Tours 7 septembre 1356 - La chevauchée du Prince Noir et l'échec du siège devant les fortifications.
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Tours septembre 1356 - La chevauchée du Prince Noir et l'échec du siège devant les fortifications.
En 1356, pendant la guerre de Cent Ans, Édouard de Woodstock, surnommé le Prince Noir, mène une chevauchée dévastatrice à travers la France, culminant avec la bataille de Poitiers.
Tours, ville stratégique sur la Loire, est une étape clé de cette campagne, bien que le Prince Noir n'ait pas réussi à s'en emparer.
Cet épisode illustre à la fois la tactique anglaise de pillage et les limites de leur progression face aux défenses françaises.
Contexte et chevauchée
Parti de Bordeaux le 4 août 1356 avec une troupe d’environ 6 000 à 8 000 hommes (chevaliers, archers et mercenaires gascons), le Prince Noir traverse le sud-ouest et le centre de la France, pillant et brûlant villages et châteaux pour affaiblir l’économie française et provoquer une confrontation avec le roi Jean II le Bon.
Après avoir ravagé le Berry et échoué à prendre Bourges, il se dirige vers la Loire, visant Tours comme point de passage ou de ravitaillement. Il eût voulu passer sur l’autre rive et rejoindre l’armée du duc de Lancastre, de Philippe de Navarre et de Robert Knoles, accourus de Normandie.
Tentative de siège de Tours
Date : Fin août ou début septembre 1356 (les chroniques varient, mais probablement autour du 7-10 septembre).
Situation : La troupe anglaise atteint les abords de Tours, une ville fortifiée sur la rive nord de la Loire, protégée par ses murailles et le fleuve.
Le Prince Noir espère franchir la Loire pour continuer vers l’ouest ou négocier un passage.
Déroulement : Les Anglais lancent des assauts limités, mais les murailles de Tours, renforcées après des conflits antérieurs, résistent.
La population et les garnisons locales, alertées par l’approche de Jean II, organisent une défense acharnée.
Le pont sur la Loire, vital pour traverser, est détruit ou bien gardé, rendant un siège prolongé risqué pour la troupe anglaise, déjà chargée de butin et menacée par les poursuivants français.
7 septembre 1356 :
Les Anglais arrivent à Aumounk Super Leir située près de Tours et Montlouis et y passent 3 jours à piller. Ancien prieuré, de l'Ordre de Grandmont dans la Forêt de Breschenay (Numus Brunissiacum)
« Puis ardirent les Engles la ville de Romorantin et s'en vinrent parmi cellui paya qu'on clama Salongne par devers la rivière de Loyre; mais quant ils entendirent que le roy Jehan estoit à Bloys, ai s'adressièrent par devers Amboise, et le roy Jehan alla à l'encontre d'eulx par delà la rivière, et quant ils virent ce, ils s'en aterent par devers la cite de Tour...... Si ardirent aucunes maisons des fausbours et se mirent sa retour par devers Poitou, toudis ardant et exillant. »
Le chroniqueur anglais, Geoffrey le Baker indique que le prince détacha 1 000 hommes et 500 arbalétriers pour prendre Tours et la brûler.
Cette entreprise échoua en raison du mauvais temps. « Il plut et tonna durant trois jours, grâce aux interventions, divines, des bienheureux saint Martin et saint Gatien ».
Froissait raconte plus longuement cet épisode de nos désastres.
Entre autres détails, il rapporte que les Anglais firent usage de l'artillerie contre la forteresse de l'Ile-Marin.
Cette particularité serait assez remarquable, s'il est vrai, comme on le pense généralement, que les armes à feu furent employées, pour la première fois, en 1346, à la déplorable journée de Crécy.
Le Prince savait que le roi de France avait rassemblé une puissante armée, environ 15 000 hommes qui faisait mouvement vers la Loire; et en effet, le 8 septembre, Jean le Bon sera à Meung-sur-Loire et le 12 le Dauphin entrera dans Tours avec 1 000 hommes d'armes.
Pour livrer bataille, le Prince Noir comptait sur l'appoint jugé indispensable des forces de Henri de Lancastre qui chevauchait au nord du fleuve, mais celui-ci était, semble-t-il, encore trop loin et surtout se trouvait dans l'incapacité de franchir la Loire.
Tous les ponts, croyait-on, avaient été coupés par ordre du roi entre Blois et Tours et une violente crue interdisait de la passer à gué (4).
En effet les ponts au voisinage de Tours, Joué-lès-Tours et Saint-Avertin, avaient été coupés et les villages brûlés sur ordre du maréchal Jean de Clermont-Nesle afin de retarder les Anglo-Gascons.
On comprend qu'isolé et menacé d'être tourné, le Prince ait préféré éviter le contact.
En revanche, son inaction devant Tours durant ces quatre jours fait problème.
H.J. HEWITT se borne à constater que « si la décision d'emprunter la vallée de la Loire était sage, le séjour devant Tours ne servait à rien : même si Lancastre atteignait la rive nord, il ne pourrait franchir le pont, la ville étant défendue par des forces considérables commandées par le maréchal de Clermont et le duc d'Anjou »(5).
En vérité on voit mal pourquoi le Prince, dès lors, aurait perdu un temps précieux.
Faut-il penser qu'il attendait l'arrivée de Lancastre pour donner l'assaut et s'emparer du pont ? Disposant d'une armée de 7 000 hommes qui, en diverses occasions, avait donné la preuve de sa capacité à forcer des places fortes, on peut douter qu'il ait jugé ce secours indispensable.
D'ailleurs, selon certains chroniqueurs anglais, c'est lui qui avait projeté de franchir le fleuve pour rejoindre Lancastre. Or rien ne fut tenté.
Bien évidemment on rejettera la thèse de certains auteurs(6) selon lesquels il aurait espéré une sortie du maréchal de Clermont et du comte de Poitiers qui se seraient « obstinés à refuser toute bataille ».
C'est prêter au Prince Noir beaucoup de naïveté car il devait savoir par expérience que les garnisons des villes n'avaient pas pour habitude de quitter leurs retranchements ; et, en l'occurence, il ne pouvait croire que celle de Tours oserait l'affronter, d'autant que l'on s'attendait à l'arrivée imminente du roi.
Plus sérieusement, on a soutenu que le Prince n'osa pas attaquer la ville parce qu'elle était déjà bien défendue par ses nouvelles fortifications (7).
On sait en effet, par les lettres patentes du roi Jean datées du 30 mars 1356 (8), que les habitants de Tours avaient entrepris de restaurer murailles et fossés et même d'élever une nouvelle enceinte, le célèbre «mur de Jean le Bon» unissant la Cité et Châteauneuf.
Mais on peut objecter que les travaux étaient à peine commencés, sans doute depuis deux ans (9). Sans aller jusqu'à croire avec A. Giry qu'« encore au mois d'août 1357 rien ou presque n'avait été fait » (10) on recueille de l'analyse des textes l'impression que l'entreprise était bien loin d'être très avancée en 1356.
Côté midi, la fortification ne sera achevée qu'en 1357, à l'ouest qu'en 1358, au nord seulement vers 1364 ; et à cette date il restait encore beaucoup à faire le long de la Loire ; la défense du pont ne fut assurée qu'en 1368 par une bastille munie d'un pont-levis qui, d'ailleurs, parut longtemps insuffisante (11). Quant à la dotation en artillerie elle traîna en longueur.
Aussi bien, un mandement royal de 1373 parle de « la closture qui encore n'est parfaite »(12).
Reste cependant que pour s'assurer la maîtrise du pont il fallait s'emparer des remparts de la Cité et du bourg des Arcis : le fait est qu'aucun assaut ne fut tenté (13).
C'est dans la tradition tourangelle, attestée au XVe siècle dans un Lectionnaire de l'Eglise de Tours, que l'on trouve une présentation des faits plus explicite, plus cohérente — et qui en tout cas méritait d'être rapportée et discutée (14).
Après l'évocation de l'expédition du comte de Derby en 1346, et de la terreur qu'elle provoqua dans une ville dépourvue de solides défenses, la lectio III décrit l'arrivée du Prince Noir en 1356, son installation à Montlouis et la réaction des habitants de Tours.
A l'en croire, la ville basse, privée de murs et de fossés, fut abandonnée par les bourgeois qui se réfugièrent à l'abri des remparts de la Cité (in fortalicio civitatis) (15), remparts que, « pour la protection de l'église cathédrale et des habitants, le doyen et les chanoines avaient fait réparer, fortifier et entourer de toutes parts de profonds fossés » : d'évidence il s'agit de l'enceinte de la cité antique restaurée depuis l'alerte de 1346.
Le même texte confirme qu'aucun assaut ne fut tenté, que la ville fut épargnée, et il en fournit la raison.
Le Prince Noir avait bien d'abord commandé à 1000 hommes d'armes et à 500 archers de s'emparer de la ville, de la piller et de l'occuper : mais il en fut empêché par une « si merveilleuse tempête de vent, de tonnerre et de pluie que oncques n'en avait vu de semblable » et qui dura trois jours, ce que confirme la chronique anglaise (16)
On ne manqua pas à Tours de l'interpréter comme un miracle obtenu du Très-Haut par l'intercession de saint Gatien et de saint Martin, protecteurs de la Cité.
Pour sa part, le Prince Noir en aurait été personnellement si convaincu qu'il ordonna de ne plus rien entreprendre contre cette ville.
Doit-on s'en étonner et rejeter en bloc cette tradition ? Si tempête il y a eue, elle a pu paralyser une attaque « noyant les cantonnements, détendant les cordes des arcs, gâtant les provisions ». On sait qu'à Crécy la pluie qui tomba vers quatre heures joua un rôle important.
Et la conviction d'une intervention divine n'aurait rien de si surprenant : c'est le lieu de rappeler que le 13 avril 1360, aux abords de Chartres, Edouard III fut pris lui-aussi dans un si terrible orage qu'il y vit un signe de la colère de Dieu et fit vœu dans la cathédrale de mettre un terme à la guerre (17)
Il ne paraît donc pas impossible que le Prince Noir ait envisagé de s'emparer du pont de Tours dans l'attente de l'arrivée de Lancastre, ou pour le rejoindre, et qu'il en ait été empêché davantage par un cataclysme météorologique que par des fortifications encore en gestation. Il est piquant de constater une fois de plus combien le destin de Tours a dépendu des accidents climatiques (18)
Issue : Après quelques jours (probablement 2 à 3), le Prince Noir abandonne le siège.
Il oblique vers l’ouest via la vallée du Cher, poursuivi par l’armée française, jusqu’à la bataille de Poitiers (19 septembre).
Importance stratégique
Échec tactique : L’incapacité à prendre Tours force le Prince Noir à une retraite défensive, mais cela joue en sa faveur en attirant Jean II dans une embuscade. La ville reste un symbole de résistance française.
Conséquences : Cet échec pousse les Anglais à choisir un terrain favorable près de Poitiers, où leur supériorité tactique (archers et embuscades) l’emporte, capturant le roi français.
Témoignages et récits
Les chroniques, comme celle de Jean Froissart, mentionnent l’approche de Tours mais soulignent son abandon rapide, attribué à la menace française croissante et à la difficulté logistique.
Aucun siège majeur n’est documenté, suggérant une tentative opportuniste plutôt qu’un assaut planifié.
Le Magasin pittoresque / publié... sous la direction de M. Édouard Charton
Poitou Aquitania: Période Bas Moyen-Age 1329 / 1377<==
Itinéraire de la Chevauchée du Prince Noir 1356 (Bourges-Romorantin 4 août-Tours)<==.... ....==> 11 septembre 1356 Le Prince Noir passe la nuit au château de Montbazon – le roi Jean arrive à Tours
(4) GALFRIDI LE BAKER DE SWYNEBROKE, Chronicon Anglie, temporibus Edwardi II et Edwardi III. L'expédition du Prince Noir en 1355. éd. E.M. Thompson, 1889, fol. 141 « Postera redierunt exploratores nunciantes quod coronatus Francorum descendit Turoniam castrorum acies ordinaturus. Unde princeps avidus belli propter pacemque solet bellum comitari, adversus coronatum castra direxit, sperans ut quondam in Garona, sic in Ligeri vada nova reperire ; sed inundatione pluviarum Ligere suos alveos insolenti tumore preterfluente non permisit aqua nostros ipsam transvadere et, in augmentum impedimenti omnes pontes inter Blaviam et Turoniam quibus interfluit Ligeris unda, frangi jussit coronatus, ne inter principem et ducem Lancastrie usquequaque via apteret, quorum exercitus ignes alternos de nocte faciliter aspiciebant. Princeps vero Ligerim sequens lateraliter versus orientem progressus, fixit tentoria juxta Turoniam ; ubi expectans quattuor diebus, sperans coronatum una leuca distantem preliaturum, intellexit quarto die quod coronatus, ad Blaviam X leucis a tergo principis preterioratus, per pontem duobus opidis munitissimis intersituatum Ligeris transivit atque versus Pictavium properavit ».
GALFRIDI LE BAKER DE SWYNEBROKE, Chronicon Anglie, temporibus Edwardi II et Edwardi III. L'expédition du Prince Noir en 1355, éd. E.M. Thompson, 1889, fol. 141 :« Le lendemain, les éclaireurs revinrent et annoncèrent que le roi couronné des Francs [Jean II de France] descendait vers la Touraine pour organiser ses troupes en campement. Le prince [Édouard, le Prince Noir], avide de guerre – car la paix est souvent accompagnée de guerre – dirigea ses forces contre le roi couronné, espérant, comme autrefois sur la Garonne, découvrir de nouveaux gués sur la Loire. Mais en raison de l’inondation causée par des pluies abondantes, la Loire, débordant de ses rives avec une crue insolente, empêcha nos hommes de la traverser.
De plus, pour aggraver les obstacles, le roi couronné ordonna de détruire tous les ponts entre Blaye et Tours, par où coule la Loire, afin qu’aucune voie ne soit praticable entre le prince et le duc de Lancastre, dont les armées pouvaient facilement apercevoir les feux alternés la nuit.
Le prince, suivant la Loire sur son flanc et progressant vers l’est, dressa ses tentes près de Tours ; là, il attendit quatre jours, espérant que le roi couronné, distant d’une lieue, engagerait le combat.
Mais le quatrième jour, il apprit que le roi couronné, ayant dépassé Blaye à dix lieues derrière le prince, avait traversé la Loire par un pont situé entre deux villes fortement fortifiées et s’était hâté vers Poitiers. »
Dans sa lettre au maire de Londres, le Prince écrit simplement qu'il a appris que tous les ponts avaient été rompus « sur quoi nous primes notre chemin tout droit à Tours et là demourames devant la ville quatre jours » (Cité par Denifle, op. cit. p. 120, note 5).
Froissard dit que Lancastre essaya en vain de franchir le fleuve (éd. Luce, p. 71). HEWITT estime que les ponts n'avaient pas été rompus mais qu'ils étaient solidement gardés et que les Anglais se seraient approchés de celui d'Amboise. Quant à la position de Lancastre, les chroniques sont contradictoires.
(5) Op. cit. p. 107. Aucune source ne permet d'évaluer l'importance de la garnison de Tours, mais l'exemple de Romorantin prouve que le Prince Noir pouvait mettre en œuvre de grands moyens quand il était résolu à s'emparer d'une place.
On pourrait objecter qu'il n'avait pu enlever ni Bourges, ni Châteauroux ; mais le cas est différent car, comme le souligne HEWITT, une chevauchée n'avait pas pour but de s'emparer à tout prix des villes. En revanche, le pont de Tours constituait un objectif militaire de première importance puisqu'il était indispensable à la jonction des trounes du Prince et de celles de Lancastre.
(6) Micheline DUPUY, op. cit. p. 149, suivie par P. LEVEEL, Histoire de Touraine, Tours, 1988, qui pense que le Prince Noir attendait l'arrivée de Lancastre pour donner l'assaut.
(7) Bernard CHEVALIER. - La ville de Tours et la société tourangelle, 1354-1520, Lille, 1974.
(9) Le Dauphin, dans ses lettres patentes du 8 août 1357, parlera de « l'achèvement des fortifications selon le plan de Jean de Clermont » — lequel n'était lieutenant du roi en Touraine que depuis 1354.
(10) Art. cit. p. 211.
(11) B. CHEVALIER, op. cit.
(12) Cité par A. Giry, art. cit. p. 214, B. CHEVALIER souligne que ce n'est qu'en 1359 que Tours se mit à la recherche d'un chef et de soldats éprouvés.
(13) On avait bien vu lors des guerres entre Philippe Auguste et les Anglo-Angevins qu'ils n'étaient pas imprenables.
(14) Publie par C. Chevalier, Les origines de l'Eglise de lours, 1 ours, 1871, p. 612-613. Ci-dessous : document justificatif.
(15) Ducange : arx, castrum. - - 1- - -
(16) Du moins une note marginale de la Chronique de Baker (fol. 141 b) «. preliaturum. Ubi dispositis domino Bartholomeo et aliis ad incendendum suburbium Turonie, quolibet trium dierum, post incepti itineris clarum tempus et quietum, incepit tonare et celum ita contenebrari quod, sine dubio, merito sancti Martini, custodis civitatis Turonensis, hostes proibiti fuerunt a ville combustione ».
« [il espérait qu’il engagerait le combat]. Là, ayant disposé le seigneur Barthélemy et d’autres pour incendier les faubourgs de Tours, au cours de chacun des trois jours suivants, après un temps clair et calme au début du voyage, il commença à tonner et le ciel s’obscurcit tellement que, sans aucun doute, grâce au mérite de saint Martin, protecteur de la ville de Tours, les ennemis furent empêchés de brûler la ville. »
Nous n'avons pas à ce jour retrouvé la référence d'un texte invoqué par J.
Maurice. Montbazon et Veigné au temps jadis. Tours. 1970. D. 38.
(17) M. DUPUY, op. cit. p. 176-177. Il est certain que d'autres raisons expliquent les conventions de Brétigny (Cf. E. PERROY, La guerre de Cent ans, Paris, 1945, p. 113).
(18) En 853 les Normands ne purent s'emparer de la ville par suite d'une crue extraordinaire : « Sed auxilio Beati Martini, tanta Cari et Ligeris excrevit inundantia quod non potuereunt Dani ad urbem Turonicum pervenire » (A. Salmon. Recueil de chroniaues de Touraine. D. 99).