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PHystorique- Les Portes du Temps
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6 décembre 2025

Orléans 28 janvier 854 Diplôme de Charles le Chauve, concernant l’accueil des moines de Saint-Philibert fuyant les Vikings (Nortmanni).

En 854, les moines de Noirmoutier (Saint-Philibert), chassés par les raids vikings incessants depuis 819-830, errent déjà depuis plus de vingt ans avec les reliques de leur saint.

Après avoir séjourné à Déas (Saint-Philbert-de-Grand-Lieu), puis à Cunault, puis à Messay, ils obtiennent ici de Charles le Chauve un refuge temporaire dans le centre-ouest.

Ils finiront par s’installer définitivement à Tournus (875).

C’est l’un des tout premiers actes royaux carolingiens conservés concernant le futur Poitou et la future Vendée, et l’un des témoignages les plus dramatiques de la grande crise viking du IX siècle.

 

 

Contexte général

Le 6 juin 848, Charles le Chauve est consacré roi d’Aquitaine à Orléans.

« Les Aquitains, poussés par la paresse et l’inaction de Pépin, en appellent à Charles, et dans la ville d’Orléans presque tous les nobles, avec les évêques et les abbés, l’élisent roi, et, après l’avoir oint du saint chrême, ils le consacrent solennellement par la bénédiction de l’épiscopat. » (1).

 

 

Pourquoi pas à Poitiers, Limoges ou Bourges ?

Parce que la situation politique était extrêmement instable :

  • Pépin II (roi d’Aquitaine rival) était rejeté par une grande partie des grands d’Aquitaine.
  • La région était infestée de bandes armées et de factions.
  • Orléans était une ville sûre, éloignée des troubles, bien contrôlée par le pouvoir carolingien.

Orléans servait de plateforme politique et religieuse pour réorganiser l’autorité royale dans le Midi.

 

Les années 866–868 sont une période extrêmement agitée pour Charles le Chauve :

  • Les Normands ravagent la Loire, le Poitou, la région de Nantes, puis la vallée de l’Allier.
  • Les moines de Saint-Philibert (Noirmoutier) sont en pleine errance : Cunault (vers 853), puis Saint-Pourçain (862), puis Bourg-Dieu / Messais, etc.
  • Charles cherche des points d’appui militaires sur les grands axes, notamment Orléans, capitale stratégique du bassin ligérien.

 

La cour est donc très mobile, se déplaçant entre les lieux où le roi doit affirmer son autorité, réunir des troupes, négocier ou répondre aux menaces.

 

 2. Chronologie des déplacements du roi (simplifiée)

D’après les Recueil des actes de Charles le Chauve et les itinéraires reconstitués par Lot & Boutron, la cour royale est alors dans le Centre et le Bassin parisien, en raison de la pression normande dans l’Ouest.

 

Fin 866 – début 867

  • Compiègne – Verberie – Saint-Denis – Paris : activités politiques et religieuses.
  • Charles renforce la défense de la Loire et confie à Robert le Fort des responsabilités accrues.

 

867 (année précédant la charte)

  • Début d’année : déplacements autour de Paris, Attigny, Compiègne.
  • Printemps–été : déplacements vers la vallée de la Loire, notamment Le Mans, Tours, Bourges, pour faire face aux Normands qui remontent le fleuve.
  • Automne–hiver : retour dans la région Orléans – Tours, où se décide la nouvelle organisation de la défense ligérienne.

 

Janvier 868

  • La cour descend vers le sud de Paris.
  • 31 janvier 868 : Charles signe la charte à ORLÉANS.

 

 

Où se trouvait le palais ?

Le palais royal d’Orléans se situait :

  • au sud de la cathédrale,
  • près du bord de Loire,
  • dans l’ancien quartier des structures administratives du Bas-Empire.

On l’appelle dans les sources “palatium Aurelianense”.

Il s’agissait d’un palais urbain, et non d’un palais rural comme Compiègne.

 

Aspect général

Vers 854, le palais était :

► Un ensemble de bâtiments, non un seul édifice

Comme tous les palais carolingiens, il s’agissait :

  • d’une aula regia (salle du trône / salle d’audience),
  • d’un triclinium (salle de banquet),
  • d’une capella regia (chapelle royale, souvent Saint-Aignan ou un autre sanctuaire proche),
  • de logements pour le roi, les officiers, la chancellerie, les gardes,
  • de cours et de bâtiments de service (cuisines, celliers, écuries).

On doit l’imaginer comme un petit quartier clos, plus qu’un château.

► Style carolingien
  • Murs en moellons et briques romaines remployées, car Orléans était pleine de ruines antiques.
  • Toits en tuiles (héritage gallo-romain).
  • Grandes salles avec charpentes apparentes.
  • Décor sobre mais noble : enduits peints, colonnes romaines réemployées, arcatures.

 

La grande salle (Aula Regia)

C’était la pièce maîtresse.

Caractéristiques probables (comparaison avec Ingelheim, Compiègne, Aix-la-Chapelle) :

  • plan rectangulaire
  • grandes dimensions (20 à 30 m de long)
  • tribune surélevée au fond pour le trône
  • éclairage par fenêtres hautes
  • décor d’inspiration romaine (colonnes, arcades, mosaïques simples)

C’est là que Charles tenait :

  • assemblées,
  • audiences,
  • signatures de diplômes,
  • serments de fidélité.

 

La chapelle royale

Toute résidence royale carolingienne possède une chapelle.

À Orléans vers 854, deux sanctuaires étaient liés à la royauté :

  • Saint-Aignan, très proche du palais ;
  • la cathédrale Sainte-Croix, où se déroulaient parfois les messes royales.

La chapelle du palais proprement dite n’est pas nommée, mais devait être accolée au complexe.

 

 La chancellerie et les services royaux

Les diplômes de cette époque signés Actum Aurelianis civitate prouvent qu’Orléans possédait :

  • un corps de notaires
  • un scriptorium (pour les actes officiels)
  • des logements pour les officiers du palais (camerarius, senescallus, etc.)

Ces bâtiments étaient modestes mais fonctionnels : petites salles voûtées ou couvertes d’un plafond en bois.

 

Défenses et rapport à la ville

Contrairement à un château féodal, le palais n’était pas une forteresse.

Mais :

  • il bénéficiait de la protection de l’enceinte romaine du Bas-Empire, encore debout,
  • il était gardé par la milice royale et des fidèles du comte d’Orléans.

Le palais ouvrait sur la Loire : un avantage pour recevoir des envoyés et ravitailler rapidement.

 

 

 3. Pourquoi Charles se trouvait précisément à Orléans ?

A – Un point stratégique contre les incursions normandes

Orléans contrôle :

  • un pont majeur de la Loire,
  • l'accès aux voies venant du Poitou et du Berry,
  • l’articulation entre Paris et la vallée ligérienne.

 

 

Depuis les années 850–870, Orléans est un centre logistique et militaire essentiel.

 

Charles y séjourne souvent quand la pression normande devient forte plus en aval (Tours, Angers, Poitou).

 

 

B – Pour organiser le refuge des moines chassés par les Normands

Les moines de Saint-Philibert, fuyant Noirmoutier puis Déas, sont alors en recherche d’un lieu sûr.

Ils viennent physiquement à Orléans présenter leurs requêtes en larmes, selon le texte :

“confugium ad nos lacrimosis vocibus fecerunt”
« ils firent appel à nous, leurs voix pleines de larmes »

Il était logique qu'ils s’adressent au roi ailleurs que dans les zones menacées, donc dans une ville royale stable : Orléans.

 

 

 

C – Parce qu’Orléans est un lieu d'émission fréquent des actes royaux

Durant tout le règne de Charles :

  • Orléans est une des quatre grandes résidences royales, avec Compiègne, Aix et Attigny.
  • On y trouve un palais, une chancellerie active, des notaires habitués à rédiger les diplômes.

 

Le roi y séjournait longuement en hiver, période où les déplacements se réduisaient.

 

D – Préparation politique des alliances dans la région Loire–Berry

En 868, Charles tente de :

  • consolider les comtes fidèles (Touraine, Orléanais, Poitou)
  • renforcer les liens avec l’Église locale (évêque d’Orléans, abbés bénédictins)
  • réorganiser la défense contre les Normands qui frappent encore l’Anjou et le Poitou.

Orléans sert de plateforme administrative et militaire pour ces décisions.

 

 

4. Conclusion synthétique

Charles se trouve à Orléans le 31 janvier 868 :

  1. Parce que la vallée de la Loire est attaquée par les Normands, et Orléans est un point stratégique pour organiser la défense.
  2. Parce que les moines de Saint-Philibert viennent demander refuge, loin des zones dévastées.
  3. Parce qu’Orléans est une résidence royale, dotée d’un palais où de nombreux diplômes sont émis.
  4. Parce que l’hiver 867–868 fixait la cour dans cette région, avant de nouveaux déplacements.

 

 

 

Orléans 28 janvier 854 Diplôme de Charles le Chauve, concernant l’accueil des moines de Saint-Philibert fuyant les Vikings (Nortmanni).

 

 

Au nom de la sainte et indivisible Trinité.

 Charles, par la grâce de Dieu roi.

Si nous prêtons une oreille favorable aux prières des serviteurs de Dieu, nous multiplions les œuvres de notre majesté royale et, par là, nous avons la ferme confiance d’obtenir plus facilement la béatitude éternelle.

Qu’il soit donc connu de tous les fidèles de la sainte Église de Dieu, présents et à venir, que le vénérable homme abbé Hilbod et les moines du monastère de Saint-Philibert, qui lui a été confié pour être dirigé, fuyant la persécution des ennemis de Dieu et de la sainte Église, ces cruels Normands dont ils ont subi tant de maux, sont venus en pleurant se réfugier auprès de nous d’une seule voix.

Ils nous ont suppliés de vouloir bien leur procurer et leur concéder quelque lieu où ils puissent enfin trouver un peu de repos après tant d’hostilités, et, persévérant dans leur vocation sans être accablés par une misère insupportable, prier Dieu avec plus de ferveur pour le pardon des péchés qui nous valent de si grands malheurs.

Accueillant donc avec clémence leur humble requête, nous leur avons très volontiers concédé, pour qu’ils s’y réfugient, certaines villae, à savoir :

Madernas avec ses églises, dîmes et toutes ses dépendances ; 

Mesciacum avec sa chapelle (où il y a 7 manses) ; 

Apciacum avec ses deux églises, 11 manses et 3 quartes ; 

dans la villa de Massiniacum : 3 manses et demi ; 

en outre 8 manses, 

la villa d’Asnerias, 

et la moitié de la villa de Prisciacum,

avec toutes leurs dépendances, exactement comme les tenait autrefois Otbert.

 

Toutes ces terres sont situées dans les comtés de Poitiers, de Thouars ou d’Herbauges.

Nous avons donc ordonné que le présent acte soit rédigé par notre autorité, par lequel nous statuons et confirmons que ledit abbé Hilbod et les moines placés sous sa conduite, ainsi que leurs successeurs, puissent tenir et posséder les biens susdits sans aucune opposition, réduction ou trouble, et les administrer pleinement selon la Règle de saint Benoît ;

Afin qu’ils se réjouissent, par la miséricorde du Seigneur, d’avoir trouvé là un refuge, et qu’ils prennent plaisir à supplier assidûment la bonté céleste de se montrer propice à eux et à nous, une fois cette très cruelle persécution écartée.

Et pour que ce précepte de notre sublimité conserve toujours, au nom de Dieu, une pleine solidité, nous l’avons signé de notre main et avons ordonné qu’il soit scellé de notre anneau.

Signe de Charles, très glorieux roi.

Donné le 5 des calendes de février (28 janvier), 2 indiction, en la 13 année du règne du très glorieux roi Charles.

 

Fait dans la cité d’Orléans, au nom de Dieu, heureusement. Amen.

 

 

 

 

 

Vita Sancti Filiberti, abbatis la vie de Saint Philibert <==....

820 Les Northmans (Vikings) sur l’île d’Her (Noirmoutier) Abbatiale bénédictine d' Hilbodus, abbé de Saint-Philibert<==....

Un moine de Saint-Philibert témoin oculaire de la bataille des Vikings contre Renaud Comte d’Herbauges sur l’île d’ Her <==....

Les Vikings à Noirmoutier – Les moines de Saint Philibert abandonnent les Conches des Normands<==....

Noirmoutier est de nouveau saccagée par les Vikings (Puy du Fou)<==....

Cantique à Saint Philibert (sa vie: 616-685) <==....

 

 

(1). « Aquitani, desidia inertiaque Pippini coacti, Karolum petunt, atque in urbe Aurelianorum omnes pêne nobiliores cum episcopis et abbatis in regem eligunt, sacroque crismate delibutum et benedictione episcopali solemniter consecrant. »
(Annales Bertiniani, année 848, éd. Waitz, p. 36)

 

854 Dat Monasterio Herensi villas Madernas, Mesciacum, etc ,

Apud Chiffletium in Probat. ad Hist. Abb. Trenorciensis, pag. 208.

 

In nomine sanctae et individuae Trinitatis, Karolus gratia Dei Rex. Si ad preces servorum Dei aurem celsitudinis nostrae inclinamus , regiæ celsitudinis opera frequentamus, ac per hoc nos aeternam beatitudinern facilius adepturos omnino confidimus. Itaque notum sit omnibus sanctae Dei Ecclesiae fidelibus et nostri praesentibus atque futuris, quia venerabilis vir Hilbodus Abbas, et Monachi regendi causâ sibi commissi ex Monasterio sancti Filiberti, à facie inimicorum Dei et sanctæ Ecclesiae, crudelium scilicet Nortmanorum, à quibus multa mala perpessi sunt, fugientes, confugium ad nos lacrymosis vocibus unanimiter fecere, petentes tandem ut aliquem locum eis providentes concedere studeremus, in quo de tanta infestatione aliquam requiem habere possint, et in suo proposito sine intolerabili necessitatis impedimento perseverantes, Deum pro dimittendis peccatis, quibus tanta mala meremur, devotius exorare valeret. Quorum, inquam, supplicem postulationem clementer audientes, quasdam villas ad refugium eorum habendas illis libenter concessimus, id est Madernas cum Ecclesiis et cum decimis et omnibus appendiciis suis, et * Mesciacum cum Capella, in qua sunt mansa VII, * Apciacum cum duabus Ecclesiis et mansis XI, quartasqne III, et in villa Massiniaco mansos III ac medium : et praeterea mansa VIII, et villam Asnerias, villamque Prisciacum mediam, cum appendiciis earum , sicut habuit quondam Otbertus : quae omnia sita sunt in Comitatu Pictavorum, sive Toarcensium, sive Herbadilici incolarum. Unde etiam altitudinis nostrae scriptum hoc fieri jussimus, per quod statuimus atque firmamus ut praefato Hilbodo religioso Abbati ac Monachis sui regiminis, eorumque successoribus, sine cujuspiam contradictione, aut minoratione, sive inquietudine prædictas res liceat tenere et possidere, atque secundùm institutionem Regulae sancti Benedicti omnimodis administrare : quatenus ibidem, Domino miserante, refugiendo sese recepisse congratulentur, et supernam pietatem, ut illis nobisque propitietur, remota uteumque infestissima persecutione, exorare assidua deprecatione delectet. (a) Ut autem hoc sublimitatis nostræ praeceptum pleniorem semper in Dei nomine obtineat firmitatem, manu nostra subterfirmavimus, et de anulo nostro sigillari jussimus. Signum Karoli gloriosissimi Regis.

Data vix Kal. Febr. Indict,  II, in anno XIII regni Karoli gloriosissimi Regis.

Actum in Aurelianis civitate in Dei nomine feliciter. Amen.

(a) Apud Beslium, qui idem Diploma edidit in Probat. ad Histor. Comitum Pictav. pag. 170, haec adduntur : Nonæ vero et decimæ rerum earumdem villarum sine aliqua negligentia Rectoribus atque Ministris Ecclesiiæ, cujus juris esse noscuntur, nostra etiam admonitione persolvantur quotannis.

 

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