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PHystorique- Les Portes du Temps
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21 décembre 2025

1196 Comment le roi Philippe Auguste prit et détruisit le château d’Aumale, chassa le roi Richard Cœur de Lion et captura Guy de Thouars.

Paix conclue à Aumale le 7 novembre 1185, en présence du roi d’Angleterre, des archevêques de Rennes et de Cologne, soumission du comte de Flandre à Philippe Auguste et la restitution de la Vermandois (Viromandia).

 

Le principal traité concernant la soumission du comte de Flandre Philippe d’Alsace et la cession définitive de l’Amiénois, de l’Artois et d’une grande partie du Vermandois (Viromandia) au domaine royal est le traité de Boves (juillet 1185).

 

Une paix complémentaire est effectivement conclue le 7 novembre 1185 à Aumale (aujourd’hui en Seine-Maritime, Normandie), en présence de Henri II Plantagenêt, roi d’Angleterre, qui agit comme médiateur.

 

 

Aumale autrefois Albemarle arr. de Neufchâtel, près de Bresle.

En 996, le premier seigneur d'Aumale, Guérinfroy, bâtit un château fort et fonde une collégiale que desservent six chanoines. Elle devient par la suite l'abbaye Saint-Martin d'Auchy.

 

Domaine concédé vers 1069 par le chapitre de Rouen à Eudes, fils du comte de Champagne, l’un des compagnons de Guillaume le Conquérant, érigé par lui en comté.

 

Le comte Guillaume le Gros († 1179) ou son successeur Hawise d’Aumale et son mari Guillaume de Mandeville († 1189) sont les derniers avant les troubles.

 

À la mort du dernier comte masculin vers 1179-1180, le comté devient vacant ou contesté.

Le comte d’Aumale ou d’Albemarle, comme disent les historiens anglais, étant mort en 1180, Philippe auguste s’empara du pays.

Philippe Auguste profite des guerres avec les Plantagenêts pour s’en emparer temporairement dès les années 1180-1190 (il assiège et prend Aumale en 1193 et 1196 contre Richard Cœur de Lion).

 

 

Cette rencontre à Aumale met fin aux hostilités entre Philippe Auguste et le comte de Flandre, confirme les acquis de Boves et consolide la paix sous l’égide d’Henri II.

 

 

Cet épisode marque la fin de la longue guerre entre Philippe Auguste et Philippe d’Alsace, comte de Flandre (1180-1185). Après la victoire française à la bataille de Cassel (1185) et le traité de Boves (juillet 1185) qui avait déjà donné l’Artois et l’Amiénois au roi, la rencontre d’Aumale, sous la médiation d’Henri II Plantagenêt, confirme la restitution définitive du Vermandois (Viromandia) au domaine royal et scelle la paix.

 

C’est un triomphe majeur pour le jeune Philippe Auguste : le comte de Flandre, l’un des plus puissants princes du royaume, est humilié et doit rendre ce qu’il détenait depuis des décennies.

 

 La paix est perçue comme quasi miraculeuse car elle évite une nouvelle guerre sanglante.

 

 

Les sources mentionnent parfois les archevêques (dont celui de Reims, Guillaume aux Blanches Mains, oncle de Philippe) ; l’archevêque de Cologne (Philippe de Heinsberg) avait été allié du comte de Flandre plus tôt, mais n’est pas explicitement cité pour Aumale.

 

C’est une victoire majeure pour le jeune Philippe Auguste (20 ans) : il brise la coalition féodale menée par Philippe d’Alsace et quadruple presque le domaine royal au nord.

 

Ayant appris cela, Philippe, très chrétien roi des Francs, convoqua tous les archevêques, évêques, abbés, comtes, vicomtes et tous les barons qui s’étaient réunis d’un commun accord pour dompter la sauvagerie de celui-ci et briser son orgueil. Après avoir tenu conseil avec eux, tous, comme d’une seule voix, répondirent qu’il fallait approuver ce que le comte de Flandre offrait au roi.

 

Ces choses accomplies, le comte de Flandre fut introduit.

 

Devant tous les princes et la grande multitude assemblée en ce lieu, il restitua justement au roi Philippe la terre susdite, à savoir le Vermandois, qu’il avait possédée injustement pendant longtemps, et aussitôt, la terre rendue devant tous, il la remit en possession du roi.

 

De plus, il prêta serment au roi qu’il réparerait intégralement et sans délai tous les dommages qu’il avait causés au comte Baudouin de Hainaut et aux autres amis du roi, selon la volonté et l’ordre du roi. Et ainsi la paix entre le roi et le comte fut rétablie comme par miracle, car elle aboutit sans effusion de sang humain.

 

À cette vue, tous les peuples, remplis d’une immense joie, louèrent et bénirent Dieu qui sauve ceux qui espèrent en lui.

 

 

 

Quod audiens Philippus, christianissimus Francorum rex, convocavit omnes archiepiscopos, episcopos, abbates, comites, vicecomites et omnes barones qui ad domandam feritatem illius et superbiam frangendam unanimiter convenerant, et habito cum illis consilio, omnes quasi uno ore respondentes, hoc quod comes Flandrie regi offerebat, faciendum esse laudaverunt. His peractis, comes Flandrie introductus est, qui, coram omnibus principibus et universa multitudine ibidem collecta, terram predictam, scilicet Viromandiam, quam injuste lon go tempore possederat, juste regi Philippo restituit et statim, coram omnibus terra reddita, in possessionem misit. Preterea juramentum regi prestitit quod omnia damna que Balduino1 comiti Henuensi 2 et aliis amicis regis intulerat, secundum voluntatem regis et mandatum cuncta in integrum et sine mora restitueret; et sic pax inter regem et comitem quasi per miraculum est reformata quia sine humani sanguinis effusione est finem consecuta. Quod videntes universi populi, nimio gaudio repleti, laudantes benedixerunt Deum qui salvat sperantes in se 3.

1. Babeloino P.

2. Hencensi P.

3. Sur cette paix conclue à Aumale le 7 novembre 1185 en présence du roi d'Angleterre et des archevêques de Rennes et de Cologne, voy. Raoul de Dicet, II, 38, et Gilbert de Mons, 547-548.

 

1196 Comment le roi [Philippe Auguste] prit et détruisit le château d’Aumale, chassa le roi Richard Cœur de Lion qui s’était jeté à l’improviste dans son armée, et captura certains de ses meilleurs chevaliers.

 

Peu de jours après ces événements, le roi Richard rompit son serment et la paix qu’il avait conclue avec le roi Philippe et qui devait durer à jamais, comme vous l’avez entendu plus haut ; car il attaqua le roi Philippe et recommença la guerre le premier.

 

Il rassembla son armée dans le Berry, dans la région de Bourges ; il prit et rasa le château de Verson par ruse et trahison, car il avait juré au seigneur de Verson qu’il ne lui causerait aucun dommage et que celui-ci n’avait rien à craindre de lui.

 

Quand le roi Philippe apprit que le roi Richard avait menti à sa foi, rompu les alliances et pris puis détruit le château de Verson, il assembla ses troupes et assiégea Aumale.

 

Mais pendant qu’il tenait le siège devant ce château, le roi Richard alla à Nonancourt et s’en empara par tromperie et trahison : il promit à ceux qui le gardaient pour le roi Philippe de bien le garnir de chevaliers, d’arbalétriers, d’armes et de vivres ; puis il revint, avec ses Normands et ses mercenaires, au château d’Aumale pour forcer le roi Philippe à lever le siège.

 

Le roi Philippe fit dresser ses machines de siège et ne cessa, pendant huit semaines, d’assaillir le château avec grande force.

 

Mais ceux qui étaient à l’intérieur, bons et vaillants défenseurs, se défendaient courageusement contre les Français, les repoussaient lors des assauts, souvent et à plusieurs reprises ; parfois même ils en tuaient ou en blessaient un grand nombre.

 

Le roi Richard, qui pensait fortement nuire aux Français, se jeta un jour dans l’armée française si soudainement que personne ne s’en aperçut ; mais quand les Français furent armés et qu’il les vit venir vers lui, lui et ses hommes tournèrent les talons et s’enfuirent ; les Français se mirent à les poursuivre.

 

Dans cette fuite fut capturé Guy de Thouars, chevalier noble, hardi et acharné contre ses ennemis.

 

Quand ils furent revenus au siège, ils attaquèrent le château encore plus violemment et plus durement qu’auparavant, jour et nuit, et maintinrent l’assaut si continu qu’ils brisèrent et abattirent la tour maîtresse ; les murailles furent fissurées et éventrées par les coups des pierrières et des mangonneaux.

 

Quand les défenseurs virent le château en si mauvais état, ils négocièrent une sorte de paix : ils donnèrent au roi une somme d’argent à condition de pouvoir partir libres et quittes, sans emporter leurs biens ni leurs armes.

 

Mais cet accord déplut à beaucoup de Français qui ignoraient la volonté et l’intention du roi.

 

Quand ceux-ci eurent rendu la ville, le roi fit détruire le château et le raser jusqu’au sol.

 

Définitivement annexé en 1204 lors de la conquête de la Normandie, il est ensuite donné à Renaud de Dammartin.

 

 

 

 

Incendié en 1472 par Charles le Téméraire → il n’était plus que ruines au XVIe siècle.

 

Ses matériaux servirent à construire un couvent au XVIIe siècle.

 

Une reconstruction partielle eut lieu vers 1631-1632 sous les ducs d’Aumale, mais elle resta inachevée.

 

Aujourd’hui, il ne reste que des vestiges modestes du château du XVIIe siècle :

  • un porche d’entrée,
  • un pavillon latéral,
  • un corps de garde ou bâtiment du fond.

 

 

Le site de l’ancien château médiéval est occupé par un EHPAD (maison de retraite) nommé « Résidence du Duc d’Aumale ».

 

Les traces archéologiques médiévales (fragments de courtines, fossés barrant l’éperon rocheux dominant la vallée de la Bresle) sont rares et principalement souterraines ou résiduelles, mises au jour lors de diagnostics (comme en 1999 sur le site de la maison de retraite ou en 2021 rue du Jeu-de-Paume, où des maçonneries et mobiliers des XIIIe-XIVe siècles ont été trouvés à faible profondeur).

 

Le château médiéval a quasiment disparu en surface ; les éléments visibles datent surtout de l’époque moderne et ne sont pas ouverts au public en tant que monument historique classé.

 

En résumé, il ne subsiste presque rien du puissant château-fort médiéval ; les ruines visibles sont limitées et intégrées à des constructions plus récentes.

 

Le potentiel archéologique reste important pour des fouilles futures, mais le site n’est pas un grand attrait touristique comme Château-Gaillard ou Falaise.

 

Les sources évoquent :

  • destruction de la ville,
  • démantèlement du château,
  •  incendie de l’abbaye Saint-Martin d’Auchy.

 

 Il s’agit d’une politique capétienne classique : détruire les places susceptibles d’être reprises par Richard.

 

 Reconstruction au début du XIIIᵉ siècle

L’abbaye et l’église sont reconstruites après 1200, dans un contexte désormais fermement capétien, avec une architecture correspondant aux premières formes gothiques (et non plus romanes).

 

 

 

 

Moyen-Age Classique 1137 / 1204 période Aliénor d'Aquitaine<==

CHRONOLOGIE ABREGEE D'HENRI II PLANTAGENET<==

 Charte du 15 janvier 1196 Entre Gaillon et le Vaudreuil, trêve convenue entre Richard Cœur de Lion, roi d'Angleterre, duc de Normandie et d’Aquitaine, comte d’Anjou, ratifie les clauses du traité passé avec le roi de France Philippe Auguste, le 5 décembre 1195 au sujet de leurs possessions respectives en Normandie, Berry, Poitou, Aquitaine et Auvergne<==

 

Cornent li rois prist et craventa le chastel d'Aubemarle et chaça le roi Richart qui s'estoit sodainement feruz en l'ost, et prist aucuns de ses meilleurs chevaliers. (1).

Après ce que ce fu avenu, passèrent poi de jor que Ii rois Richarz brisa son sairement et la pais de lui et du roi Phelippe qui devoit mais à toz jors estre confermée, si com vos avez lassus oï ; car il envaï le roi Phelippe et recommença la guerre premiers (2).

 

Ses oz assembla en Berri, en la contrée de Boorges; si prist et abati le chastel de Virson par conchiement et par barat, car il avoit juré au seigneur de Virson que il ne le damageroit de riens et que il n'avoit de lui garde.

Quant Ii rois Phelippes sot que Ii rois Richars ot sa foi mentie, les aliances brisiés e que il ot le chastel de Virson pris et abatu, il assembla ses oz et asist Aubemarle (3).

Mais tandis com il tenoit là le siege, Ii rois Richarz ala à Noirencort (4) et reçut le chastel par boisdie et par tricherie, car il promist à ceus qui de par le roi Phelippe le gardoient (5) avoir, bien le garni de chevaliers, d'aubalestiers, d'armeures et de viandes, puis retorna entre lui et ses Normanz et ses coteriaus au chastel d'Aubemalle pour le roi Phelippe lever du siege.

 Li rois Phelippes fist drecier ses engins et ne cessa de vu semaines d'asalir le chastel par grant force.

Mais cil qui dedenz estoient, qui erent bon defendeor et noble, se defendoient des François vertueusement et les reculoient arriérés de l'asaut, sovent et menu, et aucunes foiz avenoit que il en occioient et bleçoient assez.

Li rois Richarz, qui François cuida forment grever, se feri un jor en l'ost si soudainement que on ne s'en dona garde ; mais quant François furent armé et il les vit vers li venir, il et sa gent tornerent en fuites et François pristrent à chacier.

En cele fuite fu pris Gui de Touarz (6), chevaliers nobles en armes et aigres contre ses anemis.

Mais quant il furent retorné au siege, il pristrent à asalir le chastel plus forment et plus asprement que il n'avoient fait devant, et par jor et par nuit, et maintindrent l'asaut si continuement que la maistre tors fu fraite et depecie et li mur craventé des cos des perrieres et des mangonniaus.

Quant li defendeor virent que li chastel estoit en tel point, il porpalerent une maniere de pais et donerent au roi une somme d'argent, par tel condition que il s'en iroient quite et delivre sanz leur avoirs et leur armeures.

Mais ceste convenance desplut à mainz des François qui ne savoient la volenté ne le propos le roi.

Quant cil orent la vile rendue, li rois fist craventer le chastel et raser à plaine terre.

 

(1). Rigord, Gesta Philippi Augusti, § 113.

(2). Les hostilités commencèrent au début du mois de juin suivant Guillaume de Newburgh (liv. V, chap. xxv. Cf. A. Cartellieri, Philipp II August, p. 133 et suiv.).

(3). Aumale, Seine-Inférieure, arr. de Neufchâtel, ch.-l. de cant.

(4). Noirencort; latin : « castellum quod Nonencort vocant ».

Nonancourt, Eure, arr. d'Évreux, ch.-l. de cant. Ici encore, Primat suivit la leçon du ms. lat. 5925 de la Bibl. nat. (fol. 278), qui donne Norencort.

(5). Le royal ms. 16 G VI, fol. 356 v°, met en note : « par argent que il donna à ceuz qui le chastel gardoient; et quant il l'ot pris ».

 

(6). Gui de Thouars, frère d'Aimeri, vicomte de Thouars, épousa en 1199 Constance, veuve de Geoffroi II, duc de Bretagne, et mère d'Arthur de Bretagne. Après l'assassinat de ce dernier, le 3 avril 1203, par Jean sans Terre, il eut la régence de la Bretagne en attendant qu'Alix, sa fille aînée, fût en état de gouverner. Il mourut le 13 avril 1213 et Pierre de Dreux, dit Mauclerc, qui avait épousé Alix, devint duc de Bretagne (A. de La Borderie, Hist. de Bretagne, t. III. p. 288 à 302).

Les armoiries de la famille de Thouars (vicomtes de Thouars), auxquelles appartenait Guy de Thouars (vers 1160-1213), sont traditionnellement décrites comme : d'or semé de fleurs de lys d'azur au franc-quartier de gueules.

 

Cela signifie :Fond d'or,

Semé (c'est-à-dire parsemé sans nombre précis) de fleurs de lys bleues (azur),

Avec un canton (quartier supérieur gauche) rouge (gueules).

 

Ces armoiries familiales sont attestées dès le début du XIIe siècle (associées à Herbert II de Thouars lors des croisades) et restent celles de la maison jusqu'à son extinction. Guy de Thouars, membre cadet de la famille (frère du vicomte titulaire), les portait sans brisure connue en 1196, l'héraldique étant alors en pleine émergence et les différenciations (brasures) pas toujours systématiques pour les cadets.

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