6 janvier 1148 Bataille du mont Cadmos ou bataille du défilé de Pisidie, défaite de la croisade Louis VII/ Aliénor d’Aquitaine.
Dans une première assemblée, tenue à Bourges en 1145, le jour de Noël, Louis VII annonça ses intentions à ses vassaux réunis.
Pour donner une plus grande solennité à cette prise d'armes, on fixa un rendez-vous général à Vézelay, aux fêtes de Pâques suivantes, « afin, dit Eudes de Deuil, que tous ceux qui seraient touchés de l'inspiration céleste concourussent à exalter la gloire de la croix (1). »
Eudes de Deuil dans sa Chronique, dit avoir été témoin que, le mercredi 11 juin 1147, le roi allant à Saint-Denis pour y prendre l’étendard de l’abbaye, recevoir le bourdon de pèlerin, et, suivant l’usage, la permission de partir pour les lieux saints ( licentiam abeundi) (2), entra dans cet hôpital situé sur son chemin pour y faire une chose très louable et d’autant plus hardie, que personne de son rang ne l’eût imité : celle de prendre la peine d’y rendre visite aux lépreux dans leurs cellules, accompagné seulement de deux personnes, dont l’une était vraisemblablement le narrateur, Odon, son vénérable chapelain.
Louis VII et son armée française (après un hiver difficile en Anatolie) arrivent à Constantinople en octobre 1147.
Les relations avec l'empereur byzantin Manuel Ier Comnène sont tendues : les croisés reprochent aux Grecs de les avoir mal ravitaillés, de les avoir trahis (alliances secrètes avec les Turcs seldjoukides), et surtout le schisme religieux (les Latins accusent les Orthodoxes d'hérésie, notamment sur la procession du Saint-Esprit).
Geoffroy de la Roche, évêque de Langres (un prélat ambitieux et anti-grec virulent), propose en conseil secret à Louis VII et aux barons de s'emparer de Constantinople par surprise.
Ses arguments :
Les "trahisons" byzantines répétées (refus d'aide, pillages subis par les croisés, rumeurs d'entente avec les musulmans).
Le schisme religieux : l'Église d'Orient est vue comme hérétique, donc attaquable "au nom du Christ" (argument théologique extrême, courant chez certains croisés radicaux).
La proposition est rejetée : non par vertu morale pure, mais par impatience des croisés. Ils veulent arriver au plus vite en Terre Sainte pour accomplir leur vœu de pèlerinage et combattre les infidèles musulmans, pas s'embourber dans une guerre fratricide contre des chrétiens (même schismatiques).
Louis VII, pieux et prudent, refuse aussi (il craint la damnation et la division de l'armée).
Après une conférence "amicale" (négociations tendues mais courtoises) avec Manuel Comnène, Louis VII traverse le Bosphore et établit son camp (3):
D'abord à Nicomédie (sur la côte asiatique, base logistique).
Puis à Nicée (Iznik), ancienne capitale byzantine reprise aux Turcs en 1097 lors de la Première Croisade, point de départ vers l'intérieur de l'Anatolie.
Conséquences
Cet épisode illustre les tensions profondes entre Latins et Byzantins pendant les croisades : méfiance mutuelle, accusations réciproques de trahison, et tentation récurrente d'attaquer Constantinople (qui aboutira tragiquement en 1204 lors de la Quatrième Croisade).
Pour la Deuxième Croisade française, cela marque le début d'une campagne désastreuse : l'armée sera décimée par les Turcs seldjoukides à Dorylée et dans les défilés d'Anatolie.
/image%2F1371496%2F20260209%2Fob_7820f2_6-janvier-1148-bataille-du-mont-cadmos.jpg)
Après la victoire du passage du Méandre, « en quittant Laodicée, ville située sur le Lycus, les croisés avaient dirigé leur marche du côté de l'orient, et s'avançaient vers la Pamphylie.
Il faut se résigner à tout ignorer de ce que furent, durant cette marche, la vie de la reine Eléonore, et, bien plus encore, son sentiment.
Eudes de Deuil, le chroniqueur le plus ponctuel de l'expédition, témoin oculaire et secrétaire de Louis VII, ne parle pas d'elle depuis le départ de Constantinople (4).
L'armée française était divisée en deux corps, commandés chacun par deux nouveaux chefs, qui prenaient les ordres du roi.
Chaque soir on arrêtait, dans un conseil, la route qu'on suivrait le lendemain et le lieu où l'armée irait camper pendant la nuit.
Un jour qu'on devait traverser une haute montagne, l'ordre avait été donné à l'avant-garde de s'arrêter sur les hauteurs, et d'attendre le reste de l'armée pour descendre le lendemain dans la plaine, en ordre de bataille.
Geoffroi II de Rancon surnommé le Vieux, seigneur de Taillebourg, commandait ce jour-là le premier corps des Français, et portail l'oriflamme ou l'étendard royal. Il arriva de bonne heure au lieu où il devait passer la nuit.
Ce lieu n'offrait pour retraite aux soldats que des bois, des ravins et des rocs sauvages.
Au pied des monts se présentait à leurs yeux une vallée étendue et commode ; la journée était belle; les troupes pouvaient, sans fatigue, marcher encore plusieurs heures.
Le comte de Maurienne, frère du roi, la reine Éléonore et toutes les dames de sa suite, qui avaient suivi l'avant-garde, pressèrent Geoffroi de Rançon de descendre dans la plaine.
Il eut la faiblesse de cédera leurs instances; mais, à peine fut-il descendu dans la vallée, que les Turcs s'emparèrent des hauteurs qu'il venait de quitter, et s'y rangèrent en bataille.
Pendant ce temps, l’arrière-garde, où se trouvait le roi s'avançait pleine de confiance et de sécurité.
En voyant des troupes au milieu des bois et des rochers, elle les prit pour des Français, et les salua par des cris de joie.
Elle marchait sans ordre, les bêtes de somme et les chariots étaient pêle-mêle avec les bataillons, et la plupart des soldats avaient laissé leurs armes parmi les bagages.
Les Turcs, toujours immobiles, attendaient en silence que l'armée chrétienne soit engagée dans des défilés. Lorsqu'ils se croient sûrs de la victoire, ils s'ébranlent, eu poussant des hurlements affreux, et se jettent, l'épée à la main, sur les chrétiens désarmés, qui n'ont pas le temps de se rallier.
On ne peut décrire le désordre et la confusion de l'armée française.
Au-dessus des croisés, dit un témoin oculaire, des rochers escarpés s'élevaient jusqu'aux cieux: au-dessous, des précipices s'enfonçaient jusqu'aux enfers. !
menaces des Turcs, les cris des blessés et des mourants se mêlaient aux sifflements des flèches, aux hennissements des chevaux épouvantés, au bruit confus des torrents, au fracas des pierres détachées du sommet de la montagne, et roulant dans les vallées.
Dans cet effroyable tumulte, les chefs ne donnaient aucun ordre; les soldats ne pouvaient plus ni fuir ni combattre.
Cependant les plus braves se rallient autour du roi, et s'avancent vers le haut de la montagne.
Trente des principaux seigneurs qui accompagnaient Louis périssent â ses côtés, en vendant chèrement leur vie.
Ce prince resta presque seul sur le champ de bataille, et se réfugia au pied d'un rocher, d'où il brava l'attaque des infidèles qui le poursuivaient.
Adossé contre un arbre, il résista lui seul aux efforts de plusieurs Sarrasins, qui, le prenant pour un soldat, s'éloignèrent de lui pour courir au pillage.
/image%2F1371496%2F20260209%2Fob_c43d74_6-janvier-1148-bataille-du-mont-cadmos.jpg)
Tout ce qui marchoit à l'arrièregarde aurait été tué ou pris, si l'avant-garde, avertie de l'attaque des Musulmans, n'étoit revenue sur ses pas, et n'avoit recueilli pendant la nuit le roi et une partie des fuyards. (5).
Si on en croit une vieille chronique, le roi de France, aux prises avec un si grand péril, eut la douleur d'entendre à ses côtés quelques-uns de ses barons qui ne le connaissaient point, et qui parlaient entre eux, lui reprochaient avec amertume le désastre de cette journée.
Cependant la nuit était arrivée, et les Musulmans, craignant d'être attaqués et surpris à leur tour par les croisés qui n'avaient pas encore combattu, abandonnèrent le théâtre de leur victoire.
Ce fut alors que Louis, quittant son asile, monta sur un cheval abandonné, et regagna son avant-garde qui pleurait sa mort.
« Les Français, qui formaient l'avant-garde de l'armée, en déplorant la mort de leurs frères, élevèrent leurs voix contre Geoffroi de Rançon, et demandèrent tous ensemble que tant de sang versé retombât sur lui.
Le roi n'eut point assez de fermeté pour punir une faute irréparable.
Le récit dénonce la mauvaise organisation ("mauvaise ordenance") de l'armée française de Louis VII et l'embuscade ("agait") des Turcs seldjoukides de Rum (sous Mas'ud Ier), qui profitent de la division de la colonne pour infliger une lourde défaite.
Après avoir quitté Laodicée du Lycos (près de l'actuelle Denizli, Turquie), l'armée française traverse une chaîne montagneuse escarpée (mont Cadmos, aujourd'hui Baba Dağ ou Honaz Dağı).
La coutume est que chaque jour, un grand baron commande l'avant-garde et un autre l'arrière-garde, avec des chevaliers pour protéger les batailles et des conseils pour choisir les camps.
Le jour du désastre : L'avant-garde est confiée à Geoffroy de Rancon (Geoffroi de Rançon), seigneur poitevin (d'Aquitaine), portant la bannière royale.
L'accord est de camper le soir au sommet du tertre (col ou hauteur).
Erreur fatale : Geoffroy, arrivé en haut avec ses gens, juge la journée trop courte et croit qu'il reste du temps.
Les guides locaux lui indiquent une "belle place" un peu plus loin (meilleur lieu pour camper). Il les suit et accélère pour y aller.
Conséquences : L'arrière-garde (avec le gros de l'armée, le roi Louis VII, les pèlerins non armés et les bagages) pense que le camp est au sommet prévu et avance lentement.
L'armée se retrouve étirée sur les pentes raides et étroites, avec des fantassins et bagages au milieu, vulnérables.
/image%2F1371496%2F20260209%2Fob_1098c4_6-janvier-1148-bataille-du-mont-cadmos.jpg)
Embuscade turque :
Les Turcs, qui suivaient et observaient l'armée depuis des jours, voient l'avantage : l'avant-garde trop loin devant, l'arrière-garde loin derrière, et au milieu seulement des gens désarmés.
Ils chargent rapidement, occupent le sommet abandonné, coupent la liaison, et attaquent avec arcs turquois (flèches en pluie), puis au corps-à-corps (maces, épées).
Combat : Les Français, piégés dans les gorges étroites, subissent un massacre.
Les bagages et sommiers bloquent les passages ; les bons chevaliers ne peuvent pas se rejoindre ni contre-attaquer efficacement.
Malgré une résistance héroïque des plus vaillants (qui se regroupent et tuent beaucoup d'ennemis), les Turcs, très nombreux et frais, remplacent continuellement leurs blessés.
Les Français sont écrasés : morts, blessés, capturés en grand nombre.
Guillaume de Tyr raconte que, parmi les hommes nobles et illustres par leurs exploits qui périrent dans les défilés des montagnes de Laodicée, où l'arrière-garde des croisés fut écrasée par les infidèles, on remarquait le comte de Varennes, Gauthier de Montjay, Évrard de Breteuil, Ithier de Magnac, – de hauts seigneurs français, ce qui affaiblit gravement l'armée.
Moral de l'auteur : Les Turcs se moquent des Français en rappelant leur victoire récente sur l'empereur germanique Conrad III.
L'auteur conclut par une réflexion pieuse : malgré la défaite terrible des "meilleurs croyants", les œuvres de Dieu sont justes, même si cela semble incompréhensible aux hommes.
Lieu et date exacts
Mont Cadmos : Chaîne montagneuse en Phrygie/Pisidie (actuelle Turquie, près de Honaz / Denizli).
Le combat se déroule dans un défilé étroit et escarpé, vers le col séparant Laodicée du Lycos de la route vers l'est/sud.
Date : 6 janvier 1148 (Épiphanie), peu après le départ de Laodicée.
Responsabilités : Les chroniques (Guillaume de Tyr, Odon de Deuil) accusent surtout Geoffroy de Rancon (et parfois Amédée III de Savoie, comte de Maurienne) d'avoir désobéi aux ordres en avançant trop loin.
Aliénor d'Aquitaine est parfois impliquée indirectement (elle chevauchait avec l'avant-garde aquitaine), mais Louis VII refuse de punir Geoffroy sévèrement.
Conséquences
L'armée française perd des milliers d'hommes, beaucoup de bagages et le moral.
Les survivants atteignent péniblement Attalia (Antalya) et s'embarquent pour Antioche (mars 1148).
Cela marque un des pires échecs de la Deuxième Croisade en Anatolie (après le désastre allemand à Dorylée en octobre 1147).
La croisade entière est un échec stratégique (échec devant Damas en juillet 1148), contribuant au discrédit des croisades en Occident.
- Guillaume de Warenne (William de Warenne, 3rd Earl of Surrey) †
Fils aîné de Guillaume II de Warenne et d'Élisabeth de Vermandois, cousin de Louis VII par sa mère. Il était l'un des principaux nobles anglais/français de la croisade. Tué en défendant le roi Louis VII lors de l'attaque turque sur le corps principal de l'armée (il faisait partie de la garde royale ou du groupe qui protégeait le roi). Âge ≈ 29 ans. Sa mort est confirmée par Odon de Deuil (chapelain de Louis VII) et d'autres chroniqueurs ; elle affaiblit gravement la noblesse anglo-normande.
/image%2F1371496%2F20260209%2Fob_2a1fbf_palais-des-croisades-de-versailles-gau.jpg)
- Everard of Breteuil (Évrard III de Breteuil) †
Seigneur de Breteuil (Eure, Normandie), souvent appelé Évrard de Breteuil ou Evrardus de Bretolio. Tué au combat lors de la même embuscade. Il avait pris la croix à Vézelay et servi comme envoyé auprès de l'empereur byzantin avant la bataille. Frère ou proche du comte de Warenne dans certains récits (mentionné avec lui comme perte notable de la garde royale).
Il portait d'or, à la croix d'azur.
- Gautier of Montjay (Gaucher / Gautier / Walter de Montjay ou de Châtillon-Montjay) †
Seigneur de Montjay (ou Châtillon-Montjay, région de l'Aisne ou Champagne). Tué dans l'affrontement, souvent listé parmi les nobles de la garde royale ou du groupe défendant le roi. Il est fréquemment cité aux côtés de Warenne et Breteuil dans les sources comme Odon de Deuil.
- Reynauld of Tours (Renaud / Reynauld de Tours) †
Seigneur ou chevalier originaire de Tours (Touraine) ou lié à cette région. Tué lors de la bataille. Moins documenté individuellement que les précédents, mais inclus dans les listes de pertes nobles françaises à Cadmos (confirmé dans les compilations comme les Grandes Chroniques et les listes de croisés).
/image%2F1371496%2F20260209%2Fob_118af1_palais-des-croisades-de-versailles-iti.jpg)
- Itiers de Magnac (Ithier / Itiers / Ithier de Maignac ou de Magnac) †
Ithier de Magnac, d'une des plus nobles familles de la Marche
Un ancien sceau et des pièces relatives à la famille de Magnac, conservés au cabinet des manuscrits, à la Bibliothèque royale, indiquent que ses armes étaient de gueules, à deux pals de vair, au chef d’or.
/image%2F1371496%2F20260209%2Fob_41a6ef_manasses-de-bulles.jpg)
- Manassès de Bulles (Manassès / Manassas de Bulles) †
Seigneur de Bulles (Oise, Picardie/Beauvaisis). Tué ou porté disparu dans la bataille. Fréquemment mentionné dans les sources comme l'une des pertes notables de la noblesse capétienne/française ; il faisait partie des chevaliers de haut rang tombés ce jour.
Il portait, selon l’armorial de Goussencourt, gironné d’argent et de sable.
Ces six chevaliers (parmi d'autres) formaient une partie de l'élite de l'armée française : gardes royaux, seigneurs aquitains/poitevins/normands, et compagnons de croisade de Louis VII.
Leur mort collective représente une perte sévère pour la noblesse française, affaiblissant le contingent royal et contribuant à l'échec global de la croisade en Orient.
/image%2F1371496%2F20260209%2Fob_cab42f_vicomte-de-thouars-croisade.jpg)
HERBER II, VICOMTE DE THOUARS.
On lit dans une charte datée du temps de Philippe, roi de France, et de Pierre, évêque de Poitiers « Comes Pictavensis et vicecomes Arbertus Toarcensis cum optimatibus suis Hierusalem petierunt.)
Le père Anselme ignorait sans doute l'existence de cette charte; car, dans la généalogie de la maison de Thouars, ce savant bénédictin, à propos d'Herbert II, dont il est ici question, ne parle point de son voyage à Jérusalem.
Il mentionne seulement Guy de Thouars, sire de Oiron, qui accompagna en Terre sainte le roi Louis VII, devenu son suzerain par son mariage avec Eléonore de Guyenne.
1120-1176
Il portait d’or, semé de fleurs de lys d’azur, au franc quartier de gueules.
/image%2F1371496%2F20260209%2Fob_b88624_hugues-sire-de-lusignan.jpg)
HUGUES VII, DIT LE BRUN, SIRE DE LEZIGNEM.
Hugues VII, sire de Lezignem, accompagna Louis le Jeune à la croisade en 1147, et revint en France avec lui
Hugues VIII, dit le Brun, sire de Lusignan, son fils et son successeur, ayant passé en Terre sainte, fut fait prisonnier avec Josselin de Courtenay, troisième du nom, comte d'Edesse, Bohémond III, prince d'Antioche, et Raymond, comte de Tripoli, à la bataille de Harenc, le 13 août 1165.
Des titres relatifs à la maison de Rancon en dépôt au cabinet des manuscrits, à la Bibliothèque royale, ont fait retrouver le blason de ses armes, mais non les émaux il portait l'écu semé de losanges et un pal brochant sur le tout.
Les enfants de Geoffroi de Rançon furent : 1° Geoffroi de Rançon, dit le Jeune, qui suit: 2e Berthe de Rançon, qui épousa Guillaume de Maengo IVe du non alias Maingot III du nom, sire de Surgères et de Dompierre.
Berthe de Rancon céda ses droits sur la seconde moitié de la seigneurie de Rançon au comte de la Marche.
Hugues Xe de Lusignan, qui, de cette manière, posséda cette seigneurie en entier.
/image%2F1371496%2F20260209%2Fob_de58a6_palais-des-croisades-sebran-chabot-du.jpg)
Moyen-Age Classique 1137 / 1204 période Aliénor d'Aquitaine<==
La carte des déplacements d’Aliénor d’Aquitaine en tant que Reine de France (1137- 1152)<==
Charte de Hugues VII le brun de Lusignan, seigneur de Frontenay en Poitou avant de partir à la seconde croisade. mort en 1151<==
La vie d’Aliénor d’Aquitaine, la croisade part au printemps 1147.<==
Comment, par la mauvaise ordenance de l'ost et par l'agait des Turs, furent François desconfiz.
Comment, par la mauvaise ordenance de l'ost et par l'agait des Turs, furent François desconfiz (6).
Une montegne moult roite et moult haute estoit encontre aus par la voie où il s'estoient adrecié.
La costume de l'ost estoit que uns des granz barons de la compagnie faisoit chacun jor l'avangarde et uns des autres l'arieregarde. (7)
L'on lor bailoit chevaliers assez en lor batailes et prenoient consel aus autres barons en quex places il feroient logier l'ost.
En celi jor dont ge vos paroul, faisoit l'avangarde uns des hauz barons du Poitou (8) qui avoit non Gefroiz de Rançon, qui portoit la baniere le roi.
Devisié estoit et acordé que il se demoreroient ce soir et tendroient lor pavelons ou somet dou tertre.
Quant cil Gefroiz fu montez en haut, o tote la gent que il menoit, avis li fu que la jornée estoit petite et que il i avoit encore asez dou jor à venir.
Cil qui le conduisoient par le pais Ii firent entendant que un petit outre avoit moult bele place et melor lieu por remanoir l'ost que sor le tertre.
Cil les crut et se commença à hater por aler là où il disoient.
L'arieregarde cuida que si com il avoit esté devisié, l'on se deut logier en haut et que ce estoit près ; si ne se haterent mie, ainz commencierent à aler belement.
Li Tur qui toz jors estoient près et costoioient nostre gent por savoir se il lor poissent maufaire, virent que ces deus grosses batales estoient loing à loing par la voie, et entre II et sor la montegne n'avoit se gent desarmée non.
Tantôt conurent lor aventage; en ce se fierent moult que les voies estoient roistes et estroites, si que trop estoit grief chose de noz genz metre ensemble.
Por ce, ferirent des esperons li Tur isnelement et sorprident le somet dou tertre, si que li derrenier de l'ost ne poisent venir aus prumiers, se parmi aus non.
Lors commencierent à corre sus à nostre gent et à trère moult espessement des ars turquois, puis venoient juques à aus, aus maces et aus espées. Moult troverent les noz à grant mechief por ce que li oz estoit ensi partiz et devisiez.
Tant avoit de somiers en ces voies estroites et autres destorbiers que li prodome et li bon chevalier qui defendre se voloient et venir aus Turs ne pooient passer vers aus. Asez i ot lors en cele venue mort de la nostre gent; mais au darrenier se commencierent à trère ensemble li plus prou et Ii plus hardi des François et s'entramonetoient de bien faire.
Bien disoient que Tur estoient mauvaise gent en bataile; n'avoit gueres que il le proverent bien quant il les deconfirent legirement en plaine terre (9).
Lors se défendirent moult viguerousement, et ovoc aus se ralierent moult des autre, si comme il pooient percier.
Li Tur reparloient en lor language et s'entraforçoient de bien faire et ramentevoient sovent que il n'avoit gueres que il avoient vaincu en batale l'emperaor qui graindre sires estoit et plus avoit gent que li rois de France.
En cete maniere dura longuement la batale fiere et aspre. Li prodome se tindrent et défendirent tant com il porent; asez occidrent et navrerent de lor enemis.
Mais Ii Tur estoient si grant planté de gent que quant li blecié et li las se traioient arrieres, tantôt revenoient li frés en lor places.
Li nostre n'avoient de quoi il peusent faire tel change, si ne porent plus endurer, ainz furent deconfit. Trop en i ot de morz, mais plus encore enmenerent-il de pris en lians.
En cele place, furent ou mort ou pris, l'on ne sot pas bien lequel, IIII trop bon chevalier et bien haut home, dont Ii pooirs de France fu moult afebloiez : li cuens de Garenne, Gauchiers de Monjay, Evrarz de Bretuel, Ithiers de Maignac (10).
Des autres i ot asez qui por le servise Jhesu Grit morurent en ce jor, honorablement au siegle et glorieusement à Dieu.
Nului ne doivent deplaire les choses que Nostre Sires fait, car totes ses ovres sont bones et droites.
Mais, selonc le jugement des homes, fuce merveile comment Nostre Sires ce souffri que li François, qui sont les genz ou monde qui mieuz le croient et plus l'onourent, furent ensi destruit par les enemis de la foi.
(1). ODON DE DEUIL Eudes II de Deuil, en latin de Odo de Diogilo, né à Deuil, dans la vallée de Montmorency, mort en 1162. Il était simple moine à l'abbaye de Saint-Denys, quand l'abbé Suger le donna pour secrétaire à Louis le Jeune partant pour la Palestine. Au retour, il fut nommé par Suger, abbé de Saint-Corneille de Compiègne.
A la mort de Suger, en 1151, les moines de Saint-Denis le rappellèrent et lui confièrent le gouvernement de leur congrégation.
Son administration fut plusieurs fois troublée. Il eut, en effet, de vifs démêlés avec l'archevêque de Bourges et l'évêque de Beauvais, qui lui disputaient la possession de quelques domaines : cela était conforme à l'esprit du siècle, où la principale occupation d'un abbé était de susciter ou de soutenir des procès de ce genre. Odon mourut avec la réputation d'un abbé ferme et vigilant.
On sait qu'Eudes de Deuil a été l'historien de la seconde croisade ; son livre est intitulé : De Ludovici VII profectione in Orientem (cf. AUG. MOLINIER, Les sources de l'histoire de France, Paris, in-8°, t. II, [1902], n° 2171).
Cette relation a été publiée pour la première fois par le P. Chifflet, en tête de son ouvrage intitulé : Sancti Bernardi genus illustre assertum. B. H. Gallia christiana, t. VII. Col, 377.
(2) On croit que cet usage venait de l’obligation imposée à chaque pèlerin de se munir d’une sorte de passe-port religieux, qui constatait l’état du pèlerin, et appelait sur lui les soins et les libéralités des fidèles. (Michaud, Biblioth des Croisades, 1re partie, p .230.)
(3). Après une conférence amicale avec, Manuel Comnène, Louis VII passa à son tour le Bosphore; et traça son Camp, d'abord à Nicomédie, puis à Nicée.
Odo de Diogilo, p. 48.— Willelmus Tyrius, Lib. XVI, cap. 55, p, 904,
Il s'en fallut d'assez peu que les Français, à leur passage à Constantinople, se souillassent par une honteuse trahison.
L'évêque de Langres proposa à Louis VII, et au conseil des princes croisés, de s'emparer, par surprise de la capitale de l'empire grec.
Il se fondoit, et sur les trahisons prétendues que les croisés ne cessoient de reprocher aux Comnène et à leurs sujets, et sur le schisme ou l'hérésie de l'Eglise d'Orient, qui autorisoit a tourner contre elle des armes consacrées au service du Christ.
L'impatience des croisés d'arriver aux lieux saints, pour accomplir leur pèlerinage, leur fit seule rejeter cette proposition. Odo de Diogilo, ibid.
(4). Sous le titre La croisade de Louis VII, roi de France, le récit d'EUDES de DEUIL a été édité par Henri WAQUET, 1949 (« Documents relatifs à l'histoire des croisades », vol.II.
(5) Odo de Diogilo, Lib. VI, p. 63 et seq. — Gesta Ludo 1148.
(6). Bibl. nat., ms. fr. 2813, fol. 215.
(7). Guillaume de Tyr, liv. XVI, chap. xxv.
(8). On a dans le texte latin : « nobilis quidam de Aquitania vir ».
(9). « Vers la cité de Ménandre » (royal ms. 16 G VI, fol. 316, en note).
(10). Ces trois personnages ont été déjà cités au chap. II, pages 10 et 11, parmi ceux qui se croisèrent.