5 décembre 1189, Canterbury – Charte de Richard Cœur de Lion en présence de sa mère Aliénor d’Aquitaine et de son frère Jean sans Terre, accordant des libertés au roi Guillaume d’Écosse (première année du règne de Richard Ier)
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Peu après l’accession de Richard Cœur de Lion au trône (3 septembre 1189, couronnement à Westminster). Cette charte est l’une de ses premières décisions majeures.
En décembre 1189, Richard Cœur de Lion, récemment couronné, organise une rencontre avec Guillaume Ier le Lion à Cantorbéry pour négocier la restitution des châteaux de Berwick et Roxburgh et l’annulation du traité de Falaise (1174).
Cette rencontre, culminant avec la charte du 5 décembre 1189, a lieu dans un cadre formel, probablement au château ou à proximité, en présence de l’archevêque de Cantorbéry, Baldwin de Forde, et d’autres dignitaires.
Objectif : Guillaume Ier cherche à racheter l’indépendance de l’Écosse en annulant le traité de Falaise.
Contexte : Guillaume le Lion (roi d’Écosse 1165-1214) avait été capturé par Henri II à Alnwick en 1174 lors de la rébellion de 1173-1174.
Par le traité de Falaise (1174), il avait dû reconnaître la suzeraineté anglaise, céder des châteaux (Roxburgh, Berwick, etc.) et prêter hommage.
Restauration par Richard : Dès 1189, Richard libère Guillaume de cette humiliation et restitue les châteaux (Roxburgh et Berwick) en échange d’un hommage plus léger et du respect des droits anciens (époque de Malcolm IV, frère de Guillaume, 1153-1165).
Richard, pragmatique et pressé de partir en croisade, accepte 10 000 marcs d'argent (une somme colossale, équivalente à environ deux ans de revenus fiscaux anglais) en échange de la libération de l'Écosse de ses obligations féodales.
Richard restitue les châteaux de Berwick et Roxburgh à Guillaume et libère l’Écosse de toute obligation de vassalité envers l’Angleterre.
- Ceux d’Édimbourg, Stirling et Jedburgh ayant été rendus en 1178.
- La levée de l’hommage lige et de la fidélité imposés par le traité de Falaise.
- L’autonomie retrouvée de l’Église écossaise vis-à-vis de l’Église anglaise.
- La libération des otages écossais, dont David, frère de Guillaume.
Richard, par la grâce de Dieu roi d’Angleterre, duc de Normandie et d’Aquitaine, comte d’Anjou, aux archevêques, évêques, abbés, comtes, barons, justiciers, vicomtes et à tous ses ministres et fidèles de toute l’Angleterre, aux baillis et à ses fidèles, salut.
Sachez que nous avons restitué à notre très cher cousin Guillaume, par la même grâce roi des Écossais, ses châteaux de Roxburgh et Berwick, comme ses propres biens, à posséder par lui et ses héritiers à perpétuité en droit héréditaire.
De plus, nous l’avons libéré de toutes les conventions et pactes que notre père de bonne mémoire, le bon roi Henri d’Angleterre, avait extorqués par de nouvelles chartes et par sa captivité ;
de telle sorte qu’il nous fera intégralement et pleinement tout ce que le roi des Écossais Malcolm, son frère, a fait de droit à nos prédécesseurs et devait faire de droit.
Et nous lui ferons tout ce que nos prédécesseurs ont fait de droit au susdit Malcolm et devaient faire de droit ;
c’est-à-dire en matière de conduit [sauf-conduit], de venue à la cour, de séjour à la cour, de retour de la cour, de procurations, et en toutes libertés, dignités et honneurs qui lui sont dus de droit, selon ce qui sera reconnu par quatre grands seigneurs de chez nous choisis par le roi Guillaume lui-même, et par quatre autres grands seigneurs choisis par nous.
Si l’un de nos hommes a injustement usurpé après la capture dudit roi Guillaume par notre père des frontières ou marches du royaume d’Écosse, nous voulons qu’elles soient intégralement restituées et ramenées à l’état où elles étaient avant sa capture.
De plus, pour les terres qu’il possède en Angleterre, soit domaines royaux, soit fiefs, notamment dans le comté de Huntingdon et dans tous les autres, qu’il les possède lui et ses héritiers à perpétuité dans la même liberté et plénitude que le susdit roi Malcolm les possédait ou devait les posséder, sauf si le roi Malcolm ou ses héritiers ont ensuite inféodé quelque chose : auquel cas les services de ces inféodations appartiendront à lui ou à ses héritiers.
Et si notre père a donné quelque chose au susdit roi Guillaume des Écossais, nous voulons que cela soit tenu pour ratifié et ferme.
Et la terre que notre père a donnée au susdit roi Guillaume, nous voulons que lui et ses héritiers la possèdent à perpétuité dans la même liberté que celle dans laquelle notre père la lui a donnée.
Nous lui avons également restitué les hommages de ses hommes que notre père avait reçus, et toutes les chartes que notre père avait de lui par sa captivité.
Nous lui avons restitué les hommages de ses hommes et toutes les chartes que notre seigneur père avait de lui par sa captivité.
Et si d’autres chartes venaient à être retenues par oubli ou découvertes, nous ordonnons qu’elles soient entièrement privées de force.
Quant à lui, il est devenu notre homme lige pour toutes les terres pour lesquelles ses prédécesseurs étaient hommes liges de nos prédécesseurs, et il nous a juré fidélité, ainsi qu’à nos héritiers.
Témoins : Baudouin archevêque de Canterbury, Walter archevêque de Rouen, Thomas archevêque de Dublin, Hugues de Durham, Jean de Norwich, Henri de Salisbury, Hugues de Lincoln, Godefroi de Winchester, Gilbert de Rochester, Réginald de Bath, Hugues de Coventry, Guillaume de Worcester, évêques ; Aliénor mère du roi, Jean comte de Mortain frère du roi, et beaucoup d’autres.
Le 5 décembre.
Donné par la main de Guillaume, clerc d’Ely, notre chancelier, à Canterbury, en la première année de notre règne.
Le roi accorde à de nombreux comtes, terres, libertés et privilèges, en tirant de cela une grande somme d’argent ; et il remit à Guillaume, évêque d’Ely, son chancelier et l’un de ses justiciers d’Angleterre, l’un de ses sceaux, par lequel il ordonna que ses mandats soient faits dans le royaume.
Ayant réglé les affaires du royaume, le 11 décembre, un lundi, il traversa de Douvres à Calais en Flandre, pour se rendre à Jérusalem ; emportant avec lui son grand sceau, qu’il confia à son vice-chancelier Malo Catulo.
Importance : Richard à besoin d’argent pour la croisade → Guillaume lui verse une forte somme (10 000 marcs d’argent) pour cette libération.
Cela met fin au traité de Falaise et rétablit une relation plus équilibrée entre l’Écosse et l’Angleterre (jusqu’aux tensions ultérieures sous Jean sans Terre).
La charte garantit aussi les droits de Guillaume sur ses terres anglaises (Huntingdon, etc.), hérités de ses prédécesseurs.
Cette charte est un acte diplomatique habile de Richard : apaiser le nord, sécuriser ses arrières avant de partir en croisade, et renflouer ses caisses.
11 décembre 1189 : Richard cœur de Lion gagne Douvres et débarque en France. Il est reçu à Calais par le comte Philippe de Flandre.
Description du château de Cantorbéry
Origines : Le château de Cantorbéry est une forteresse normande construite peu après la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant (1066).
Érigé vers 1070, il est l’un des premiers châteaux en pierre d’Angleterre, conçu pour consolider le contrôle normand sur le Kent, une région stratégique proche de Londres et du continent.
Structure : À l’époque de 1189, le château est une forteresse rectangulaire avec un grand donjon en pierre, entouré de murailles.
Il servait de centre administratif, militaire et judiciaire pour le Kent, ainsi que de résidence occasionnelle pour les rois et leur cour.
Localisation : Situé au sud-est de la cathédrale de Cantorbéry, près des murailles de la ville, le château était un lieu de pouvoir symbolique, proche du siège archiépiscopal, ce qui en faisait un endroit idéal pour des négociations diplomatiques.
Fonction du château : Le château de Cantorbéry sert de lieu probable pour les discussions ou la signature de la charte, car il était un centre administratif où les rois d’Angleterre tenaient cour et recevaient des vassaux. Sa proximité avec la cathédrale renforçait son importance pour un événement diplomatique impliquant des questions ecclésiastiques (comme l’autonomie de l’Église écossaise).
Importance historique
Symbolisme : Cantorbéry était un lieu de pouvoir spirituel (siège de l’archevêque) et temporel (château royal), ce qui en faisait un choix naturel pour une rencontre entre deux rois. La présence de Baldwin de Forde, archevêque, souligne l’importance de l’accord pour les relations entre les Églises anglaise et écossaise.
État du château en 1189 : À cette époque, le château était encore une forteresse fonctionnelle, bien que son rôle militaire ait décliné au profit de fonctions administratives. Il restait un symbole de l’autorité royale, idéal pour des négociations de haut niveau.
Postérité : Après 1189, le château perd progressivement de son importance militaire, devenant une prison au XIIIe siècle. Aujourd’hui, ses ruines (principalement le donjon) sont un site historique géré par English Heritage.
Notes complémentaires
Le château de Cantorbéry n’était pas un lieu de résidence permanente pour Richard, qui préférait Londres ou Winchester pour sa cour. Cependant, sa position stratégique dans le Kent en faisait un choix logique pour recevoir Guillaume.
La cathédrale de Cantorbéry, à proximité, a peut-être aussi joué un rôle dans les cérémonies ou discussions, vu l’implication de l’archevêque Baldwin.
Sources primaires :
Chronica de Mailros (début XIIIe siècle) : Décrit la restitution comme une délivrance du « joug de servitude » et les récits de Roger de Hoveden mentionnent la rencontre à Cantorbéry, sans préciser explicitement le château, mais son usage est probable vu son rôle administratif.
Regesta Regum Scottorum, vol. II : The Acts of William I (éd. G.W.S. Barrow) : Contient le texte de la charte.
Chroniques anglaises (ex. Roger de Hoveden) : Détail des négociations.
Études : The Acts of William I (G.W.S. Barrow) et Canterbury Castle in the Early Middle Ages (English Heritage) confirment l’importance du château comme centre royal.
Archéologie : Les fouilles du château montrent qu’il était intact et fonctionnel en 1189, avec des ajouts normands encore en usage.
Décembre 1174: Traité de Falaise entre Henri II d’Angleterre et Guillaume le Lion, roi d’Écosse.<==
Charta Richardi Regis Anglia de libertatibus Willielmo Scottorum Regi concessis.
Richardus Dei gratia Rex Angliae, Dux Normanniae & Aquitaniae Comes Andegaviae Archiepiscopis, Epifcopis, Abbatibus, Comitibus, & Baronibus, Justitiariis, & Vicecomitibus, & omnibus ministris suis totius Angliae; ballivis & fidelibus suis salutem.
Sciatis Nos charissimo consanguineo nostro Willielmo, eadem gratia Regi Scottorum reddidisse Castella sua Rokesburh & Berwic tanquam ejus propria, jure haereditario ab eo & haeredibus suis in perpetuum possidenda.
Praeterea quietavimus ei omnes Conventiones & pactiones quas bonae memoriae bonus pater noster Henricus Rex Angliae per novas Chartas, & per captionem suam extorsit; ita videlicet ut nobis faciet integre & plenarie quicquid Rex Scottorum Malcolmus frater ejus antecessoribus nostris de jure fecit, &, de jure facere debuit.
Et nos ei faciamus quicquid antecessores nostri, praedicto Malcolmo de jure fecerunt, & de jure facere debuerunt; scilicet in conductu & de veniendo in Curiam, et in morando in Curia, & redeundo a Curia, & in procurationibus & in omnibus libertatibus & in dignitatibus & honoribus eidem jure debitis, fecundum quod recognoscetur a quatuor Proceribus nostris ab ipso Willielmo Rege electis; & a quatuor proceribus aliis a nobis electis.
Si autem fines five Marcias regni Scotiae aliquis nostrorum hominum postquam prasdictus Rex Willielmus a patre nostro captus fuerit, usurpaverat injusie ; volumus ut integre reltituantur, et ad eum statum reducantur quo erant ante ejus captionem.
Præterea de terris fuis quas haberet in Anglia, seu Dominicis, seu feodis, scil. in Comitatu Huntondoniae, & in omnibus aliis in ea libertate & plenitudine possideat, & hæredes ejus in perpetuum, qua præfatus Rex Malcolmus possedit, vel possidere debuit, nisi jam praedictus Rex Malcolmus, vel hæredes sui aliquid postea infeodaverint : Ita tamen quod si aliqua postea infeodata sunt, ipsorum infeodorum servitia, ad eum vel ejus haeredes pertineant.
Et si quid pater noster praedicto Willielmo Regi Scottorum donaverit, ratum, & firmum habere volumus.
Et terram quam Pater noster præscripto Regi Willielmo donavit in eadem libertate qua ipsam ei dedit, ipsum & hæredes suos perpetuo jure possidere volumus.
Reddidimus etiam ei ligantias hominum suorum quas Pater noster receperat & omnes Chartas quas Pater noster de illo habuit per captionem suam.
Reddidimus etiam ei ligantias hominum suorum, & omnes Chartas quas Dom. Pater noster de eo habuit per captionem suam.
Et si aliquae aliæ forte per oblivionem retentae, aut inventae fuerint, eas penitus carere viribus praecipimus.
Ipse autem ligius homo noster devenit de omnibus terris, de quibus, antecessores sui antecessorum nostrorum ligii homines fuerunt, & nobis & haeredibus nostris fidelitatem juravit, testibus his Baldewino Cantuar. Archiepiscopo, & Waltero Rothomagensi T. Dublin. Archiepisc. Hugone Dunelmensi, & Johanne Northwicensi, Henrico Saresbiriensi, & Hugone Lincolniensi , & Godefrido Wintoniensi, & Gileberto Rossensi , & Reginaldo Baihoniensi , & Hugone Coventrensi, & Willielmo Wigorniensi Episcopis; & Alienor. matre Regis, & Johanne Comite Moretonis fratre Regis & multis aliis.
Ut autem ratum & firmum sit istud & perpetuum praesenti Charta & sigillo nostro id roboravimus :
Testibus B. Cantuar. W. Rothomag. T. Dublin. Archiepis. H. Dunelm. H. Linc. C. Winton. H. Sar. Reg. Bathon. Episc. Domino J. fratre nostro. R. Com. Leicestr. H. Com. Warenn. H. Bard, Steph, de longo-campo dapifero nostro & aliis multis V. die Decembris.
Datum per manum Willelmi Eliensis Clerici Cancellarii nostri apud Cantuar. regni nostri anno primo.
Rex plurimos Comitatus, terras, libertates, & privilegia concedit, magnam inde cogens vim pecuniae; tradiditque Willielmo Eliensi Episcopo Cancellario suo & uni Justitiariorum . Angliae, unam de sigillis fuis per quod fieri praecepit mandata sua in regno.
Compositis domi negotiis XI die Decemb. Feria secunda, transfretavit a Dorobernia usque ad Caleis in Flandria, Hierosolymam profecturus; magnum suum sigillum, quod Malo Catulo Vicecancellario suo credidit secum deferens.