Canalblog Tous les blogs Top blogs Tourisme, Lieux et Événements Tous les blogs Tourisme, Lieux et Événements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
PHystorique- Les Portes du Temps
TRADUCTION
Articles récents
Derniers commentaires
14 janvier 2026

25 juin 1199 monastère Saint-Pierre de Solignac - Charte d’Adémar V (dit Boson), vicomte de Limoges (1148-1199)

Cet extrait est un acte authentique de Adémar V (dit Boson), vicomte de Limoges (1148-1199), transcrit et commenté par Maurice Ardant (érudit périgourdin du XIXe siècle, connu pour ses travaux sur les archives locales, les sociétés savantes et l'histoire du Limousin/Périgord).

Il provient d'une publication d'Ardant dans un bulletin ou recueil des sociétés savantes (Le Chroniqueur du Périgord et du Limousin : revue historique, artistique et religieuse), où il publiait des chartes médiévales.

 

Le document est daté du 25 juin 1199 (lendemain de la Nativité de saint Jean-Baptiste, soit le 24 juin).

 

Contexte biographique d'Adémar V

Adémar V, né vers 1135-1140, succède à son père Adémar IV en 1148. Il est d'abord tuteurisé par son grand-oncle Bernard (doyen de Saint-Yrieix) et Gérald de Cher (futur évêque de Limoges).

Il porte le surnom Boson dans sa jeunesse.

Son mariage avec Sarah (Sara) de Cornouailles (vers 1159), nièce d'Henri II Plantagenêt (fille de Renaud de Cornouailles, petite-fille d'Henri Ier Beauclerc et d'une impératrice germanique par alliance), est arrangé par Henri II pour renforcer son emprise sur le Limousin.

Cela intègre la vicomté dans la sphère Plantagenêt, mais provoque des tensions : Henri II mène des campagnes pour imposer Adémar comme seigneur sur Limoges (ville souvent réfractaire), entraînant guerres, sièges et malheurs pour la région (comme les révoltes de 1182-1183 vues précédemment).

Peu après la mort de Richard Cœur de Lion (1); son fils Guy V se rallie ensuite à Philippe Auguste (vers 1198-1199, selon des études récentes).

 

Il laisse sept enfants :

  • Guy V (successeur comme vicomte).
  • Guillaume le Pèlerin (otage en 1183).
  • Adémar.
  • Marguerite (ép. Aymeri de Rochechouart puis Boson de Grignols).
  • Aquiline (ép. Gordon).
  • Humberge (ép. Geoffroy de Lusignan). (2)
  • Marie (ép. Ebles V, vicomte de Ventadour).

 

Analyse de l'acte (1199)

C'est une charte de confirmation par le vicomte d'une résignation / renonciation de droits.

 

Résumé en français moderne clair :

Adémar V, vicomte de Limoges, annonce à tous (présents et futurs) qu'il confirme et protège par ses lettres une renonciation faite en sa présence : Le chevalier Pierre Laplou (ou La Plou), de Pierre-Buffière (Petra-Buferia / Petra-Bufferia, commune actuelle en Haute-Vienne, près de Limoges), a renoncé en mains du vicomte, de son fils Guy et du prieur G... de Grandmont à tout droit qu'il pouvait revendiquer dans le bailliage de Forges (ou Forgis, localité ou domaine près de Pierre-Buffière ou Solignac ? ; probablement un lieu-dit ou fief dépendant de l'aumônerie de Pierre de Pierre-Buffière).

Cette aumônerie (eleemosyna) avait été donnée par les prédécesseurs de Pierre Laplou au monastère Saint-Pierre de Solignac (abbaye bénédictine près de Limoges, fondée par saint Éloi au VIIe siècle).

Laplou jure sur la foi religieuse (avec serment) que lui et ses successeurs respecteront cette donation à perpétuité.

Clause de précaution : si son frère Aymeric revient (peut-être absent en croisade, voyage ou captivité ?), il jure aussi de ne pas contester la renonciation.

Garants / fidejusseurs : Pierre de Pierre-Buffière et son fils H., Aymeric Bernard, Pierre de Jaunac, Hugues leur parent.

La concession s'étend à toute sa terre.

 

Lieu et date : Fait à  Solignac, lieu fréquent de négociations et chartes limousines), sous l'abbatiat de Hugues de Maulmont (ou Maumont/Maulmon) à Solignac (abbé de 1195 à 1228 environ ; famille limousine influente, liée à Châlus et aux vicomtes).

Témoins : B. Trenchaleo (Tranchillon ?), Da. de Champagnas (Champagnac ?), Jo. d'Excideuil (Jean d'Excideuil), Guillaume Jordas, et d'autres.

Notes paléographiques et diplomatiques (comme Ardant) : Adresse à humilitas vestra (Votre Humilité), formule de respect pour un ecclésiastique (abbé, prieur, etc.), typique du style monastique médiéval (comme humilis abbas pour les abbés).

Lemovicarum (génitif de Lemovicæ, pour Limoges) au lieu de l'adjectif Lemovicensis.

Possibilité alternative : univsitas (universitas = votre communauté / couvent), abrégé mal lisible.

Au dos : annotations "De Forgis, P. Laplou" et "Resignatio seu donatio Forgis Laplou".

Dimensions : 22 × 14 cm ; sceau détaché.

 

Signification

Cet acte illustre le rôle du vicomte comme protecteur / confirmateur des donations aux abbayes (ici Solignac, liée à Grandmont via les prieurs).

Il montre les réseaux locaux autour de Pierre-Buffière / Excideuil (témoins), et la continuité des liens vicomtaux avec les monastères limousins malgré les troubles Plantagenêts.

En 1199, Adémar V est en fin de règne ; cet acte est l'un des derniers avant la transition vers Guy V et le ralliement capétien.

 

 

Adémar V, qui porta dans sa jeunesse le nom de Boson, était fils d'Adémar IV et de Marguerite de Turenne ; il succéda à son père l'an 1148, et eut pour tuteurs son grand oncle Bernard, doyen de St-Yrieix, et Gérald de Cher, qui fut évêque de Limoges.

Adémar V fut la cause des malheurs qui accablèrent Limoges et le Limousin pendant la domination anglaise.

Henry Plantagenet étant devenu duc d'Aquitaine par son mariage avec Aliénor, héritière de ce duché, vint à Limoges pour y prendre la couronne ducale.

Persuadé que cette ville était comprise dans la vicomté de ce nom et qu'Adémar-Boson était un bon parti pour sa nièce Sara, fille de Renaud, comte de Cornouaille, petite-fille d'un roi d'Angleterre et d'une impératrice d'Allemagne, il la donna pour épouse à ce vicomte.

Ce fut la première guerre vicomtine ; le roi Henry le Vieux s'acharna contre les habitants de Limoges pour les contraindre à reconnaître son neveu comme seigneur et maître.

Cet acte, daté de 1199, nous confirme l'époque où Hugues de Maulmont était abbé de Solignac ; nous y lisons aussi le nom d'un prieur de Grandmont.

Nous avons cru devoir transcrire le texte latin, on y voit mieux le style du temps. On y remarquera le mot Lemovicarum, génitif de Lemovicœ, au lieu de l'adjectif Lemovicensis, et le mot humilitas vestra, annonçant que cet acte est adressé à un ecclésiastique.

Ce terme, très-difficile à lire dans l'acte, était adopté alors par tous les dignitaires, humilis abbas, prior, presbyter, comme le servus servorum, par les papes, les évêques.

 

Il a été remplacé plus tard par les expressions d'Eminence, de Grandeur :

Ademarus Lemovicarum vicecomes : prcesentibus et futuris in perpetuum. Ea quae in manu nostra et potentia tractantur, firma debent et illibata permanere; quoe ne decursu temporis nec malignitate posterorum oblivioni tradantur, auctoritate litterarum nostrarum volumus proemuniri. Noverit itaque humilitas vestra quod P.Laplou miles Petrae-Buferiae resignavit in manu nostra et manibus filii nostri Guidonis et G.., venerabilis prioris Grandimontensis omni juri quod habebat in ballivia de Forgis quae pertinebant ad eleemosinam Petri Petrae-Buferiae, à suis predecessoribus datam monasterio sancti Petri Solemniacensis et fidei religione interposita, hoc perse et per suos successores inviolabiliter tenendum in perpetuum juravit.

Verum si continget Aymericum fratrem suum redire, hoc idem suo juramento firmavit quod ipsum dehanc resignationem rem faciet.

 Super hoc et fidejussores dedit Petrum de Petra - Buferia et H. filiumejus, Ai. Bernardum , Petrum de Jaunac et Hugonem cognatum illorum ; et super totam terram suam hoc concessit :

 Hoc autem actum fuit apud Grandimontem domino Hugone de Maulmon existente abbate Solemniacense , anno ab incarnatione domini M°C°XCYVIIII sequenti die post nativitatem sancti Joannis-Baptisti.

Hujus rei testes sunt : B. Trenchaleo, Da. de Champagnas, Jo. de Exidolio,

Willelmus Jordas et multi alii.

 

TRADUCTION.

Adémar, vicomte de Limoges, aux lecteurs présents et futurs ; pour en perpétuer la mémoire, tout ce qui dépend de nous et de notre autorité doit rester entier et immuable, et pour que le cours du temps et la méchanceté de ceux qui viendront après nous n'en abolissent rien, nous voulons le mettre sous la protection de nos lettres.

C'est pourquoi Votre Humilité ayant appris que le chevalier Pierre Laplou de Pierre-Buffiere a résigné en nos mains, celles de Guy notre fils et celles du vénérable G.., prieur de Grandmont tout droit de propriété qu'il pouvait avoir dans le bailliage de Forges sur les dépendances de l'aumônerie de Pierre de Pierre-Buffiere que ses prédécesseurs avaient donnée au monastère de Saint-Pierre de Solignac, et pour ajouter une garantie religieuse à sa bonne foi, il a fait le serment que lui et ses successeurs maintiendraient inviolablement cette donation à toujours , et même s'il arrivait que son frère Aymeric revint, il a encore affirmé par serment qu'il ferait sa propre affaire de cette renonciation, il a présenté en outre comme répondant Pierre de Pierre-Buffiere et H. son fils; Ay. Bernard, Pierre de Jaunac et Hugues leur parent, et a étendu cette concession sur toute sa terre.

Cet acte a été fait à Grandmont, Dom Hugues de Malmon étant abbé de Solignac, l'an de l'incarnation de notre seigneur MCXCVIIII, le lendemain de la nativité de saint Jean-Baptiste.

 

Les témoins en ont été : B. de Tranchillon, D. de Champagnac, Jo. d'Excideuil, Guillaume Jordas et plusieurs autres.

Au dos est écrit deux fois : De Forgis, P. Laplou.

En apostille : Resignatio seu donatio Forgis Laplou. —

Donation du baillage de Forges, l'an 1199. — 856. 38 arm. 18.

Le sceau est détaché de ses deux liens. Ce parchemin a 22 centimètres de largeur sur 14 de hauteur.

Maurice ARDANT, Des sociétés de Périgueux, Poitiers, Angoulême, Guéret, etc.

P.-S. — Par excès de scrupule, je dois ajouter que le mot si peu lisible umilitas, univsitas pourrait être à la rigueur l'abrégé d'universitas, ce qui signifierait, dans ce cas, votre communauté, couvent ou corporation. M. A.

 

Aymar V vicomte de Limoges trouva la mort assassiné en 1199.

Selon les sources médiévales, cet assassinat aurait été perpétré sur l’instigation de Philippe de Cognac (aussi appelé Philippe Fitz Roy ou Philippe de Faulconbridge), fils naturel de Richard Cœur de Lion, dans un contexte de tensions politiques et féodales liées à la succession et à l’autorité ducale en Aquitaine.(3)

 

 

 

Généalogie - Maison des Hugues de Lusignan et Geoffroy la Grand' Dent.<==

Moyen-Age Classique 1137 / 1204 période Aliénor d'Aquitaine

Châlus - Récit de la mort de Richard Cœur de Lion d’après Roger de Hoveden.<==...

 

 

 

 

 

 

(1). Mars-avril 1199

En l'an de l'Incarnation MC et XCIX, ot li rois Richarz assis un chastel après Limoges, en la premiere semaine de la Passion Nostre Seigneur. Au visconte de Limoges estoit cil chastel; si avoit non Chautluz.

 La raison pour quoi il ot ce chastel assis, si fu pour ce que uns chevaliers du païs avoit trové un tresor en terre; et cil trésors, si com l'on disoit, si estoit uns empereres de fin or, sa famé, si fil et ses filles, et tuit seoient à une table d'or pur ; si i estoient lettres escrites qui donoient à entendre à ceus qui les lisoient que cil empereres avoit esté, et com grant tens estoit coruz puis que il régna.

Ce trésor demandoit li rois Richarz à ce chevalier; mais il estoit traiz à garant au visconte et s'estoit mis en ce chastel.

 Ensi tenoit li rois le siege et fesoit asalir chascun jor moult efforciement. Endementiers que il estoit un jor à un asaut, uns aubalestiers de la garnison du chastel traist un quarrel à la volée, le roi Richart feri par aventure, non mie apenséement, si que il li fist mortel plaie.

Par cele plaie qui guérir ne pot morut li rois en poi de tens après. Ensepouturé fu a Fontevaut, une abbaïe de nonains, delez le roi Henri son pere.

Jehans-sanz-Terre ses freres, reçut après lui le roiaume d'Angleterre, si fu coronez à la feste de l'Ascension qui après fu, à Saint Thomas de Cantorbiere.

 

(2). Geoffroy de Lusignan (aussi appelé Geoffroy Ier de Lusignan), né vers 1150 et mort en mai 1216 (ou vers 1224 selon certaines sources), est un seigneur médiéval de la puissante maison de Lusignan (Poitou), connu pour son rôle dans les croisades et les guerres féodales en Aquitaine.

Fils aîné de Hugues VIII "le Vieux" de Lusignan (seigneur de Lusignan, comte de la Marche) et de Bourgogne de Rançon.

Frère de figures célèbres : Guy de Lusignan (roi de Jérusalem 1186-1192, puis roi de Chypre) et Aimery II de Lusignan (roi de Chypre et de Jérusalem).

Il est donc l'oncle de plusieurs comtes de la Marche et lié à une vaste parenté aristocratique poitevine et outre-mer.

 

Mariages

Il se marie deux fois : En premières noces (avant 1200) : Eustachie Chabot († après 1200), dame de Vouvant et de Mervent (héritière de ces fiefs vendéens). De cette union naît notamment Geoffroy II de Lusignan (dit "Geoffroy la Grand'Dent", seigneur de Vouvant, Mervent, Montcontour ; figure légendaire liée à la fée Mélusine dans les romans médiévaux).

En secondes noces (vers 1202) : Humberge de Limoges (v. 1160/1180 – av. 1195 ou vers 1217 selon les variantes), fille d'Adémar V (vicomte de Limoges, † 1199) et de Sara de Cornouailles (nièce d'Henri II Plantagenêt).

 

De ce mariage naît Guillaume de Lusignan (seigneur de Vouvant, Mervent, Montcontour ; époux de Marguerite/Marquise de Mauléon, branche qui se poursuit chez les Parthenay).

 

Ce second mariage renforce les alliances des Lusignan avec le Limousin et le Périgord voisin (Adémar V étant un allié/rival des Plantagenêts, comme vu dans les chroniques de 1182-1183 et l'acte de 1199).

 

Carrière et rôle historique

Seigneur de Vouvant, Mervent, Montcontour (par Eustachie), Soubise, et autres fiefs poitevins.

Croisé : Participe à la Troisième Croisade (1189-1192) aux côtés de son frère Guy.

En 1191, à Acre, Richard Cœur de Lion (son ennemi juré en Poitou mais allié en Orient) lui confie le comté de Jaffa et d'Ascalon (1186/1191-1193), titre qu'il porte jusqu'à la reconquête par Saladin en 1192-1193.

 

En Occident, il est un farouche opposant aux Plantagenêts (Henri II, Richard, Jean sans Terre) : il revendique la comté de la Marche (vendue par Aldebert IV à Henri II en 1177), s'allie aux barons rebelles (1183 : avec Henri le Jeune Roi, Adémar V de Limoges, etc., contre Richard).

Surnommé parfois Geoffroy le Prud'homme par son fils en 1234 (éloge posthume).

 

Confusion fréquente

Il est souvent confondu avec son fils Geoffroy II ("la Grand'Dent"), figure romanesque (fils supposé de Mélusine dans le roman de Jean d'Arras, vers 1393-1400), seigneur de Vouvant et guerrier redoutable.

Geoffroy Ier incarne le réseau familial Lusignan : ambitions en Poitou/Limousin, croisades, et passage à l'Orient latin (Jérusalem, Chypre).

 

Son mariage avec Humberge lie directement la vicomté de Limoges à cette maison influente, expliquant des alliances dans les chartes locales (comme celles autour de Grandmont, Solignac, Excideuil).

(3). Richard Ier, alors comte de Poitiers et duc d'Aquitaine avant de devenir roi d'Angleterre en 1189, marie Philippe à Amélie (ou Amelia) de Jarnac († vers 1199), héritière des seigneuries de Cognac, Merpins, Villebois, Archiac (via son père Ithier V de Cognac), et de Jarnac et Châteauneuf (via sa grand-mère Nobilie).

Richard lui confie alors le château et la seigneurie de Cognac, qu'il gouverne sous le nom de Philippe de Cognac.

La seigneurie de Merpins est effectivement intégrée à celle de Cognac à cette occasion.

Cela est corroboré par des documents contemporains comme les Comptes d'Alphonse de Poitiers (Archives historiques du Poitou) et des mentions dans les chroniques (Roger de Hoveden note explicitement que Richard avait accordé à son fils "castellum et honorem de Cuinac").

 

 

Les Annales de Waverley (Annales Waverleienses), une chronique monastique cistercienne anglaise rédigée à l'abbaye de Waverley (Surrey), couvrant les événements de l'histoire anglo-normande et européenne de l'Incarnation jusqu'en 1291.

 Cet extrait correspond précisément à l'année 1199 (An. 1199), peu après la mort de Richard Cœur de Lion (6 avril 1199), et relate les troubles de la succession en Aquitaine, Poitou, Anjou et Normandie sous le règne naissant de Jean sans Terre face à Philippe Auguste.

 

Au même mois de septembre, Jeanne, épouse de Raymond de Saint-Gilles [Raymond VI de Toulouse], autrefois reine de Sicile, sœur du roi Jean d'Angleterre, mourut en Normandie à Rouen, et son corps fut transporté à l'abbaye de Fontevraud, où elle fut enterrée parmi les moniales voilées.

 

Au mois d'octobre, le roi de France [Philippe Auguste] prit le château de Balun [Ballon, dans le Maine], que gardait Geoffroy de Burelin, et le détruisit.

 

Lorsque Guillaume des Roches [Wilhelmus de Rupibus], chef de l'armée d'Arthur [Arthur de Bretagne, neveu de Jean et prétendant au trône angevin], le vit, il le prit très mal et réprimanda vivement le roi de France, disant que cela n'avait pas été convenu entre lui et son seigneur Arthur.

 

Le roi de France lui répondit qu'il ne renoncerait pas, à cause d'Arthur son seigneur, à faire sa volonté sur ses acquisitions.

Ensuite, le roi de France assiégea Lavardin ; mais le roi d'Angleterre [Jean] arriva avec son armée ; et le roi de France, abandonnant le siège, se retira dans la ville du Mans [Cenomannum = Le Mans].

 

Mais le roi d'Angleterre le poursuivant avec son armée, le roi de France quitta Le Mans et s'en alla.

Pendant ce temps, Guillaume des Roches, avec une grande ruse, arracha Arthur de la garde du roi de France, le réconcilia avec le roi Jean d'Angleterre, et lui livra la ville du Mans, que le roi de France et Arthur lui avaient confiée en garde.

Le même jour, on dit à Arthur que le roi d'Angleterre le prendrait et le mettrait en prison.

Le même jour, le vicomte de Thouars [Tuarz = Thouars], qui gardait le château de Chinon, vint au roi d'Angleterre sur son ordre au Mans, et fut contraint de lui livrer le château de Chinon et la sénéchaussée d'Anjou ;

Et le roi de France remit aussitôt le château de Chinon à Roger de Lacy, connétable de Chester, en garde, jusqu'à ce que le roi lui ait fourni un autre gardien.

 

La nuit suivante, Arthur et sa mère [Constance de Bretagne], ainsi que le vicomte de Thouars précité et beaucoup d'autres, abandonnèrent le roi d'Angleterre, partirent et se réfugièrent dans la ville d'Angers [Andegavis].

La mère d'Arthur, abandonnant Ranulf, comte de Chester, son mari, épousa Gui de Thouars, frère du vicomte de Thouars précité.

 

Pendant ce temps, Pierre de Capoue, cardinal et légat du siège apostolique, avait été envoyé par le pape Innocent [III] pour mettre fin au litige entre le roi Richard d'Angleterre et le roi Philippe de France ; à son instigation, lesdits rois avaient promis de garder une trêve entre eux pendant cinq ans ;

 

Mais comme ces trêves avaient pris fin à cause de la mort du roi Richard intervenue, il s'efforçait par tous les moyens de faire observer ces trêves entre le roi de France précité et le roi Jean d'Angleterre, héritier du précité Richard.

C'est pourquoi il fut établi des trêves entre eux jusqu'à la fête de Saint-Hilaire [13 janvier].

 

La même année, Philippe, fils naturel du roi Richard d'Angleterre, à qui ledit roi son père avait donné le château et l'honneur de Cognac [Cuinac], tua le vicomte de Limoges précité en vengeance de son père…

 

La même année, le roi Jean d'Angleterre ordonna que aucun tonneau de vin poitevin ne soit vendu plus cher que pour vingt sous, aucun tonneau de vin angevin plus cher que pour vingt-quatre sous, et aucun tonneau de vin français plus cher que pour vingt-cinq sous, sauf si le vin est si bon que quelqu'un veuille en donner environ deux marcs au plus haut prix.

De plus, il ordonna qu'aucun setier de vin de Poitou ne soit vendu plus cher que pour quatre deniers, et aucun setier de vin blanc plus cher que pour six deniers.

Il ordonna aussi que tous les tonneaux qui viendront désormais en Angleterre, après qu'ils seront arrivés de Reims après la saison présente du moût, soient de mutation [c'est-à-dire taxés ou réglementés pour le changement de qualité ou de prix] ; et il ordonna que cela soit observé à partir des octaves de la Saint-André de décembre et ensuite.

==> L’exportation des vins de Bordeaux vers l’Angleterre au moyen-âge

 

Notes et contexte

Cet extrait illustre le chaos post-Richard : Jean sans Terre lutte pour consolider son héritage angevin face à Philippe Auguste, qui soutient Arthur de Bretagne (fils de Geoffroy, frère cadet de Richard et Jean).

Guillaume des Roches joue un rôle pivot en trahissant Philippe Auguste pour se rallier à Jean, livrant Arthur et Le Mans.

Le mariage de Constance de Bretagne avec Gui de Thouars (1200) renforce les alliances bretonnes contre Jean.

La mention de Philippe de Cognac (fils illégitime de Richard) tuant Adémar V de Limoges est une des sources les plus anciennes et fiables pour cette vengeance (confirmée aussi par Roger de Hoveden).

Elle corrobore ce que nous discutions précédemment : Philippe agit pour venger son père, mort au siège de Châlus (dépendant de la vicomté de Limoges).

Les ordonnances sur les vins reflètent les efforts de Jean pour réguler le commerce et les prix en Angleterre, où les vins d'Anjou/Poitou étaient importés massivement.

 

Les Annales de Waverley sont une source anglaise fiable pour ces événements, bien qu'avec un biais pro-Plantagenêt (le monastère était royal).

 

« An. 1199. Eodem mense septembris, Johanna uxor Raimundi de Sancto-AEgidio, quondam Regina Sicilae, soror Johannis Regis Angliae, obiit in Normannia apud Rotomgum, et delata ad abbatiam Fontis-Ebraudi, ibidem sepulta est inter velatas.

 Mense vero octobris, Rex Franciae cepit castellum de Balum, quod Gaufridus de Burelin custodiebat, et subvertit illud.

Quod cum Willdmus de Rupibus, princeps exercitûs Arthuri, vidisset, grave tulit, et plurimùm increpavit Regem Francis, dicens quod ita non convenerat inter illum et dominum suum Arthurum.

Cui Rex Franciae respondit, quôd propter Arthurum dominum suum non dimitteret facere voluntatem suam de acquisitis suis.

Deinde Rex Franciae obsedit Lavardin : sed Rex Angliae supervenit cum exercitu suo; et Rex Franciae, relinquens obsidionem, recepit se in civitate Conomannensi. Sed, Rege Angliae sequente illum cum exercilu suo, Rex Franciae reliquit Cenomannum, et abiit.

Interim Wilielmus de Rupibus calliditate inagnâ eripuit Arthurum de custodia Regis Franciae, et pacificavit eum cum Johanne Rege Angliae, et tradidit ei civitatem Cenomanniae, quam Rex Franciae et Arthurus tradiderant ei in custodia.

Eodem die, dictum erat Arthuro quod Rex Angliae caperet eum et in carcerem mitteret. Eodem die, vicecomes de Tuarz qui custodiebat castellum de Chinun, venit ad Regem Angliae per mandatum ipsius apud Cenomannum, et coactus tradidit Regi castellum de Chinun et senescalciam Andegaviae, et Rex Franciae statim tradidit castellum de Chinun Rogero constabulario Cestriae in custodia, donec Rex sibi providisset alium custodem.

Nocte vero sequenti, Arthurus et mater sua, et praedictus vicecomes de Tuarz, et multi alii, relicto Rege Angliae, abierunt et receperunt se in civitatem Andegavis.

 Mater vero Arthuri, relicto Ranulfo Comite Cestriae marito suo, nupsit Guidoni de Tuarz, fratri praedicti vicecomitis Tuarz.

Intérim Petrus de Capua, cardinalis et apostolicae sedis legatus, missus erat ab Innocentio summo Pontifice ad dirimendam litem inter Richardum Regem Angliae et Philippum Regem Franciae, ad cujus instantiam praedicti Reges promiserant se treugas inter se per quinquennium servaturos ; sed quia treugae illae jam defecerant morte Richardi Régis interveniente, modis omnibus conabatur ut treugae illae servarentur inter praedictum Regem Franciae et Johannem Regem Angliae, haeredem praefati Richardi. Unde factum est quod statutae sunt treugae inter illos usque ad festum Sancti Hilarii (a).

Eodem anno, Philippus filius Richardi Regis Angliae nothus, cui praedictus Rex pater suus dederat castellum et honorem de Cuinac, interfecit memoratum vicecomitem de Limoges in vindictam patris sui…..

Eodemanno, Johannes Rex Angliae statuit quod nullum tonellum vini Pictavensis vendatur cariùs quàm pro viginti solidis, et nullum tonellum vini Andegavensis cariùs quàm pro viginti-quatuor solidis, et nullum tonellum vini Francigavensis cariùs quàm pro vigintiquinque solidis, nisi vinum illud adeo bonum sit, quod aliquis velit pro eo dare circa duas marcas ad altius.

 2. Praeterea statuit quod nullum sextarium vini Pictavis vendatur cariùs quàm pro quatuor denariis, et nullum sextarium vini albi vendalur cariùs quàm pro sex denariis.

3. Statuit etiam quod omnia tonella quae de caetero venient in Angliam, postquam venerint de Rech post tempus praesentis musti, sint de mutatione ; et hoc statuit teneri ab octavis Sancti-Andreae decembris et deinceps. » 

 

 

 

Philippe de Cognac garde la gouvernance jusqu'en 1204, Philippe administre ces domaines après la mort d'Amélie (sans postérité, comme l'indiquent les sources primaires : "qua defuncta sine liberis").

 Il vend la seigneurie en rente viagère (une vente avec paiement d'une rente annuelle jusqu'à sa mort) à son oncle Jean sans Terre (roi d'Angleterre depuis 1199, duc d'Aquitaine, et devenu comte d'Angoulême par son mariage avec Isabelle Taillefer en 1200).

La date de 1204 est attestée dans plusieurs références historiques, notamment dans des travaux sur l'histoire locale de Cognac et des châteaux charentais (par exemple, des articles sur le château de Cognac mentionnent que Philippe vend la seigneurie à Jean).

Certaines sources anglaises (Pipe Rolls) indiquent une transaction autour de 1201-1203, mais 1204 correspond à la période où Jean consolide son contrôle sur le Poitou face aux pressions de Philippe Auguste.

Jean confie ensuite la garde du château à des fidèles comme Renaud II de Pons, Pons de Mirebeau et Robert de Torneham (sénéchal de Poitou).

Maladie et garde confiée à Guillaume le Gueux : Cette anecdote précise (Philippe, malade, confie la garde du château à Guillaume le Gueux) apparaît dans des récits locaux ou des histoires régionales du XIXe-XXe siècle sur Jarnac et Cognac (par exemple, dans des monographies comme Bords de la Charente,

Le Château de Jarnac, ses Barons et ses Contes de Paul de Lacroix, ou des blogs et sites d'histoire charentaise). Elle n'est pas documentée dans les chroniques majeures contemporaines (Roger de Hoveden, etc.), qui se concentrent plus sur les événements royaux que sur les détails administratifs locaux.

Cela semble provenir de traditions ou d'archives seigneuriales postérieures, plausibles dans le contexte féodal où un seigneur malade déléguait souvent la garde à un lieutenant ou vassal de confiance. Guillaume le Gueux n'est pas une figure très documentée ailleurs, ce qui en fait un détail "mineur" mais cohérent avec les pratiques de l'époque.

 

Philippe disparaît des sources après 1201-1204 (un don de 50 marks de Jean en 1201 est la dernière mention anglaise fiable).

Il meurt probablement peu après, sans descendance connue (malgré certaines généalogies non fiables qui inventent une fille Aumus).

Les domaines restent aux Plantagenêts jusqu'en 1242, quand Henri III les cède à sa mère Isabelle d'Angoulême (remariée à Hugues X de Lusignan).

 

Cette version provient essentiellement de Roger de Hoveden (ou Howden), chroniqueur anglais contemporain fiable de la fin du XIIe siècle. Il affirme explicitement que Philippe tua Adémar.

D'autres sources médiévales, comme le planh (lamentation) du troubadour Giraut de Bornelh pour Adémar, suggèrent une mort soudaine et inattendue, ce qui pourrait être compatible avec un assassinat, mais sans le confirmer directement.

Cette anecdote a été reprise plus tard dans des compilations, notamment dans les Chronicles de Raphael Holinshed (édition de 1587), qui mentionne dans la section sur le règne de Jean sans Terre (frère et successeur de Richard) :

« The same year, Philip bastard son to King Richard, to whom his father had given the castle and honor of Cognac, killed the Viscount of Limoges ».

Holinshed s'inspire largement de sources antérieures comme Hoveden.

C'est précisément cette référence qui apparaît dans les notes de François-Victor Hugo sur sa traduction du Roi Jean de Shakespeare, car la pièce King John s'appuie en partie sur Holinshed pour le contexte historique des troubles en Aquitaine et les intrigues autour de la succession Plantagenêt.

Cependant :

Aucun autre chroniqueur contemporain ne corrobore explicitement l'assassinat par Philippe.

Certains historiens modernes considèrent cela comme une rumeur ou une légende plausible dans le climat de vengeance féodale, mais pas comme un fait absolument certain.

Philippe de Cognac, marié par Richard à Amélie de Jarnac (héritière de Cognac), est attesté dans des documents anglais (pipe rolls de 1201 sous Jean sans Terre), mais disparaît ensuite des sources.

Commentaires
PHystorique- Les Portes du Temps