Moulin à vent de Lignerolles à Patay Coinces
Moulin pivot ou chandelier
C’est la version la plus ancienne de moulin recensé en France à partir du XIIe siècles.
Il est composé d’une cage en bois qui peut tourner sur un pivot vertical central taillé dans un tronc de chêne.
La cage, qui abrite le mécanisme et les meules, est composée de planches verticales (ou essentes), qui se recouvrent comme des ardoises.
Une cavette maçonnée permettant d’entreposer les sacs de céréales ou de farines, entoure parfois le pivot.
On le rencontre plus particulièrement dans la partie Nord de la France, dans les plaines de la Beauce, sur quelques hauteurs de Picardie, et du Nord Pas de Calais, ainsi que dans l’Est de la France.
Le premier moulin de Lignerolles a été édifié à la Courvoisie, métairie dépendant du château, d’où il a disparu vers 1802-1803.
En aout 1848, François Auguste Dousset, boulanger à Lignerolles, achète à Jean-Florentin Sagot, meunier à Ingre le moulin à vent de Besançon. Le moulin est promptement démonté et transporté à Lignerolles, au climat des terres blanches, chemin de la jambe. On y ajoute divers éléments neufs pour en faire un moulin moderne.
Le 12 aout 1851, les archives parlent « d’un moulin à vent faisant de blé farine, garni d’une paire de meules et tous ses tournants, virants et travaillants, construit en bois, assis sur des pierres, ayant des voiles en bois…. »
Cette description est particulièrement importante : pour la première fois dans la région, apparait la mention d’un moulin équipé d’ailes en bois mécaniques, mises au point par Berton.
En 1856, Jean Prosper Touchard, fils de Jean-François Touchard, meunier demeurant à Gidy, rachète ce moulin. Il sera exploité jusqu’en 1933 par Jules Touchard, le dernier des meuniers boulangers de Lignerolles.
Louis-Joseph Soulas, peintre-graveur, originaire de Lignerolles, acquiert ce moulin le 25 juillet 1939. Il le fait classer à l’inventaire des monuments historiques en 1942 et entreprend des travaux de renforcement. Le moulin sera entièrement restauré entre 1973 et 1975 mais subira de nouveau les outrages du temps.
La commune de Coinces s’en porte acquéreur en 2008. Sa restauration, envisagée dès l’achat entre dans une phase opérationnelle en 2014 et se termine en 2019.
Le moulin de Lignerolles est aujourd’hui le dernier moulin pivot de la Beauce Loiretaine.
L’association « Les Amis du Moulin de Lignerolles » est créé en 2012
Pour visiter le moulin, connectez-vous au site de l’Association des Amis du Moulin. www.moulindelignerolles.fr
L’intérêt pittoresque des vieux moulins
Ces antiques machines éoliennes, qui font le caractère et constituent même l’âme de bien des paysages, méritent d’être conservés.
Le progrès, avec la vapeur, l’électricité, a doté les hommes et les industries de forces motrices plus constantes, plus pratiques à utiliser, et surtout moins aléatoires que celles dont on disposait jadis, tel le vent entre autres.
Des Moulins à vent ont donc été abandonnés. Beaucoup, considérant leur rôle comme très réduit, se demandent quel intérêt il y aurait à les entretenir ? Certes, du point de vue purement utilitaire, la réflexion est pleine de bon sens. Mais ne peut-on l’envisager sous un autre jour ? Si oui, peut-être trouverons-nous dans ce cas qu’il y a, au contraire, intérêt à conserver les vieux Moulins à vent.
DONNÉES GÉNÉRALES Origine.
Depuis des temps très reculés, les Moulins à vent auraient existé en Europe orientale et en Asie. Des auteurs attribuent l’invention de ces pittoresques machines aux Arabes ; d’autres prétendent que ces derniers les doivent eux-mêmes aux Persans ou aux Chinois. Il est d’ailleurs assez logique de penser que ces moteurs éoliens soient originaires de ces contrées, où l'eau est rare. En tout cas, l'apparition des Moulins à vent dans les pays d’Occident ne semble avoir eu lieu qu’à la suite des Croisades.
Les Moulins à vent auraient été introduits en Bretagne par le duc Alain IV de Rohan, vers la fin du XI e siècle, c'est-à-dire après la première croisade. De Caumont, d’autre part, fixe à la fin du XII e siècle la construction des premières « Tours ailées » en Normandie, où on leur donnait le nom de « Moulins turquois ». En Flandre, leur apparition remonterait au XIII e siècle. Enfin, dans la Loire- Inférieure, on ne les aurait connus qu’à partir de 1432. Il n’y a guère qu’en Bohême que l’on construisit des Moulins à vent antérieurement aux Croisades (vers 718).
Par la suite, le nombre de ces appareils originaux n’a fait que s’accroître jusqu’à la fin du XVIII e siècle. Utilisation. Les Moulins à vent ne furent pas seulement utilisés à la mouture du blé. Ils servaient également à la fabrication des huiles, de la poudre, du papier, au foulage de la laine, etc.
Dans les pays tels que la Flandre, la Hollande, où l’assèchement du sol joue et tient un rôle capital dans l’activité des habitants, ils furent très largement employés pour pomper et évacuer l’eau des marais. Allure.
Les Moulins construits dans nos pays ne furent pas de simples copies de ceux d’Orient. En particulier, une sérieuse transformation fut effectuée : le nombre des ailes se réduisit à quatre, alors que, dans les Moulins orientaux, les bras, avec leurs voiles, arrivent à couvrir la surface complète du cercle qu’ils décrivent. Suivant que l’axe des ailes est vertical ou horizontal, le Moulin est dit « à la polonaise » ou « à la hollandaise ».
Dans le premier cas, l’appareil peut fonctionner, quelle que soit la direction du vent, sans autre artifice que des directrices dirigeant le courant d’air sur les ailes. Dans le second cas, il est indispensable de placer le plan des ailes constamment contre le vent ; c’est ce qu’on obtient en établissant le Moulin sur un pivot, ou en le munissant d’une calotte tournante. Le Moulin sur pivot, en bois, présente, la plupart du temps, la forme d’une hutte couverte d’un petit toit à deux pentes. Le Moulin à calotte tournante est en maçonnerie ou en bois, prenant alors l’allure, suivant le cas, d’une tour tronconique ou d’une tour hexagonale. L’axe des ailes, dans un tel Moulin, est solidaire de la calotte tournante formant le toit.
INTÉRÊT PITTORESQUE
Tout comme le clocher du village, le Moulin à vent fait partie intégrante du paysage dans lequel il se trouve, et comme ce paysage est souvent celui d’une plaine, qu’ondulent seulement çà et là quelques monticules, la présence du Moulin en ces lieux ne peut être que bienvenue par la diversion et le mouvement qu’il y apporte, en rompant la monotonie. Qu’est-ce qui, en effet, ressemble plus à une plaine qu’une autre plaine ? II est indiscutable que ce genre de paysage manque de caractère. Or, tout comme la montagne a tel pic curieusement découpé, telle cascade originale à montrer, la plaine a besoin d’éléments qui puissent la caractériser, et, parmi ces éléments, les Moulins, s’il y en a, tiennent la première place. Ainsi, pourriez-vous imaginer les vastes plaines de Hollande sans leurs grands Moulins à vent? Non, n’est- ce pas ? Vous avez beau rassembler mentalement : des champs de tulipes, un ciel bas, de la brume, une multitude de canaux, il vous manque quelque chose ; ce qui vous montre bien ce que ces « tours gesticulantes » peuvent apporter de typique dans un paysage. Et ce qui est vrai pour la Hollande l’est aussi pour telle plaine de Provence, de Bretagne ou d’ailleurs.
Le Moulin à vent a, en outre, son charme propre. Sa silhouette, surtout pour ceux en forme de tour, est loin d’être disgracieuse. Et puis, du moins quand les éléments l’ont ménagé, il est vivant.
De loin, il a l’air de vous appeler du geste large de ses grands bras, et, quand vous êtes près de lui, son murmure, comme la voix chevrotante d’une aïeule, évoque en vous de doux souvenirs d’enfance, comme, par exemple, la chanson du meunier, ou la chevauchée héroï-comique de Don Quichotte.
Ce sont là de petits riens, mais de petits riens dont la somme fait beaucoup, en créant une ambiance d’où se dégage la douceur de vivre. « Le mystère et le rêve, dit M. Renouard, sont des aliments essentiels de notre esprit ; or, poursuit-il, ces aliments, nous les trouvons dans les ailes de nos Moulins, si vieilles soient-elles, car, phénomène singulier, depuis qu’elles ne servent plus, leur fonction s’est épurée, idéalisée. Sur les Moulins fantômes, elles se mettent à moudre un grain immatériel. Nous croyons les voir en imagination s’orienter encore vers la brise, comme le tournesol vers le soleil. Elles appartiennent aux paysages ; elles en sont l'âme, la partie noble qui cherche à s’élever, à gagner la lumière. »
Maisons pour tous : revue pratique de l'habitation et du foyer

