5 novembre 1370 Palais de Westminster : Lettres patentes d'Édouard III à Bordeaux, capitale de l'Aquitaine anglaise, pour rassurer la noblesse gasconne et éviter des défections.
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En 1370, l'Aquitaine anglaise, gouvernée par le Prince Noir (Édouard de Woodstock, prince de Galles), est en crise.
Après le traité de Brétigny (1360), qui a cédé l'Aquitaine aux Anglais, Charles V de France, roi depuis 1364, lance une reconquête méthodique.
La stratégie française, orchestrée par Bertrand du Guesclin, exploite les erreurs du Prince Noir, notamment l'imposition d'un fouage (taxe exceptionnelle) pour financer ses campagnes, qui aliène les nobles gascons.
Édouard III reconnaît que « la plus part de la noblesse de Guyene quittoit son party pour se remettre soubs l'obeissance ancienne des François ».
Cette phrase reflète les défections majeures des seigneurs, comme celle de Jean Ier, comte d'Armagnac (1369) et les négociations d'Arnaud-Amanieu d'Albret (1368-1373), se rallient à la France, menaçant l'autorité anglaise.
Les lettres patentes d'Édouard III, émises depuis le palais de Westminster, sont une réponse à cette crise.
Elles visent à :
- Réaffirmer l'autorité anglaise en Aquitaine face aux plaintes contre les exactions du Prince Noir.
- Offrir un pardon aux nobles et communautés ayant rejoint la France, à condition qu'ils reviennent à l'obéissance anglaise dans un délai d'un mois.
- Prévenir de nouvelles défections en promettant des réparations pour les griefs causés par le Prince Noir ou ses officiers.
Ces lettres sont publiées à Bordeaux, capitale de l'Aquitaine anglaise, pour rassurer la noblesse gasconne, mais elles arrivent trop tard pour inverser la dynamique de reconquête française.
« Edouard Roy d'Angleterre voyant que la plus part de la noblesse de Guyene quittoit son party pour se remettre soubs l'obeissance ancienne des François, faict expedier des lettres patentes qu'il faict publier à Bourdeaus de telle teneur.
Edouard par la grace de Dieu Roy d' Angleterre, Seigneur d'Yrlande et d'Aquitaine, a tous ceux qui ces presentes lettres verront ou orront.
Sçachez tous que nous considerans et regardans aux besongnes des metes, marches et limitations de nostre Seigneurie d'Aquitaine, comme aussi elle s’estied de chef en chef, avons esté presentement informez d'aucuns molestes et griefs, faicts, ou pensez à faire, de par nostre tres-cher fils le Prince de Galles és pays dessusdicts.
Parquoy nous estans tenus, et le voulans estre, d'obvier et remedier à toutes choses indues, et à toutes haines et rancunes d'entre nous, et nos feaux amis et subjets, annonçons et prononçons, certifions et ratifions, que nous de meure et bonne volonté, et par grande deliberation de conseil à ce appellé, voulons que nostre tres-cher fils le Prince de Galles se deporte de toutes exactions , faites ou à faire, et restitue à tous ceux et celles, qui grevez et pressez auront esté par luy ,ou par ses gens ou officiers en Aquitaine , tous cousls, frais et dommages , levez et a lever au nom desdictes exactions, aides et fouages.
Et si aucuns de nos feaux subjets et amis, tant Prelats , comme gens d'Eglife , Universitez, Colleges, Evesques, Contes, Vicontes, Barons, Chevaliers, communautez, et gens des citez, et bonnes Villes, se font retournez, et se font voulus tenir par mauvaise information et pauvre aduis, à l'opinion de nostre adverfaire le Roy de France, nous leur pardonnons ce meffaict, si ces lettres veuës ils retournent vers nous, ou un mois apres : et prions à tous nos loyaux et certains amis, qu'ils se tienent en leur estat, tant que de leur soy et homage ils ne soy et reprochez, laquelle chose nous desplairoit grandement, et la verrions trop enuis.
Et si de nostre tres-cher fils le Prince, ou aucuns de ses gés, ils se plaignent, en disant qu'ils foyent aucunement grevez ou pressez, ou ayet esté au temps passé, nous leur ferons amender tous griefs, tellement que par raison devra suffire, pour nourrir paix, amour, concorde, et unité entre nous, et ceux des marches et limitations dessusdictes.
Et afin qu'ils tienent ces choses à vérité, nous voulons que chacun prene, et ait Ia coppie de ces presentes, lesquelles nous avons solennellement jurez à tenir, et enfraindre sur le corps de Jésus Christ, present nostre tres-cher fils Jean Duc de Léclastre, Guillaume Conte de Salbery, et Conte de Waruich, le Conte de Harcourt, Gautier de Mauny, le bastard de Persy, et celuy de Neufuille, de Buffy, d'Estanfort, Richard de Penebroth, Roger de Beauchamp, Guy de Brianne Seigneur de Menne, et celuy de Ware, Alain de Beuquefelle, et Richard Stury Chevaliers.
Doné en nostre Palais de Westmonstier, l'an de nostre regne quarante quatre, le 5 jour de Novembre 1370. »
Analyse détaillée du document
- Émetteur et date :
- Édouard III, roi d'Angleterre, seigneur d'Irlande et d'Aquitaine, signe l'acte depuis le palais de Westminster le 5 novembre 1370, dans la 44e année de son règne (1327-1377).
- Le document est une lettre patente, un acte public destiné à être lu et diffusé (« à tous ceux qui ces presentes lettres verront ou orront »).
- Objectif principal :
- Réagir aux plaintes contre le Prince Noir, accusé d'exactions fiscales et militaires (« molestes et griefs ») en Aquitaine, notamment des fouages impopulaires levés pour financer ses campagnes (ex. : expédition de Castille en 1367).
- Annuler ces exactions et promettre des réparations (« restitue à tous ceux et celles, qui grevez et pressez auront esté ») pour apaiser les tensions.
- Offrir un pardon conditionnel aux prélats, nobles, universités, collèges, évêques, comtes, vicomtes, barons, chevaliers, et communautés ayant rejoint le roi de France (« nostre adverfaire ») par « mauvaise information et pauvre advis », à condition qu'ils reviennent à l'obéissance anglaise dans un mois.
- Ton et serment :
- Le ton est solennel, avec un serment sur « le corps de Jésus Christ » pour garantir la sincérité des promesses, renforcé par la présence de témoins de haut rang (voir ci-dessous).
- Édouard III se présente comme un souverain juste, désireux de « nourrir paix, amour, concorde, et unité » avec ses sujets aquitains.
- Témoins et signataires :
- Jean, duc de Lancastre : Jean de Gand, fils d'Édouard III, futur organisateur de la chevauchée de 1373.
- Guillaume, comte de Salisbury : William Montagu, 2e comte, fidèle lieutenant anglais.
- Comte de Warwick : Thomas de Beauchamp, 11e comte, vétéran de Crécy et Poitiers.
- Comte de Harcourt : Probablement Jean VI de Harcourt, noble normand pro-anglais.
- Gautier de Mauny : Walter Manny, baron et chef militaire anglais, connu pour ses campagnes en Gascogne.
- Le bâtard de Percy : Probablement un fils illégitime de la famille Percy (ex. : Thomas Percy).
- Celuy de Neufuille : Possiblement Jean de Neuville, seigneur anglo-breton.
- De Buffy : Peut-être un membre de la famille de Boffy ou une erreur pour un autre noble.
- D'Estanfort : Probablement Ralph de Stafford, 1er comte de Stafford, proche d'Édouard III.
- Richard de Penebroth : Richard de Pembroke, chevalier anglais.
- Roger de Beauchamp : Baron et compagnon du Prince Noir.
- Guy de Brianne, seigneur de Menne : Guy de Bryan, baron de Laugharne, fidèle Plantagenêt.
- Celuy de Ware : Peut-être Roger de la Warre, baron anglais.
- Alain de Beuquefelle : Alan Buxhull, chevalier et officier anglais.
- Richard Stury : Chevalier et conseiller proche d'Édouard III.
Ces témoins, tous des barons ou chevaliers anglais de premier plan, renforcent la légitimité de l'acte.
- Diffusion :
- Les lettres sont publiées à Bordeaux, probablement par des officiers anglais comme le sénéchal de Gascogne (ex. : John Chandos, mort en 1370, ou son successeur). Des copies sont offertes aux communautés (« chacun prene, et ait la coppie de ces presentes ») pour encourager le retour à l'obéissance.
Bas Moyen-Age 1329 / 1377<==....