rendus sur la matière sous la première et la seconde race de nos rois, et s'applique positivement à l'atelier monétaire de Melle, qui y est indiqué.

C'est un motif pour le donner textuellement à la suite de ce travail et pour en faire la traduction ici (9).

 

EDIT DE PISTE.

«  Tous les deniers d'argent fin et de poids, fabriqués dans les monnaies royales, auront cours jusqu'à la messe de St-Martin, comme il a été ordonné par les capitulaires des rois nos prédécesseurs, liv. IV, ch. 32.

L'on choisira dans tous les lieux des personnes de probité pour veiller sur le cours des monnaies, et pour empêcher que l'on ne refuse les bonnes espèces, et que l’on ne prenne que celles qui seront de poids et d'argent fin.

Les personnes choisies et préposées feront serment de bien et fidèlement faire leur devoir, et de dénoncer celui qu'ils sauront avoir refusé un denier d'argent fin et de poids, s'ils sont trouvés parjures, ils seront punis suivant qu'il est ordonné dans le chapître X du IIIe livre des capitulaires, et, outre cela ils feront une pénitence publique.

Après la messe de St-Martin, toutes les monnaies seront décriées excepté les deniers d'argent fin et de poids nouvellement fabriqués, et celui qui en exposera d'autres dans le commerce les perdra, et ils seront saisis par le comte et par ses officiers, suivant l'article 18 du IIe livre des capitulaires.

Sur ces deniers nouvellement fabriqués, le nom du roi sera d'un côté dans la légende, et au milieu le monogramme de son nom. Sur l'autre côté, le nom de la ville » où ils seront fabriqués, et au milieu, une croix.

Suivant l'ordonnance des rois nos prédécesseurs, défenses seront faites de fabriquer de la monnaie dans toute l'étendue du royaume, si ce n'est dans le palais, il Quentovic (où la monnaie a été établie depuis longtemps). à Rouen, à Reims, à Sens, à Paris, à Orléans, à Châlons, à Melle et à Narbonne.

Ceux dans le ressort desquels les monnayeurs doivent travailler, choisiront, sans aucune considération que celle du bien public et de la décharge de leur concours de fidèles monnayeurs, auxquels ils feront prêter serment de bien et fidèlement faire leur fonction; de ne fabriquer aucun denier qui ne soit d'argent fin et de poids; qu'ils affineront fidèlement tout l'argent qui leur sera porté, et en rendront la véritable valeur en bons deniers.

Et si quelqu'un est soupçonné du contraire, qu'il se purge par le jugement de Dieu, c'est-à-dire ou par le feu ou par l'eau chaude. Et s'il est convaincu de n'avoir pas rendu fidèlement la juste valeur de l'argent qu'on lui a apporté pour changer, ayant par ce moyen dérobé l'argent de l'Etat, de l'église et des pauvres, qu'il perde la main, ainsi qu'il est ordonné contre les faux monnayeurs, dans le IIe livre des capitulaires, chapitre 35, puisque son crime est égal à celui d'avoir fait la fausse monnaie, ou de l'avoir fait légère.

Qu'outre cela, comme un sacrilège et voleur du bien des pauvres, il soit soumis à la pendence publique, par l'ordre de l'évêque. Dans les lois où l'on observe la loi Romaine, qu'il soit puni suivant cette loi.

Dans le premier jour de juillet, tous les comtes, dans  le ressort desquels les monnayeurs travailleront, enverront leurs vicomtes à Senlis, avec leur monétaire, et deux hommes solvables qui ayant des biens dans leur ressort, pour recevoir chacun cinq livres d'argent de l'épargne, avec un poids pour commencer à travailler. Et le samedi avant le carême, chaque monétaire enverra par les mêmes personnes à l'épargne, pareille quantité d'argent en deniers monnoyés avec le même poids auquel il sera reçu.

» Toutes sortes de personnes seront obligées de porter aux hôtels des monnaies tout ce qu'ils auront d'argent,  pour être changé en espèces nouvelles qui auront cours du premier jour de juillet ; faisant très expresse défense  d'en exposer d'autres après la messe de la St-Martin, à s peine de 60 sous d'amende contre ceux qui seront de condition libre, et de 60 coups contre les esclaves, non pas de gros bâtons, mais de verges, afin qu'ils n'en soient pas estropiés; ce que nous laissons à la discrétion des évêques et des officiers des villes, pour en ordonner selon leur prudence.

Si quelqu'un viole notre ordonnance, les évêques nous le feront savoir, afin qu'il soit châtié de  manière qu'à l'avenir personne ne soit plus assez hardi pour oser l'entreprendre. Si ceux à qui appartiennent les esclaves qui sont allés contre notre ordonnance, veulent empêcher le comte ou notre envoyé de les punir, ou s'ils refusent de les représenter, lorsqu'ils en seront sommés, ils payeront l'amende de 60 sous, comme il est ordonné dans le précédent capitulaire.

Du 1er jour de juillet, celui qui trouvera un homme exposant un denier de billon ou faible de poids, le pourra arrêter et le contraindre à déclarer de qui il l'aura reçu, pour remonter par ce moyen jusqu'à celui qui l'aura fabriqué.

Le monnoyeur qui sera convaincu d'avoir fait cette fausseté, sera puni selon la loi romaine, dans les lieux où elle est observée, ou bien il perdra la main, suivant le ch. 53 du IIe livre des capitulaires ; et les complices, s'ils sont de condition libre, payeront 60 sous, s'ils sont esclaves ou fermiers, ils seront fustigés (10).

Les comtes et les officiers des villes, veilleront soigneusement pour empêcher qu'il ne soit fabriqué de la fausse monnaie dans leur ressort : celui qui en sera convaincu, sera puni comme le monnoyeur, et condamné à perdre la main. Les complices payeront 60 sous, ou seront fustigés, s'ils ne sont pas de condition libre (11).

Si le monnoyeur, le faux monnoyeur ou l'expositeur de faux, s'est sauvé dans quelques lieux privilégiés; si le lieu dépend du fisc, que la perquisition en soit faite par les officiers du Roi, si celui dans la maison duquel il s'est réfugié le cache, ou ne souffre pas qu'il en soit tiré, qu'il en soit donné avis au roi, pour en ordonner le châtiment ; si le lieu appartient à un autre, que le comte ou les officiers des villes fassent sommer l'évêque l'abbé, ou l'abbesse, où la personne puissante à qui le lieu appartient, de rendre le coupable : s'il le refuse, après la première sommation, il payera sous, après la seconde 50 sous, après la troisième, il payera tous les dommages et intérêts auxquels le coupable aurait été condamné, etle comte en personne le pourra chercher partout. Si le propriétaire du lieu, dit que le coupable s'est sauvé après la première sommation, qu'il en soit quitte après avoir fait serment qu'il n'a point contribué à le faire sauver. Que si l'on fait résistance au comte avec gens attroupés, qu'il en fasse sa plainte au roi, et que celui qui a résisté soit condamné à 600 sous.

Et afin que cette ordonnance pour le cours des bons deniers et le décri des faux soit mieux observée, chaque comte fera un mémoire des marchés qui sont dans son ressort, pour nous en donner avis.

Il nous marquera quels sont ceux qui auront été établis par Charlemagne et par Louis-le-Débonnaire, ceux qu'ils avaient confirmés, et ceux qui ne le sont pas.

Il nous dira ceux qui auront commencé sous notre règne, où qui auront changé de lieu, et de quelle autorité ce changement aura été fait. Chaque comte apportera cet état au premier parlement, afin que nous confirmions ceux qui auront été utilement et loyalement établis, et que nous supprimions les autres. Il ne sera tenu aucun marché le dimanche.

Que dorénavant il ne soit fait aucun alliage d'or ni d'argent dans le royaume, et que de la messe de St-Remi, c'est-à-dire du premier jour d'octobre, aucun ne soit si hardi d'exposer en vente aucun or ni argent, s'il n'est fin.  Si après ce jour quelqu'un est trouvé portant vendre, ou  achetant de l'or ou de l'argent en masse ou en ouvrage qui soit allié, que ce qu'il porte soit saisi par les officiers des villes. Si celui qui sera trouvé avec de l'or ou de l'argent allié n'a aucun bien dans le lieu où il sera arrêté, qu'il soit contraint de donner caution, et qu'il soit conduit en notre présence, afin que nous ordonnions sur sa désobéissance.

S'il a du bien, qu'il soit contraint de comparaître, selon qu'il est ordonné par la loi ; s'il justifie qu'il portait les choses saisies à l'orfèvre pour les affiner, les officiers pourront lui en donner main-levée. L'orfèvre qui sera convaincu d'avoir allié de l'or ou de l'argent, depuis le ler octobre, soit pour vendre, soit pour acheter, sera puni suivant la rigueur de la loi romaine dans les lieux où elle est gardée ; dans les autres qu'il perde la main, comme un faux-monnoyeur.

Les complices seront condamnés à l'amende, s'ils sont libres, ou au fouet, s'ils sont esclaves. S'ils sont juifs, les choses saisies seront confisquées et ils seront condamnés à l'amende royale.

Dans tout le royaume, la livre d'or ne sera vendue que douze livres d'argent (12), en deniers de nouvelle fabrication. L'or qui sera affiné, mais non pas jusques au point qu'il puisse servir à dorer, ne sera vendu que dix livres d'argent des deniers nouvellement fabriqués (13).

Nous enjoignons aux comtes et à tous les autres officiers des villes de tenir la main afin que l'or ne soit point survendu, sous peine de la perte de leurs charges, et contre les contrevenants, de 60 sous d'amende, s'ils sont libres, et du fouet s'ils sont fermiers ou esclaves.

 

 

Précis historique sur la ville de Melle / par Gabriel Lévrier

Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest

 

 

 

 <==.... ....==> Moyen Age, atelier monnaie-denier Plantagenêt (château de Montreuil-Bonnin)

 

Richard Cœur de Lion, Capturé à son retour de croisade <==

 

 

 


 

Vers 1019. – Guillaume le Grand, duc d'Aquitaine, donne à l'abbaye de Cluny la monnaie de Niort, XII, 57.

1030-1039. – Agnès de Bourgogne et ses fils, Guillaume et Guy-Geoffroi, donnent à l'abbaye de Cluny la monnaie de Saint-Jean-d'Angély et les droits d'usage qu'ils possèdent au lieu nommé Molgonus, XII, 58.

1049-1058. – Guillaume Aigret, duc d'Aquitaine, confirme à l'abbaye de Cluny les donations des monnaies de Niort et de Saint-Jean-d'Angély, XII, 59.

21 juin.- Sauf-conduit accordé par Jean Sans-Terre à des messagers qui seront porteurs de lettres de Jean monnayeur à Niort, XII, 56.

1215, 27 mai. Lettres patentes de Jean Sans-Terre, qui autorisent le cours de la monnaie de Savary de Mauléon en Poitou, Angoumois et Gascogne, VII, 240.

1215, 31 août. – Lettres patentes de Jean Sans-Terre, qui autorisent la fabrication de la monnaie de Savary de Mauléon à la valeur des tournois et son libre cours dans le duché d'Aquitaine, VII, 240.

1215, 6 novembre. Mandement adressé par Jean Sans-Terre à Renaud de Pons, sénéchal de Poitou et de Gascogne pour faire circuler la monnaie de Savary de Mauléon, VII, 240.

1215, 8 décembre. Jean Sans-Terre accrédite Aimery, monnayeur, pour fabriquer à Niort la monnaie poitevine, XII, 56.

1216. 14 septembre. Injonction de recevoir la monnaie de Savary de Mauléon, adressée au maire et aux notables de Bordeaux, VII, 241.

1269-70. mars.- Bail de la monnaie de Poitou consenti par Alphonse, frère de saint Louis, VI, 375.

1317-20 avril. Mandement de Philippe le Long à son sénéchal de Poitou, pour faire payer en bonne monnaie royale, et non en une autre, une somme de vingt livres tournois due chaque année au chapelain de la chapelle du comte Alphonse fondée dans l'église de Sainte-Radégonde de Poitiers, XI, 487.

1372, 16 août. Lettres patentes de Charles v pour rétablir la monnaie royale de Poitiers, VII, 241

1757, 30 octobre. Arrêt du conseil d'État, qui prescrit la fermeture de plusieurs hôtels des monnaies, notamment de celui de Poitiers, VII, 245.

1771, février. Édit de Louis XV portant suppression de plusieurs hôtels de monnaies notamment de celui de Poitiers, VII 247.

 

 

RAIMOND D'AGILES était le chapelain de Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, au cours de la Première Croisade.

Raymond d’Aguilers, Histoire des Francs qui prirent Jérusalem. Chronique de la première croisade

 

(1) Ce fut sans doute aussi par habitude que Melle conserva les droits de monnayage, car nous lisons dans une note de M. de la Fontenelle Arrêt du Conseil d'État, du 26 septembre 1786, qui supprime les droits de monnayage, dans la ville de Melle, faute par les propriétaires d'avoir satisfait aux exigences de l'arrêt du 13 août 1775.

(2) Cela explique pourquoi les vicomtes de Melle, ne paraissent qu'en 906, quoique l'édit de Piste qui parle de ces fonctionnaires ait été donné en 851.

 (3) D'autant plus qu'elle était extrêmement légère et demandait peu de métal.

(4) Rien ne peut mieux certifier les immenses travaux des mines de Melle.

(5) C'est probable, puisque d'après une note de M. de la Fontenelle, la chronique de Maillezais dit que de 1103 à 1120, il y eut grand affaiblissement dans les monnaies, on allia le cuivre à l'argent.

(6) On se servit longtemps de ce mot Pite en Poitou, car dans un état donné par le Journal de Le Riche, p. 60. On trouve : pour chascun pain, un denier obole…. quarteron de livre de chandelle pite. 17 décembre 1544.

(7) Pépin ter, roi d'Aquitaine, mourut à Poitiers, en 838 et fut enterré dans l'église de Sainte-Radégonde, dépendant du monastère de Sainte-Croix. Sa dépouille mortelle rencontrée par hasard, depuis la restauration des églises, a été mise près du portail de l'église et sous la goutière.

(8) Capitul. Caro. Calvi, § 9, Tome 2, f. 70.

(9) On se sert ici de la traduction de Leblanc, qui dispensera de donner l'original des pièces justificatives.

 (10) Si servus, vel colanus, nudus cum virgis rapulet. — Il s'agit ici d'un colon, sorte d'esclave à portion de fruits, et non d'un fermier comme l'a dit le traducteur, dont on pourrait relever bien d'autres inexactitudes.

(11) Leblanc a voulu varier son stylo, car cet aliéna finit par les mêmes mots que le précédent.

(12) L'or a aujourd'hui une bien plus grande valeur comparativement au prix de l'argent. L'or, au lieu de valoir douze fois l'argent vaut quinze fois ce métal, la livre d'or vaut 1,550 fr. celle d'argent vaut 100 fr.

(13) On voit, d'après cela, combien la fabrication en monnaie augmentait la valeur de l'argent.