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26 février 2018

Les tribulations de Saint Florent du Mont-Glonne (fuyant l'invasion des Normands vers le Berry)

Hypothétique chemin part la Loire des reliques Saint Florent du Mont Glonne

 

 

La première histoire du monastère de Saint-Florent, écrite au  XII e siècle par un moine anonyme et recueillie par dom Martenne dans sa collection Veterum Scriptorum, a servi de base à toutes celles qui l'ont suivie.

 

On lit dans cette histoire que les moines du Mont-Glonne, fuyant l'invasion des Normands, emportèrent les reliques de leur patron et allèrent chercher un asile près des moines de Tournus, en Bourgogne ; que les temps étant devenus plus calmes, ils revinrent dans Ieur pays, mais avec la douleur d'abandonner les reliques de leur patron, que leurs hôtes  ne voulurent pas leur restituer….. (==> L’Histoire millénaire de l’Abbaye Saint Philibert de Tournus)

 

Au IVe siècle, l'ermite Florent d'Anjou disciple de saint Martin, se retira au Mont-Glonne vers 390 et évangélisa la contrée.
 

S. Florent ne fut pas abbé, mais il laissa au MontGlonne des disciples qui, réunis en communauté, adoptèrent plus tard la règle Bénédictine.

 

S. Florent est dit encore Aquitain, parce que le Mont-Glonne fit partie de l'Aquitaine jusqu'au XVe siècle « Mons Glonna in extremis Aquitaniœ partibus, non longiuscule Ligeris a ripa sepositus (1). » (Carte Celte Gaule Peuples Gaulois)

 

Martène. Collect. ampl., t. V, col. 1084. • Monasterium sanctae Mariae et sancti Petri de Ferrariis... monasterium sancti Florentii…. quibus veluti quibusdam lychnis totum decoratur Aquilania regnum.. » Ludovici pii biograph., apud duChesm, Scriptor. Franc., t. Il, p. 293.

 

 Il parait certain que le pays des Mauges n'a été annexé définitivement  à l'Anjou que par suite de la bataille de St-Jouin, en 1033, et du traité île 1037, en vertu duquel Guillaume le Gros, comte de Poitou, fut rendu à la liberté par le comte d'Anjou.

 

(Guillaume est battu et fait prisonnier par le comte d'Anjou Geoffroi Martel, fils de Foulques Nerra le 20 septembre 1033 près de Saint-Jouin-de-Marnes. Il n'est libéré contre rançon que trois ans plus tard. Il repart immédiatement en guerre en 1036, mais est battu à nouveau, et doit céder l’île d’Oléron.)

 (Répertoire, archéologique de l'Anjou, 1863, p. 14.)

 

 

C'est un fait acquis à l'histoire que S. Florent vécut et mourut au Mont-Glonne, plein de jours et de mérites. C'est là aussi que nous devons chercher le lieu de sa sépulture et l'attester par des documents authentiques.

 

 

 Des deux églises de S. Florent-le-Vieil, l'une l'église abbatiale, était sous le vocable du Sauveur, l'autre, l'église paroissiale, sous le patronage de S. Pierre. Celle-ci, bien évidemment, avait succédé à l'oratoire élevé par S. Florent et il y avait nécessité à la maintenir en cet endroit sanctifié par les prières de l'apôtre du Mont-Glonne.

 

Celle-là, au contraire, à quelques pas seulement de distance de l'autre, eut pour motif de sa construction, non un besoin auquel l'église primitive pouvait suffire, mais une raison majeure de convenance et de vénération. Car il est incontestable que là fut inhumé S. Florent et que là il resta plusieurs siècles, jusqu'à ce que, levé de terre, son corps précieux commençât la longue suite de ses pérégrinations.

 

Dom Huynes détermine rigoureusement le lieu de sa déposition que rend d'autant plus certain la tradition populaire :

« Entre les deux autels sçavoir le dominical et le matutinal (à S. Florent-le-Vieil), on trouva trois tombeaux du temps de l'abbé Frederic (1), et voicy ce que nous en apprend l'histoire domestique. On sçait par tradition que le sepulchre de S. Florent, auquel fut ensevely son saint corps étoit là et du costé des pieds par un trou de muraille on y regardoit. » Dom Huynes, f 73, verso (2).

 

Au IXe siècle, Louis le Débonnaire témoignait en faveur de la tradition reçue, lorsque, dans un privilège accordé à l'abbaye Bénédictine, il disait que le corps du bienheureux confesseur reposait dans le monastère du Mont-Glonne qui déjà portait le nom, le seul usité depuis, de son glorieux apôtre S. Florent « Concessimus eis quoddam rnonasterium, quod est situm in territorio Pictavensi supra ripam Ligeris, quod dicitur Glonna, sive S. Florentius, ubi idem beatus confessor Christi corpore quiescit. » Mabillon, Annal. Benedict., t. Il, p. 739.

 

Le corps de S. Florent, depuis l'an 848, subit une foule de vicissitudes qu'il importe de relater, au moins sommairement, pour prouver l'identité et l'authenticité des reliques que possède le diocèse d'Angers. J'irai rapidement dans cette revue rétrospective, parce qu'il s'agit de faits déjà connus et longuement narrés par les historiens.

 (1) Il gouverna l'abbaye de 1022 à 1025.

(2) Histoire de l'abbaye royale de S.-Florent, près Saumur, ordre de S. Benoît (1647). Comme il existe plusieurs copies de cet important manuscrit dont l'original appartient aux archives de la Préfecture, je préviens que toutes mes citations sont prises dans la copie qui existe à la bibliothèque de la ville.

 

 À la fin du VIIIe siècle, sous l'abbé Abaldus, commence à s'organiser autour d'une règle une communauté religieuse. Charlemagne fait construire le monastère, en le dotant de « marbre et d'une admirable architecture ». Il lui remet également une vase dit du Saint Graal. Louis le Pieux fait revenir des moines d'Italie et les installe au monastère pour y installer la règle bénédictine

 

 

848. L'abbaye de S. Florent au Mont-Glonne est dévastée par le Breton Noménoé.

 

 

 

 

 

Les religieux quittent précipitamment l'abbaye, qui se transforme en solitude et emportent avec eux le corps de leur saint patron.

 

Charles-le-Chauve les autorise à le déposer dans la cellule de S. Gondon au pays de Bourges (1).

 

Voici le texte du diplôme impérial :

« Preceptum incliti regis Karoli ad Hecfridum abbatem ubi ei largitur cellulam sancti Gundulfi ad trasferendum in eam corpus sancti Florencij.

 In nomine sancte et individue Trinitatis Karolus Dei gratia rex. Quicquid pro utilitate ac necessitate servorum Dei facere contendimus profuturum nobis et ad eternam beatitudinem facilius obtinendam et presentem vitam felicius transigendam procul dubio confidimus. Itaque noverit omnium sancte Dei ecclesie fidelium nostro

 

(1) « Monachi cum corpore S. Florentii, jussu piissimi Regis Caroli, in partibus Franciae ad locum S. Gundulfi (in pago Biturico), quem idem praecellentissimus Rex jam pridem huic loco (S. Florentii) contulerat. post combustionem hujus loci a Nomenoio Britone illatam,sed quomodo exinde migrarunt et ad Tornacum perrexerunt, omnino ignoratur. » (Chronique citée par les Bollandistes) « Igitur oravit suppliciter (Regem Carolum) idem venerandus Abbas (Hecfredus) ut ad suorum refugium monachorum et ad receptionem sacratissimi corporis B. Florentii concedere sibi dignaremur cellam... in qua cellula S. Gundulfus reverenter colitur humatus. » (Mabillon, Annal., t. II, p. 752.)

Répertoire_archéologique_de_l'Anjou_Commission_archéologique_bpt6k426692n (2)

Ce diplôme, donné d'abord à l'abbé Didon, puis à Raoul, également abbé, fut enfin, l'an 866, le 16 janvier, confirmé par le même Charles le Chauve, à la demande de l'abbé Herfroid.

Le texte, que je viens de reproduire et qui fait allusion aux invasions des Normands est emprunté au Livre noir de l'abbaye de S. Florent (1).

 

 

849. Les terreurs passées, l'abbaye est reconstruite; néanmoins les saintes reliques restent à S. Gondon, jusque vers l'an 881.

 

 

853. L'abbaye est ravagée par les Normands, qui viennent de Nantes, en suivant le cours de la Loire « Anno Domini DCCCLIII, Northmanni, mense julio, relicta Sequanâ, Ligerim adeuntes, Namnetim urbem et monasterium sancti Florentii ac vicina loca populantur (2). »

 

 

881 ? Le corps de S. Florent quitte S. Gondon et est porté en Bourgogne, à l'abbaye de Tournus (3).

« Monachi, dit un chroniqueur cité par les Bollandistes, cum corpore S. Florentii fugiunt in partes Burgundia, Tornacum monasterium expetunt…. sicque locus Glonnensis cœnobii in solitudinem redactus cœpit esse ferarum, qui prius fuerat habitatio hominum. »

 

(1) Archiv. de la Préfect. Ce Livre ou Registre des chartes concédées â l'abbaye, était ainsi nommé, à cause de sa couverture en peau noire.

(2) Du Chesne, Recueil des Historiens de France, t.II, p. 525.

(3) Saône et Loire.

5 juin 881 Diplôme du roi Carloman, contenant donation ou confirmation à Raoul, abbé, et aux moines de Saint-Florent, qui venaient d'être chassés de leur abbaye par les Normans :

 

1° de l'église de Saint-Gondon, déjà donnée à l'abbé Didon, prédécesseur de Raoul;

 

2° du droit de faire naviguer, sans payer aucune redevance, quatre bateaux chargés dans toutes les eaux du royaume ;

 

3° des immunités et privilèges conférés par ses prédécesseurs tant aux moines qu'à leurs terres et à leurs vassaux. Actum apud Pauliniacum.

DH,f.16r;LA, f.28 et 55;LR, f. 19; RD.

 

 

 

5 juin 881, A PAUILAC, EN MÉDOC?

Diplôme de Carloman. Après avoir confirmé à Raoul, abbé, et aux moines de Saint-Florent, pour y établir leur abbaye, le petit monastère où a été enseveli saint Gondon, à Nobiliacus  (Saint-Gondon-sur-Loire) en Berry, au bord de la Loire, le roi confère aux religieux le droit avoir quatre navires, naviguant par tout son royaume en pleine liberté et franchise.

 

Il exempte aussi leurs biens et leurs sujets de tous droits de justice, leur fait remise des redevances perçues par le fisc et leur confère le droit de s'élire un abbé et de se choisir un avoué.

 

« Au nom de Dieu, notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, Carloman, par la grâce de Dieu roi.

 

Tout ce que nous entreprenons pour l’utilité et le besoin des serviteurs de Dieu, nous sommes convaincus, sans aucun doute, que cela nous sera profitable pour obtenir plus facilement la béatitude éternelle et mener une vie présente plus heureuse. 

 

Ainsi, que tous les fidèles de la sainte Église de Dieu, nos sujets actuels et futurs, sachent par leur prudence que le vénérable et religieux abbé Raoul du monastère de Saint-Florent, accompagné des moines qui y servent Dieu, s’est présenté devant notre majesté.

 

Avec une supplication misérable et émouvante, il a exposé à notre clémence le désastre de l’auguste monastère et la misère de cette région, causés, à cause de nos péchés, par les cruels ennemis de Dieu, les Normands, qui l’ont souvent ravagée avec violence.

 

Cette province, autrefois d’une beauté admirable, semble désormais réduite à une solitude complète.

 

Par conséquent, comme pour les autres habitants de cette région autrefois prospère, et encore plus pour les moines du susdit monastère, sous la sollicitude de cet abbé religieux, toute habitation dans ce lieu a été totalement abandonnée. 

 

Aussi, le même vénérable abbé Raoul a humblement supplié que, pour le refuge de ses moines et pour accueillir le très saint corps de saint Florent, nous daignions lui accorder la cellule située près du fleuve Loire, dans le pagus de Berry, appelée Nobiliacus (Saint-Gondon-sur-Loire), comme cela fut fait, selon ce que l’on sait, pour son prédécesseur Didon, ancien abbé, par notre aïeul le roi Charles.

 

Dans cette cellule, saint Gundulf est vénéré et y repose enterré : afin que, ayant échappé aux mains des ennemis de Dieu mentionnés ci-dessus, ils puissent, dans l’allégresse, y trouver enfin un répit après une telle persécution, avec la grâce de Dieu, et respirer dans la louange de la miséricorde divine. 

 

Nous, accordant un assentiment bienveillant aux supplications de cet abbé Raoul et de ses moines, avons ordonné par notre autorité que ce décret soit établi. Par celui-ci, nous concédons et donnons à l’auguste abbé Raoul et à ses successeurs la cellule de saint Gundulf, avec toute sa famille d’hommes et de femmes ainsi que l’abondance de toutes ses possessions, afin que, au nom du Seigneur et pour l’absolution de nos péchés, ce monastère, avec toutes ses dépendances, soit gouverné par l’auguste abbé Raoul et ses successeurs selon l’ordre de la règle régulière, et disposé sans aucune contradiction ni trouble, pour l’utilité et le besoin des serviteurs de Dieu, en notre temps et à l’avenir, conformément à la norme sacrée de la règle de saint Benoît, par ceux qui y servent et se consacrent au Seigneur. 

 

Nous accordons également à ce monastère quatre navires sur toutes les eaux qui traversent notre royaume, avec le droit de naviguer sans aucun obstacle : aucun officier ne pourra exiger de droit de rive ni de péage, et le susdit monastère ne devra en aucun cas payer de compensation à cet effet. 

 

Enfin, par l’autorité de notre décret, nous décidons et ordonnons que nul juge public, ni quiconque exerçant une autorité judiciaire, n’ose pénétrer dans les églises, lieux, terres ou autres possessions de ce monastère, qu’il possède justement ou raisonnablement à notre époque dans les limites de notre royaume, ou que la divine piété voudra augmenter à l’avenir, pour y entendre des causes, exiger des amendes ou des tributs, imposer des logements, des contributions ou des garanties, ou contraindre les hommes de ce monastère, qu’ils soient libres ou serfs, résidant sur ses terres, ni réclamer aucune restitution, ni à notre époque ni à l’avenir.

 

 Mais il appartiendra à l’abbé et à ses successeurs de posséder les biens de ce monastère en toute quiétude, sous la protection de notre immunité.  Il a plu à notre majesté, par l’autorité royale, de décréter que, si quelqu’un est jamais trouvé à enfreindre ce qui précède, il devra payer une amende de six cents sous aux recteurs de ce lieu. 

 

Et tout ce que notre fisc pouvait espérer en tirer, nous l’accordons entièrement à ce monastère, pour une récompense éternelle : afin que cela profite à l’entretien des pauvres et aux besoins des moines qui y servent Dieu, pour l’éternité et en augmentation. 

 

Et lorsque, par la volonté divine, l’abbé susmentionné ou ses successeurs quitteront cette vie, les moines qui y servent Dieu auront, avec notre permission et consentement, le droit de choisir toujours un abbé parmi eux, selon l’ordre et la règle de saint Benoît : afin que les serviteurs de Dieu qui y servent Dieu prient sans cesse le Seigneur pour l’âme de leur avoué, de leur père, pour nous, pour notre lignée et pour la stabilité de tout notre royaume.  Qu’ils aient l’avoué qu’ils auront justement choisi ; et, en récompense, nous lui abandonnons toute redevance.  Afin que l’autorité de notre munificence soit plus solidement établie et soigneusement conservée pour les temps futurs, nous l’avons signée de notre propre main et ordonné qu’elle soit scellée de notre anneau.

 

Signe de Carloman, roi très glorieux.

Nerbertus, notaire, a reconnu [l’acte] au nom de Wlfard.

Donné aux nones de juin, la troisième année du règne du très glorieux roi Carloman, indiction XIII.

Fait à ?, heureusement, amen. »

 

 

 

Contenu Détaillé du Diplôme

Ce diplôme est une charte royale typique de l'époque carolingienne : concise, légitimée par des références aux prédécesseurs, et accordant des privilèges concrets pour assurer la survie monastique.

 

 

Voici une décomposition :

Confirmation de l'église de Saint-Gondon :

 

Le roi réaffirme la donation antérieure de l'église et du monastère de Saint-Gondon (dédié à Gundulfus, un évêque lombard du VIe siècle, saint Gondon).

 

Ce site, au bord de la Loire, devient un refuge pour les moines expulsés.

 

Saint-Gondon deviendra plus tard un prieuré dépendant de Saint-Florent.

 

Cette clause vise à légitimer leur présence et à protéger le site contre d'éventuelles réclamations laïques.

 

Droit de navigation libre pour quatre bateaux :

Privilège économique majeur : les moines peuvent charger et faire naviguer quatre navires sur toutes les eaux du royaume (Loire, Seine, fleuves navigables) sans payer de péage (tonlieu) ni redevance.

 

 À l'époque, les fleuves sont des axes vitaux pour le commerce et les transports de reliques/matériaux.

 

Ce droit compense les pertes dues aux Normands (qui contrôlaient souvent les voies fluviales) et assure l'autonomie financière de l'abbaye. C'est un privilège rare, symbolisant la faveur royale.

 

 

Immunités et privilèges généraux :

Confirmation des exemptions fiscales, judiciaires et seigneuriales accordées par les prédécesseurs (comme Charles le Chauve ou Pépin le Bref).

 

Cela protège les moines, leurs terres et vassaux (serfs ou tenanciers) des taxes royales, comtales ou ecclésiastiques. Dans un contexte d'invasions, ces immunités sont cruciales pour maintenir la cohésion communautaire et attirer des dons.

 

Importance Historique

Réponse aux invasions normandes : Les Vikings, actifs en Loire et Seine, détruisent de nombreuses abbayes (comme Saint-Florent en 862).

Ce diplôme illustre la stratégie carolingienne : protéger les monastères pour préserver le tissu social et religieux, tout en obtenant leur loyauté.

 

Évolution institutionnelle : Saint-Gondon passe de simple refuge à prieuré dépendant de Saint-Florent, rétablie en Anjou au Xe siècle (consécration en 950).

 

Ce document marque une étape dans la reconstitution des réseaux monastiques post-invasions. (voir Authenticité et conservation)

 

 

911 ou 912. Rollon s'étant fait chrétien et ayant conclu la paix avec Charles le Chauve, les moines de S. Florent, qui avaient reçu l'hospitalité à Tournus, désirèrent retourner en Anjou. Mais les religieux de Tournus ne voulurent pas leur rendre le précieux dépôt qui leur avait été confié.

 

Quelque temps après, le moine Absalon usant de stratagème, enleva le corps de Saint- Florent dans une peau de cerf,  après plusieurs jours de marche et de dangers, il arriva à Tours, se rendit à Montsoreau ; puis, suivant le cours de la Vienne, il s'arrêta dans un lieu qui avait appartenu aux moines, et y déposa son pieux fardeau (année 948).

 

Ce lieu avait à l'orient la Vienne et à l'occident le château nommé Truncus.  Ce fort, situé sur l'emplacement qu'occupe celui de Saumur,  était désigné sous le nom de Truncus, parce que, par sa forme et son exiguïté, il présentait l'aspect d’un tronc d'arbre.

 

« Absalon (a) juxta Vigennam fluvium secutus , devenit tandem ad quoddam prœdium Sancti-Florentii (b). Habebat autem Iocus  iste ab occidente vero castrum Truncum. Fuit in loco ubi nunc eminet “SALMURUS, ab antique fabricatum castellum quod a parvitate sitûsque angustid Truncum vocabulo ferebatur. »

 

Le comte Thibault qui, à cette époque, était seigneur de Saumur, ayant appris que les moines de Saint-Florent et de Saint Hilaire étaient dans le voisinage, cherchant à regagner les ruines de leur monastère de Saint-Florent-le-Vieil, et qu’ils transportaient avec eux leurs reliques et leurs trésors, fit venir Absalon et lui demanda de rester à Saumur.

 

Les Bénédictins de Saint-Florent du Mont-Glonne ayant prié Thibault-le-Tricheur, comte de Blois et de Touraine, d'accorder un lieu de sûreté aux reliques de leur saint, le Comte  ordonna qu'elles seraient transportées dans le château du Tronc.

 

Il leur fit de grandes libéralités pour leur permettre d’établir une abbaye dans l’enceinte même du château de Saumur.

 

Le petit groupe des religieux de Saint-Florent, auxquels étaient venus se joindre douze bénédictins de Saint-Fleury-sur-Loire, acceptèrent l’offre de Thibault, se mirent à l’œuvre et bâtirent un monastère.

 

 « On dit qu'il y avoit là (près la chapelle de la fontaine des Ardilliers) un bois fort épais qui s'étendoit assez avant sur la montaigne dont maintenant reste une petite garenne et que ce fut en ce bois là que S. Florent fit mourir le serpent horrible dont il est parlé en sa vie, que ce fut aussy là que le moine Absalon retournant de Turnus fit sa retraite et y cacha les saintes reliques et qu'il y fit un ermitage. Il y tailla cette image laquelle il laissa là quand avec l'aide de Thibaud le Vieil, comte de Blois et de Touraine, il se retira au chasteau, au monastère basty à la faveur du comte. » D. Huynes cite à cette occasion la Chronique de S. Florent qui dit « Viam juxtà Vigennam fluvium secutus devenit tandem ad quoddam prœdium ipsius sancti liberalitate regià antiquitùs possessionibus attributum, quod in parrochia sanctae Mariae de Lentiniaco (1) situm, barbaris cuncta vastantibus colonisque quaqua versum fugientibus in solitudinem redactum, instar eremi fuerat effectum. Habebat autem locus iste ab occidente castrum nomine Truncum ab orientali vero climate memoratum Vigenna (a) fluvium. Itaque novus hospes loca singula sedulus explorator indigat si forte locum sacri corporis congrunm reperire valeat; reperitur tandem rupis concavo in montis latere versus acquilonem secessum praebens amaenum. » « Dire qu'Absalon ait fait cette image à son retour de Tournus, cela se peut croire, mais on ne le pourrait prouver (2) ».

(1) Notre-Dame de Nantilly, seule paroisse autrefois de la ville de Saumur.

 

 

912-950. Thibault, comte de Blois, construit un monastère en l'honneur de S. Florent, dont Absalon (3) est constitué le gardien « Absalon vero patroni sui custodem et famulum suo pro velle constituunt. » (Bulland.)

Abbaye de St Florent située lez Saumur en Anjou Boudan_Louis_

La dédicace du monastère se fit le 2 mai 950, et le corps de S. Florent y fut confié à la garde des religieux de S. Benoit-sur-Loire, qui furent appelés à peupler le nouveau monastère « Igitur aedificio novi monasterii consummato et thesauro reverendi corporis intus debito cum honore reposito…. » (Bolland.)

 

Chaque année, le retour de cet heureux jour était annoncé au Martyrologe par une formule que nous a conservée Mabillon: « Castro Salmuro, susceptio corporis sancti Patris Florentii, presbyteri et confessoris (4). »

(a) La Vienne, qui se jette maintenant dans la Loire au-dessous de Montsoreau.

(2) D. Huynes, folios 419-420. En effet, la statuette, fort mutilée, que l'on vénère à Notre-Dame des Ardilliers, est une Pieta, ou Notre-Dame de Pitié, qui remonte au plus tôt au XVe siècle.

 (3) Selon dom Dureau, procureur de S.-Florent, au XVIIIe siècle, Absalon serait né en 882 et mort en 974.

(4) Annal., tIII. , p. 506.

 

 

En 957, les moines de Tournus, ayant appris l’existence de cette fondation, restituèrent aux anciens moines de Saint-Florent toutes leurs chartes et leurs vases sacrés qu’ils n’avaient pu emporter en 943.

 

(Les moines de Tournus, qui avaient gardé plusieurs ornements précieux et quelques reliques insignes, furent obligés, grâce à l'intervention du comte Thibaud, de les rendre à l'abbaye de Saumur.)

 

Ces reliques étaient: le vase qui servit à N. S., lors de sa dernière Cène, un encensoir fabriqué par S. Eloi ainsi qu'un missel et un psautier, autrefois à l'usage de S. Florent: «  At de ornamentis pretiosis, quibus olim Glonnensis locus prafulgebal a praefato comite Tornacenses monachi quaedam reddere sunt coacti, scilicet vas Cœnae Dominicae (1), thuribulum cum peredibus a S. Eligio fabricatum, Missale quoddam, Psalterium quoddam, in quibus sanctus Pater Florentius fertur legisse. » (Bolland.)

 

Amalbert, qui fut élu abbé en 956, orna l'église et l'autel matutinal (2), dédié à S. Florent « Is autem

(1) Une prose, citée par dom Huynes, dom Mabillion et le chanoine Trevaux, dit que ce vase de la dernière cène de N.-S. fut donné à l'abbaye de S. Florent par Charlemagne :

Olim plus Rex Carolus,

Magnus ac potentissimus,

Fecit hune locum devotus

Pro Beati virtutibus.

Terris dalis faecundibus,

Auxit honorem largius,

Et praebuit tune vasculum

Caenae Dei magnificum.

Per hune fugatur saepius

Infermitas languentihus,

Et sanitas fidelibus

Praestatur ex hoc prolinus.

vikings - Mont-Glonne - Saint-Florent - Anjou

(2) C’était l’autel auquel les religieux chantaient l’office et la messe

 

ecclesiam Salmuriensem, cujus matutinale altare (sic dictum quia matutinalis missa in eo fiebat) in pii Patris Florentii reverentia erectum erat, multis ornamentis decoravit. » (Bolland.)

 

Le 12 des calendes de juin (1), l'église abbatiale fut consacrée, en présence du comte Thibaud, par Hardouin, archevêque de Tours et Rainaud, évêque d'Angers. « Tandem aliquorum nobiliorum cœnobiorum ritu basilica per annos complures completa, cornes Theobaldus, assumplo Turonicae civitatis antistite Arduino et episcopo Andegavensi, cum infinita multitudine nobilium Francorum et affinium utriusque sexus, una cum domino abbate Amalberto, XII Calendas junij, locum solemniter consecrârunt, corpusque beati Florentii solemnius transtulerunt. » (Bolland.)

 

Le 15 février 960, le fondateur mourut et fut enterré dans le chœur de l’église du monastère qui s’élevait dans la cour du château de Saumur.

 

C’est vers ce moment que les moines de l’abbaye de Saumur établirent l’atelier de tapisserie le plus anciennement connu en France, de façon certaine, car vers 985 on voit Robert, troisième abbé, acquérir ou commander une grande quantité de dosserets, de banquers, de courtines, fabriquer des tapis de pieds et tapis de murailles, le tout en laine. Il fit aussi exécuter deux grands tapis dans la composition desquels entrait de la soie, l’un qui représentait des éléphants, l’autre des lions se détachant sur un fond rouge. »

 

Le chroniqueur auquel nous empruntons ces lignes spécifie que les différentes étoffes, confectionnées par les moines, et vêtements dont se parait l’abbé étaient tissés et non brodées. (il emploie le mot « texere » qui ne laisse aucun doute à cet égard).

Société des lettres, sciences et arts du Saumurois

 

 

Selon l'historien américain George T. Beech, spécialiste du Moyen Âge, plusieurs indices permettraient de démontrer, que la Tapisserie de Bayeux fut en réalité conçue à l'abbaye Saint-Florent de Saumur ==> Histoire de la Tapisserie de Bayeux, la conquête de l’Angleterre, faite en 1066 par Guillaume le Conquérant

 

Amalbert mourut en 986, ce qui fixe à la seconde moitié du Xe siècle cette translation solennelle du corps de S. Florent (2).

 

 

1025. Foulques Nerra d'Anjou, guerroyant contre Eudes de Champagne, le château de Saumur fut pris et incendié. Les religieux, qui vivaient à l'ombre de ses murs effrayés, s'enfuirent sur les bords du Thouet et cachèrent le corps de S. Florent dans les grottes de S. Hilaire (3).

==> En Mil, Foulques Nerra s'empare de la forteresse du Diable de Saumur

 

 des matines, l'office solennel du jour se faisant au grand autel ou autel du choeur.

(1) 21 mai.

(2) Robert, dans le Gallia Chriatiana, fixe cette translation vers l'an 973.

(3) Charles le Chauve donna à l'abbaye « mansa duo et dimidium sita in pago Andegavo in loco qui dicilur Criptas cum utriusque sexus maucipiis desuper commanentibus.. »

 

« Cum gravi exercitu insperate castellum (Salmuri) obsidens, vi accepit, et a castro ruinam incendii funditus perpesso, reverendam Patris Florentii glebam extraxit (Fulco). Abbas autem Fredericus et monachi gravem considerantes exercitum, gravius metuentes flammarum incendium, assumto corpore sancti Patroni et Sanctorum Reliquiis, exierunt. » (Bolland.)

 

1026. Un second monastère fut construit à cet endroit, qui prit le nom de monastère de Saint Florent-lès-Saumur.

 

1030. Le 2 mai, eut lieu la translation du corps de S. Florent, de l'église de S. Hilaire des Grottes, dans ce monastère réédifié.

 

Vers 1035, le Comte de Nantes s'étant révolté, Foulques Nerra accourut à ses frontières menacées. Frappé de la position avantageuse du Mont-Glonne, il fit bâtir une tour en bois, et relever les anciennes fortifications du monastère.

 

1041. Dédicace de la nouvelle église abbatiale.

 

1059. Dons faits à S. Florent, « ubi ipse sanctus Florentins pretioso corpore requiescit. » (D. Huynes, p. 560.)

 

Au XVe siècle encore, Quiriac, évêque de Nantes, dit, dans un acte de concession « Venerabili monasterio Salmuriensi eximii confessoris Christi Florentii, in quo ipse dominus et pretiosus Dei amicus corpore quiescit. (D. Huynes, p. 560.)

 

1077. Hugues-le-Grand, comte de Vermandois, enlève une partie des reliques de S. Florent et en fait don à l'église de S. Georges.de Roye, qui depuis changea ce vocable pour celui de S. Florentin

 

Je dis seulement une partie, car on va voir que le corps de S. Florent est encore vénéré à Saumur jusqu'en 1163, c'est-à-dire même après la translation solennelle qui se fit à Roye, en 1152.

 

D'ailleurs, en 1480, quand eut lieu le partage du corps, dom Huynes fait remarquer que l'abbaye de S.-Florent était en possession d'ossements qu'on y avait eus de tous temps.

 

Vitrail à la gloire de Charlemagne de l’abbatiale Saint Florent du Mont-Glonne (SAINT-FLORENT-LE-VIEIL, MAUGES-SUR-LOIRE)<==....  ....==> Translation des reliques de saint Florent, de Roye à Saumur.


 

A Voir aussi: ==> La Loire et les fleuves de la Gaule romaine et des régions voisines

==> Recueils de Saint Florent: Livre noir, Livre blanc, Livre argent, Livre rouge.

==> VOYAGE DANS LE TEMPS DE CHINON ET DE NOTRE HISTOIRE

==> Le Castrum Salmurum - Castrum Trumcum, l'origine de Saumur.

==> A saint Florent le VIEIL le 12 mars 1793 commença l'épopée vendéenne, la guerre de géants

 

 

A saint Florent du Mont-Glonne (Saint Florent le vieux, au-dessous de Saumur), les Normands ne se trouvant pas en sûreté songèrent à se fortifier, et, pour cela, ils imaginèrent de faire une sorte de camp retranché, derrière lequel ils pussent se défendre au besoin :

 

En une isle suz l’abrie (vers1015)

 

Traistrent ensemble lur navie

 

Tut ordenée en roundesce

 

E s’in firent grant fortelesce

 

Li mast dunt numbre n’est petiz

 

Ne ressembout mais plaissiz (palissade ; plassatum)

 

A vis esteit que fust un bruilz (bois ; bruilium, broilo)

 

 

 

Dans cet arrangement des nefs, tirées sur le rivage de l’ile, mises près l’une de l’autre (ensemble), ordonnées en rond pour en faire une espèce de forteresse, il y a quelque chose de ces castra nautica dont parlent Tite-Live, chap. IX, liv.XXX, et Cornelius Nepos (Vies d’Annibal et d’Alcibiade).

 

Benoît nous donne peu de détails sur cette grande forteresse, mais il est fort probable que les pirates du Nord firent à peu près ce qu’au rapport de Tite-Live fit Scipion : «  Onerariarum quadruplicem ordinem pro muro adversus hostem opposuit (Hasting n(avait probablement pas assez de navires pour faire un quadruple rang à son enceinte navale), easque ipsas malis antennisque de nave in navem tajectis, ac validis funibus velut uno inter se vinculo illigatis comprehendi. Tabulasque superstravit. Ut pervius in totum navium ordo esset. »

 

Hasting dut agir à peu près de même ; seulement Scipion était à l’ancre, et le chef des Normands avait tiré ses nefs à terre ; il les avait fait haler par la poupe, afin qu’elles présentassent à l’ennemi l’éperon dont elles étaient munies comme les galères antiques. Hasting ne dut pas démâter ses navires, il avait intérêt à garder les châteaux de défense qui se hissaient au sommet des mâts, et qui, par leur élévation au-dessus de l’île, devaient donner à ses archers, à ses jeteurs de pierres et de chaux pilée, un grand avantage sur les assaillants de sa forteresse.

 

Le texte de Benoît justifie fort bien cette hypothèse : « on eût dit, à voir ces mâts nombreux, que c’était une forêt. Que les vergues des navires danois, comme les antennes des vaisseaux romains, eussent été jetées d’un navire à l’autre, et attachées aux parties relevées des proues qui présentaient des points d’appui naturels, fort solides, pour en faire l’espèce de plaissiz dont parle le chroniqueur normand.

 

Pour garnir les espaces laissés vides dans cette palissade, toutes les planches des aménagements intérieurs des navires et les écus avaient dû être placés autour de l’enceinte pontée, dont la base était une large et solide couronne de proues.

 

Il n’était pas, je crois, sans intérêt de rapprocher le passage de Tite-Live de celui de Benoit, pour montrer que, dans le Nord comme dans la Méditerranée, les hommes de mer, sans se communiquer, furent toujours, dans des circonstances analogues, également ingénieux à se servir des moyens que leur offrait le matériel naval.

 

J’ai dit en commençant cet examen des fragments maritimes de la Chronique des ducs de Normandie,  que Benoît emploie quelques-unes des expressions nautique de Wace ; j’ajouterai ici qu’il leur donne toujours la même signification.

 

Les veiles drescoent al vent (vers 605)

 

E traeient as avirons…

 

E les veiles furent drescées (vers 1280).

 

… Ses nefs fait tost apareiller (vers 1059),

 

Vivre, vitaille i fait charger

 

E armes bones.

 

… là ariverent lur chalans… (vers 195)

 

Là prirent port, là arivérent  (vers 756)

 

Convoyer est un mot très ancien ; mais lui. C’est la langue vulgaire qui l’a donné à la marine. Il est dans le Roman de Tristan :

 

« Part la curt le vunt convaiant. »

 

Et dans les chronique de Normandie : « lui donna de beaux dons, puis les convoya jusques à la mer. »

 

Il est inutile de dire que convoyer vient du bas latin conviare : viare cum. Un navire convoyeur est celui qui accompagne, pour protéger, un autre navire ou réunion de navire rangés sous son convoi (conviatico).

 

Le mot radouber est vieux dans le Vocabulaire maritime français ; le voici, vers 10,112 du Roman de Brut :

 

Et com Wavains fu adoubés

 

Au roi artus s’en est alés.

 

Pour lui servir et hounourer,

 

Mult se pêna d’armes porter

 

Archéologie navale, Volume Par Augustin Jal

 

==> Vitrail à la gloire de Charlemagne de l’abbatiale Saint Florent du Mont-Glonne (SAINT-FLORENT-LE-VIEIL, MAUGES-SUR-LOIRE)

==> Les Vikings à Nantes - Nous les appelons Vikings - Château des ducs de Bretagne

==> Le moine Absalon, après avoir soustrait à Tournus les reliques de Saint Florent arrive au village de Rest sous Montsoreau - Les premiers Seigneurs de Montsoreau <==

 

 

 

 
 

Authenticité et conservation : Le diplôme est considéré comme authentique par les médiévistes. Il a été édité pour la première fois par Dom Mabillon (Annales de l'Ordre de Saint-Benoît, vers 1730), puis par Paul Marchegay en 1877 dans le Cartulaire du prieuré de Saint-Gondon-sur-Loire.

 

 

 

 

 

« In nomine Dei atemi et salvatoris nostri Ihesu Christi, Karlomannus gratia Dei rex.

Quicquid pro utilitate ac necessitate servorum Dei facere contendimus, profuturum nobis ad aeternam beatitudinem facilius obtinendam et presentem vitam felicius transigendam procul dubio confidimus.

Itaque noverit omnium sanctae Dei ecclesiae fidelium nostrorumque, tam presentium quam et futurorum, sollercia, quia venerabilis vir et religiosus abbas Rodulfus monasterii Beati Florentii, una cum monachis inibi Deo militantibus, ad nostram accedens sublimitatem, miserabile auditu, lacrimabili suggestione exposuit mansuetudini nostrae calamitatem prefati monasterii ceteramque miseriam ipsius regionis, pro peccatis nostris, ab inimicis Dei cruentissimis Normannis crudeliter sepius illatam ita ut eadem provincia, quondam visu ptilcherrima, in solitudinis faciem penitus videatur esse redacta quare, sicut et aliis incolis quondam illius plagas, multo magis quoque monachis sepius dicti monasterii, ejusdem religiosi viri abbatis cura providendis, in eodem loco [penitus] exclusa est habitatio.

Igitur oravit suppliciter idem venerandus abbas Rodulfus ut, ad suorum refugium monachorum et ad receptionem sacratissimi corporis beati Florentii, concedere sibi dignaremur cellam secus fluvium Ligerim, in pago Biturigo sitam, quae dicitur Nobiliacus, quemadmodum predecessori illius Didoni, quondam abbati, nos (1)  fecisse cognoscitur, in qua cella sanctus Gundulfus reverenter colitur humatus : quatinus, a manibus suprascriptorum inimicorum Dei se evasisse exultantes, requiem ibidem de tanta persecutione tandem mereantur, Christo propicio, invenire, et in laude divinae misericordiae valeant respirare.

Nos autem, supplicibus ejusdem Rodulfi abbatis monachorumque ejus precibus benignum assensum prebentes, altitudinis nostrae preceptum hoc fieri jussimus, per quod memorata sancti Gundulfi cella (2), cum familia utriusque sexus et rerum omnium aliarum plenitudine, sepedicto venerando abbati Rodulfo suisque habendam concedimus atque largimur videlicet ut, pro nomine Domini et peccatorum nostrorum abtutione, monasterium illud cum omnibus sibi pertinentibus rebus ab eodem Rodulfo reverendo abbate [et] suceessoribus ejus, secundum regularis institutionis ordinem omnimodis agatur, et sine cujuspiam coniradictionis inquietudine regulariter disponatur, ad utilitatem ac necessitatem servorum Dei, nostris futurisque temporibus, secundum sacrée institutionis normam sancti Benedicti ibidem Domino servientium atque famulantium.

 Concedimus quoque supradicto, monasterio quatuor naves in omnibus aquis quas in regno nostro decurrunt, et licentiam navigandi sine nullo inpedimento : ut nullus ministerialis ripaticum nec teloneum accipiat, nec predictum cœnobium pro eis ullo modo pretium persoivat.

Volussus denique et, per nostrae auctoritatis preceptum, decernimus atque jubemus ut nullus judex publicus, vel quislibet ex juditiaria potestate, in ecclesias vel ad loca vel agros seu reliquas possessiones memorati monasterii, quas moderno tempore infra dictionem regni nostri juste vel rationabiliter possidet vel quae deinceps in jure ipsius monasterii voluerit divina pietas augere, ad causas audiendas vel freda aut tributa exigenda aut mansiones aut paratas fatiendas vel fidejussores tollendos, aut homines ejusdem monasterii, tam ingenuos quam servos, super terram ipsius commanentes distringendos, nec ullas redibitiones requirendu nostris et futuris temporibus, ingredi audeat vel ea quae superius memorata sunt penitus exigeré presumat ; sed iiceat memorato abbati suisque successoribus res predicti monasterii, sub emunitatis nostrae defensione, quieto ordine possidere.

Placuh namque nostrae celsitudini, regia decernente auctoritate, qualiter constitueremus prefato loco privilegium, per preceptum nostrae auctoritatis, si quid infringere de supradictis quispiam visus fuerit unquam, sexcentorum solidorum inmunitatem rectoribus ejusdem loci exsolvere cogatur.

Et quicquid exinde fiscus noster sperare poterat totum, nos, pro aeterna remuneratione, prefato monasterio concedimus : ut in alimonia pauperum et stipendia monachorum ibidem Deo famulantium proficiat perhennibus temporibus in augmentum.

Et quando quidem, divina vocatione, supradictus abba vel ceteri subséquentes de hac luce migraverint, ipsi monachi ibidem Deo famulantes, per nostram permissionem et consensum, juxta ordinem et regulam beati Benedicti, ex sese licentiam eligendi habeant semper abbatem : quatenus servos Dei qui ibidem Deo famulatur pro avo, patre, pro nobis nostrique generis prosapie atque stabilitate totius regni nostri conservandi jugiter Dominum exoare delectet.

 Advocatum quem recte elegerint habeant ; et ob remunerationem nostri tortum ei omne dimittimus.

Ut autem nostrae munincentiae auctoritas firmior habeatur et per futura tempora diligenter conservetur, manu propria subter eam firmavimus et anulo nostro insigniri [jussimus].

Signum Karlomanni gloriosissimi regis.

Nerbertus, notarius, ad vicem Wlfardi recognovit.

Datum nonis junii, anno tercio regni Karlomanni gloriosissimi régis, indictione XIII.

Actum apud Pauliacum vicum, feliciter, amen.

Hugo venerabilis abba hoc ambassiavit

  1. En reproduisant le texte de la pièce précédente, le notaire a oublié qu'il fallait mettre ici avus noster rex Karolius, au lieu de nos.
  2.  Sic pour memoratam…….cellam.

 

 

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PHystorique- Les Portes du Temps