Vers 1100 Don d’une serve fait devant la maison des Infirmes de Mauzé, par Guillaume IX d’Aquitaine, comte de Poitou, partant pour la Terre Sainte
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Vers 1100 Don d’une serve, appelée Sénégonde Canilla (Chenille ?), fait devant la maison des Infirmes de Mauzé, par Guillaume, comte de Poitou, partant pour la Terre Sainte, par affection pour Thomas, moine, son ancien chambella ; à la condition que cette serve appartienne moitié à l’abbaye, moitié à son fils.
Le texte du don de Guillaume IX (vers 1100) nous donne l’une des plus anciennes attestations de cette maison :
“apud Mausiacum, ante domum infirmorum”
« à Mauzé, devant la maison des infirmes / la maison des malades ».
1. Quelle était cette maison ?
Il s’agit très probablement :
ou
ou
Ces trois fonctions se confondent au XIᵉ siècle.
Les indices :
- Le don se fait devant cet établissement, ce qui implique un lieu reconnu, avec façade ou cour.
- La donation est faite par Guillaume IX, un acte solennel → l’endroit doit être public, religieux ou quasi religieux.
- Mauzé est une bulle de circulation : passage entre Saint-Jean, Niort, Marans, La Rochelle.
- L’hospice dépend très probablement de l’abbaye de Saint-Jean-d’Angély, grande propriétaire à Mauzé.
« Donum quod Vuillelmus dux Thomae, monachi.
In dei nomine, Vuillelmus, comes Pictavensis, volens ire in Hirerusalem, quod et feci, dedit et concessit Deo et sancto Joanno Baptistae, pro amore Thomae, quondam camerari sui, Senegundini Canillam quae erat sua vilana, ut esset medietaria Sancti Joannis, ispa et filii sui, in sempiternum, et totum servitium, quod solebant persolvere comiti, de coetero persolverant Sancto Joanni.
Fecit autem ei hoc donum apud Mausiacum, ante donum infirmorum, audiens Josselino Admirato, et Vuillelmo Boterio, de Esnenda, et Petro Parvo, et osculatum est eum insignum sue antique dilectionis. »
Au nom de Dieu.
Moi, Guillaume, comte de Poitiers, désirant partir pour Jérusalem – ce que je fis effectivement –, ai donné et concédé à Dieu et à Saint-Jean-Baptiste, par affection pour Thomas, jadis mon chambrier, la nommée Sénégonde la Chanoinesse (Canillam), qui était ma vilaine (paysanne dépendante), afin qu’elle devienne, elle et ses fils, pour toujours demi-tenancière (medietaria) de Saint-Jean ; et que tout le service qu’ils avaient coutume de me rendre à moi, comte, ils le rendent désormais à Saint-Jean, à perpétuité.
Il fit cette donation à Mausiac (Mauzé), devant la maison des infirmes (ou l’hôpital), en présence de Josselin Admirat, de Guillaume Boterel, d’Esnende, et de Pierre le Petit ; et il l’embrassa en signe de son ancienne et chère affection.
Notes explicatives rapides :
Vuillelmus comes Pictavensis : Guillaume IX (ou Guillaume VII selon la numérotation), duc d’Aquitaine et comte de Poitiers, célèbre troubadour, parti en croisade en 1101-1102.
ire in Hirerusalem : référence à la croisade de 1101 (après la première croisade).
Thomae, quondam camerari sui : Thomas, son ancien chambellan (haut officier de la maison ducale), devenu moine (probablement à l’abbaye Saint-Jean-d’Angély).
Senegundini Canillam : Sénégonde surnommée « la Chanoinesse (ou « de Chail » ? le surnom est incertain).
vilana → paysanne non libre ou semi-libre relevant directement du comte.
medietaria Sancti Joannis : elle passe au statut de « moitié-tenancière » de l’abbaye Saint-Jean-d’Angély : elle reste attachée à la terre mais ne doit plus ses redevances et corvées qu’à l’abbaye, et non plus au comte.
apud Mausiacum ante donum infirmorum : à Mauzé (aujourd’hui Mauzé-sur-le-Mignon, Deux-Sèvres), devant la maladrerie ou l’hôpital.
osculatum est eum : le duc embrasse Thomas (geste fort d’amitié et d’émotion, fréquent dans les chartes quand le seigneur libère ou favorise un fidèle).
Willelmus Boterius, de Esnenda → Guillaume Boter, d’Ésnandes (près de La Rochelle).
Golfe de la Sèvre des Pictons, Les seigneurs d’Esnandes - son église Saint-Martin fortifiée <==...