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PHystorique- Les Portes du Temps
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15 janvier 2026

Pouvoirs donnés à CHANDOS par lettre patente émise par Édouard III d'Angleterre le 1er juillet 1361 (au palais de Westminster)

Le traité de Brétigny met fin (temporairement) à la première phase de la guerre de Cent Ans après la capture de Jean II le Bon à Poitiers (1356).

 

En échange de sa libération, la France cède une vaste portion de territoires en pleine souveraineté à Édouard III (Guyenne/Aquitaine agrandie, Poitou, Saintonge, Angoumois, Limousin, Périgord, Quercy, Rouergue, Agenais, Bigorre, etc.), représentant environ un quart du royaume de France.

 

 La mise en possession effective de ces terres traîne en raison de retards administratifs et logistiques côté français.

 

Édouard III délègue donc, par cette lettre patente datée du 1er juillet 1361, une commission de commissaires (dont Chandos joue un rôle central) pour :

 

Demander, prendre et recevoir en son nom les comtés, cités, châteaux, villes, terres et lieux encore non livrés.

 

Donner des lettres d'acquittance (quittances) au roi de France et aux concernés une fois la possession effective.

 

Percevoir les revenus (issues, rentes, émoluments) dès la prise de possession.

Exercer toute juridiction (haute et basse justice) sur ces territoires et leurs habitants.

Recevoir les serments de fidélité des nobles et habitants, comme ils les prêtaient auparavant à leurs seigneurs français.

Nommer et révoquer les officiers locaux (prévôts, baillis, juges, etc.).

Confirmer les privilèges anciens des villes et terres, tant qu'ils ne contredisent pas le traité.

Accomplir tout acte nécessaire pour l'exécution complète de la paix.

 

Ces pouvoirs sont spéciaux et pleins, révocables seulement par rappel exprès du roi ("à durer jusques à nostre rappel").

 

Rôle central de Jean Chandos

Jean Chandos (v. 1320-1369/1370), l'un des plus grands capitaines anglais de la guerre de Cent Ans, ami proche du Prince Noir (Édouard de Woodstock), reçoit ici une mission clé. Il est déjà baron de Saint-Sauveur-le-Vicomte (en Cotentin, don d'Édouard III).

 

Peu après, il devient connétable d'Aquitaine et lieutenant-général pour tous les territoires français sous contrôle anglais.

 

De septembre 1361 à mars 1362, Chandos parcourt effectivement ces régions (Poitou, Saintonge, Limousin, Périgord, Quercy, etc.), prend possession des places, reçoit les hommages et installe l'administration anglaise. Des procès-verbaux de ces remises existent encore (notamment édités au XIXe siècle par A. Bardonnet).

 

 

 

 

AUDOVARD par la grâce de Dieu, Roy d'Angleterre, seigneur d'Irlande et d'Aquitaine, à nos chevaliers et féaux Richard D'ESTAFORT, nostre séneschal de Gascogne, Jehan CHANDOS Baron de Sainct-Sauveur; le Vistoret ESTRESSE de COSSENCION, Néel LOVING, Richard de Tetrescau, Ladam de ANGLITON, Eveillan de FLECTUN, SALUT.

Sachiez que nos confians de vous, sous loyauté et distinction, donnons à vous et à chascun de vous auclorité, plein pouvoir et mandement spécial de demander, prendre et recevoir, en nostre nom, de nostre très cher et amé frère le Roi de France toutes les Comtés Cités Chasteaux Villes Terres lieux et pays avec les appartenances et appendances à icelles qui nous devoient estre délivrées par la Paix faicte entre nous et nostre dict frère; que eulx ne nous sont encore délivrés, quelconque part que ce soict et après ce que vous aurez reçu la possession et sayssine d'icelles de faire et donner à nostre dict frère et à tous ceuls auxquels il appartient de droict sur ce, suffisantes lettres d'acquitance, et néanmoins de prendre et recevoir en nom de nous les issues, rentes et revenus, et tous émanés des émoluments des dictes Communautés, Cités, Chasteaux, Terre, pays et lieux, et en toutes leurs appartenances et subjects et en habitants d'icelles toute manière de jurisdiction haute et basse, et pour manière que faict a estè illoocos.

 De prendre aussi les serments de fidélité des nobles et autres d'icelle comté, chasteaux, terres, pays et lieux aussi, comme lesdicts serments faicts estoient aux Comtes et aultres seigneurs des Comtés et Cités, Chasteaux, Terres, pays et lieux avant dicts, et faire ce devront pour raison, mettre députés et establir èz dictes Cités et Chasteaux, Comtés, Terres, Pays et lieux; Justice, Prévôts, Baillifs et aultres offices quelconques, et de les oster, remuer et subroger aultres en leurs lieux, tant souvent que nécessités et les confirmer en nom de nous tous les privilèges, lesquelles susdictes comtés, terres et pays, et les villes et chasteaux d'icelles avoient, au temps de la dicte paix faicte, si trouvés sont pour inspection d'icelles qu'elles ne sont une contraire à la forme de la paix avant dicte et de faire expédier et exécuter toutes aultres choses nécessaires en telle partie, combien que plus spécial mandement en sera requis.

En témoignance desquelles choses nous avons faict faire cestes nos lettres patentes à durer jusques à nostre rappel.

 

Donné soubs nostre grand scél à nostre palais de Wicester le premier jour de juillet de l'an de grâce Mil trois cent soixante un (1) et de nostre règne trente cinq.

 

 

 

Voici la liste des personnes mentionnées dans l'extrait du document (lettre patente d'Édouard III du 1er juillet 1361), avec leur identification historique la plus probable, basée sur les sources médiévales relatives au traité de Brétigny et à la mise en possession des territoires cédés à l'Angleterre.

 

Ces chevaliers et féaux forment une commission royale chargée d'exécuter la remise effective des terres (comtés, cités, châteaux, etc.) par le roi de France à l'Angleterre, de recevoir les serments, de percevoir les revenus et d'installer l'administration anglaise.

 

  • Richard D'ESTAFORT (Richard de Stafford, ou Richard Stafford de Clifton, l'aîné) :

Il est explicitement désigné comme sénéchal de Gascogne (seneschal of Gascony).

Son rôle de sénéchal fait de lui le principal officier administratif et militaire en Guyenne/Gascogne à ce moment. Sa nomination coïncide exactement avec cette commission, et il est souvent associé à Chandos dans les actes de 1361.

Date d'entrée en fonction : Nommé le 1er juillet 1361 (entrée 46 du Gascon Roll C 61/74). 

Durée officielle : Du 1er juillet au 11 novembre 1361 (mais son mandat est supersédé – remplacé – par celui de John Chandos dès le 12 novembre 1361, entrée 113 du même roll C 61/74). 

Incertitude sur l'exercice effectif : Les sources (notamment le projet Gascon Rolls) indiquent qu'il n'est pas clair s'il a réellement exercé les fonctions de sénéchal dès sa nomination.

Son rôle semble avoir été bref et théorique, probablement en raison de la préparation de la mise en possession des territoires cédés par le traité de Brétigny.

 Chandos, plus proche du Prince Noir (Edward de Woodstock) et figure militaire dominante, prend rapidement la relève comme capitaine général ou lieutenant effectif. 

Preuves ultérieures d'activité : Il est encore qualifié de late seneschal of Gascony (ancien sénéchal) en 1362, et il agit comme tel le 8 juin 1362, lorsqu'il doit remettre l'office à son successeur John de Chiverston (entrée 37 du C 61/75). Cela suggère un rôle transitoire ou administratif persistant malgré le remplacement formel.

 

Biographie succincte

Naissance/décès : Vers 1305 – 13 août 1380. 

Famille : Fils cadet d'Edmund Stafford, 1er baron Stafford, et de Margaret Basset. Frère cadet de Ralph Stafford, 1er comte de Stafford (fondateur de l'ordre de la Garter). 

Carrière militaire : Longue et distinguée, avec service en Écosse, mais surtout en France et en Aquitaine pendant la guerre de Cent Ans.

 Il combat notamment à Cadzand (1337), Vironfosse (1339), Crécy 1346, Poitiers (1356, où il est proche du Prince Noir), et accompagne Édouard III en France en 1359. 

Autres rôles : Steward (intendant) du Prince Noir ; reçoit d'importantes concessions territoriales de ce dernier. 

Titre nobiliaire : Premier baron Stafford of Clifton (invoqué au parlement à partir de 1371, sous Édouard III et Richard II). 

Biographie détaillée : Une excellente notice par Carole Rawcliffe existe dans l'Oxford Dictionary of National Biography (ODNB), intégrée à celle de son frère Ralph.

 

  • le Vistoret ESTRESSE de COSSENCION (probablement une graphie déformée ou ancienne pour un nom comme "Viscount" ou "Vistoret d'Estresse de Cossencion", mais sans identification claire) :

Ce nom reste obscur et n'apparaît pas dans les sources secondaires consultées. Il pourrait s'agir d'une transcription erronée ou très ancienne d'un titre/nom anglo-normand ou gascon (peut-être "Viscount d'Estresse" ou un seigneur local de "Cossencion" / Cossensac ?). Il n'est pas répertorié parmi les commissaires habituels de 1361. Possiblement un chevalier mineur ou un copiste qui a mal lu un nom comme "Wistoret" ou un titre vicomtal.

 

  • Néel LOVING (Sir Nigel / Neel / Neil Loring ou Loryng, KG) :

Chevalier de l'Ordre de la Garter (fondateur), chambellan du Prince Noir, présent à Poitiers (1356) où il protégeait personnellement le prince. Il est l'un des commissaires clés pour la transfert des terres après Brétigny (1360-1361). Il est explicitement mentionné dans les rôles gascons comme l'un des responsables de la remise des villes/châteaux, de la levée des revenus et de la réception des serments de fidélité entre fin 1360 et octobre 1361. C'est donc bien lui (les variantes orthographiques médiévales sont fréquentes : Loryng / Loving / Loheryn).

 

  • Richard de Tetrescau (Richard de Tetrescau / Tretrescau / Trescau ?) :

Ce nom n'apparaît pas clairement dans les sources secondaires. Il s'agit probablement d'un chevalier anglais ou anglo-gascon de rang moyen, membre de la suite de Chandos ou du sénéchal. Les noms de ce type étaient souvent déformés dans les transcriptions anciennes (peut-être une variante de "Tressaux", "Treteau" ou un toponyme comme "Tretescau"). Pas d'identification précise, mais il fait partie des "autres chevaliers" délégués pour des tâches locales.

 

  • Ladam de ANGLITON (probablement Adam de Angliton / L'Angliton) :

Similairement obscur. "Ladam" est une forme ancienne pour "Adam". Il pourrait s'agir d'un chevalier anglais ou normand (Angliton évoque un nom comme "Angleton" ou un lieu en Angleterre/Normandie). Sans doute un officier subalterne ou un fidèle de la commission, non répertorié comme figure majeure.

 

  • Eveillan de FLECTUN (Eveillan / Eveillard / Evelin de Flectun / Fleton ?) :

Là encore, pas d'identification directe. "Eveillan" est une forme médiévale courante pour "Éveillard" ou "Avelin". "Flectun" pourrait être une déformation de "Fleton", "Flecton" ou un lieu/toponyme anglais/normand. Probablement un chevalier de moindre notoriété, inclus dans la commission pour des raisons pratiques (présence locale, connaissance du terrain).

 

Bas Moyen-Age 1329 / 1377<==

 

 

(1) Quelques lecteurs trouveront peut-être étrange que la mise en possession ait eu lieu le samedi après le 8 janvier 1361, en vertu de la lettre adressée par le roi Jehan aux habitants du Quercy le 27 juillet 1361 ; des pouvoirs donnés par ce roi le 12 aout et par Edoyard le 1er juillet de la même année 1361.

Il nous suffira de rappeler qu'à l'époque de cet acte

L'année commençait en Aquitaine et spécialement dans le Quercy, le Rouergue et une partie du Limousin le 25 Mars.

Le roi Jehan II la commençait le Samedi Saint, après la bénédiction du Cierge pascal.

Le roi Edovard III la commençait habituellement le 25 Mars et datait les années de son règne à partir du 25 Janvier 1327.

On sait que l'ordonnance royale de 1563 remit en vigueur, dans toute la France, l'usage de commencer l'année le 1er janvier, usage qui datait de la réforme du calendrier par Jules-César, et qu'avaient altéré l'Eglise des Gaules, l'invasion des Francs, etc., etc.

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