12 novembre 1242 à La Réole - Convocation de l’Ost de Gascogne par Henri III, roi d’Angleterre.
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C’est un véritable « journal de mobilisation » de l’ost ducal au moment où la guerre reprend violemment entre Henri III et Louis IX après la rébellion de Hugues X de Lusignan et la campagne de Taillebourg-Saintonge (juillet 1242).
1242-1244 : Henri III tente de reprendre pied en Guyenne.
Il envoie des renforts et ordonne plusieurs mobilisations générales de l’ost ducal.
Il s’agit d’un ensemble d’ordres militaires envoyés en 1242 par le roi d’Angleterre (Henri III), duc d’Aquitaine, à ses barons, vassaux, villes et officiers gascons.
Résumé du document (1242)
Le roi ordonne à un très grand nombre de seigneurs, milites et communautés urbaines de Gascogne :
1. Première convocation militaire
Ils doivent venir à Sainte-Bazeille, le vendredi après l’octave de Saint Martin,
en armes, montés, "comme vous aimez notre honneur".
→ C’est une convocation d’urgence.
Parmi les personnes convoquées figure notamment :
- Olivier de Chalais,
- De nombreux barons périgourdins, gascons, landais, et bordelais.
Cela montre que les Chalais sont vus comme des milites majeurs dans le duché.
2. Cause de la convocation : la menace française à Lançon (Lansert)
Les Français ont levé leur siège du château de Lançon (Lansert / Lancerte, près de l’Entre-deux-Mers).
→ Donc le roi annule la convocation à Sainte-Bazeille.
3. Nouvelle convocation — lieu changé : La Sauve (Sylva)
Toutefois, une nouvelle mobilisation est ordonnée :
→ À La Sauve, le jeudi après les Cendres,
→ avec chevaux et armes, pour un "exercitus" (expédition militaire).
Cette fois sont convoqués à la fois :
Communautés urbaines :
- Bordeaux (maire et jurats)
- Béguey (Begula)
- Saint-Macaire
- Langon
- Les Bayonnais et Basques (Vasatenses)
Barons religieux :
- Abbé de Saint-Sever
Vigerius Aquensis
= officier royal d’Agen / de l’Aquensis (probablement Vigerius d’Agenois).
Tous doivent lever le service de ban et arrière-ban (« servicium Begi »).
4. Nouvelle convocation générale — à Saint-Sever pour la Pentecôte
Ordre à tous : barons, milites, communes
→ de se réunir à Saint-Sever, dans les octaves de la Pentecôte
→ encore une fois en armes, pour campagne militaire.
5. Finalement… tout l’ost est révoqué
Le 10 juin, à Bordeaux, un mandement royal annule toute l'expédition.
Ce que cela signifie historiquement
✔ 1242 est une année de grande tension entre France et Angleterre
Louis IX (Saint Louis) veut consolider son contrôle sur le Toulousain et le Quercy ;
Henri III veut réaffirmer son autorité en Gascogne.
✔ Le duc d’Aquitaine mobilise tout le sud-ouest
La liste des nobles convoqués est pratiquement un inventaire de toute la noblesse gasconne.
✔ Olivier de Chalais apparaît parmi les seigneurs convoqués au même rang que :
- les Ridel (Rydel)
- les vicomtes de Fronsac, de Castillon, de Tartas, de l’Avort
- les comtes d’Armagnac, de Bigorre
- les sires de Sillars, Mussidan, Blanzac, etc.
Cela montre que :
Le seigneur de Chalais est considéré comme un baron militaire important du duché, engagé dans toutes les grandes levées d’ost.
Pourquoi toutes ces convocations successives ?
- Les Français ont menacé Lançon.
- Le roi a voulu rassembler une force considérable à Sainte-Bazeille.
- Puis, apprenant que le siège était levé, il change les plans.
- Mais les tensions demeurent, donc une nouvelle mobilisation à La Sauve.
- Puis à Saint-Sever.
- Puis l’ost est annulé, probablement grâce à une trêve locale négociée.
Louis IX (Saint Louis)
- Dirige la campagne en personne jusqu’à l’automne.
- Son camp royal se déplace de Saint-Jean-d’Angély à Blaye, puis vers l’Entre-deux-Mers.
- Son autorité couvre les opérations autour de La Réole et Saint-Macaire.
Alphonse de Poitiers (frère du roi)
- Chef militaire opérationnel en Saintonge et Bordelais.
- Commande les sièges et les prises de places fortes pendant que Louis IX avance plus lentement.
Hugues X de Lusignan, comte de la Marche
Bien qu’initialement rebelle, il rallie le roi de France après la défaite anglaise à Taillebourg (juillet 1242).
Ensuite, il participe au nettoyage de la région, notamment autour de Saintes, Pons et Mirambeau, et envoie des contingents vers l’Entre-deux-Mers.
Sa reconversion rapide le rend allié des Français à l’automne 1242.
Hugues de Turenne
Sénéchal de Saintonge et Gascogne pour le roi de France (dans les zones reconquises).
Commandant actif dans la région de Saint-Macaire–La Réole, particulièrement chargé de :
- sécuriser les routes de l’Entre-deux-Mers,
- contenir les garnisons anglaises autour de Langon, Armagnac et Agenais,
- superviser les sièges de petites places tournées vers La Réole.
Guillaume de Châteauneuf
Commandant de cavalerie.
Il participe aux opérations autour de Bazas, Captieux, Marmande et jusqu’aux abords de La Réole.
Guillaume de Sonnac (ou de Sionac)
Frère de l’ancien maître du Temple, alors officier royal.
Présent dans les opérations fines de reconquête le long de la Garonne.
Archambaud V de Bourbon
Grand baron, accompagne le roi jusqu’en Poitou puis mène des opérations en Saintonge et Gascogne.
Ses hommes sont signalés autour de la vallée de la Drot (Dropt), non loin de La Réole.
Hugues de Crissé (ou Cressé)
Lieutenant d’Alphonse de Poitiers.
Spécialiste des prises de ponts et gués, souvent cité dans les zones humides du Bordelais.
Actif entre Cadillac, Saint-Macaire, La Réole et le bas Entre-deux-Mers.
- les sergents d’Île-de-France, dirigés par Pierre de Courtenay ;
- les chevaliers artésiens et picards, commandés par Robert d’Artois ;
- les contingents angevins, sous Amaury de Craon ;
- la milice royale du Poitou, menée par Geoffroy de Lusignan (fidèle au roi après la reddition de Taillebourg) ;
- des Templiers et Hospitaliers, détachés par Louis IX pour contrôler les ponts et péages gascons.
Les chroniques signalent des mouvements français dans :
- Saint-Macaire : verrou fortifié sur la Garonne, pris et repris plusieurs fois, très disputé.
- La Réole : place anglaise importante où se fixe Henri III.
→ Les Français cherchent à l’isoler depuis Cadillac, Monségur et Bazas. - Bazas : centre logistique français.
- Cadillac – Rions – Laroque : ligne de contrôle des ponts.
- Marmande – Caumont-sur-Garonne : zones de harcèlement contre les Anglais en retraite.
Les commandants les plus présents dans ce secteur :
Hugues de Turenne, Guillaume de Châteauneuf, Hugues de Crissé.
En résumé
Ce texte montre :
- l’organisation militaire du duché d’Aquitaine sous Henri III ;
- la dépendance du roi envers les barons gascons ;
- la présence des Chalais comme famille de premier rang ;
- le climat de quasi-guerre avec la France en 1242.
.
Traduction en français moderne
Henri, par la grâce de Dieu roi d’Angleterre, seigneur d’Irlande, duc d’Aquitaine, à l’honorable seigneur de Sparre, salut.
Nous vous mandons et ordonnons fermement, comme vous aimez notre personne et notre honneur, que vous veniez à nous à Saint-Basile le vendredi après l’octave de la Saint-Martin (jeudi 18 novembre 1242), tellement bien équipé de chevaux et d’armes que nous puissions à juste titre vous louer pour cela ; et que vous ne manquiez en aucun cas.
Témoin : le roi, à La Réole, le 12 novembre.
Le même ordre est envoyé à tous les seigneurs suivants (liste impressionnante de toute la haute noblesse gasconne et bordelaise) :
Hugues de Castillon
Pons de Castillon
Aymeric de Bouche
Guillaume-Bernard d’Ornon
Bertrand de Podensac
Aymeric de Noaillan
Les seigneurs de La Roche-Tallée
Les seigneurs de Fargues
Bernard d’Escoussans
Le seigneur de Trin
Élie de Blanquefort
Robert de Rançon
Le vicomte de Fronsac
Amanieu de Le Bret
Amanieu de Bares
Arnaud de Gironde
Les seigneurs du château de Roquetaillade
Bernard de Vieilleville de Sémensac
Guillaume-Raymond du Pin
Pierre de Bordeaux
Pierre Gavaret
Arnaud de Blanquefort
Arnaud de Montalieu
Le vicomte de Tartas
Le vicomte de Labourd
Le vicomte de Sault
Le vicomte de Marsan
Raymond-Garcia de Navaille
La vicomtesse de Bénauges
Guillaume-Séguin de Rions
Olivier de Linan
Émeric de Bourg
Bertrand d’Armagnac
Le vicomte d’Auvillar
Élie Rudel de Bergerac
Le vicomte de Castillon
Geoffroy Rudel de Blaye et ses fils Geoffroy et Gérard
Bertrand et Élie de Cilla
Le comte de Bigorre
Guillaume de Vieilleville
Menesent de Comonde
Les seigneurs de Castelnau-de-Médoc
Bertrand de Mussidan
Guillaume-Amanieu de La Motte
Olivier de Chalais ← (un Talleyrand, seigneur de Chalais)
« apud Silvam » (à la forêt) fait partie du domaine ducal d’Aquitaine et sert de rendez-vous de chasse royal et, surtout, de lieu stratégique de concentration des armées quand le duc-roi d’Angleterre veut rassembler l’ost gascon sans passer par Bordeaux (où les bourgeois sont souvent hostiles).
30 novembre 1242 : tous les barons et chevaliers convoqués par Henri III doivent s’y retrouver « die Dominica in festo Sancti Andree » avec chevaux et armes.
Dans les documents gascons du XIIIᵉ siècle, « la Silva » désigne un vaste massif forestier public dans l’Entre-deux-Mers, encore présent en partie aujourd’hui (forêt de Rauzan, forêts de Blasimon, de Mauriac, etc.).
Ce massif boisé appartenait :
- soit au domaine royal anglais (Henri III),
- soit aux seigneurs de La Réole / Sauveterre,
- soit aux moines de La Sauve-Majeure (qui avaient de grands bois).
C’était un lieu stratégique :
- éloigné de Bordeaux,
- situé près des zones de conflits de 1242–1243,
- idéal pour rassembler les vassaux convoqués pour l’ost.
(13 février 1243 : nouvel ordre de rassemblement au même endroit.)
Le point de ralliement militaire se situait très probablement dans cette zone forestière royale de La Réole.
Position centrale dans l’Entre-deux-Mers.
Énorme clairière naturelle (plusieurs centaines d’hectares) permettant de camper plusieurs milliers d’hommes et de chevaux.
À l’écart des villes (donc moins de risques de désertion ou de tensions avec les bourgeois bordelais).
Proximité de La Sauve-Majeure (grande abbaye bénédictine, alliée des Plantagenêt) qui fournit vivres et hébergement aux grands seigneurs.
Ce qui s’y passe en novembre 1242
Henri III, depuis La Réole, veut profiter de la défection d’Hugues de Lusignan pour relancer la guerre contre Louis IX.
Il ordonne donc la plus grande mobilisation jamais vue en Guyenne depuis 1214:
Tous les vicomtes (Tartas, Bénauges, Castillon, Fronsac, etc.).
Toute la haute noblesse gasconne (Rudel de Blaye, Got, Albret, Armagnac, Bigorre…).
Les Talleyrand de Chalais (Olivier de Chalais est explicitement cité).
Les bourgeois de Bordeaux, Langon, La Réole, Saint-Macaire, Bazas, etc., avec leur contingent obligatoire.
On estime que plus de 800 à 1 200 chevaliers et plusieurs milliers de sergents se retrouvent fin novembre 1242.
Le campement dure plusieurs jours sous la pluie et le froid : tentes de toile cirée, feux dans la clairière, bannières plantées dans la boue.
Nouvel ordre (février 1243) :
Tous les chevaliers et les communautés ci-dessus doivent être à La Sylve le jeudi après les Cendres (13 février 1244) avec chevaux et armes, pour faire la chevauchée et l’ost.
Ordre identique est envoyé aux maires, jurats et bonnes villes : Langon, Bordeaux, La Réole, Saint-Macaire, Bazas, etc., pour qu’ils fassent venir tout le service dû au roi-duc.
Mai 1243
Nouvel ordre général : tous les barons, chevaliers et communautés doivent être à Saint-Sever à la quinzaine de la Pentecôte (26 mai 1243) avec chevaux et armes pour faire l’ost.
Témoin : le sénéchal, à Bayonne, le 23 mai 1244.
10 juin 1243 : tout cet ost est finalement révoqué par lettres patentes du sénéchal, depuis Bordeaux.
Le document est l’un des plus complets qui nous reste sur la convocation de l’arrière-ban gascon au XIIIe siècle.
On y voit Olivier de Chalais (père ou grand-père d’Hélie VII qui épousera Agnès en 1280) convoqué parmi les tout premiers barons du duché.
L’abandon final
Henri III, voyant que Louis IX a déjà retiré ses troupes de Saintonge et que l’hiver rend toute campagne impossible, révoque l’ost dès décembre 1243 ou janvier 1244.
Finalement, Henri III renonce à une grande campagne en 1244 : paix précaire jusqu’en 1253-1254.
==> Juillet 1242 Saint-Louis, roi de France livrait Bataille à Taillebourg et Saintes
==> Trêve de Bordeaux du 7 avril 1243, émanant d’Henri III roi d’Angleterre
1587. Rex Aquenwille dei Sparre, salutem.
Mandamus vobis firmiter precipientes quatinus, sicut nos et honorem nostrum diligitis, ad nos apud Sanctam Basiliam [veniatis] die Veneris proxima post octabas Sancti Martini, ita parati equis et armis quod inde vobis merito possimus commendare, et hoc nullatenus omittatis. T. R., apud Regulam, XII. die Novembris.
Eodem modo scribitur omnibus subscriptis :
Hugoni de Castilun,
Poncio de Casteleun,
Emeneo de Buche,
Willielmo Bernardi de Orno,
Bertramo de Podenzak,
Emeneo de Noylan,
Dominis de Rupe Talliata,
Dominis de Farges,
Bernardo de Scussan,
Domino de Trinne,
Elye de Blennak,
Roberto de Rauncone,
Vicecomiti de Frunzak, .
Amanew de le Bret,
Ammanivo de Bareys,
Arnaldo de Gyrund.
Dominis de castro de Redorte,
Bernardo de Veteri Villa de Sumenzak,
Guillelmo Reimundi de Pinibus,
Petro de Burdegala,
Petro Gaveret,
Arnaldo de Blankeforde,
Arnaldo de Muntaliu,
Vicecomiti Tartacii,
Vicecomiti Abortencii,
Vicecomiti Sole,
Vicecomiti Marencino,
Reimundo Garsie de Navilles,
Vicecomitisse de Benauges,
Willielmo Segino de Ryuns,
Olivero de Linano,
Emerico de Burgo,
Bertramo de Armynak,
Vicecomiti de Avilars,
Elye Rydel de Brigerak,
Vicecomiti de Casteleun,
Galfrido Rydel de Blavia, et Galfrido, filio suo, et Gerardo, filio suo,
Bertramo de Sillak,
Elye de Sillak,
Comiti de Bygorra,
Willielmo de Veteri Villa,
Menesent de Coumunde,
Dominis de Castello Novo de Mammes,
Bertramo de Mussak,
Willielmo Amanevi de Mota,
Olivero de Chaleis.
Omnes isti summoniti sunt quod sint apud Silvam die Dominica in festo Sancti Andree.
Postea quia gens regis Francorum que venit pro castro de Lansert obsidendo, inde recessit, mandatum est omnibus prescriplis militibus et subscriptis civibus et hominibus quod non est necesse quod usque Sanctam Basiliam veniant, sicut summoniti erant.
Postea mandatum erat omnibus subscriptis quod sint apud Silvam die Jovis in crastino Cinerum cum equis et armis pro prece et exercitu :
Justiciario et probis hominibus de Langun, Majori et juratis commune Burdegalensis, Consilio et probis hominibus de Regula, Juratis et probis hominibus de Sancto Makario, Justiciario et probis hominibus Vasatensibus, Mandatum est istis quod totum servicium Begi debitum tunc ibidem venire faciant.
Mandatum est vigerio Aquensi quod clamari et summoneri faciat omnes illos de civitate Aquensi qui servicium Begi debent, quod tunc sint ibidem, et idem vigerius similiter, ad servicium suum domino Begi faciendum.
Et mandatum est similiter abbati de Sancto Severo quod clamari et summoneri faciat omnes illos de potestate sua quod tunc sint ibidem, et similiter eidem abbati quod tunc sit ibidem. Mandatum est omnibus baronibus et militibus et communitatibus prescriptis quod sint apud Sanctum Severum in proximo instantibus reoctabis Pentecostes cum equis et armis pro exercitu faciendo. T. B., apud Baionam, XXIII. die Maii.
Eodem modo scribitur probis hominibus Aquensibus.
Mandatum est eciam abbati de Sancto Severo quod promptus sit et paratus eodem die cum servicio quod Begi debet, pro exercitu faciendo.
Postea totum exercitum illud revocatum fuit per quoddam breve patens. T. B., apud Burdegalam, x. die Junii.