Guillaume (Guilhem) IX et Le vase d'Aliénor d’Aquitaine (Bataille de Cutanda)
Guillaume IX le Troubadour rejoint la première Croisade, menée par Godefroy de Bouillon en mars 1101
La bataille de Cutanda (1120)
En 1120, Guillaume IX, duc d’Aquitaine, venu avec 600 lances, s'engage dans la Reconquista ibérique aux côtés d'Alphonse Ier d'Aragon, dans le contexte de la chute de Saragosse (1118) aux mains des chrétiens.
Les Almoravides (dynastie marocaine berbère) tentent de reconquérir la ville en envoyant une armée commandée par Ibrahim ibn Yusuf.
Pour contrer cette menace, Alphonse Ier forme une coalition incluant des alliés francs : Guillaume apporte 600 chevaliers aquitains, et Imad al-Dawla (Mitadolus), dernier roi taïfa musulman de Saragosse, se joint aux chrétiens pour lutter contre les Almoravides intégristes.
La bataille se déroule le 17 juin 1120 près de Cutanda (près de Calamocha, en Aragon actuel avec la prise de Calatayud et de Daroca) ).
Les forces aragonaises et aquitaines tendent une embuscade aux Almoravides, coupant leurs lignes de ravitaillement.
L'armée almoravide, surprise et encerclée, subit une défaite décisive : des milliers de morts, dont de nombreux chefs, et une déroute totale. Guillaume combat avec un bouclier orné du portrait nu de sa maîtresse Dangereuse, selon les chroniques, symbolisant son audace et son esprit provocateur.
Cette victoire permet la prise de Calatayud et Daroca, consolidant les gains chrétiens en Aragon.
Elle marque l'un des sommets militaires de Guillaume, renforçant ses alliances ibériques et sa réputation de croisé.
De cette expédition, Guillaume (Guilhem) IX rapporte le « vase d’Aliénor », cadeau d’Imad al-Dawla.
Le vase d'Aliénor d'Aquitaine
Le "vase d'Aliénor" est un artefact précieux en cristal de roche (quartz transparent), probablement fabriqué en Iran au Xe-XIe siècle, monté d'or et d'émail à Paris au XIIe siècle. Haut de 19 cm, il porte une inscription latine sur son pied : "Ce vase, Aliénor son épouse l'a donné au roi Louis, Mitadolus à son aïeul, le roi à moi-même, Suger, qui l'ai offert aux saints." Conservé au musée du Louvre, il relie directement Guillaume IX à sa petite-fille Aliénor.
L'histoire du vase est diplomatique et familiale :
Origine : Offert vers 1120 à Guillaume IX par Imad al-Dawla (Mitadolus), roi de Saragosse, en remerciement de son alliance lors de la bataille de Cutanda. Les objets d'art comme celui-ci étaient des cadeaux courants entre princes pour sceller les pactes.
Transmission : Guillaume le lègue à son fils Guillaume X, qui le transmet à sa fille Aliénor (née vers 1122). En 1141, après l'échec de la campagne de Louis VII sur Toulouse (revendiquée via les droits de Philippa de Toulouse), Aliénor offre le vase à son époux Louis VII comme geste de gratitude. Louis le donne ensuite à Suger, abbé de Saint-Denis, qui l'orne et l'offre aux saints Denis, Rustique et Éleuthère en 1147.
Signification : Ce vase symbolise les échanges culturels entre mondes chrétien et musulman, ainsi que le legs familial des ducs d'Aquitaine. Il incarne la richesse et l'influence de Guillaume IX, dont les conquêtes en Espagne ont permis l'acquisition d'un tel trésor exotique.
Hauteur, 0m, 340. — Diamètre, 0m, 113,
Il est de cristal de roche, & le travail de la taille, imitant les alvéoles que les abeilles font pour leur miel, a été exécuté avant les siècles de décadence; il est antique.
La monture d'orfèvrerie a été faite au douzième siècle, aux approches de l'année 1140, par les ouvriers que Suger, abbé de Saint-Denis, désigne comme auteurs des ouvrages qu'il a fait exécuter.
Suger, dans le livre, déjà cité, des actes de son administration, lui consacre quelques lignes que nous transcrivons en les traduisant : « Cet autre vase que l'on voit, semblable à une juste de béryl ou de cristal, c'est la reine qui, au premier voyage d'Aquitaine, nouvellement fiancée, l'a donné à notre seigneur le roi Louis.
Le roi, voulant récompenser notre amour, nous a donné cette juste, mais nous, nous l'avons par grande affection rapportée aux saints martyrs nos seigneurs, pour le service de la table divine.
Cette succession de donations, c'est sur le vase même, après l'avoir fait orner de pierreries & d'or, que nous l'avons consignée en ces quelques vers : Hoc vas sponsa dedit Anor regi Ludovico. — Mitadolus avo mihi rex sanctisque Sugerus. [Ce vase, c'est Aliénor qui l'a donné au roi Louis, son fiancé; Mitadol l'avait donné à son aïeul; le roi (l'a donné), à moi, & moi Suger, aux saints.] » Mitadol est un personnage inconnu jusqu'à ce jour; les saints sont Denis & ses compagnons Éleuthère & Rustique.
L'orfévrerie du vase est d'argent doré; elle comprend le grand col qui le surélève & la base qui le supporte. Les ornements si bien composés, si finement exécutés, qu'on voit sur le col, sont filigranés. Trois cercles de pierreries séparent en les reliant les zones que dessinent les filigranes ; dans les deux cercles supérieurs, des perles alternent avec des améthystes, des grenats, des saphirs, des topazes, des émeraudes; le cercle le plus rapproché du corps du vase n'est composé que d'améthystes; toutes les pierres sont réunies avec des perles sur la cymaise de la base, & l'on y trouve une cornaline de gravure antique.
Les petits écussons fleurdelisés que l'on voit sur le col sont émaillés, bleu & or. Ce sont les armes anciennes de la France, des fleurs de lis sans nombre sur champ d'azur. Il n'y faut pas chercher un modèle de la fleur de lis sous le règne de Louis le Jeune, car ces émaux d'applique ont été enchâssés en remplacement de pierres gravées ou de chatons qu'avaient originairement disposés les ouvriers de Suger. Ce remplacement a été opéré après l'an 1 300.
Le vase d'Aliénor est conservé dans le Musée du Louvre.
La vie d’Aliénor d’Aquitaine <==
Vase de cristal d'Alienor. Cristal : art sassanide, VIe-VIIe siècle - Monture : Saint-Denis, avant 1147, XIIIe et XIVe siècles. Trésor de l'abbaye de Saint-Denis, France - Département des Objets d'art
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