Richard II (dernier roi de la dynastie des Plantagenêts) naît à Bordeaux, le 6 janvier 1367 (jour des Rois), un mercredi, vers 10 heures.
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Richard II, né le jour des Rois, fils aîné survivant du Prince Noir (son frère Édouard d’Angoulême meurt en 1370), devient héritier du trône d’Angleterre après la mort de son père (1376) et succède à son grand-père Édouard III en 1377 à l’âge de 10 ans
Froissart, témoin oculaire, donne à cette naissance un caractère prophétique et fastueux, reflet de la gloire temporaire du Prince Noir en Aquitaine avant les revers de 1369.
Il parcourut, en 1364, vers l'époque du sacre de Charles V, une partie de la France.
Mais il n'avait fait en somme que d'assez courtes excursions hors de l'Angleterre, lorsqu'il quitta ce pays, en 1366, pour aller résider à Bordeaux auprès du prince de Galles.
Le vainqueur de Poitiers tenait en Aquitaine une cour aussi somptueuse que celle d Edouard III.
Froissart, accueilli par lui avec bienveillance, nous raconte qu'il vit naître (en janvier 1367), l'enfant qui devait être l'infortuné Richard II.
« En mon temps je vis deux choses qui furent véritables, quoique elles convertirent en grand différend.
A savoir est, que j'étois en la cité de Bordeaux et séant à table quand le roi Richard fut né; lequel vînt au monde par un mercredi, sur le point de dix heures.
Et à cette heure que je dis, vint messire Richard de Pont-Chardon, maréchal pour ce temps d'Aquitaine, et me dit:
« Froissart, escripsez (écrivez) et mettez en mémoire que madame la princesse est accouchée d'un beau fils qui est venu au monde au jour des rois; et si est fils de roi, car son père est roi de Calipce (Gallice), le roi Dam Piètre lui adonné, et s'en va son père conquérir le dit royaume. Et si vient l'enfant de royale lignée.
Si que par raison il sera encore roi. »
Le gentil chevalier de Pont-Chardon ne mentit pas, car il fut roi d'Angleterre vingt- deux ans; mais au jour qu'il me dit ces paroles il ne savoit pas la conclusion de sa vie quelle elle seroit; et ce sont choses à imaginer et sur lesquelles j'ai moult pensé depuis.
Car le premier an que je vins en Angleterre et au service du noble roi Edouard et de la noble reine Philippe et tous leurs enfants qui pour lors avoient été à Berquamestede (Berkamstead), un manoir du prince de Galles séant outre Londres trente mille, et pour prendre congé au prince et à la princesse qui s'en devoient aller eu Aquitaine, ainsi qu'ils firent; et là ouïs dire un ancien chevalier qui se nommoit messire Betremieus de Bruwes qui parloit et devisoit aux damoiselles de la reine lesquelles étoient de Hainaut et disoit ainsi :
« Nous avons un livre en ce pays qui s'appelle le Brust (1); et devise que jà le prince de Galles ains-né fils du roi, ni le duc de Clarence, ni le duc de Lancastre, ni le duc d'York, ni le duc de Glocestre ne seront point rois d'Angleterre; mais retournera le royaume en l'hôtel de Lancastre »
Or dis-je, moi auteur de cette histoire, considérant toutes ces choses que les deux chevaliers, c'est à savoir messire Richard de Pont-Chardon et messire Betremieus (3) de Bruwes eurent chacun raison; car je vis, et aussi fit tout le monde, Richard de Bordeaux vingt-deux ans roi d'Angleterre; et lui vivant, retourner et venir la couronne d'Angleterre en l'hôtel de Lancastre.
Ce fut quand le roi Henry, par les conditions dessus dites, fut roi d'Angleterre.
Et point ne pensoit à la couronne ni n'eût pensé, si Richard se fût porté familièrement et amiablement devers lui; et encore le firent les Londriens roi pour eschever (éviter) les grands dommages de lui et de ses enfants, dont les Londriens eurent pitié.
Quand le char, et Richard de Bordeaux sus, eut été eu Cep (Cheapside) plus de deux heures, il se partit de là; et charièrent les chartiers avant, et les chevaliers tous quatre derrière.
Quand ils furent au dehors de Londres, les quatre chevaliers montèrent à cheval, car là ils trouvèrent leurs varlets; et puis cheminèrent fort avant, et firent tant qu'ils vinrent en un village où il y a le manoir du roi et de la reine que on dit l'Anglée (Langley); et sied à trente milles de Londres. Là est le roi Richard de Bordeaux enseveli. Dieu lui fasse merci à l'âme.
Nouvelles s'épartirent partout que le roi Richard étoit mort. On n'en attendoit autre chose; car bien pouvoient savoir et concevoir toutes gens que jamais du châtel de Londres ne ystroit (sortiroit) en vie.
Sa mort fut célée et couverte tant que à la reine sa femme; et fut ordonné et commandé que point ne lui serait dit encore. Cette ordonnance fut tenue un grand temps bien et sagement.
De toutes ces avenues étoient-ils assez informés en France, et n'attendoient autre chose, chevaliers et écuyers qui la guerre désiroient, qu'ils chevauchassent de pays en autre sur les frontières.
Toutefois, tant d'un royaume comme de l'autre, avisé et regardé fut ès consaux des deux rois pour le meilleur que les trêves fussent tenues, et que plus profitables seroient pour toutes parties que la guerre; et se approchèrent traiteurs par le moyen que je vous dirai, à être en la marche de Calais, pourtant que le roi de France n'étoit pas en bon point ni avoit été depuis le jour que la connoissance lui fut venue des tribulations de son fils le roi Richard d'Angleterre.
TRADUCTION. — « J'étais en la cité de Bordeaux et assis à table quand naquit le roi Richard, qui vint au monde par un mercredi, sur le point de dix heures. Et à cette heure que je dis vint messire Richard de Pont-Chardon, alors sénéchal d'Aquitaine, qui me dit :
« Froissart, écrivez et mettez en mémoire que madame la princesse est accouchée d'un beau fils, qui est venu au monde le jour des Rois, et il est aussi fils de roi, car son père est roi de Galice, aussi par raison sera-t-il encore roi. »
Quelques semaines après, le Prince Noir marchait, à la tête d'une grosse armée, vers l'Espagne, où il allait restaurer Pierre le Cruel, roi de Castille, récemment renversé par Henri de Transtamare et par du Guesclin. Froissart le suivait et espérait bien voir de ses yeux les grands coups qui allaient être frappés.
Les sources citent souvent l'abbaye Saint-André comme lieu de naissance de Richard, mais certains considèrent qu'il est né au palais archiépiscopal (il se trouvait devant la mairie actuelle et derrière la cathédrale).
Dans l'ouvrage Mémoire en images, éditions Alan Sutton, 2002, Jacques Clément et Patrice Gaudin précisent que Richard II d'Angleterre est né au château de Lormont, commune proche de Bordeaux. Ainsi, de nombreuses incertitudes demeurent autour du lieu, voire de la date de naissance et de décès de Richard.
(1) Le roman du Brut par Robert Wace. J. A. B.
(2) Il n'est pas besoin de dire que les prophéties en question n'étoient pas aussi clairement exprimées dans les livres de Merlin qu'elles le sont ici après coup. Tout étoit figuré, et par exemple en y trouvoit Richard personnifié dans l'âme prophète de Merlin. J. A. B.
(3) Johnes l'appelle Barthe Comers au lieu de Betremieus qui signifie Barthélémy. J. A. B.