Castrum Magdunense - Château Meung sur Loire et son Pont médiéval

Tous les auteurs qui ont écrit sur l’histoire locale sont unanimes à déclarer que l'origine de Meung remonte au moins à l'époque gallo-romaine. Ils parlent tous d'un ancien château (castrum) détruit, jusqu'au ras du sol, par les Vandales, dans les premières années du Ve siècle.

Il parait certain que ce château occupait la même place que le château actuel et peut-être en découvrira-t-on quelque jour les vestiges dans ses nombreuses substructions encore inexplorées.

Les indications données par nos anciens chroniqueurs sur remplacement de ce relus castrum sont assez concordantes el assez précises pour ne pas permettre de le placer ailleurs que sur le coteau où nous voyons encore aujourd'hui, à côté de ruines plus ou moins anciennes, les bâtiments relativement modernes ou tout au moins modernisés du château de Meung.

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C'est en racontant la vie de saint Liphard, ainsi que la fondation de l'église et du monastère de ce 1 nom, que les géographes déterminent le lieu où ce saint anachorète est venu chercher le calme et la solitude nécessaires à la nouvelle et pieuse existence à laquelle il avait résolu de se consacrer.

Au VIe siècle, SAINT-LIPHARD, né à Orléans en 477, juge puis moine du Monastère de Micy Saint Mesmin (près d'Orléans), Liphard et ses compagnons traversèrent la Loire et se fixèrent sur une hauteur (mons) située près de la rivière de la Maulve, à l'endroit même où s'était élevé autrefois un château détruit par les Vandales.

Nous examinerons plus tard les sources où nos annalistes La Saussaye, Symphorien Guyon, Lemaire, Hubert ont puisé ces renseignements : il me suffira pour le moment de constater que c'est sur la rive droite de la Loire, au confluent des Mauves, en un lieu élevé, qu'ils placent les ruines au milieu desquelles Liphard s'est créé un abri.

Il est vrai que l'on semble parler d'une montagne, le mot mons est reproduit dans tous les récits et c'est vainement que l'on cherche sur les lieux une hauteur qui paraisse mériter cette appellation ; mais les contemporains ou les successeurs de Liphard n'étaient peut-être pas sur ce point aussi exigeants que nous : tout étant relatif, ils pouvaient donner cette qualification de mons même à un simple coteau comme celui qu'occupe le château actuel.

Il dirigea des travaux de défrichage et fit construire un monastère dont les évêques d'Orléans furent propriétaires.

Il aménagea le système hydrographique des Mauves. Après sa mort (en 565), on éleva une chapelle sur son tombeau, à l'emplacement de l'église actuelle.

On voit donc l'origine de la seigneurie temporelle et spirituelle que les évêques d'Orléans possédèrent à Meung jusqu'à la Révolution

 Lemaire, dans ses Antiquités d'Orléans, ne nous dit-il pas que l'église de Saint-Euverte était anciennement appelée l'église de Sainte-Marie du Mont, de alto monte. « parce qu'elle est en un lieu haut et que l'on y monte de la rivière » ?

Quelles étaient la nature et l'importance de ce castrum vêtus dont nous parlent nos anciens chroniqueurs ? Le mot castrum n'a pas par lui-même un sens très déterminé : il paraît pouvoir s'appliquer à tout ouvrage fortifié, château, ville, enceinte entourée de murs : c'est en un sens analogue que l'on emploiera plus tard, au moins dans notre région, le mot Firmitas (Ferté).

On doit cependant admettre qu'il y avait à Meung un centre assez important et que ce n'est point uniquement par amour de l'antithèse que nos vieux auteurs ont opposé à la solitude rencontrée par Liphard la vie et le mouvement d'autrefois : « ce lieu jadis célèbre, dit Surius (Incus Me quondam celebris) » : lieu qui avait été rempli par l'éclat des réunions des hommes, dit un très vieux manuscrit (locus ille qui claris hominum conventibus replebatur).

Binet, dans un autre manuscrit très savant, dit que, « du temps que les empereurs romains commandaient en Gaule. Meung était bien peuplé et habité », et il en donne pour preuve les nombreuses pièces de monnaie qui y ont été trouvées. J'en ai vu, dit-il plus de cent, représentant Tibère. Néron, Vespasien. Adrien. Antonin. Faustine, Maximin, Posthume. Claudius Albinus. Constantin le Grand, Constance, Licinius. Valentinien et d'autres empereurs.

Un historien moderne. A. Duchalaie (1). très versé par ses études dans la science archéologique et par ses longues recherches personnelles dans la connaissance d'un pays qui était le sien, fait ressortir l'importance relative de l'ancien castrum Magdunense.

Il était, suivant lui, le point d'aboutissement de toutes les routes de cette région et il signale comme passant à Meung les deux routes importantes « de Subdinum (Le Mans) à « Genabum, aujourd'hui le vieux chemin de Vendôme (2), et celle d'Autricum (Chartres) à Avaricum « (Bourges) », nommée le chemin chaussée (3) en Beauce et chemin de la Fringale en Sologne.

Quant à la route romaine de Genabum à Cesarodunum (Tours), que les historiographes (4) font passer sur la rive droite de la Loire, et par conséquent par Meung, M. Duchalais (et il est d'accord en cela avec les auteurs locaux (5) pense qu'elle suivait la rive gauche de la Loire.

 Il admet cependant, avec M. Jollois (6), qu'il devait y avoir également, sur la rive droite du fleuve, un chemin qui était nécessaire pour relier les différentes localités dont l'existence à l'époque romaine n'est point douteuse, notamment Meung, qui nous occupe, et Suèvres, dont M. Duchalais, dans une monographie spéciale, a rappelé les antiques souvenirs (7).

Et à ce sujet, il n'est point sans intérêt de remarquer que les deux centres qui, sur cette rive de la Loire, paraissent avoir été, à cette époque lointaine, les plus prospères, sont situés, au point de vue géographique, dans des conditions tout â fait analogues : Suèvres et Meung semblent avoir choisi leurs places, dans cette région dépourvue de rivières, à l'embouchure des deux cours d'eau les plus considérables, la Tronne el les Mauves, et, sans cloute, les eaux courantes capables de mettre en mouvement les roues des moulins avaient, plus encore que la fraîcheur des ombrages, attiré les habitants et provoqué les premières agglomérations (8).

De ces constatations, M. Duchalais conclut à la prospérité de l'ancien Magdunum : « Beaugency, ajoute-t-il, était, à cette époque, beaucoup moins important » ; et cette appréciation a d'autant, plus de poids que Duchalais était originaire de Beaugency et que, sans doute, il n'était pas plus que d'autres dépourvu d'un certain patriotisme local, puisque, quelques lignes plus bas, il constate, non sans quelque fierté, la victoire définitive de Beaugency sur Meung à partir du Ve siècle.

C'est, en effet, dans les premières années de ce siècle que les Vandales quittèrent la Germanie sous la poussée des Huns, descendus du grand plateau asiatique, et envahirent la Gaule ; ils s'emparèrent du castrum de Meung et, suivant leur sauvage habitude, le détruisirent de fond en comble.

 La date de cet événement ne peut être précisée d'une façon absolue : les auteurs de Gallia christiana indiquent l'année 409, les Bollandistes l'année 406.

Le désastre fut si complet que nos anciens auteurs ne semblent pas trouver d'expression assez forte pour décrire la solitude du lieu après le passage des Vandales : Locus in densissimam redactus est solitudinem (manuscrit reproduit par d'Achery et Mabillon). obstrusa patibula (même ouvrage), obstruosos recessus (Surius)... quod Vandali solo tenus diruerunt, ita ut, nemoribus hinc inde inter rupes crescentibus locus erat solitudo (La Saussaye).

Rien ne devait survivre à cette catastrophe : il en restait tout au plus le souvenir du nom même de l'ancienne forteresse : Magdunum.

zoom Castrum Magdunense - Château Meung sur Loire et son Pont médiéval

Charles le Chauve, inquiet du péril que faisait courir à ses états les invasions normandes, chercha, pour se défendre, à nouer des alliances.

Robert le fort, Comte d’Anjou et de Blois, ancêtre des Capétiens, père des rois Eudes et Robert 1er, d’origine saxonne. En 861, Charles le Chauve le rencontra à Meung sur Loire, et par le traité du même nom s’assura ses services en lui donnant entre la Seine et la Loire un commandement militaire contre Normands et Bretons.

Ce fut à Meung qu'en 861 il eut à cet effet une entrevue avec Robert le Fort, prince saxon, auquel il donna, pour prix de son concours, la souveraineté du pays entre Saône et Loire.

L'ancêtre de la dynastie Capétienne forma le noyau de ce qui deviendra le royaume de France.

En 889 le Roi Eudes vint rendre visite à sa bonne ville et y signa deux chartes encore conservées.

Baudry de Bourgeuil (ou encore Baldéric), moine, poète du XIe XIIe siècle, né à Meung en 1046, élève des écoles de la ville, abbé de Bourgueil

Baudry séjourna à Bourgueil de 1079 à 1107, et pendant ce long passage jeta un vif éclat sur l'abbaye grâce à sa réputation de lettré, à ses relations suivies avec tous les savants de son temps, grâce surtout à l'enseignement scolastique qu'il développa d'une façon particulière.

D'origine modeste et natif de Meung-sur-Loire; d'abord élève de l'école de cette ville, où il apprit la grammaire et un peu de poésie de l'écolâtre Hubert, il alla à l'école épiscopale d'Angers, dont les maîtres étaient Rainaud, Frodo et Marbode, qui contribuèrent si puissamment à la renaissance de la poésie latine au XIe siècle.

Il suivit aussi à Tours les leçons de Bérenger, comme le ferait supposer l'éloge qu'il écrivit de ce grand théologien.

Baudry arriva donc à Bourgueil possédant à fond la somme des sciences enseignées dans les écoles de ce temps. Il ne tarda pas à professer à son tour.

Tout d'abord, il enrichit la bibliothèque de nombreux livres qu'il faisait copier par les scribes Hugues et Gautier et enluminer par le doreur Gérard, qu'il avait fait venir du scriptorium célèbre de Saint-Martin. Aussi invitait-il instamment ses amis à venir le visiter. « Vous aurez à Bourgueil, écrit-il à Gérard de Loudun, tout ce que peut désirer un homme de lettres pour s'occuper d'une manière aussi agréable qu'utile; les manuscrits ne vous manqueront donc pas. »

 L'enseignement qu'il donna eut un vif succès et attira quantité de jeunes gens avides de s'initier aux études des arts libéraux, comme le prouvent plusieurs petits poèmes dans lesquels le maître donnait à ses élèves des conseils très sages, des préceptes et des avis sur la conduite des clercs et les avantages de la vie monacale. Pour lui, en effet, l'éducation scolastique ne devait pas avoir d'autre but que de former des religieux instruits.

Il assista à tous les conciles qui se tinrent de son vivant, dont celui de Clermont en 1095 qui initia la première croisade (1095-1099). Il a donné une narration de cette dernière, sous le titre de Historia Hierosolymitana libri IV, publiée dans le recueil de Jacques Bongars, fondée en partie sur le témoignage de témoins directs, et soumise pour correction à l'abbé Pierre de Maillezais, qui avait accompagné les Croisés. Puis devient l’archevêque de Dol ou il meurt en 1130. Il a écrit en latin des poèmes historiques et des Vies des Saints

 

Pont médiéval

 

Au treizième siècle, Meung devint le véritable palais épiscopal et la résidence ordinaire des Evêques d'Orléans.

Manassés de Seignelay, évêque d'Orléans, après avoir embelli et transformé le château de ses prédécesseurs, eut l'honneur de la construction d'un pont sur la Loire entre 1207 et 1221 dont l'importance fut grande pour toute la région.

C'est en effet à Meung que le 8 septembre 1356 se trouve le Roi Jean avec le gros de ses forces et en utilise le pont pour concentrer ses armées au sud de la Loire et se porter au devant des Anglais commandés par le Prince Noir.

Après la défaite des Français à Poitiers, les Anglais occupèrent la ville qu'ils quittèrent et réoccupèrent plusieurs fois.

Lorsqu'en 1428 les Anglais décidèrent de marcher sur Orléans ils occupèrent Meung. Salisbury s'en empara le 5 septembre et y installa son principal centre de réserves et d'approvisionnements.

Un mois plus tard il devait y rendre le dernier soupir, blessé à mort au siège des Tourelles.

Après la délivrance d'Orléans le 7 mai 1429 les Anglais battirent en retraite sur Meung, dont ils furent délogés par Jeanne d'Arc et le Duc d'Alençon.

En 1461 François Villon, après avoir été et condamné pour vol de bien sacré et complicité de meurtre, fit un séjour forcé dans les prisons de la ville de Thibault d’Aussigny l’Evêque, Louis XI s’en revenant de son cher Cléry le « délivra de la dure prison de Meung ».

Les guerres de Religion terminées, Meung recouvra le calme sinon la prospérité.

Au dix-huitième siècle, sous Mgr Louis Sextine de Jarenté de la Bruyère, exilé par ordre du Roi en son château de Meung, s'installa dans la ville une sorte de petite cour de mécontents parmi lesquels on peut citer à côté du Marquis de Choiseul le poète Delille qui y composa une partie de son poème des « Jardins ».

Meung a donc tenu sa place dans l'Histoire de France.

 

 

Les médecins dans l'Ouest de la France aux XIe et XIIe siècles : études sur la médecine en France du Xe au XIIe siècle / par le Dr Louis Dubreuil-Chambardel ; préface de M. le professeur J. Renaut,..

Amis de Rabelais et de La Devinière

 

 

Les deux voies antiques d’Orléans (Civitas Aurelianorum) à Tours (Caesarodunum). <==....

 


 

(1) DUCHALAIS fut attaché à la Bibliothèque National.

(2) PELLIEUX, p. 463.

(3) Les notes de M. Ja.rry signalent, dans un acte de 1494 (minutes de Guillaume Bidault, notaire à Meung), la mention du chemin chaussée qui va de Meung à Châteaudun.

(4) V. le rapport de M. Ernest DESJARDINS sur la carte de PEUTINGER (1868), et aussi WALKEMAER, Géographie des Gaules, suivie de l'analyse graphique des itinéraires anciens.

(5) PELLIEUX, Histoire de Beaugency, p. 316. Louis IARRY, Histoire de Cléry, p. 5.

(6) JOLLOIS, Antiquités du Loiret, p. 159.

(7) Mémoires de la Société archéologique de l'Orléanais, t. I, p. 208.

(8) Meung ainsi que Suèvres ont d'ailleurs conservé jusqu'à nos jours d'importantes minoteries.