La Roche-Brisay Coussay - La forêt de Scévolles Prieuré de Guesnes
La maison de Brisai a pris son nom (1) d'une terre située dans la basse Touraine et qui relevait de la baronnie de l'lle-Bouchard.
Une ancienne tradition, rapportée par plusieurs généalogistes, la fait descendre de Guillaume, premier du nom, seigneur de Mirebeau, fils prétendu de Geoffroi Grisegonnelle, comte d'Anjou.
Au chapitre des Seigneurs de Mirebeau, j'ai mentionné cette tradition, qui va être réduite à sa juste valeur.
Une opinion plus vraisemblable, appuyée de titres, tendrait à lui assigner une origine commune avec une famille de Chources, connue de temps immémorial dans la province du Maine, sans qu'il soit possible de discerner si les seigneurs de Brisai de la basse Touraine en sont les aînés ou les puînés.
En effet, tandis que, dès l'année 1045, on voit figurer, parmi les vassaux de la seigneurie de l'Ile-Bouchard, Ernauld de Brisai, père de Burchard, père de Rainelme comme témoin d'un don fait par Vivien Brochard de l'Ile de deux colliberts à l'abbaye de Saint-Martin de Tours (Liber de Servis, de Marmoutiers), une charte de l'an 1040, relative à un autre don fait par Gui II de Laval au prieuré de Saint-Martin de cette ville, mentionne parmi les témoins, à côté de Eudes, fils d'Yvon de Tavant, près l'ile-Bouchard et avec Hugues de Chources, un Ernauld, fils de Rainelme, dont l'identité avec le père de Burchard de Brisai me parait évidente. (D. Piolin, Hist. de l'Église du Mans, t. XI, p. 653.)
Quoi qu'il en soit, cette famille produit une filiation non interrompue pendant huit cents ans, et a formé plusieurs branches dont l'une parait déjà fixée au pays mirebalais vers le milieu du XIe siècle.
Alon et Simon de Brisai sont témoins de la fondation du prieuré de Saint-André de Mirebeau, en 1052.
On peut encore signaler avec certitude Pierre de Brisai chevalier, qui, d'après une bulle du pape Calixte II datée du monastère de Marmoutiers, le 17 des calendes d'octobre 1119, aurait donné à l'abbaye de Fontevrault le lieu de Sovoliae. (Gall. christ., t. XI.)
Il est aisé de retrouver sous ce nom le territoire, actuellement couvert de bois, appelé la forêt de Scévolle (écrit parfois Souvolle dans les aveux du XIVe siècle), qui faisait partie du domaine de la Roche.
Je crois aussi que « l'hostel, hébergement et forteresse de la Roche-de-Brisai », nommé seulement Brisai depuis 1479 jusqu'à nos jours (2) est bien celui duquel Halon de Brisai data la donation par lui faite, vers 1185, à Guillaume, abbé de Turpenai, du consentement de sa femme Grescie et de ses fils Pierre et Alon, d'une terre située près Montagré « Ego Halo de Brisaico….. hoc autem donum feci in domo meâ de Rochâ. » (Bibl. nat portef. Gaignières, n° 640, f° 309 et 270.)
Un seigneur de cette maison, nommé Raoul ou Rodolphe, fut envoyé au Soudan par Philippe-Auguste. Il ramena de Syrie deux membres de l'ordre de Saint-François, à l'aide desquels il fonda, vers 1234, dans une maison forte (arce sud) qu'il possédait à Mirebeau, le couvent des Cordeliers.
« On prétend, dit une ancienne généalogie manuscrite que, depuis que Raoul eut donné aux cordeliers son château de Mirebeau, les seigneurs de Brisay firent leur demeure au lieu de la Roche dit la Cour de Brisay, près Mirebeau. » (Bibl. nat., cabin. des titres, fonds d'Hozier.)
La famille de Brisai n'avait pourtant pas abandonné aux moines tous les biens possédés par elle dans la ville; car les aveux rendus pour la seigneurie de la Roche mentionnent un immeuble nommé le Pressoir ou hôtel de Brisai, sis à Mirebeau, avec ses prérogatives accoutumées droit de mesures à blé et à vin par toute la châtellenie droit de cris et de bans par la ville; exemption du service de garde et de guet pour les sujets et hommes de la Roche, etc., et quantité d'autres droits de justice assez importants.
De qui tenait-elle ces droits énumérés dans un aveu de 1442 et encore exercés en 1599, suivant l'aveu de Madeleine de Brisai, tant dans la ville que dans le reste de la châtellenie, ainsi que le devoir d'accompagner le baron de Mirebeau, à cheval et en armes, lorsqu'il parcourait sa baronnie ? Il m'a paru raisonnable de rattacher la concession de ces droits et l'obligation de ce devoir à la construction de la maison forte dont j'ai parlé ci-dessus, laquelle, bâtie au plus tôt dans le courant du XIIe siècle, sur des terrains non encore habités et à égale distance du château et du bourg devait servir à assurer les communications entre ces deux points, alors que la primitive enceinte n'avait pas encore été entreprise.
Il est vraisemblable que ces terrains appartenaient aux Brisai à la suite d'une alliance contractée par l'un d'eux avec une fille de la famille dite de Mirebeau et c'est certainement dans la probabilité de cette alliance que l'on doit chercher l'origine de l'antique tradition qui voulait qu'un seigneur de Brisai eût « partagé dans la seigneurie de Mirebeau », vers le milieu du XIe siècle (3).
Il est encore tout à fait indiscutable qu'après la construction de la primitive enceinte, les terrains environnant la petite forteresse de Brisai se couvrirent de maisons, dont les propriétaires durent payer le cens au seigneur du fonds.
C'est ce qui résulte très-clairement de l'aveu rendu en 1442 par Jehan de Brisai, lequel énonce une quantité de redevances établies sur un grand nombre de maisons de Mirebeau et payables en l'hôtel de Brisai.
Nul doute encore qu'une autre alliance contractée, après 1229, entre Pierre de Brisai, père de Raoul, et Valence de Mauzé, veuve de Thibaud de Blason, seigneur de Mirebeau, ait contribué à augmenter les possessions et les droits de la famille de Brisai dans la châtellenie (4).
La seigneurie de la Roche-de-Brisai, comprenant la forêt de Scévolle, la maison du Pressoir et les droits énoncés plus haut, était tenue envers le château de Mirebeau à l'hommage lige, à 7 livres tournois aux loyaux aides, en droit de basse justice, et au devoir d'accompagner le seigneur, avec chevaux et armes, dans sa baronnie.
Ses possesseurs étaient :
En 1185, Halon de Brisai, père de Pierre et d'Halon
En 1253, Sibylle, veuve d'Alès de Brisai, tutrice de Pierre, son fils (Fontevrault)
En 1270, Alès de Brisai, chevalier, époux d'Eschive;
En 1288, Hues de Brisai, chevalier [arch. de Brisay);
En 1312, Gui de Brisai, chevalier (id.)
En 1345, Alès de Brisai, chevalier, fils du précédent;
En 1389, Alès de Brisai, chevalier, fils du précédent;
En 1397, Bertrande de la Jaille, veuve d'Alès de Brisai;
En 1402, Marguerite de Rochechouart, veuve de Gilles de Brisai, comme tutrice de Jehan de Brisai, son fils;
En 1434 et 1442, Jehan de Brisai, chevalier;
En 1508 et 1534, les héritiers de Jacques de Brisai, écuyer, petit-fils de Jehan
En 1599, Madeleine de Brisai, fille de Jacques, alors veuve de René de Puyguyon
En 1625, Daniel de Saint-Quentin de Blet, chevalier, seigneur de Blet, héritier en partie de sa femme Marguerite de Puyguyon, fille de la précédente, et aussi comme acquéreur de tous les anciens droits des autres héritiers de ladite Marguerite.
En 1685, N. Achard, seigneur de Puirenon, par achat du précédent, et enfin, en 1789, à N. Achard, marquis de la Haye.
Mouvaient de ce fief :
a. L'hôtel de Célié, tenu à hommage lige, en 1508 et 1534, en parage par Jacques de la Roche, à cause de Jeanne Pot, sa femme, et Raoul Pot, cause de Françoise de Brisai, leur mère, sœur de Jacques de Brisai; et aussi Odet d'Archiac, à cause de Marguerite de Brisai sa mère en 1599, par les héritiers de Bonaventure Gillier, seigneur de Puygarreau, qui l'avait acquis des héritiers de Marie Turpin.
b. L'hébergement du Tertre, aussi nommé la Trapière tenu à hommage lige, à un cheval de 20 sols une paire d'éperons blancs et 2 sols aux aides, possédé en 4442 par Guillaume Pinaud en 1599, par Hercule du Chesneau, écuyer, et, en 1759, par Pierre-Louis-Jacques Fouchier, écuyer, seigneur de Châteauneuf, à cause de sa femme Marie-Anne du Chesneau.
c. L'hébergement de la Garde à Brisai, lieu servant de prison aux délinquants et aux animaux trouvés en dommage sur le domaine de Brisai, tenu à 5 sous de chambellage et 10 sous aux aides en 1442, par Jehan Guillegaud, et, en 1599, par Guillaume David.
d. Les terrages de Villiers, à foi et hommage plein, tenus en 1599 par Charles Petit, écuyer.
e. La dime de Ménigoute tenue en 1599 par le chapitre de Saint-Jean dudit lieu en la paroisse de Craon.
f. La grande dime d'Agressai sur la paroisse de Thurageau, tenue en 1599 par les maires, échevins et bourgeois de Poitiers.
Une charte, conservée aux Archives nationales, contient la donation de 300 livrées de terre, faite en 1369, par le roi Charles V, à Alès de Brisai, en récompense de sa fidélité et de ses bons et loyaux services à une époque où une partie de la noblesse passait du côté des Anglais.
Le manoir de la Roche-de-Brisai venait d'être incendié et détruit, et le prince de Galles, confisquant les terres d'Alès, les avait partagées entre ses partisans, Jehan du Rivau et le vicomte de Châtelleraud. (Jean VI d'Harcourt)
De plus Alès fait prisonnier dans une rencontre, avait dû payer une forte rançon, indépendamment de pertes considérables provenant du fait de l'ennemi.
Le roi de France ordonna, en conséquence, à ses sénéchaux d'Anjou et de Touraine, de remettre lesdites 300 livrées de terre, à prendre sur les seigneuries confisquées sur les rebelles Jean du Rivau, Jean de Cursay, Lancelot du Renaud de Montreuil chevaliers, Guyon Quentin et Jean Bessières, tous hommes de foi dudit Alès de Brisai.
Aimeri de Brisai obtint, en 1405, du duc d'Anjou, la permission de chasser dans la garenne de la terre de Mirebeau mais il fut bien spécifié que cette permission ne devait pas être transformée en droit.
Jehan de Brisai, seigneur de la Roche-de-Brisai fut également autorisé, en 1440, par le roi de France, à fortifier sa maison de Brisai nouvellement reconstruite.
Les seigneurs de la Roche étaient, comme fondateurs, en possession du droit de sépulture (5) en l'église des Cordeliers de Mirebeau, du droit d'avoir dans ladite église des litres à leurs armes, tant au choeur que dans la nef.
Ce droit fut officiellement revendiqué, le 9 octobre 1 625 par le procureur de messire Daniel de Saint-Quentin, seigneur de Blet et de Brisay, qui s'opposait à l'introduction des Récollets dans le couvent des Cordeliers.
Il fut établi et constaté que « le seigneur de Brisay, Scévolle et autres lieux, était le vrai patron et fondateur du couvent, institué, depuis quatre cents ans environ, par haut et puissant seigneur messire Raoul de Brisay, chevalier, d'heureuse mémoire, et que ce couvent a toujours été entretenu par les seigneurs de Brisay, sans aucun contredit ni empêchement. » (Mss. de D. Fonteneau, t. XVIII.)
Depuis environ deux siècles la famille a adopté exclusivement l'orthographe Brisay.
Par dérogation à la règle que je me suis imposée, j'ai tenu à développer longuement mon opinion sur une famille dont la situation, tout exceptionnelle en Mirebalais, sous le rapport des droits et des devoirs féodaux avait sans doute favorisé la croyance à une tradition respectable, mais dont les termes, jusqu'ici mal interprétés, avaient eu pour conséquence d'égarer les recherches et de retarder la manifestation de ce que je crois aujourd'hui la vérité.
Du château de la Roche-Brizay 86110 Coussay fondé par Ales II après 1160 sur une éminence (137 m d'altitude), assez remarquable en ces pays plutôt plats, ne restent que quelques modifications du paysage et autres vieux murs de ce qui ont pu être des fortifications, ainsi que la « rue du Vieux-Château ».
Prieuré GUESNES dans la forêt de Scévolles.
ROBERT d'Arbrissel ayant fondé en 1100 l'abbaye de Fontevrault, ses disciples vinrent vers 1106 établir un prieuré à Guesnes (Guaina), sur des terrains qui leur avaient été donnés par Raoul de Saint-Jean, Étienne de Messemé et Parciens, son fils.
Ce prieuré acquit bientôt une grande importance, grâce aux libéralités des seigneurs voisins : en 1106-1108, Foulques Rechin, comte d'Anjou, avec le consentement de ses fils Foulques et Geoffroy, lui abandonna tous les prés qu'il possédait à Guesnes.
Vers 1109, Renault Crassus lui fit don de toutes ses terres ; en 1108-1115, Grimaud de Monts et ses frères s'étant emparés de l'écluse de Guesnes, propriété des religieuses de Fontevrault, donnèrent, pour obtenir le pardon de leur dol, tous les prés et marais qu'ils avaient aux environs.
Aux temps des guerres anglaises, les religieuses de Guesnes furent soumises à de rudes épreuves.
Le comte de Pennebrock, ayant été battu à Purnon par le maréchal de Sancerre, s'empara du couvent, où il se retrancha; les Français, qui y avaient mis le siège, allaient s'en emparer quand le capitaine Jean Chandos arriva de Poitiers avec une nombreuse troupe et contraignit les assiégeants à se retirer.
Pour éviter le retour de semblables désordres, le roi Charles V, à la prière des religieuses, leur accorda par lettres d'août 1371 un capitaine et des hommes d'armes pour leur sûreté et leur donna la permission de faire fortifier leur couvent, alors habité par cinquante religieuses.
Le 18 mars 1414, le roi d'Angleterre, Richard III, leur accorda des lettres de sauvegarde. Un inventaire des titres de Guesnes fait aussi mention d'un « privilège de Charles d'Anjou, fils et frère des rois de Sicile, par lequel le sieur de Graville a été établi garde et capitaine de la place et forteresse de Guesnes nouvellement emparée en la châtellenie de Loudun, en date du 20 novembre 1432 » ;
Il existait aussi dans les archives un arrêt du Parlement du 3 septembre 1572 constatant le pillage et l'incendie du couvent par les huguenots; sur le papier terrier du couvent qui avait été rédigé en avril 1693 figuraient les armes du prieuré qui est une Notre-Dame qui porte d'or à une Notre-Dame d'azur et de gueules, autour de laquelle est escrit Notre-Dame de Guesnes.
Le prieuré en titre de châtellenie relevait du bailliage de Loudun ; ce droit, qui lui était contesté par les seigneurs de Monts, avait été confirmé par arrêt du Parlement en date du 24 avril 1711.
LA FORÊT DE SCÉVOLLE
Souvolle, dont on a fait Scévolle (Sovolioe), était le nom donné, aux temps les plus anciens du Moyen-Age, à une vaste étendue de terrains couverte de bois, située sur la frontière du Mirebalais et du Loudunois, bordée au nord par le cours de la Briande, touchant à l'est l'extrémité de la colline des Roches de Coussay sur laquelle fut construit le château de Brisay, et bornée à l'occident par la déclivité du coteau commençant à Dandésigny pour s'abaisser au-dessous du château de Purnon.
Ainsi resserrés entre deux mamelons et une rivière qui, par trois côtés, en défendent l'accès, ces bois touffus et profonds garnissaient le front de la vallée de Verrue, et semblaient servir de barrière à l'une des principales entrées du Mirebalais.
Leur dénomination, provenant du dialecte gallo-romain, tendrait à prouver que cette portion du pays a toujours été boisée, et que, de longue date, on la désignait sous le nom de « Sylvullae », dont la basse latinité des moines à fait « Sovoliae », terme sous lequel on la trouve désignée au XIIe siècle.
C'est une bulle du pape Calixte II, datée du 17 des calendes d'octobre, l'an 1119, qui cite pour la première fois le lieu dit Sovoliae, en désignant les localités déjà en la possession de l'abbaye de Fontevrault, alors naissante; on se rappelle en effet que parmi les dons faits à cette maison religieuse par les membres de la maison de Brisay, se trouvait la fontaine de Scévolle, située sur le flanc nord de la forêt de ce nom.
M. de Fouchier ne doute pas de l'identité de ces lieux lorsqu'il dit dans son histoire de la baronnie de Mirebeau : ce il est aisé de retrouver sous cette dénomination (Sovoliae) le territoire actuellement couvert de bois appelé la forêt de Scévolle, qui faisait partie du domaine de la Roche-Brisay ».
La forêt de Scévolles fut donc membre de la seigneurie de Brisay dès le début de la formation du fief.
Pierre I et Pierre II donnent à Fontevrault l'emplacement nécessaire à la construction du moulin de Scévolle au début du XIIe siècle; ils confirment les libéralités faites au même lieu dans l'étendue de leur fief par plusieurs de leurs vassaux.
Ales II, partant pour la seconde croisade, en 1146, renouvelle les donations de ses père et aïeul ;
enfin, en 1220, le fondateur des Gordeliers de Mirebeau, est nommé dans un acte « haut et puissant messire Raoul, chevalier, seigneur de Brisay et de Scévolle ».
Voilà qui est plus que suffisant à établir l'antique adjonction de cette forêt à la seigneurie.
La forêt de Scévolle couvrait, sur une longueur de deux lieues de pays, une superficie de douze cents arpents, occupant une partie des territoires de Sairres, de Verrue et de Ligniers.
La Briande, les terres de Bretegon, les dépendances du fief de Sairres, celles de la Loge, du Bois vert et du Bois-Diguay la bornaient au nord et à l'est. Au sud, elle était longée par les chemins de Verrue à Sairres et celui qui va des challeries à Ligniers-Langouste.
A l'ouest elle côtoyait un autre bois appartenant au seigneur de Purnon et la terre du Milleron. Elle en était séparée par le grand chemin de Monts à Mirebeau, entrant en forêt au gué Saint-Vincent, près du village de Cronailles, et la parcourant en ligne droite sur une longueur de quinze cents toises, pour en sortir aux Fougerets, à courte distance du village de Verrue.
La forêt proprement dite était aménagée en neuf grandes coupes réglées de neuf ans d'âge chacune, ce qui fait que chaque année produisait une coupe.
Ces coupes sont citées deux fois dans les annales de la seigneurie de Brisay : à la fin du XV° siècle d'abord, au sujet d'une prohibition faite au seigneur de Brisay de vendre « les coupes de bois taillis de la forêt de Scévolle », avant que tout règlement de succession soit terminé entre ses co-héritiers et lui ; puis, dans le courant du XVIe, à propos des sommes que le même seigneur devait payer annuellement à ses soeurs sur les revenus produits par les dites coupes (6).
Les autres parcelles du fief étaient :
1° La garenne de Scévolle, qualifiée au XVIIIe siècle de « petit bois taillis », ce qui donne une petite idée de son importance, destinée à la réserve des lapins que le seigneur venait y « chacier et prendre » de toutes manières, garenne prohibitive, c'est-à-dire dans laquelle personne ne pouvait pénétrer ou chasser sous les peines les plus sévères, dont la moindre était l'essorillage (couper les oreilles — pas aux lapins, mais aux délinquants).
Aussi le gibier y était-il gardé la nuit, à tour de rôle, par les sujets du domaine, obligation qui incombait à certains d'entr'eux, en raison de l'afféagement ou location de leurs immeubles. L'exécution de ce devoir n'était pas, parait-il, aussi rigoureuse que la lettre, caries seigneurs de Brisay avaient jugé utile de préposer un garde particulier à leur garenne.
C'était un officier qui, indépendamment de la conservation du gibier, s'occupait aussi de la surveillance de la forêt, comme l'indique une déclaration dans laquelle est nommée « honneste personne André Chesncau, verdier et garde des bois de la seigneurie de Brisay, demeurant à Saint-Vincent », en 1543.
La garenne était bornée au nord par la forêt, au sud par le chemin allant de Verrue au château de la Trapière, et donnait des deux autres côtés sur les champs, dont elle était séparée par de grands fossés.
Elle semble donc avoir été le bouquet de bois le plus rapproché et le plus en vue du château de Brisay.
2° Le Sillon de Brisay, la Boussée-Bideau, la Cabasserie étaient encore des remises boisées dépendant de la forêt dans la direction de Ligniers et du bois Diguay.
3° La métairie des Marais, bordée, arrosée par le cours sinueux de la capricieuse Briande, centralisait la culture des prairies de Scévolle.
Ces prairies s'étendaient entre la lisière des bois et le lit de la rivière, dont les débordements en faisaient de gras pâturages. On les nommait prés des Briandes et Chaintres, pré Vieux, pré Gaudin, le Guain d'Aulnay et la grande « faynerie » d'Aulnay qui s'étendait jusque sous les ombrages des hautes futaies. En un point donné, se trouvaient des bâtiments et « mazerils », ou granges destinées à l'emmagasinement des foins.
En dehors des prairies, on trouvait sur ce territoire des terrains en landes et bruyères enclavés dans les contours de la forêt, c'étaient le Chauveron, le champ des Genêts, les Eschaumes de Servollet, etc.
4° L'eau même de la rivière constituait une partie du fief, et bien qu'elle séparât les deux seigneuries de Monts et de Brisay, elle appartenait entièrement à cette dernière.
Une déclaration de 1448 fait connaître que le prieur de Saint-Vincent, petit monastère situé sur la Briande et appartenant à l'abbaye de Cormery, payait une redevance censive au seigneur de Brisay, « pour l'usarge de l'iaue qui de la fons de Sévolle descens à son molin ».
Cette rivière donnait aussi un peu de poisson. On y péchait des anguilles et l'abondance qui en provenait avait nécessité la création d'un vivier, où elles étaient déposées en attendant la consommation.
De là venaient les anguilles que, le mercredi des cendres, le seigneur de Brisay était tenu de donner aux enfants mâles des bouchers de Mirebeau.
Le seigneur de Scévolle possédait le droit de mettre paître en liberté dans les taillis de la forêt, même au détriment et sans recours des riverains, huit boeufs, huit mules et huit poulains âgés d'un à trois ans.
Mais ce pacage, dont les voisins ne pouvaient se plaindre, n'était toléré que dans les taillis de sept ans et au-dessus, ce qui mettait les hautes pousses à l'abri de la dent des ruminants.
La présence seule des bêtes susdites, dans les coupes de moins de sept ans, donnait lieu à une indemnité. Cela s'explique par ce fait que les seigneurs de Monts, de laTouraine et de Purnon possédaient quelques enclaves dans les bois du seigneur de Brisay.
Dans les conditions susdites, ils étaient contraints de tolérer le pacage. Il était toutefois spécifié que le seigneur jouissant pourrait seul, ainsi que ses métayers, user de la tolérance en question, laquelle, contrairement aux usages féodaux, resterait personnelle aux membres de la Maison de Brisay, et ne pourrait être transmise à quiconque, par héritage ou acquisition, les remplacerait à Scévolle (7).
Elle fut donc éteinte en 1608.
Nombreuses acquisitions faites aux XVe et XVIe siècles augmentèrent par parcelles agglomérées le fief de Scévolle.
Elles portèrent sur le bois Gallin, à Gilles de Chasteaulx et Macé Morin ; sur le pré Gaudin près la Fenêtre Vigneaux, à Gilles Plumeau et Loyse Odarde, de Ligniers ; sur le Fort-Buisson, aux Judes, de Sairres, et aux Juzels, de Brisay ; la garenne fut agrandie de six boisselées en 1521, et le 15 juillet 1530, il fut acheté à messire Antoine Béranger, prêtre, par le sénéchal de la seigneurie, Pierre David, et au compte d'icelle, une vaste pièce de terre récemment plantée de chênes, située au terroir de Gausset sur le chemin de la Trapière à Verrue. Elle fut payée le prix fort de cinquante livres, et contenait douze arpents.
Le fief de Scévolle ne fut point séparé du domaine de Brisay par le partage de 1673.
Seules les trois pièces de la Gabasserie, près le village de Boisvert, en furent détachées pour compléter le lot formé avec le fief de Sairres, qui fut dévolu à madame de Rochefort.
Histoire de la maison de Brisay, depuis le IXe siècle jusqu'à nos jours par le marquis de Brisay
Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest
Rabelais et La tour de Beaumont ou tour Négreteau - généalogie Brisay de Beaumont. <==
(1) Brisai ou Brisac veut dire en celte bois sur la montagne, ou montagne couverte de bois. (Bullet, Dict. celt.)
(2) Il a pris ce nom après la vente faite en 1479 à Louis de Bourbon, seigneur du Coudrai par Aimeri de Brisai et Marie Turpin sa femme, de l'ancien fief de Brisai, situé en Touraine, au sud de l'Ile-Bouchard.
(3) Cette alliance a pu être contractée entre un Alon de Brisai et une sœur de Guillaume II, nommée Pétronille, qui figurent tous les deux dans un acte de 1077, relatif à la donation d'un moulin à Marconnai.
(4) Fonds d'Hozier. Généalogie précitée, d'après le cartulaire de l'abbaye de Toussaints d'Angers.
(5) Ce droit fut reconnu en 1607 par les Cordeliers, qui refusèrent pourtant de recevoir à cette époque le corps de Madeleine de Brisay, leur bienfaitrice, bous prétexte qu'elle était décédée dans la religion prétendue réformée. (Mss. D. Font., t.XLVll.)
(6) Arch. du château de Brisay, vol. F.
(7) Arch. du château de Brisai. Partage de 1673, vol. A.
