10 octobre 1361 Mariage de Jeanne de Kent et Édouard de Woodstock célébré à Cantorbéry par l’archevêque Simon Islip, puis le jeune couple part pour le château de Berkampstead, résidence préférée du Prince Noir
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La mort du premier époux de Jeanne, Thomas Holland, en 1360, fit d'elle une épouse de choix pour Édouard, le Prince Noir, fils de son cousin germain, le roi Édouard III.
On peut y voir la preuve d'un désir de longue date d'Édouard pour Jeanne, notamment à travers le récit de la coupe d'argent qu'il lui offrit, butin d'une de ses premières campagnes militaires.
Bien qu'appartenant à une génération différente, il n'était que de quelques années son cadet.
Jeanne et Édouard se marièrent en secret au printemps 1361, sans en informer le roi ni obtenir la dispense nécessaire de l'Église, ce qui était prévisible compte tenu de leurs liens de parenté étroits et du fait qu'Édouard était également le parrain de son fils, Thomas Holland.
On suppose qu'il s'agissait d'un mariage d'amour, car le prince de Galles avait agi sans l'approbation de son père et Jeanne était veuve et d'un âge relativement avancé, ce qui ne faisait pas d'elle la candidate idéale pour devenir reine ; de plus, Jeanne était une noble anglaise, ce qui constituait un choix inhabituel d'épouse pour le futur roi, car il n'y avait pas de reine d'Angleterre depuis la conquête
Le mariage entre Jeanne de Kent et Édouard de Woodstock (le Prince Noir) est l’un des épisodes les plus romantiques et les plus audacieux de la cour d’Angleterre au XIVe siècle.
Contexte et motivation
Jeanne de Kent (vers 1328–1385), fille d’Edmond de Woodstock (frère cadet d’Édouard II) et de Marguerite Wake, est une des plus hautes dames du royaume.
Veuve depuis 1360 de Thomas Holland (1er comte de Kent), elle est déjà mère de deux fils (Thomas et Jean Holland). .
Édouard le Prince Noir (1330–1376), fils aîné du roi Édouard III, est alors âgé de 31 ans, héros de Crécy et de Poitiers, prince de Galles et prince d’Aquitaine.
Il est de seulement 2 à 3 ans son cadet (selon les dates précises de naissance de Jeanne, souvent débattues).
Leur attirance semble ancienne : plusieurs chroniqueurs (Froissart notamment) rapportent qu’Édouard avait offert à Jeanne, encore jeune fille, une coupe d’argent prise comme butin lors d’une de ses premières campagnes, signe d’un intérêt précoce.
Il est clandestin : ni le roi Édouard III, ni l’Église n’en sont informés au préalable.
Problèmes canoniques :
Les deux époux sont cousins au 3e ou 4e degré (consanguinité), ce qui nécessite une dispense papale.
Le Prince Noir est également parrain de l’un des fils de Jeanne (Thomas Holland), ce qui crée un autre empêchement spirituel (parenté spirituelle).
Néanmoins, le 30 juin 1361, le souverain pontife chargea Simon Islip, archevêque de Canterbury, et Androuin de la Roche, abbé de Cluny, de transmettre aux deux fiancés la dispense canonique
Le 10 octobre 1361 le mariage fut célébré à Cantorbéry par Simon Islip, archevêque de Cantorbéry.
Le mariage se fait selon les formes canoniques minimales de l’époque (échange de consentement mutuel devant témoins, sans publication de bans ni cérémonie publique).
Puis le jeune couple partit pour le château de Berkampstead, résidence préférée du Prince Noir
Froissart dira d’ailleurs : « l’état du prince et de madame la princesse (Jane de Kent) était si grand et si étoffé que nul autre prince ni seigneur, ne s’accomparait au leur » .
Mariage d’amour ?
Les historiens s’accordent généralement à considérer ce mariage comme un mariage d’amour exceptionnel pour l’époque royale :
Jeanne, veuve de 33 ans environ et déjà mère, n’est pas une candidate « idéale » pour un prince héritier (pas d’alliance étrangère, pas de nouvelle dot importante, âge relativement avancé pour l’époque).
Le Prince Noir agit sans l’approbation de son père, ce qui est un acte de rébellion personnelle rare chez un fils de roi.
Aucun intérêt politique ou dynastique évident : Jeanne n’apporte ni terres nouvelles ni alliance stratégique.
Froissart et d’autres chroniqueurs soulignent la passion du Prince pour Jeanne, et leur union reste très unie jusqu’à la mort du Prince en 1376.
Conséquences
Le mariage est révélé publiquement en octobre 1361 (après la naissance de leur premier enfant, Édouard d’Angoulême, le 27 janvier 1365).
Le Pape Urbain V accorde finalement la dispense rétroactive en 1362, légitimant l’union et leurs enfants.
Jeanne devient princesse de Galles et princesse d’Aquitaine.
Dans les Chroniques, livre I, à l’année 1361, Froissart écrit (édition Kervyn de Lettenhove, t. V) :
« Après ce que le prince de Galles eut épousé la comtesse de Kent à Cantorbéry, il se départit avec elle moult honorablement et se tint en ses chasteaux et bonnes villes d’Angleterre. »
Jean Froissart ne fait pas une description architecturale du château, mais il mentionne explicitement le séjour du Prince Noir et de Jeanne de Kent après leur mariage, ce qui renvoie clairement à Berkhamsted, résidence princière bien connue.
Château de Berkampstead, Origins of the Castle
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Après la bataille de Hastings en 1066, Guillaume le Conquérant reçut la soumission des Anglais à Berkhamsted.
A la nouvelle du désastre de Senlac, une assemblée des grands du royaume se tient à Londres : cette fois-ci, c'est le prince anglo-saxon Edgar Aetheling, favorisé par l'archevêque d'York, Aldred, qui se trouve élu roi d'Angleterre, contre les prétentions d'Eadwine et de Morkere de Northumberland.
Mais l'épiscopat n'ignorait pas la décision prise par le pape : le Conquérant portait une bannière qui lui venait de Rome et un anneau précieux qui contenait, parait-il, un cheveu de saint Pierre.
La victoire rendait tout cela irrésistible.
L'archevêque de Cantorbery, Stigand, évita donc de sacrer le roi élu. L'Angleterre ne pouvait plus se refuser à son vainqueur, l'heureux fils d'Ariette.
Le conquérant rencontra donc promptement, à Berkhampstead, le roi Edgar à la tête d'une députation qui venait se soumettre à sa loi.
On connaît, à cet égard, le témoignage de la chronique anglo-saxonne de Winchester, vers 1070.
A ce texte anglo-saxon répond le témoignage du normand Guillaume de Poitiers, dans ses Gesta Willelmi, vers 1087.
Son demi-frère, Robert de Mortain (comte de Mortain et futur comte de Cornouailles), construisit vers 1070 un premier château en bois de type motte-and-bailey classique :
une haute motte conique (mound) défensive avec un donjon en bois, et une basse-cour (bailey) ovale protégée par des palissades, entourée de douves et de remblais de terre.
Ce site stratégique contrôlait la route clé entre Londres et les Midlands.
Reconstruction par Thomas Becket
Le château resta aux mains de la couronne.
En 1155, Henri II accorda l'honneur de Berkhamsted à son chancelier Thomas Becket, qui entreprit une importante reconstruction pour adapter le site à son rang et à sa grande suite.
Henri II confia en outre à l'archidiacre l'éducation de son fils aîné, et, attacha à ces deux emplois, de grands revenus, qui, par un hasard assez étrange, furent assis sur des lieux de funeste mémoire pour un Anglais : c'étaient la prébende de Hastaings, la garde du château de Berkhamsted , et le gouvernement de la Tour de Londres (1).
Thomas était le compagnon le plus assidu et le plus intime du roi Henri; il partageait sa table, ses jeux et jusqu'à ses débauches (2).
Elevé en dignité au-dessus de tous les Normands d'Angleterre, il affectait de les surpasser en luxe et en appareil; il entretenait à sa solde sept cents cavaliers complètement armés. Sa table, ouverte à tous les grands, était magnifique : ses pourvoyeurs faisaient venir de loin, à grands frais, les choses les plus rares et les plus délicates (3).
Il remplaça probablement les palissades en bois par une énorme muraille de pierre (curtain wall) entourant la bailey, et divisa celle-ci en sections intérieure et extérieure.
C'est à cette époque que le château prit son aspect le plus fortifié.
La motte avec les fondations du donjon circulaire en pierre, entourée de douves, et la muraille de la bailey encore debout sur de longues sections.
(1). Filii sui Henrici tutorem fecit et patrem. (Script, rer. fr., tom. XIV, p. 452.)
(2). Joh. Brompton, Chron., p. io58.
(3). Ut omnes sicut magnificentiâ ita et gratiâ praecelleret... (Vita B. Thomae quadripartita. — Apud script, rer. franc, tom. XVI, p. 452)