Le 8 septembre 1356 Jean le Bon - Passage du pont fortifié de Meung sur Loire pendant la guerre de Cent ans.
La guerre de Cent ans allait amener pour la France, et particulièrement pour nos contrées du Centre, une série de désastres et de luttes avant le relèvement final qui prendra naissance sur le sol même de notre Orléanais.
Les premières hostilités se déroulèrent cependant en dehors de notre région, qui n'entendit que l'écho de la terrible; défaite de Crécy ; mais le théâtre de la guerre ne tarda pas à se rapprocher.
Le 8 septembre 1356 : Jean II le Bon à Meung-sur-Loire
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Le 8 septembre 1356 marque un moment clé dans la campagne militaire de la guerre de Cent Ans, alors que le roi de France Jean II, surnommé "le Bon", se prépare à contrer l'invasion anglaise menée par le Prince Noir (Édouard de Woodstock).
À cette date, Jean le Bon, à la tête du gros de son armée, se trouve à Meung-sur-Loire (dans l'actuel département du Loiret, à environ 15 km à l'ouest d'Orléans).
Cette localité stratégique, située sur la rive nord de la Loire à l'embouchure de la Mauves, est choisie pour son pont fortifié, essentiel pour les mouvements de troupes.
Contexte historique
L'expédition du Prince Noir : Depuis août 1356, le fils aîné d'Édouard III d'Angleterre ravage l'Aquitaine et le Centre de la France lors d'une chevauchée (raid) destructrice.
Parti de Bordeaux fin juillet avec 6 000 à 7 000 hommes, il a pris Périgueux (7 août), Brantôme (9 août), et progresse vers le nord-est, saccageant Issoudun (28 août) et assiégeant Bourges sans succès. Averti de cette menace, Jean le Bon mobilise ses forces pour intercepter l'ennemi.
Réponse française : Le roi, qui était à Chartres fin août (comme en attestent plusieurs ordonnances datées des 28 et 30 août), rassemble son ost (armée féodale) en Île-de-France et en Touraine.
Meung-sur-Loire est un point de passage obligé sur la Loire, permettant de concentrer les troupes au sud du fleuve et de se porter au-devant des Anglais.
Événements du 8 septembre
Jean II utilise le pont de Meung pour faire traverser la Loire à une partie de son armée, facilitant la jonction avec d'autres contingents et la poursuite des Anglais.
Cette manœuvre vise à bloquer la progression du Prince Noir, qui, après avoir ravagé la région de Tours et incendié les faubourgs (empêché par une tempête divine, selon les chroniques), se dirige vers le nord-ouest.
L'armée française, forte d'environ 8 000 à 12 000 hommes (chevaliers, archers et fantassins), est commandée par des maréchaux comme Jean de Clermont et Robert de Clermont (1).
Le roi y voit une occasion de venger les ravages et de restaurer l'honneur français après des défaites antérieures.
Conséquences et lien avec Poitiers
Cet épisode à Meung est un prélude direct à la bataille de Poitiers (19 septembre 1356), survenue 11 jours plus tard.
Malgré les efforts de Jean le Bon pour cerner les Anglais, le Prince Noir échappe à l'encerclement en traversant la Loire plus à l'ouest (près de Chauvigny) et se retranche près de Poitiers. La confrontation finale voit la victoire anglaise : Jean II est capturé, avec de nombreux nobles français, marquant un tournant humiliant pour la couronne (il sera emmené en Angleterre et mourra en captivité en 1364).
Importance de Meung-sur-Loire dans la guerre de Cent Ans
Le pont et le château de Meung, fortifiés dès le XIIe siècle, en font un site stratégique récurrent.
Plus tard, en 1429, Jeanne d'Arc y remportera une victoire contre les Anglais lors de la bataille de Meung-sur-Loire (15 juin), contribuant à la libération d'Orléans.
Cet événement de 1356 illustre les défis logistiques de la guerre : crues de la Loire, destructions de ponts (ordonnées par les Français pour gêner les Anglais) et rivalités internes (comme avec Charles le Mauvais, roi de Navarre).
Dans son histoire de Duguesclin, Siméon Luce; loue l'activité du roi qui, dès le vendredi 16 septembre 1356, avait réussi à concentrer 40,000 ou 50,000 hommes dans les environs de Poitiers.
On sait comment cet effort devait, le lundi 19 septembre, aboutir misérablement à la désastreuse journée qui vit tomber tant de valeureux chevaliers et se termina par la reddition du roi de France entre les mains des Anglais.
Depuis ce moment, les campagnes orléanaises ne cessèrent d'être traversées par les armées belligérantes et, l'importance du passage de la Loire à Meung semble les avoir particulièrement attirées sur ce point.
L'historien de Duguesclin nous indique qu'en 1301, le pont fortifié de Meung était occupé par les compagnies anglo-navarraises et M. Louis Jarry, dans son Histoire de Cléry (2), nous montre le passage à Meung du fameux capitaine anglais Hugues de Calverly.
En 1374, d'après le même historien, « une grant, rote de Bretons et autres genz d'armes vinrent à Meun-sur-Loire, à deux lieues près de Beaugency, et y furent longuement (3) ».
Siméon Luce ajoute que le pont fut racheté aux Bretons qui l'occupaient et une imposition affectée à ce rachat fut levée sur le pays environnant (4).
De pareilles négociations n'étaient pas rares à cette époque d'anarchie. L'abbaye de Saint-Benoît fut aussi rachetée aux bandes de Bretons qui l'occupaient au moyen d'une aide; levée sur les habitants de Saint-Benoist, Bray-sur-Loire, Saint-Aignan-des-Gués, Guilly, Neuvy et Tigy (5).
Le désordre: était tel que l'on ne savait pas au juste pour qui combattaient ces terribles Bretons (6). La vérité est que chaque compagnie faisait la guerre pour son propre compte, rançonnant et pillant amis ou ennemis, et les populations, en l'absence de toute protection, en étaient réduites à s'imposer elles-mêmes pour satisfaire aux exigences des soldats.
La sage politique de Charles V et les heureuses campagnes de Duguesclin ramenèrent, pour un temps trop court, quelque sécurité ; mais nos pères ne tardèrent pas, sous le règne du faible Charles VI, à connaître de nouveaux et plus grands malheurs.
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Le pont suspendu sur la Loire à Meung-sur-Loire à côté des ruines du pont du moyen age, représenté sur la photo datée de 1859, s’inscrit dans un contexte historique riche, lié à l’évolution stratégique et architecturale de cette région française, particulièrement marquée par la guerre de Cent Ans et les développements ultérieurs.
Contexte historique général
Meung-sur-Loire et son importance stratégique : Située sur la rive nord de la Loire, Meung-sur-Loire a toujours été un point clé en raison de son pont, qui facilite le passage du fleuve. Dès l’Antiquité, la ville était un carrefour grâce à une forteresse romaine, et elle resta un enjeu militaire majeur au Moyen Âge.
Le pont, mentionné dans les chroniques comme un point de passage stratégique, joua un rôle notable lors de la guerre de Cent Ans (1337-1453), notamment en 1356 lorsque Jean II le Bon y traversa la Loire avec son armée pour poursuivre le Prince Noir avant la bataille de Poitiers.
Destruction et reconstruction : Les ponts sur la Loire étaient souvent détruits ou endommagés lors des conflits pour gêner l’ennemi.
Par exemple, en 1356, Jean le Bon ordonna la destruction de ponts entre Blaye et Tours pour bloquer les Anglais, une pratique courante.
À Meung, le pont médiéval initial, probablement en bois ou en pierre, fut régulièrement reconstruit ou remplacé au fil des siècles en raison des crues de la Loire et des guerres.
Le pont suspendu de 1859
Construction moderne : Le pont suspendu visible sur la carte postale de 1859 est une structure typique du XIXe siècle, période où les techniques de construction évoluèrent avec l’usage des câbles en acier et des piliers en maçonnerie. Construit sous l’impulsion des besoins croissants de circulation et de commerce après la Révolution française, ce type de pont remplaça souvent les structures médiévales moins fiables.
À Meung-sur-Loire, ce pont fut inauguré vers le milieu du XIXe siècle, reflétant les avancées technologiques de l’époque napoléonienne et post-napoléonienne.
Rôle pendant la guerre de Cent Ans : Bien que le pont de 1859 soit postérieur de plusieurs siècles à la guerre de Cent Ans, il succède à des ponts plus anciens qui avaient une importance militaire cruciale.
En 1429, par exemple, lors de la campagne de Jeanne d’Arc, le pont de Meung fut un objectif stratégique lors de la bataille du 15 juin, où les Français reprirent la ville aux Anglais. Le pont actuel perpétue cette fonction de lien vital entre les rives.
Évolution et destruction ultérieure : La carte postale mentionne que ce pont suspendu fut détruit en 1940, probablement lors des combats de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les forces françaises ou allemandes firent sauter des infrastructures pour ralentir l’avancée ennemie.
Il fut ensuite remplacé par un nouveau pont, encore en service aujourd’hui, témoignant de la continuité de cette nécessité stratégique.
Signification culturelle
La légende de la carte postale rappelle que Meung-sur-Loire fut la patrie de Jean de Meung (ou Jean Clopinel, 1240-1305), co-auteur du Roman de la Rose, un texte majeur de la littérature médiévale. Cela ancre la ville dans une double identité : militaire et culturelle.
Le pont, en tant que symbole d’union et de passage, incarne aussi les défis posés par la Loire, fleuve capricieux sujet à des inondations fréquentes, comme celles évoquées en 1356 dans les chroniques de Galfridi Le Baker.
Conclusion
Le pont suspendu de 1859 à Meung-sur-Loire est le produit d’une longue histoire de constructions et de destructions, héritière d’une tradition stratégique remontant au Moyen Âge. Il reflète à la fois les avancées techniques du XIXe siècle et l’héritage militaire de la région, marquée par des événements comme la guerre de Cent Ans et les campagnes de Jeanne d’Arc.
Mémoires de la Société d'agriculture, sciences, belles-lettres et arts d'Orléans
Chartres 1356, à l’ost de Jean II le Bon pour contrer le prince Noir<==.... ....==>Itinéraire de la Chevauchée du Prince Noir 1356 (Bourges-Romorantin-Tours)
Castrum Magdunense - Château Meung sur Loire et son Pont médiéval <==... ....==> 12 octobre 1428, Salisbury met le siège devant Orléans, touché par un boulet de canon, il meurt à Meung-sur-Loire le 3 novembre
(1). Robert de Clermont (vers 1310-1356 ?) : Le maréchal de l'avant-garde, souvent confondu avec Arnoul d'Audrehem
Identité et clarification : Il n'existe pas de "Robert de Clermont" maréchal de France actif en 1356 dans les sources primaires fiables.
Le nom "Robert de Clermont" renvoie généralement à Robert de Clermont (1256-1317), sixième fils de saint Louis IX, fondateur de la maison de Bourbon (comte de Clermont-en-Beauvaisis), mort bien avant la guerre de Cent Ans.
Cependant, dans le contexte de 1356 et des chroniques comme celles de Froissart ou Galfridi Le Baker, "Robert de Clermont" est une erreur ou une variante pour Arnoul d'Audrehem (vers 1310-1370), maréchal de France (nommé en 1350) et commandant de l'avant-garde aux côtés de Jean de Clermont.
Certaines généalogies secondaires ou chroniques populaires (comme des adaptations du XIXe siècle) confondent les branches Clermont, attribuant par méprise des rôles à un "Robert".
Arnoul, originaire de Flandre, était un noble roturier monté en grade, connu pour sa bravoure.
Carrière militaire (focalisée sur Arnoul d'Audrehem) :Nommé maréchal en 1350, il combattit en Normandie et en Bretagne contre les Anglais.
En 1356, il rejoignit l'armée de Jean II à Meung-sur-Loire (8 septembre) et participa à la poursuite du Prince Noir après le passage de la Loire.
Rôle en 1356 : Comme Jean de Clermont, il commandait l'avant-garde à Poitiers. Le matin du 19 septembre, il estima que les Anglais tentaient de fuir via le gué de l'Homme et prôna une attaque immédiate pour occuper les passages – avis contraire à celui de Jean de Clermont, qui craignait un piège.
Sa charge sur un chemin bordé de haies (le "mauvais passage" de Maupertuis) fut anéantie par les archers anglais embusqués. Contrairement à Jean, Arnoul survécut à la bataille (blessé mais capturé puis racheté), et poursuivit sa carrière : il fut libéré en 1357, devint maréchal de Normandie pour le dauphin Charles (futur Charles V), et mourut en 1370.
Héritage : Arnoul incarne la mobilité sociale dans l'armée royale ; son opposition tactique à Jean de Clermont à Poitiers symbolise les divisions internes françaises qui favorisèrent la victoire anglaise.
Ces deux maréchaux illustrent les dynamiques de la guerre de Cent Ans : rivalités franco-anglaises (comme avec Chandos), stratégies défaillantes (conseils ignorés par Jean II) et importance des avant-gardes. Leur opposition à Poitiers – prudence vs. audace – scella la défaite française, menant à la captivité royale et au traité de Brétigny (1360).
Notez que la confusion "Robert de Clermont" provient souvent de généalogies approximatives ; les sources primaires (Froissart, Baker) nomment explicitement Arnoul.
(2) Histoire de Cléry, par Louis JARRY ; Orléans, 1899, p. 68 et 69.
(3) M. Jarry renvoie à Arch. Nat,, Trésor des Chartes, II, 109e, n° 49.
(4) P. 480.
(5) Siméon LUCE, p. 481.
(6) V. le procès de Jean de Melun, chef de l'une de ces bandes, rapporté par L. JARRY, op. cit., p. 59. V. p. 62.
