15 mars 1360 Raid français des Parisiens, Picards et Normands sur le port de Winchelsea (Angleterre)
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On s’est souvent demandé pourquoi la Ville de Paris possédait un navire dans ses armoiries “Fluctuat nec Mergitur”; on a dit, à ce sujet, que ce navire rappelait l’ancienne barque des nautonniers, ou plus simplement, le bateau des porteurs d'eau. A la vérité, jadis le bateau placé dans le scel de Paris, fut celui des porteurs d’eau ; il prit place, plus tard, dans le blason de la capitale, quand, par édit royal, Paris fut pourvu d’armoiries.
Mais ce bateau fut transformé en navire de guerre par un autre édit royal, qui remonte à l’an 1361.
Il s’agissait de récompenser les Parisiens, qui avaient équipé un navire de combat ; les milices parisiennes, montées sur ce navire, sous les ordres de Pépin des Essarts, prirent une part glorieuse à la bataille navale qui fut livrée aux Anglais en face de Winchelsea, en mars 1360.
La flotte anglaise fut cernée, les vaisseaux ennemis furent brûlés et la flotte française rentra en triomphe à Boulogne.
C’est en souvenir de la participation des Parisiens à cette bataille que le blason de Paris est orné d’un navire de guerre et non d’un bateau de porteurs d’eau.
Dans les premiers mois de cette dernière année 1360, les principaux nobles de la Picardie, à la tête desquels étaient le connétable, le comte de St-Pol et le chevalier Jean de Neuville, résolurent de tenter une descente en Angleterre.
Ce projet avait été formé par Louis d’Harcourt, avant qu’il ne fût fait prisonnier au combat de Préaux ; et, à ce moment, il avait quelques chances de succès.
Le 14 mars de l'année 1360, les forces françaises se lancent dans une expédition en Angleterre, probablement dans le but de mener des raids, déstabiliser les positions anglaises et/ou affirmer leur présence militaire dans la région.
La ville de Paris s’est engagée à fournir deux mille deniers d’or pour cette expédition, à la condition qu’un des navires de la flotte d’invasion sera monté par ses bourgeois et portera ses armoiries.
Le chef de ce contingent parisien n’est autre que Pépin des Essarts, le fidèle chevalier qui, dans la nuit du 31 juillet 1358, a si puissamment contribué, avec Jean Maillart, à renverser Marcel et à faire rentrer la capitale du royaume sous l’obéissance du régent.
Les bourgeois d’Amiens, et entre autres Fremin Andeluye, écuyer d’écurie du duc de Normandie, prennent également une part importante à l’affaire de Winchelsea dont l’effet moral est immense.
La guerre contre l’Angleterre dure depuis vingt ans, et c’est la première fois que l’on ose tenter une entreprise aussi hardie, pour ne pas dire aussi téméraire.
Le dauphin en a pris résolument l’initiative au moment même où la France est envahie par une innombrable armée; et telle a été sa politique que deux villes, révoltées un an et demi auparavant contre son autorité, lui ont fourni les hommes et l’argent pour mener à bien cette croisade du patriotisme.
Le rôle de Jean de Neuville et la structure du commandement
Jean de Neuville, un noble picard, neveu du maréchal d'Audrehem,
Un grand nombre de navires et 1,500 combattants, sans compter probablement les équipages, se trouvaient rassemblés (1).
Jean de Neuville s'étant occupé du recrutement de la flotte et des troupes était mieux connu d'elles : il fut choisi pour capitaine par les marins, les communes et les hommes d'armes.
Cette préférence inspira une certaine jalousie au connétable et au comte de Saint-Pol que leur rang plus élevé dans la hiérarchie féodale et les services rendus semblaient désigner pour le commandement.
Le 14 mars (2) on mit à la voile sur la côte de Picardie et on alla débarquer dans le comté de Sussex au petit port de Winchelsea alors l'une des cinq grandes villes maritimes anglaises ; dont son importance faisait le but véritable de l'expédition. On aborda sans rencontrer de résistance.
Puis une fois à terre, les troupes rangées en bataille furent divisées en trois corps.
Jean de Neuville commanda le premier où les Normands prirent place ; les deux autres qui comprenaient la noblesse sans doute peu désireuse d'obéir à un simple chevalier, furent mis sous les ordres du connétable et du comte de Saint-Pol.
Ce passage met en lumière l'affection et le respect qu'il inspirait, ce qui explique pourquoi il fut choisi capitaine malgré sa position inférieure dans la hiérarchie féodale.
Malheureusement, comme le dit le chroniqueur, « fortune estoit pour le temps contre le royaume et contre les François, premièrement en chief et puis es membres ».
Les Picards, réduits à un trop faible nombre et n’ayant que quelques Normands avec eux, réussirent cependant à prendre le port et la ville de Winchelsea et à les piller.
Ils n’épargnèrent ni l’âge ni le sexe. Ils entrèrent dans l’église, au moment où l’on disait la messe, et y violèrent une femme, qui expira sous leurs outrages.
Jalousie des autres chefs
- Le texte souligne une jalousie de la part du connétable et du comte de Saint-Pol, deux seigneurs plus élevés dans la hiérarchie féodale, qui auraient pu être des candidats logiques pour commander l'expédition.
Cela montre une tension interne, fréquente dans les armées médiévales, où les nobles de haut rang étaient souvent réticents à se voir commander par un chevalier de moindre rang.
Divisions des troupes
- Les troupes furent divisées en trois corps distincts :
- Jean de Neuville commande les Normands (probablement une troupe d’élite),
- Le connétable et le comte de Saint-Pol commandent les autres troupes, probablement composées de nobles français.
Cela est révélateur des stratégies militaires de l'époque, où la composition des troupes était souvent marquée par des divisions en fonction du rôle social et politique des commandants, ce qui influençait leur autorité sur le terrain.
Ce port avait une grande importance stratégique et commerciale, ce qui en faisait une cible de choix pour les raids maritimes.
L’attaque semble s’être passée sans grande résistance, ce qui suggère que les défenses anglaises étaient faibles ou mal préparées à cet instant.
Au même moment, une compagnie de cavaliers du ban du Sussex arriva.
Cela déclencha une tentative de repli par les Français, qui savaient que d’autres Anglais étaient en route.
Alors que les Français marchaient en formation vers leurs navires, d’autres cavaliers anglais arrivèrent.
Pour embarquer, les Français durent rompre leur formation afin de patauger dans l’eau.
Les Anglais les chassèrent bientôt et leur tuèrent au moins cent-soixante hommes ; quelques-uns se noyèrent en se hâtant de se rembarquer.
Cette brèche dans leur défense suffit aux Anglais à cheval pour les charger. Le résultat fut la perte de 2 navires et de plusieurs centaines d’hommes pour les Français.
Cette expédition irrita vivement Édouard III, roi d’Angleterre; elle eut pour résultat de faire ordonner, des mesures générales de défense.
Concernant l’invasion susmentionnée et la garde des prisonniers…
Attendu que nos ennemis de France, en très grande multitude d’hommes armés, avec leurs chevaux, sont arrivés à Winchelsea le dimanche tout récemment passé, qu’ils ont pris la ville de Winchelsea, ont tué sans humanité les hommes qu’ils y ont trouvés, et ont ensuite parcouru la campagne environnante à cheval, commettant meurtres, incendies et destructions ;
En conséquence de quoi il est nécessaire que nos prisonniers… soient maintenus sous bonne et sûre garde,
Nous vous ordonnons [ordre adressé à une personne nommée dans la lettre originale] de garder ledit [prisonnier] de telle sorte que personne de sa suite ne demeure ni dans ce même château, ni dans ladite ville avec lui, à l’exception d’une seule personne chargée de lui fournir et préparer ses vivres, à ses propres frais…
Tous les navires des Cinq- Ports furent armés; et chaque « gros navire » dut être monté par quarante marins, quarante hommes d’armes et soixante arbalétriers.
On réquisitionna, en outre, tous les navires marchands qui étaient dans les ports.
Thomas de Holland fut nommé gardien du château et du port de Barfleur, le 6 octobre 1359, et, quelques jours plus tard, le 28, lieutenant du roi en Normandie, avec Philippe de Navarre.
Ce même jour, Édouard arriva à Calais et commença cette rude campagne d’hiver qui se termina; le 8 mai 1360, par le traité de Brétigny.
Nous ne dirons rien de cet acte si tristement célèbre, qui témoigne du degré d’abaissement où la France était descendue ; il était nécessaire, quoi qu’en dise une chronique, et il fut accueilli avec joie par la population de Paris elle-même, qui, peu de temps auparavant, se croyait invincible et voulait tout réformer.
L’état de désorganisation et de démoralisation de la société française était tel, qu’on apprit avec un certain étonnement que le vainqueur se contentait de garder le quart du royaume et consentait à laisser le reste à un gouvernement ruiné et impuissant.
Effectif : Environ 1 500 à 2 000 hommes (chiffres cohérents avec les sources ; certaines mentionnent jusqu'à 2 000 fantassins, archers, marins et mercenaires).
Ce raid est souvent décrit comme l'un des derniers grands coups français sur la côte anglaise avant la paix de 1360. Il visait à venger les ravages anglais et à peser sur les négociations.
Les sources anglaises insistent parfois sur l'horreur (massacre dans les églises, viols, incendies généralisés), tandis que les chroniques françaises (Froissart notamment) le présentent plus comme une opération limitée et réussie sur le plan du pillage.
Le chef est parfois nommé Enguerrand Ringoes (ou une variante) dans certaines sources secondaires anglaises, mais les références françaises et plus précises confirment Jean de Neuville comme organisateur principal.
Les sources historiques mentionnées
- Henri de Knyghton (qui a écrit vers la fin du XIVe siècle) est cité pour donner une estimation d'un nombre de 20 000 hommes, ce qui semble être une exagération.
- La Chronique Normande, une source plus proche des événements, mentionne seulement 1 500 combattants, une estimation plus modeste mais qui semble plus réaliste.
- Thomas Walsingham et Guillaume de Nangis, deux autres chroniqueurs médiévaux, font mention de l'expédition, mais les chiffres varient.
En 1386, l'Angleterre comptait plusieurs ports stratégiques qui jouaient un rôle important dans le commerce, la guerre et la logistique maritime.
Voici les cinq ports médiévaux les plus significatifs à cette époque :
- Rôle : C’était le port le plus important du royaume, à la fois pour le commerce international (avec l'Europe continentale, la Scandinavie, l'Asie, etc.) et pour le trafic intérieur sur la Tamise. Le port de Londres était un centre vital pour l'importation de denrées alimentaires, de marchandises précieuses et pour la construction navale.
- Caractéristiques : Le port était situé au cœur de la capitale et dominait largement les autres ports du pays en termes de volume de commerce et d'influence politique. Il était aussi crucial pour les raids et les expéditions militaires.
- Rôle : Ce port, dans le comté de Sussex, était l'un des plus actifs à la fin du XIVe siècle, en particulier pour le commerce maritime avec la France et les pays bas. Son importance était notamment liée aux traversées de la Manche et à son rôle dans les relations commerciales avec les Villes Hanséatiques.
- Caractéristiques : Winchelsea était une ville marchande avec un port prospère et était aussi utilisée pour les raids navals dans le cadre des conflits avec la France, notamment pendant la guerre de Cent Ans.
- Rôle : Dover était et reste l'un des ports les plus stratégiques pour traverser la Manche, reliant directement l'Angleterre à la France. En 1386, il était essentiel pour le commerce transmanche, mais aussi pour les débarquements militaires.
- Caractéristiques : Il était un point de passage clé pour les expéditions anglaises en France et une ville de garnison pour les forces militaires anglaises pendant les conflits avec la France. C'était aussi un port de commerce très fréquenté.
- Rôle : Situé sur la côte de l'Essex, Harwich était un port important pour les expéditions navales et pour le commerce avec l’Europe du Nord (principalement avec les Pays-Bas et les États scandinaves). Le port avait une grande importance stratégique.
- Caractéristiques : Harwich servait aussi de base pour la flotte royale anglaise et jouait un rôle dans les opérations militaires pendant la guerre de Cent Ans. Il a été le théâtre de plusieurs affrontements navals importants.
- Rôle : Ce port de Hampshire, situé sur la côte sud de l'Angleterre, était essentiel pour le commerce avec l’Europe. Southampton était un centre majeur pour le commerce maritime, en particulier avec la Flandre, le Port de Bruges et la France.
- Caractéristiques : Southampton servait également de point de départ pour de nombreuses expéditions militaires, notamment vers la France et l'Espagne. Il était aussi le port d'embarquement pour les troupes anglaises au début de la guerre de Cent Ans.
Le fait que des historiens médiévaux comme Knyghton aient tendance à exagérer les effectifs peut être dû à une volonté de magnifier les succès des forces françaises ou de minimiser les défaites anglaises.
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Les portes fortifiées de la nouvelle Winchelsea (New Winchelsea), construites dans le cadre de la ville planifiée par Édouard Ier après la perte de l'ancienne ville par érosion côtière, datent principalement de la fin du XIIIe siècle et du début du XIVe siècle.
La nouvelle ville fut fondée en 1281-1288, avec les travaux de fortification (murs, fossés et portes) débutant peu après, probablement autour de 1295 (premier octroi de murage pour financer les défenses).
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Les portes survivantes font partie des éléments originaux de cette période médiévale :
Strand Gate (la plus impressionnante, donnant accès au port et au Strand) : construite à la fin du XIIIe siècle (late 13th century), avec des éléments datant du début du XIVe siècle selon certaines sources. C'est la porte d'entrée principale depuis la côte.
New Gate (porte sud, aujourd'hui isolée car la ville s'est contractée) : également fin du XIIIe siècle ou début du XIVe siècle.
Pipewell Gate (ou Ferry Gate / Land Gate, donnant accès au ferry vers Rye) : construite initialement à la fin du XIIIe siècle ou début du XIVe, mais détruite lors du raid français de 1380 et reconstruite en 1404 par le maire John Helde (dont on voit encore les armoiries).
Note : Bien qu'une licence pour créneler (fortifier) ait été accordée en 1415, elle concernait probablement un renforcement ou une ligne de défense réduite, car les portes principales existaient déjà depuis la fondation de la ville au XIIIe siècle. Les murs complets ne furent jamais entièrement achevés (seulement un fossé, un talus et des portes en pierre).Voici des vues magnifiques de ces portes médiévales, qui illustrent parfaitement leur architecture défensive (arches, tours rondes, rainures pour herse) :Strand Gate (fin XIIIe siècle)
Ces portes sont parmi les vestiges les plus emblématiques de Winchelsea, classées Grade I, et témoignent de l'importance stratégique de cette ville des Cinque Ports au Moyen Âge.
Elles ont résisté aux raids français (comme en 1359 et 1380) et au déclin du port.
Bas Moyen-Age 1377/ 1453 période Guerre de 100 ans<==
- Henri de Knyhgton (Historiæ Anglicanæ scriptores antiqui. Londini. MDCLII. Fe 2622) évalue à 20,000 le chiffre des hommes rassemblés par Jean de Neuville.
La Chronique Normande nous parle seulement de « XV c combatans » et je crois que si elle a pu rester au- dessous de la vérité, elle s'en rapproche cependant beaucoup plus que le chanoine de Leycester intéressé à exagérer les forces contre lesquelles ses compatriotes ne surent se défendre.
Rappelons- nous d'ailleurs que la Chronique des 4 prem. Valois n'évaluait qu'à 6,000 hommes le contingent normand dont le combat du Favril avait privé l'expédition.
Les Picards ne devaient évidemment pas être plus nombreux; d'ailleurs, s'ils eussent été au nombre de 20,000, ils auraient pu faire en Angleterre de bien autres ravages.
(2) Thomas Walsingham. (Francofurti. 1603. P. 173 174 ligne 10) et le 2e continuateur de Guill. de Nangis concordent sur ce point ainsi que Lingard. - Consulter sur tout le reste de l'expédition outre Henri de Knyghton et Thomas Walsingham : Polydori VergiIii Vrbinatis anglicæ nistoriæ libri XX. Basileæ. 1534. Liv. XIX p, 379), et Lingard hist, d'Anglet. Paris 1826. (T. V p. 136.)
- providendis et parandis... Consimiles litteræ Johanni Cokayn, senescallo Henrici, ducis.
Winchelsea, suivie du sac de ce port de mer (14 mars 1360), vient de frapper de terreur. « portum famosum de Winchelese penitus destruxerunt » Chronique de Richard Lescot, religieux de Saint-Denis
(3) Rymer Fœdera, VI, 168. — De invasione antedicta et super custodia prisonariorum. . . - ... Quod inimici nostri Francise in magna multitudine armatorum, cum equis suis, apud Winchese die dominica, proxima præterita, applicuerunt et villam de Winchelsea ceperunt et homines in eadem inventos inhuma,niter intertecerunt et patriam circumquaque equitarunt, homicidia, incendia, destructiones perpetrando; per quod exped.it quod prisonarii nostri... sub salva custodia remaneant, vobis mandamus quod (ici le nom de la personne] custodiatis ita quod nullus de suis nec in eodem Castro, nec in dicta villa cum eo moretur, nisi unica persona, pro cibarns suis ad sumptos suos proprios
; voy. le continuateur de Guillaume de Nangis, édit. Géraud, II, 298-299, et surtout Thomas de Walsingham, Historia anglicana, ad ann. 1359 (edit. Riley, I, 287); cf. W. D. Cooper, The history of Winchelsea, 1850, p. 80-3. Il résulte d'un document mis au jour par M. S. Luce (Hist. de B. du Guesclin et de son époque, I, pièce XXII, cf. p. 307) que la ville de Paris avait contribué de ses deniers et de ses hommes à cette expédition.