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PHystorique- Les Portes du Temps
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23 octobre 2026

1114-1140 Montreuil Bellay : Prieuré de La Madeleine sous-Brossay, Cizay-la-Madeleine (Maine-et-Loire) Sous la protection des vicomtes de Thouars.

Le contexte politique (La guerre des Berlay) : Le texte fait référence aux guerres féodales dans le Saumurois et l'Anjou.

 

La famille des Berlay (ou Bellay) était la branche seigneuriale locale de Montreuil-Bellay.

 

Le seigneur mentionné dans le texte sous le nom de Giraudus Berlai est Giraud II Berlay (parfois écrit Giraud de Berlin ou Giraud de Montreuil-Bellay).

 

La révolte contre les Plantagenêt (1149-1151) : Giraud II était un grand seigneur rebelle d'Anjou. Il s'est opposé à son suzerain Geoffroy Plantagenêt (le comte d'Anjou et père du futur roi d'Angleterre Henri II).

 

Geoffroy Plantagenêt a assiégé le château de Montreuil-Bellay pendant trois ans, de 1148 à 1151, avant de capturer Giraud et de le faire emprisonner.

 

Le vicomte de Thouars, gardien de la tranquilité des moines de Saint Aubin depuis 1114,  profite du conflit s'empare de Montreuil-Bellay et mettre au pas Giraud du Belay.

 

Le conflit avec les moines (v. 1150) : Les chroniques de l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers rapportent qu'aux alentours de 1150, Giraud II Berlay spoliait régulièrement les moines bénédictins installés à Méron (commune de Montreuil-Bellay), situé juste à côté de son château.

 

« Giraud Berlai était un homme cruel et d'une grande malice ; et comme il n'était bon pour personne — d'autant plus que ce scélérat se déchaînait avec une folie excessive contre les hommes de sainte profession, puisqu'il ne craignait pas Dieu et ne respectait pas les hommes —, il accablait d'injures et dépouillait de leurs biens, entre autres, les moines du Bienheureux Aubin.

Les noms : "Malheur à Murs, trop proche de la misérable Crémone !

 

Giraudus Berlai homo sævus erat et multæ malitiæ; cumque nulli bonus esset, quippe quia is nequam in sacræ professionis homines nimia debacchabatur vesania, utpote qui nec Deum timebat nec homines reverebatur, inter cæteros autem Beati Albini monachos et injuriis afficiebat et spoliabat rebus. Habebant siquidem iidem monachi quamdam mansionem, cui Merum nomen est, vicinam nimis castro illius, cui Virgilianum illud, mutatis nominibus, jure posset aptari : Mantua væ míseræ nimium vicina Cremonæ

 

Dans cette charte du Moyen Âge, « La Madeleine » (Magdalenam) désigne le prieuré de La Madeleine, situé dans l'actuelle commune de Cizay-la-Madeleine (Maine-et-Loire).

 

Ce prieuré, fondé en 1097, dépendait directement de l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers.

 

Le point contesté : Le village de Brossay (Brociaci), situé juste à côté de Cizay-la-Madeleine

 

L'abus de pouvoir : Profitant de la loi du plus fort (« vi et rapina », par la force et le pillage), les agents fiscaux (les sergents) du prévôt de Thouars tentent d'étendre illégalement la zone de perception de leur taxe (le péage) aux dépens des dépendants de l'Église (le prieuré de Brossay).

 

Ils tentent de fixer la frontière à la levée du fossé du cimetière.

 

La résolution pacifique et religieuse : Le moine Bernard utilise une arme psychologique et spirituelle majeure à l'époque médiévale : l'appel à la conscience chrétienne et à la peur du péché (« ne sur la terre de Dieu ils ne lèvent une fausse coutume »). Le prévôt de Thouars, craignant la justice divine, accepte de faire prêter serment à ses propres hommes.

 

Le verdict par l'enquête : Pris de remords et liés par la foi du serment, les sergents avouent la vérité géographique : la juridiction du péage s'arrête à la « limite équestre » (une borne ou un repère connu) et n'englobe pas le territoire ecclésiastique contesté jusqu'à la Madeleine.

 

Vers 1140. Bernard, prieur de Brossay, fait reconnaitre que c’est à tort, qu’après la conquête de Montreuil-Bellay par le vicomte de Thouars, les sergents du prévôt de Thouars prétendaient exiger des droits de péage des hommes de Brossay.

 

Au temps où le vicomte de Thouars faisait la guerre à [Giraud] Berlay et où les gens de Thouars opprimaient cruellement le pays de Montreuil par la force, le pillage et de nombreuses coutumes [taxes] injustes, Berlay ne pouvant résister, les sergents du prévôt Aimery exigeaient injustement le péage des habitants de Brossay, affirmant qu'ils possédaient le droit de péage jusqu'à la levée du fossé qui se trouve dans le cimetière de Brossay.

 

Le prévôt Aimery manda donc à Bernard, alors prieur (ou prévôt) de Brossay, de lui faire justice de ses hommes en sa cour.

 

Celui-ci, n'osant pas lui contredire — car le prévôt aurait saisi ses biens s'il ne lui avait pas obéi au plus vite —, s'empressa de se rendre à la cour d'Aimery avec ses hommes au jour fixé.

 

Voyant qu'il n'avait aucun appui contre le prévôt, le moine Bernard commença à agir auprès du prévôt et de ses sergents par des prières et des adjurations.

 

Il les pria donc de ne pas lever une fausse coutume sur la terre de Dieu, mais plutôt que le prévôt adjure ses sergents et s'informe plus sûrement auprès d'eux de l'étendue du péage de Thouars.

 

Touché par les prières du moine, le prévôt rassembla tous ses sergents et les adjura, en privé et en public, de ne pas étendre le péage de Thouars au-delà de la coutume, mais de le maintenir tel qu'il avait été établi anciennement.

 

Alors les sergents, pris de remords et ayant engagé leur foi de ne pas mentir à leur seigneur à ce sujet, confessèrent devant toute la cour que le péage de Thouars allait jusqu'à la « limite équestre » (limitem equestrem), et qu'au-delà ils n'avaient jamais rien eu ni ne devaient rien avoir.

 

C'est ainsi qu'il fut manifeste et reconnu que le péage de Thouars, depuis la limite équestre jusqu'à la Madeleine, n'existait pas et n'avait jamais existé.

 

Le prévôt renvoya donc le moine Bernard et ses hommes en paix.

 

Ont vu et entendu cela : les deux fils du prévôt, Hato Jean, David le sergent, Guillaume Baridel et plusieurs autres.
 

Des nôtres : Jean Neveu (ou Nive), Gautier.

 

 

 

« De pedagio Toarcensi quousque adversus Magdalenam extendatur.

Tempore illo quo viscecomes Toarcensis guerram Berlaio faciebat et Toarcenses terram Mosterioli, Berlaio non valente resistere, vi et rapina et multis consuetudinibus male opprimerent, servientes Haimerici prepositi a villanis Brociaci injuste pedagium exigebant, dicentes se habero pedagium usque ad levatam fossati quod est in cimitterio Brociaci.

 

Mandavit igilur Haimericus prepositus Bernardo, tunc temporis Brociaci preposito, ut sibi de hominihus suis in curia sua justiciam faceret.

 

Qui non audens ei contradicere, predam enim suam caperet si non ci cicius obediret, ad curiam Haimerici cum hominibus suis die statuto pergere maturavit.

 

Videns ergo Bernardus monachus se ad versus prepositum nullum adjutorium habere, cepit cum preposito et servientibus ejus precibus et conjurationibus agere.

 

Rogavit igitur cos ne in terra Dei falsam consuetudinem levarent, sed potius prepositus servientes suos adjuraret et ab eis certius inquireret quantum Toarcenso pedagiurn extenderetur.

 

Qui precibus monachi fractus, omnibus servientibus suis congregatis, adjuravit cos privatim et publice ne pedagium Toarcense ultra solitum extenderent; sed sicut constitutum fuerat antiquitus, ita tenerent.

 

Tunc servientes compuncti, fide etiam data ne domino suo super hoc mentirentur, confessi sunt coram tota curia pedagium Toarcii usque ad limitent equestrem ire, ultra autem se nichil habuisse vel habere.

 

Ita ergo manifestum fuit et vognitum pedagium Toarcense ab equestri limite usque ad Magdalenam nec esse nec fuisse.

 

Sic igitur prepositus dimisit Bernardum monachum et homines suos in pace.

 

Hoc viderunt et audierunt duo filii prepositi, Hatoo Johannis, David serviens, Willelmus Baridel et alii plures.

 

De nostris : Johannes Nive, Walterius, Willelmus Guarini, Johannes Maris, Girardus. »

 

 

 

 

1114, 31 octobre, Thouars. Notice d’un accord intervenue entre Saint-Aubin et Aimery de Thouars, moyennant une rente de cinq sous celui promet sa protection aux moines de Brossay.

 

Qu’il soit connu de tous que le vicomte de Thouars réclamait le droit de garde — qu’ils appellent sauvegarde (commendatio) — sur le domaine que l’on nomme Brossay. C'est pourquoi Gauscelin, prévôt de Méron, se rendit auprès du vicomte Aimery et conclut avec lui un accord de cette nature à ce sujet :

 

Le moine de Brossay donnera chaque année, à Pâques, cinq sous au vicomte pour cette sauvegarde. Si ces sous ne sont pas versés le jour même de Pâques, ils devront être restitués sous huit jours, sans pénalité de retard. En contrepartie, ledit vicomte a promis qu'il protégerait partout le domaine susmentionné ainsi que tous les habitants de ce même domaine.

 

De plus, il gardera les hommes de Brossay qui séjournent dans le bourg des moines à Montreuil[-Bellay], dans leurs allées et venues, tant qu’ils dépendront de Brossay.

 

Aussitôt que cette sauvegarde fut confirmée, ce même vicomte la remit, dans sa chambre, à Aimery de Passavant..

 

Les témoins de cette affaire sont : Gauscelin, prévôt de Méron ; Gosbert, le doyen ; Rainaud de la Forêt et ses frères Guillaume et Papin ; ainsi que Belot, le serviteur des moines. Du côté du vicomte : Aimery de Passavant et Rainaud Chétif (Captivus).

 

Fait à Thouars, dans la chambre du vicomte, l'an du Seigneur 1114, la veille de la Toussaint. »

 

 

 

« De commendatione Toarcensi  

Notum sit omnibus quia viscecomes de Toarcio expetebat guardam quam commendationem vocant de villa que dicitur Brociacus.

 

Pro qua re Goscelinus, prepositus de Mairono, viseocomitem Haimcricum adiit fecitque de hac re tale placilum cum eo.

 

Monachus de Brociaco dabit per singulos annos ad Pascha quinque solidos de commendalione viscecomiti ; qui solidi, si ipso die Pasche redditi non fuerint, ad octo dies reddentur sine loge.

 

 Igilur pro hac re promisit viscecomes predictus supradictam villam et omnes hornines ipsius ville se ubique servaturum, et etiam ipsos homines de Brociaco, qui morantur in burgo monachorum apud Mosteriolum, custodict euntes et redeuntes quamdiu de Brociaco fuerint.

 

Istam commendationem ubi confirmata est, statim dedit idem viscecomes in camera sua Haimerico de Passavant.

 

Hujus rei testes sunt : Goscelinus prepositus de Mairono, Gosbertus decanus, Rainaldus de Foresta et Willelmus atque Papinus fratres ejus, Belotus quoque famulus monachorum.

 

De parte viscecomitis Haimericus de Passavant et Rainaldus Captivus.

Actum apud Toarcium, in camera viscecomitis, anno Domini M C XIIII, vigilia Omnium Sanctorum . »

 

 

Chevaliers du Poitou - Les Vicomtes de Thouars<==

5 septembre 1104 : Le châteaux de Thouars incendié par les comtes d’Anjou <==

 

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