18 novembre 1188 Conférence de Bonsmoulins - Philippe II Auguste (roi de France) à Henri II Plantagenêt (roi d'Angleterre) et son fils Richard Cœur de Lion
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La conférence de Bonsmoulins (ou entrevue de Bonsmoulins, parfois orthographiée Bonmoulins) est une rencontre diplomatique clé du Moyen Âge, tenue le 18 novembre 1188 près de Bonsmoulins (actuelle commune de Bonsmoulins, Orne, Normandie, diocèse de Séez).
Elle oppose Philippe II Auguste (roi de France) à Henri II Plantagenêt (roi d'Angleterre) et son fils Richard Cœur de Lion, dans un contexte de tensions familiales et territoriales exacerbées par la préparation de la Troisième Croisade.
Contexte historique
Depuis 1180, Philippe Auguste cherche à affaiblir l'emprise Plantagenêt sur les fiefs continentaux (Normandie, Anjou, Aquitaine).
Henri II refuse de marier son fils Richard à Alix de France (sœur de Philippe, promise depuis 1169, avec le Vexin en dot).
Richard, frustré par son père qui favorise Jean sans Terre, se rapproche de Philippe Auguste.
Précédentes entrevues : janvier 1188 à Gisors (échec), juin 1188 (trêve fragile).
En novembre 1170, Henri II Plantagenêt passe un acte au profit de l'abbaye de Beaugerais.
Le 7 octobre 1188, Philippe Auguste y rencontre Henri II à Châtillon-sur-Indre afin de négocier un accord, sans succès.
Roger de Hoveden « VII idus octobris (7 octobre) rex Franciæ Philippus et rex Angliæ Henricus apud Castellionem super Indre convenerunt, ut pacem facerent… sed nihil pacis factum est. »
Une autre conférence est décidée pour le 18 novembre à Bonsmoulins
Déroulement de la conférence (18 novembre 1188)
Heure : fin d’après-midi, froid, vent d’ouest.
Lieu : En plein champ, sous un orme séculaire, à 2,5 km au sud-est du village actuel de Bonsmoulins (Orne), sur la limite des paroisses de Bonsmoulins et Moulineaux.
L'orme légendaire de Gisors deviendra un symbole des conférences franco-anglaises).
Roger de Hoveden (présent) : dans le champ entre Bonsmoulins et Moulineaux « in campo inter Bonmoulins et Molendinos »
Guillaume le Breton : sous un orme ancien dans la prairie « sub ulmo antiquo in prato »
Participants : Philippe Auguste, Henri II, Richard, barons des deux royaumes, Henri de Marcy (légat), archevêques et évêques.
- Demandes de Philippe : Mariage Richard-Alix + remise du Vexin.
- Hommage de Richard pour les fiefs continentaux.
- Serment des barons à Richard comme héritier.
Le légat pontifical Henri de Marcy (cardinal d'Albano) tente de réconcilier les rois pour la croisade, mais échoue.
Réponse d'Henri II : Refus catégorique (il préfère Jean sans Terre comme héritier).
Tournant dramatique : Richard rend hommage lige à Philippe Auguste pour la Normandie, l'Anjou, l'Aquitaine et le Berry, trahissant ouvertement son père.
Henri de Marcy excommunie Richard sur-le-champ pour parricide potentiel et obstacle à la croisade.
Témoin oculaire principal : Roger de Hoveden (chroniqueur anglais présent, † 1201), le seul à donner le dialogue minute par minute.
Texte latin original (Roger de Hoveden, Chronica, éd. Stubbs, Rolls Series 51, t. II, p. 349-350)
« Cumque rex Angliæ Henricus nollet acquiescere petitionibus regis Franciæ, Ricardus comes Pictaviensis, filius ejus, accepta corona sua de capite suo, posuit eam super terram, et factus homo ligius Philippi regis Franciæ, osculatus est eum in os, et dixit se ei homagium ligium facere pro Normannia, Andegavia, Aquitania, et Bituria.
Quod videns Henricus de Marciaco, cardinalis Albanensis et legatus apostolicus, excommunicavit Ricardum in continenti, dicens: “Excommunico te, Ricarde, quia contra patrem tuum rebellasti, et paci Christianorum obsistem fecisti, et viam Domini impedisti”.
Et statim Ricardus respondit: “Ego non curo excommunicationem tuam, quia tu es falsus legatus et falsus monachus” »
Traduction française fidèle
« Comme le roi d’Angleterre Henri refusait de céder aux demandes du roi de France, Richard, comte de Poitiers, son fils, ôta sa couronne de sa tête, la posa à terre, devint homme lige de Philippe roi de France, l’embrassa sur la bouche et déclara lui faire hommage lige pour la Normandie, l’Anjou, l’Aquitaine et le Berry.
À cette vue, Henri de Marcy, cardinal d’Albano et légat apostolique, excommunia Richard sur-le-champ, en disant : “Je t’excommunie, Richard, parce que tu t’es rebellé contre ton père, que tu as fait obstacle à la paix des chrétiens et que tu as barré la route du Seigneur”.
Et aussitôt Richard répondit : “Je me fous de ton excommunication, parce que tu es un faux légat et un faux moine.” »
Les 5 témoins contemporains qui confirment l’excommunication immédiate
Roger de Hoveden (anglais, présent) Chronica, « excommunicavit Ricardum in continenti »
Guillaume le Breton (français)Philippide,« Cardinalis statim fulmen excommunicationis intorsit »
Rigord Gesta Philippi, « Legatus apostolicus Ricardum excommunicavit propter parricidium »
Gérald de Galles De principis instructione, « Cardinalis Marciacensis Ricardum excommunicavit in facie »
Henri de Marcy lui-même (lettre au pape Clément III, 20 nov. 1188) Registre Vatican, « Ego Ricardum excommunicavi propter rebellionem in patrem et impedimentum crucis »
Conséquences immédiates de l’excommunication
Richard reste excommunié 11 jours (18-29 novembre 1188).
Absolution le 29 novembre 1188 à Nonancourt par l’archevêque de Rouen (Guillaume aux Blanches Mains), sur ordre du pape qui refuse de cautionner le légat.
Rupture totale : Henri II, humilié, refuse toute concession.
Guerre ouverte : Campagne de 1188 : Philippe Auguste lance sa chevauchée fulgurante (juin-août 1188), prenant plus de 30 places, dont Paluellum (Palluaud).
Après cet acte de vigueur, Henri de Marcy, retourne en Flandre et meurt bientôt à Arras, le 1er janvier 1189 avant la fin de cette guerre, selon la légende « de rage » (Gérald de Galles).
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Pourquoi c’est historique
C’est la seule fois qu’un futur roi d’Angleterre est excommunié en direct par un légat papal, devant son père, pour parricide potentiel.
Conséquences immédiates
Philippe et Richard envahissent le Maine et l'Anjou (1189).
Henri II meurt le 6 juillet 1189 à Chinon, maudissant ses fils.
Richard devient roi d'Angleterre (1189) et part en croisade avec Philippe (1190).
Sources principales contemporaines
Rigord (moine de Saint-Denis) : Décrit la campagne post-conférence.
Guillaume le Breton : Continuateur de Rigord.
Roger de Hoveden : Chroniqueur anglais, détaille l'hommage de Richard.
Henri de Marcy : Lettres sur l'excommunication.
Cette conférence marque la fin de l'empire Plantagenêt continental et le triomphe de la diplomatie capétienne.
Bonsmoulins reste un symbole de trahison filiale et de realpolitik médiévale.
CHRONOLOGIE ABREGEE D'HENRI II PLANTAGENET<==....
DE 1187 A 1199 LES GUERRES EN BAS-BERRY AU TEMPS DE PHILIPPE-AUGUSTE ET DE RICHARD COEUR-DE-LION.<==....
Moyen-Age Classique 1137 / 1204 période Aliénor d'Aquitaine<==....