Pierre Monnereau (1787-1856) et le Prieuré du Brouzils dans la forêt de Grasla refuge du bocage vendéen entre janvier et juillet 1794.
D'après l'étymologie communément reçue, Brouzils signifie broussailles et, à cette époque, la dénomination était juste sous plus d'un rapport. S'appuyant d'un côté à la forêt de Grasla, qui étendait sa masse d'ombre et de verdure sur la contrée (1), les Brouzils formaient en quelque sorte le fond du bocage vendéen.
Aux alentours du bourg, c'étaient des terrains couverts d'un fouillis d'arbustes, de ronces et d'ajoncs, en un mot les broussailles des abords de la forêt. En s'éloignant un peu, on se trouvait au milieu de vastes landes, toutes fleuries de bruyères.
Sous le nom de landes des Brouzils, de Corprais, de la Brelézière, du Chêne, etc., elles occupaient une partie assez considérable du territoire de la paroisse. Dans leur ensemble, ces landes n'étaient pas cependant des terres impropres à la culture ; mais les guerres et le manque de bras avaient contraint d'en laisser une partie en friche.
Aujourd'hui le soc de la charrue est passé presque partout et l'on a pu voir que le sol n’était pas stérile. Ainsi en était-il des âmes quand M. Monnereau vint aux Brouzils (2) : c'était la bonne terre qui attend le laboureur.
Longtemps elle avait été cultivée par les soins des Bénédictins.
Le premier établissement religieux de la paroisse des Brouzils fut, en effet, un Prieuré fondé, en 1120, par Gérard Achematte, seigneur de Montaigu, qui en fit don à l'ordre de Cluny dans la personne du prieur de Saint-Martin de l'île d'Aix, duquel relevait immédiatement le prieur des Brouzils. Ils fondent le prieuré de l'ordre de "CLUNY DE BROSILIS" (3)
Celui-ci avait le droit de nomination à la cure, et entretenait des rentes de son bénéfice le prêtre chargé du ministère paroissial. Il en fut ainsi jusqu'en 1789.
Cependant quelques années auparavant, les Bénédictins avaient quitté le Prieuré (4) pour se retirer dans leur monastère de Saint-Jacques de Nantes, et ils avaient cédé leur maison, ainsi que les dîmes qu'ils levaient dans la partie est de la paroisse, au dernier curé nommé par eux, M. Houssin.
Cet ecclésiastique était né à Ampoigué, près de Château-Gontier, au diocèse d'Angers On peut présumer de son mérite et de sa vertu par son attitude dans l'épreuve et par celle de ses paroissiens. Il refusa constamment de prêter serment à la Constitution civile du Clergé. Une personne, renouvelant en quelque sorte la tentation proposée au saint vieillard Eléazar, essaya un jour de lui insinuer qu’il pourrait se contenter de faire ce serment de touche : « Non, non, répliqua-t-il, ma bouche ne peut pas dire ce que mon cœur dément. »
L'heure venue de donner sa réponse aux hommes du pouvoir, il jugea l'occasion favorable pour faire une éclatante profession de foi. Dans son église même, de la porte de la sacristie et en présence de l'autorité locale, il parla ainsi : « Messieurs, le serment de fidélité à la Constitution dite du Clergé de France, que vous me demandez, n'étant pas approuvé par le Souverain Pontife, je vous déclare hautement que je ne saurais le faire. »
Le vicaire, M. Louis Maroilleau, ne suivit pas malheureusement un si bel exemple. Il ne tarda pas à porter la honte de sa faute : les habitants des Brouzils le chassèrent de chez eux (5).
Cependant les jours de M. Houssin étaient en danger. Après être resté caché quelque temps aux environs de sa paroisse, il se détermina à suivre les armées vendéennes dans leur expédition d'outre-Loire.
Il se trouvait à la déroute du Mans et fut contraint, lui aussi, de prendre la fuite. Arrêté à quelques lieues d'Angers, à la Cornuaille, le 5 nivôse, an 11 (23 décembre 1793), il répondit aux questions qui lui furent adressées avec une franchise et une fermeté qui frappèrent les officiers municipaux. Traduit devant la commission militaire d'Angers, il continua d'affirmer bien haut qu'il était prêtre non assermenté.
Comme tel, il fut condamné à mort, le 16 nivôse, an II (1er janvier 1794) et exécuté le même jour.
Il n'est pas douteux qu'à l'heure suprême le généreux confesseur de la foi n'ait songé à ses chers paroissiens des Brouzils. Mais ceux-ci ne surent rien du glorieux trépas de leur pasteur. Eux-mêmes subissaient alors les plus rudes épreuves. Ils furent d'autant plus traqués par les républicains que, parmi eux, tous les hommes valides avaient pris les armes et s'étaient rangés sous les ordres de Charette.
Un certain nombre périrent dans les glorieux combats qui furent livrés sur le territoire même de la paroisse ; l'un dans le bourg, l'autre dans les landes de la Fraisière.
Pour se soustraire à la fureur des colonnes infernales, les vieillards, les femmes et les enfants cherchèrent un refuge dans la forêt de Grasla.
Sous des tentes faites de branches entrelacées, ils y menaient une vie de privations et de souffrances.
La religion néanmoins leur apportait ses consolations. Bien des fois, dans les plus sombres profondeurs de la forêt, on vit se renouveler les scènes des catacombes.
A la faveur de la nuit, Les prêtres fidèles, cachés dans les environs, venaient célébrer les Saints Mystères et administrer les Sacrements.
Parfois leur dévouement leur coûtait la vie. C'est ainsi que MM. Payraudeau et Jagueneau tous les deux originaires des Brouzils, furent arrêtés et massacrés par les Bleus.
On peut dire que, malgré de si rudes secousses, la foi des Brouziliens était demeurée ferme et vivante au sein de la tourmente révolutionnaire. L’orage passé, il fut visible que plusieurs dangers la menaçaient. D’abord et surtout l'ignorance. « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (6) » L'âme, fût-elle nourrie du Pain eucharistique, ne saurait se passer de la parole sainte.
Or, depuis des années, la chaire chrétienne était restée muette, le prêtre n'avait pu faire régulièrement le catéchisme, et l'enfant avait grandi avec les seules notions religieuses reçues dans la famille, notions à peu près suffisantes en quelques foyers privilégiés, mais le plus souvent, hélas! notions vagues et incomplètes, quand elles n'étaient pas plus ou moins erronées. C'est ainsi que s'explique l'adhésion de bon nombre de Brouziliens au schisme de la Petite-Eglise.
L'ignorance aidant, la cupidité avait produit un autre mal chez les gens de conscience moins délicate : quelques-uns s'étaient faits acquéreurs de biens nationaux, et c'est parmi eux, tout spécialement, que le zèle de M. Monnereau trouvera plus tard des détracteurs et des persécuteurs.
Enfin, à la faveur de ce brouillard qui enveloppait la vérité chrétienne, l'esprit pervers s'était glissé et cherchait à corrompre les âmes ; l'amour des plaisirs se montrait d'autant plus ardent qu'il avait été plus longtemps comprimé.
Certes, tout n'était pas à condamner dans cette paroisse restée par le fond si chrétienne. La famille y conservait ses traditions de simplicité et de foi. On priait à chaque foyer : le Crucifix et l'image de la Sainte Vierge y étaient à la place d'honneur. Lorsque M. Monnereau arriva, un autre signe lui parut de bon augure : il fut frappé, comme il l'a dit plus tard, de la réserve et de la modestie des femmes.
Malheureusement, au sortir de la Révolution, l’influence du prêtre n'avait pu ressaisir les âmes. M. Goillandeau n'avait ni la force physique, ni l'ascendant moral, qui lui auraient été nécessaires. Il ne prêchait pas, et quand il exerçait les autres fonctions de son ministère, les âmes étaient en défiance.
Pourtant ce curé était un bon prêtre, qui n'avait pas accepté la Constitution civile du clergé, mais, en 1797, il avait prononcé le serinent de haine à la royauté, le croyant d'ordre purement civil. Cet acte de faiblesse, refuse par l'ensemble du clergé, avait éloigné de lui nombre de ses paroissiens. Il fallait donc un pasteur d'éminente vertu pour rendre à la paroisse des Brouzils la vigueur de la vie chrétienne. Nous savons comment la divine Providence venait d'y pourvoir.
Il importe de faire connaître les hommes dont la vertu éminente mérite d'être proposée pour modèle, surtout quand ils ont laissé de nombreux enfants spirituels, qui doivent conserver leur souvenir, se pénétrer de leur esprit et s'efforcer de marcher sur leurs traces.
M. Pierre Monnereau (1787-1856), curé des Brouzils et fondateur de la Congrégation des soeurs des Sacrés Coeurs de Jésus et de Marie, dites de Mormaison
Destruction du gibier de la forêt de Grasla commune des Brouzils en 1619 <==.... ...==> 1794, Combat de Saint Fulgent 9 janvier – combat des Brouzils 12 janvier (Charette Forêt de Grasla)
Carte Guerre de Vendée et Lieux de Mémoire (Maps et Dates) <==
Au cœur d'une forêt luxuriante au passé riche et fascinant, Le Refuge de Grasla vous propose de visiter son village en suivant son sentier d'interprétation.
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Pierre Monnereau (1787-1856) était un prêtre catholique français, curé des Brouzils, une commune de Vendée, et figure importante de l’histoire religieuse et sociale de la région. Il est également connu pour avoir fondé la Congrégation des Sœurs des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie, dites de Mormaison. Son lien avec le Prieuré du Brouzils et la forêt de Grasla s’inscrit dans le contexte historique des guerres de Vendée et de la Révolution française, période marquée par des bouleversements religieux et sociaux.
Pierre Monnereau et son rôle aux Brouzils.
Pierre Monnereau arrive comme curé des Brouzils le 14 août 1814 et y reste jusqu’à sa mort en 1856.
À son arrivée, il trouve une paroisse marquée par les destructions des guerres de Vendée (1793-1794). L’église des Brouzils, datant des XIIe-XIIIe siècles, avait été gravement endommagée par des incendies révolutionnaires et était devenue trop petite pour les besoins de la communauté.
Monnereau entreprend des travaux de restauration et, vers 1840, fait construire une sacristie reliant l’église au presbytère. Cette sacristie facilitait notamment les déplacements discrets, un écho aux périodes troublées où les prêtres devaient parfois se cacher.
En 1857, un an après sa mort, l’ancienne église est démolie pour laisser place à une nouvelle construction, reflet de l’héritage spirituel et pastoral laissé par Monnereau. Son influence est également visible dans la création de la place Pierre Monnereau, située près de l’église, et dans le nom de l’école catholique locale, l’École Pierre Monnereau.
Le Prieuré du Brouzils
Le Prieuré du Brouzils, fondé en 1120 par Gérard Archemaste, seigneur de Montaigu, était un établissement religieux bénédictin affilié à l’ordre de Cluny, dépendant du prieuré Saint-Martin de l’île d’Aix. Ce prieuré, situé près de l’église paroissiale, jouait un rôle central dans la vie spirituelle et économique de la paroisse. La charte de fondation accordée par Gérard Archemaste attribuait au prieuré la partie sud-est du territoire brouzilien, ainsi que des revenus en nature et financiers provenant de lieux comme La Guère et La Girairière. Il est possible qu’une grange agricole liée au prieuré ait existé dans la forêt de Grasla, bien que cela reste hypothétique faute de preuves archéologiques concluantes.
Au Moyen Âge, le prieuré était géré par des moines clunisiens, mais après la guerre de Cent Ans (1453), les moines quittent progressivement les Brouzils. Par la suite, le titre de prieur est parfois attribué à des curés locaux, comme François Houssin, dernier curé avant la Révolution. Le prieuré est démoli en 1920 par un marchand local, mais un vestige, le mur du pignon nord, est préservé et mis en valeur en 2009 par l’Association de Sauvegarde du Patrimoine Brouzilien.
La forêt de Grasla et la Révolution
La forêt de Grasla, s’étendant sur environ 700 hectares entre les communes des Brouzils et de La Copechagnière, est un lieu emblématique des guerres de Vendée. Durant la Révolution (1793-1794), elle sert de refuge aux populations fuyant les colonnes infernales du général Turreau, qui menaient une répression brutale contre les insurgés vendéens.
Ce « Refuge de Grasla », situé dans le quartier du Demi-Jour et du Chêne Chevreux, abritait environ 2 000 à 2 500 personnes, principalement des femmes, des enfants et des vieillards, s’y réfugient entre janvier et juillet 1794, construisant des huttes de rondins et de feuillages, semblables à des habitats gaulois, pour se protéger des intempéries et des patrouilles républicaines.
Des prêtres réfractaires, comme le chanoine Goillandeau, y trouvaient également asile, célébrant des messes clandestines et administrant les sacrements.
Le registre paroissial de Grasla, tenu par Goillandeau à partir du 20 avril 1794, documente les baptêmes, mariages et sépultures dans ce contexte de persécution. Il mentionne, par exemple, des décès de soldats vendéens blessés, soignés dans un hôpital de fortune installé dans la forêt.
La forêt abritait aussi l’hôpital de l’armée de Charette, chef vendéen dont la présence est attestée aux Brouzils, notamment lors du combat du 12 janvier 1794.
Bien que Pierre Monnereau n’ait pas vécu cette période (il arrive aux Brouzils 20 ans après), son ministère s’inscrit dans la continuité de cette résilience religieuse. La forêt de Grasla, avec son passé de refuge, reste un symbole de la résistance vendéenne, et son histoire est aujourd’hui mise en valeur par un sentier interactif et des reconstitutions historiques.
Lien entre Monnereau, le Prieuré et Grasla
Bien que Pierre Monnereau n’ait pas été directement impliqué dans les événements de la Révolution, son arrivée aux Brouzils s’inscrit dans un contexte de reconstruction après les traumatismes des guerres de Vendée. Le Prieuré du Brouzils, bien qu’en déclin à son époque, symbolisait l’héritage religieux de la paroisse qu’il cherchait à restaurer. La forêt de Grasla, lieu de mémoire des persécutions contre les prêtres réfractaires, renforçait l’importance de son rôle pastoral dans une région marquée par la fidélité au catholicisme. Monnereau, par son action et la fondation de sa congrégation, a contribué à revitaliser la vie spirituelle et sociale des Brouzils, tout en s’appuyant sur cet héritage historique.
Conclusion
Pierre Monnereau, en tant que curé des Brouzils, a marqué la commune par son engagement pastoral et la fondation d’une congrégation religieuse. Le Prieuré du Brouzils, vestige médiéval, et la forêt de Grasla, refuge des Vendéens pendant la Révolution, incarnent l’histoire religieuse et résistante de la région. Ensemble, ces éléments illustrent la persévérance du catholicisme face aux bouleversements révolutionnaires, un héritage que Monnereau a contribué à perpétuer au XIXe siècle.
Aujourd’hui, la mémoire de ces lieux est préservée à travers des initiatives patrimoniales et touristiques, comme le Refuge de Grasla et l’Association de Sauvegarde du Patrimoine Brouzilien.
(1) Aujourd'hui la forêt n'est plus qu'un vaste taillis que l'on coupe régulièrement. çà et là cependant, quelques bouquets d'arbres échappés à la hache peuvent donner une idée des beaux bois d'alors.
(2) M. Pierre Monnereau naquit, le 29 juillet 1787, à Saint-Martin-des-Noyers, dans le diocèse de Luçon, et fut le second de seize enfants issus du mariage de René Monnereau, maréchal, et de Marguerite Groleau, tous deux recommandables par leurs vertus.
On s'empressa de le faire régénérer dans les eaux du baptême. Sa mère, qui avait à coeur de conserver en lui le trésor de l'innocence, l'environna de la plus tendre sollicitude, et lui fit sucer la piété avec le lait.
Il était encore en bas âge, lorsque la révolution de 1793 éclata et précipita dans un abîme de malheurs la France entière et particulièrement la Vendée, qui prit les armes pour la défense de l'autel et du trône.
Au milieu du théâtre de la guerre civile, René Monnereau et sa famille passèrent par de rudes épreuves. Le jeune Pierre faillit en être la victime; plus d'une fois, comme ses parents, il dut prendre la fuite devant les troupes qui mettaient tout à feu et à sang. A ces dangers, vint s'en joindre un autre : il fut atteint de la petite vérole. Tandis qu'il était en proie à cette cruelle maladie, il fallut le jeter à la hâte sur une charrette, et le conduire d'un lieu dans un autre, exposé jour et nuit aux injures de l'air.
Cependant, son père, à la tête d'une petite troupe d'hommes dévoués comme lui, combattait avec un courage à toute épreuve, pour la Religion et pour la royauté. Ce brave Vendéen, étant tombé entre les mains des révolutionnaires, ne dut son salut qu'à une protection visible de la Providence : les mains liées derrière le dos, il attendait la mort avec quelques autres soldats de l'armée catholique. Les républicains, sur le point de le fusiller, le fouillèrent, et trouvant sur lui un chapelet, l'en frappèrent au visage avec violence ; tout-à-coup, saisi d'une sorte d'inspiration, il se dérobe, entre dans une maison où l'on coupe les liens qui enchaînent ses mains, s'éloigne rapidement et est bientôt à l'abri des balles. Le lendemain il retrouva dans la poche de son habit le chapelet qu'il croyait entre les mains des révolutionnaires. Le Dieu de bonté veillait avec le même soin sur son enfant, et le conservait, parmi des périls sans nombre, pour l'accomplissement des grands desseins qu'il avait sur lui.
Les victoires de Charette permirent à la famille Monnereau de rentrer dans la maison paternelle. Elle accueillit avec bonté quatre religieuses qui vinrent y chercher un asile. Le jeune Pierre attira l'attention de ces âmes d'élite par son ingénuité et sa candeur ; elles aidèrent sa pieuse mère à diriger ses premiers pas dans les sentiers de la vertu et lui apprirent à lire.
Plusieurs ecclésiastiques se réfugièrent aussi successivement dans cette maison bénie du ciel, entre autres M. Justin-Maurice Pronzat, né à Nantes, et curé de Rouans, prêtre aussi distingué par sa vertu que par sa science. Il avait quitté la France, au moment de la Révolution, et y était bientôt rentré, dans l'espérance de desservir sa paroisse ; mais se voyant dans l'impossibilité d'y rester, il s'était attaché comme aumônier à l'armée de Charette. Longtemps il se tint caché aux environs des Essarts où ce général avait établi un cantonnement. Il avait pris le titre d'administrateur de l'hôpital ; c'est sous cette dénomination qu'il signa un certain nombre d'actes de baptêmes, de mariages et de sépultures qu'il fit dans l'année 1795 à Saint-Martin-des-Noyers.
Après avoir secrètement exercé le saint ministère dans cette paroisse, dont le vénérable curé, M. Guillet, était en exil, il commença d'en remplir publiquement les fonctions, comme desservant, au commencement de février 1796, et il les continua jusqu'au mois de novembre 1797.
A cette époque, il fut obligé de les interrompre, d'abord à cause d'une maladie grave dont il fut atteint, puis pour avoir refusé de jurer haine à la royauté ; en conséquence de ce refus, un mandat d'arrêt fut lancé contre lui. Il se trouvait au presbytère au moment où les agents révolutionnaires vinrent pour le saisir ; mais comme ils avaient laissé libre une porte de communication avec l'église, il en profita pour s'échapper et gagner un asile sûr, pendant que René Monnereau et d'autres habitants du bourg s'entretenaient avec les gendarmes. Au bout de quelques mois, le 15 juin 1798, il put reprendre publiquement ses fonctions, et il les exerça sans interruption jusqu'au mois de juin 1800, au milieu de diverses épreuves.
(3) CHARTE DE FONDATION DU PRIEURÉ DE BROUZILS.
L'École des chartes possède dans sa bibliothèque une pièce imprimée qui lui a été donnée par feu Benjamin Fillon et dont l'existence mérite à plusieurs titres d'être signalée. Elle porte, au haut de la première page, un titre de départ ainsi conçu :
« Exemplar fundationis prioratus beate Marie de Brousiliis, Lucionensis diocesis, a prioratu conventuali beati Martini d'Ais immediate dependentis, Cluniacensis ordinis. »
La pièce se compose de 4 feuillets, grand in-quarto, dont le verso du dernier est resté en blanc. L'impression est en caractères gothiques, d'apparence archaïque; mais elle ne parait pas antérieure à la seconde moitié du XVIe siècle.
On y remarque l'emploi régulier de l'apostrophe (d'Ais), et d'une virgule absolument semblable à celle des impressions modernes.
La charte de fondation du prieuré des Brouzils, accordée par le seigneur de Montaigu, Gérard Archemaste, confirme (c’est-à-dire qu’elle prend acte de faits existants) ce qu’il concède au prieuré des Brouzils pour pourvoir aux besoins de celui-ci et à ceux des moines qui le composent. Gérard Archemaste (XIe siècle) confie ce prieuré aux clunisiens. Il donne « à ce prieuré et à son prieur » la partie sud-est du territoire brouzilien.
Le texte évoque, peut-être, une grange (établissement agricole dépendant du prieuré) existant en forêt de Grasla : plusieurs indices archéologiques où se trouvant dans d’autres textes le laissent supposer sans certitude à ce sujet.
La Guère et La Girairière, citées dans le texte, fournissent des revenus financiers et en nature, utiles au fonctionnement du prieuré et de l’ordre, et à l’entretien des moines.
Probablement après la guerre de Cent Ans (1453), les moines quittent Les Brouzils. Cependant, il subsiste un prieur, soit extérieur à la paroisse (et qui conserve le bénéfice, c’est-à-dire le revenu : c’est le cas de Flavigny, grand vicaire du diocèse de Luçon au début du XVIIe siècle) soit le curé est nommé prieur (c’est le cas de François Houssin, le dernier curé avant la Révolution).
L'acte imprimé est sur une charte par laquelle Hugues, vicomte de Thouars, et Marguerite de Commequiers, dite de Montaigu, Dame de Montaigu, sa femme, vidiment, confirment et expliquent la charte de fondation du prieuré de Notre-Dame des Brouzils, émanée de « Gerardus Archemasle, dominus Montis Acuti. »
La charte de fondation est dépourvue de date, celle du vicomte de Thouars est du 20 août 1200.
Voici les premiers et les derniers mots de l'une et de l'autre :
« Universis Christi fidelibus presentes literas inspecturis, Hugo, vicecomes Thouarcii, et Margareta, ejusdem uxor, Montis Acuti et Gannaspie domini, salutem in eo qui est salus vera fidelium et redemptor.
Noveritis quod gravis et difficilis questio et querela mote fuerunt inter nos, ex una parte, et Radulphum, priorem de insula d'Ais prope Rupellam, et Eliam Deserré, priorem de Brousiliis…. Omnis charte totum tenorem et seriem de verbo ad verbum in presentibus literis scribere fecimus, in veritatis testimonium, sub hac forma:
« Universis ad quos presens charta et pagina pervenerint, Gerardus Archemasle, dominus Montis Acuti, salutem in Domino Jesu Christo.
Quia breves sunt dies hominis, qui quasi nos egreditur et conteritur et fugit velut umbra et numquam in eodem statu permanet, vanitatis similis factus, assidue de vanitate in vanitatem labitur, sicque in vanitate et miseria subito vitam finit.
Et ideo ego Gerardus presenti pagine scripto seu testimonio trado et commendo, ad perpetuam mei memoriam et meorum, quod in honorem et gloriam sancte et individue Trinitatis, sancte Marie Virginis perpetue gloriose, beati Petri Cluniacensis et omnium sanctorum Dei, pro salute et refrigerio anime mee parentumque meorum et omnium fidelium defunctorum, fundavi et constitui prioratum ecelesie beate Marie de Brousiliis, quem subjeci et dedi abbati Cluniacensis et immediate priori d'Ais ejusdem ordinis (a)
« .. In cujus rei testimonium et perpetuam memoriam omnium predictorum, dedi presentem chartam priori et prioratui de Brousiliis, et omnibus hominibus ejusdem prioratus, sigillatam sigillo meo, gubernante et imperante per omnia et in omnibus Domino Jesu Christo, cui est honor et gloria, virtus et potestas, per infinita seculorum secula. Amen.
« Nos vero… totum tenorem et seriem ipsius charte dicti Gerardi, prout in presentibus literis sunt et continentur, per omnes casus et articulos ipsius charte approbamus et confirmamus.
In cujus rei testimonium, laudabilem et perpetuam memoriam omnium predictorum, presentes literas dedimus supradicto priori de Brousiliis, prioratui suo et omnibus hominibus sui prioratus, sigillis nostris propriis sigillatas, anno Domini millesimo ducentesimo, vigesimo mensis Augusti. »
Le style de ces deux actes ne ressemble point à celui qui était en usage au XIIe et au commencement du XIIIe siècle.
(a). M. l'abbé Aillery, dans le Pouillé de l’évêché de Luçon (Fontenay-le-Comte, 1860, in-4°), p. 71, note 3, cite la charte de fondation du prieuré des Brouzils; il l'a sans doute connue d'après un exemplaire de l'édition dont il est ici question, puisqu'il renvoie simplement aux « Archives Fillon. »
(4) II n'y a que peu d'années, on montrait encore au milieu du bourg des Brouzils, uue ancienne maison appelée le Prieuré, qui avait servi de demeure aux Bénédictins. Aujourd'hui, elle a fait place à des constructions nouvelles, mais le lieu a conservé la dénomination.
(5) M. Louis Maroilleau devint curé constitutionnel de Saint-Georges-de-Montaigu, puis de Saint-André-Treize-Voies.
(6) Non in solo pane vivit homo, sed in omni verbo quod procedit de ore Dei. Matth. iv, 4.




