1199, entre la seconde quinzaine de janvier et le commencement de mars, Philippe Auguste prie Innocent III, son cousin, de ne pas favoriser les efforts de Richard Cœur de Lion pour faire arriver Othon de Brunswick, neveu du roi d’Angleterre, au trône impérial.
Philippe Auguste prie Innocent III, son cousin, de ne pas favoriser les efforts de Richard Cœur de Lion pour faire arriver Othon de Brunswick, neveu du roi d’Angleterre, au trône impérial, et se porta garant des réparations que Philippe de Souabe, roi d’Allemagne, est prêt à faire pour les torts que son père et son frère ont pu causer au Saint-Siège ; Philippe Auguste l’an engagé à se lier par un traité perpétuel avec le Saint-Siège.
Il termine en déclarant que, pour complaire au pape, il a conclu avec Richard un trêve de cinq ans.
Résumé du contexte (pour situer la lettre)
En 1198-1199, après la mort de l'empereur Henri VI (1197), le Saint-Empire est en crise de succession : deux rois des Romains s'opposent — Otton de Brunswick (soutenu par Richard Cœur de Lion, oncle d'Otton, et favorisé par Innocent III) et Philippe de Souabe (frère d'Henri VI, soutenu par Philippe Auguste).
Philippe Auguste, qui combat Richard depuis des années, veut empêcher Otton (allié anglais) d'accéder à l'empire, car cela renforcerait l'encerclement Plantagenêt autour de la France.
Il vient de conclure une trêve de cinq ans avec Richard (janvier 1199), approuvée par le pape, et utilise cette concession pour plaider la cause de Philippe de Souabe auprès d'Innocent III (son "cousin" par des liens familiaux lointains via les Capétiens et les comtes de Champagne).
La lettre est une supplique diplomatique habile : Philippe affirme sa dévotion à l'Église, dénonce les manœuvres de Richard, garantit que Philippe de Souabe est prêt à réparer les torts passés des Hohenstaufen envers Rome et à s'allier durablement au Saint-Siège, et présente la trêve comme un geste de soumission à la volonté papale.
Traduction :
Au très saint père et seigneur Innocent, par la grâce de Dieu souverain pontife de la sainte Église romaine et universelle, son très cher cousin, Philippe, par la même grâce roi des Français, [offre] salut et l'humble autant que dévot service de sa soumission.
Votre sainte Paternité le sait, le monde le sait aussi : comment nous et nos prédécesseurs avons toujours manifesté à l'Église romaine obéissance, révérence et service en toutes choses et par toutes choses ; notre dévotion n'a jamais cessé et ne cessera jamais. Cela, non seulement en temps de sérénité, mais aussi dans l'adversité, nous et notre royaume l'avons efficacement prouvé.
C'est pourquoi, pleinement confiant dans les mérites de notre royaume, de nos prédécesseurs et des nôtres, nous supplions Votre Sainteté avec toute l'affection possible et avec la plus grande insistance : daignez, en considérant plus sincèrement la dévotion de nous-mêmes, de nos pères et de notre royaume, contempler d'un œil bienveillant nous, notre royaume et les affaires qui concernent notre honneur, en une mutuelle bienveillance.
À cela s'ajoute que le roi d'Angleterre, par des moyens justes et injustes, en usant de son argent, s'efforce d'imposer son neveu au sommet impérial. Vous ne devez en aucune façon, s'il vous plaît, admettre cette intrusion, qui est reconnue retomber en opprobre et en préjudice sur notre couronne ; et nous ne croyons pas que vous deviez tolérer quoi que ce soit dans la présente affaire à notre préjudice, puisque ni nous ni les nôtres n'avons jamais rien tenté contre l'Église romaine et ne tenterons jamais, par la grâce de Dieu, de le faire.
En outre, que Votre Sainteté sache au sujet du roi d'Allemagne Philippe que, si jamais son père ou son frère ont offensé en quelque point l'Église romaine, nous en sommes affligés.
Quant aux querelles qui ont longtemps agité l'Église et l'Empire, ledit roi d'Allemagne Philippe, sur notre conseil comme il l'affirme, est prêt à s'y soumettre ; et, pour obtenir votre grâce et celle de l'Église, il est disposé, sur notre conseil, à s'engager envers vous et l'Église par un traité perpétuel en terres, châteaux, possessions et même en argent compétent.
Que s'il ne se conformait pas à ce conseil que nous lui donnons, il ne nous trouverait en aucune façon comme ami.
À cela s'ajoute que, sur votre mandat et votre autorité, nous avons accordé et garanti une trêve jusqu'à cinq ans, comme quelqu'un qui ne veut pas, en cela ni en d'autres choses, s'opposer à la volonté apostolique ; et, comme le porteur de la présente lettre et d'autres pourront vous le rapporter, nous avons fermement exécuté votre mandat.
« Sanctissimo patri et domino Innocentio Dei gratia sacrosancte Romane et universalis Ecclesie summo pontifici, karissimo consanguineo suo (1), Philippus eadem gratia Francorum rex salutem et tam débile quam devote subjectionis obsequium.
Novit.sancta Paternitas vestra, novit et mundus, quomodo nos et progenitores nostri ecclesie Romane obedientiam, reverentiam et in omnibus et per omnia exhibuimus famulatum, nec umquam cessavit devotio nostra nec cessabit; quod non solum tempore serenitatis (a), sed etiam adversitatis nos et regnum nostrum efficaciter comprobavit.
Inde est quod nos de meritis regni nostri et predecessorum nostrorum et nostris plenius confidentes, Sanctitatem vestram quanta possumus affectione rogamus et attendius supplicamus quatinus devotionem nostram et patrum nostrorunt, regni etiam nostri, sincerius intuentes, vice mutua nos et regnum nostrum et négocia honorem nostrum, contingentia oculo benignitalis vestre dignemini contemplari.
Ad hec, cum rex Anglie per las et nefas, pecuma sua mediante, nepotem suum ad imperialem apicem conetur intrudere, vos nullatenus intrusionem illam, si placet, debetis admittere, que in opprobrium et detrimentum corone nostre cognoscitur redundare; nec nos credimus quod vos quicqnam in presenti casu in prejudicium nostrum debeatis sustinere, cum nos vel nostri nichil umquam contra Romanani Ecclesiam attemptaverimus nec umquam per Dei gratiam curabimus attemplare.
Porro de Pbilippo rege Alemanie noverit Sanctitas vestra quod, si aliquando pater ejus vel irater Romanam ecclesiam in aliquo ollenderit, nos dolemus.
De querelis autem que inter eccleisiam et imperium diutius actitate sunt, predictus rex Alemanie Philippus consilio nostro, sicut asserit, paratus est acquiescere et, pro vestra gratia et Ecclesie obtinenda, in terris, castellis possessionibus, pecunia etiam competenti, de consilio nostro se perpetuo federe, vobis et ecclesie obligare.
Quod si ipse in hoc consilio nostro non aequiesceret, ipsu nos nullatenus amicum inveniret. Ad hec de mandato vestro et auctoritate usqne ad quinquennium treugas dedimus et fiduciavimus tamquam qui nolumus in hiis vel in aliis volunlati apostolice contraire et, sicut lator presentium et alii vobis poterunt intimare, mandatum vestrum firmiter fuimus prosecuti. »
Moyen-Age Classique 1137 / 1204 période Aliénor d'Aquitaine<==