Mort de Jacques du Puy du Fou à la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier, livrée le 28 juillet 1488.
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La bataille de Saint-Aubin-du-Cormier, livrée le 28 juillet 1488 oppose le royaume de France au duché de Bretagne et à ses alliés féodaux.
- L'armée royale française : Commandée par le jeune général Louis II de La Trémoille pour la régente Anne de Beaujeu (au nom de Charles VIII).
Elle rassemble la cavalerie lourde de la noblesse fidèle au roi — dont les contingents poitevins —, des compagnies d'ordonnance et une artillerie moderne très performante.
- L'armée bretonne et la coalition : Menée par le duc François II de Bretagne et le duc Louis d'Orléans (futur Louis XII, alors en rébellion contre la régente). Son armée est hétéroclite : chevaliers bretons, mercenaires anglais, lansquenets allemands et soldats espagnols.
Le choc a lieu sur une lande près du château de Saint-Aubin-du-Cormier (Ille-et-Vilaine) :
- L'ouverture : L'artillerie royale pilonne les lignes bretonnes mal organisées.
- La charge : L'avant-garde bretonne tente une percée, mais la cavalerie lourde française contre-attaque vigoureusement.
- La déroute : Les lignes coalisées cèdent sous la pression. La bataille tourne rapidement au carnage pour l'armée bretonne, qui perd entre 5 000 et 6 000 hommes en quelques heures. Le duc d'Orléans est fait prisonnier.
A cette date de 24 juillet, chose incroyable l'armée bretonne ignorait toujours la capitulation de Fougères elle n'apprit cet événement que le 26 au matin par les débris de la garnison accourus à Andouillé.
Il y eut alors un nouveau conseil de guerre où l'on se décida à faire le siège de Saint-Aubin-du-Cormier.
On alla en conséquence s'établir à Orange, et c'est de là que le lundi 28 juillet, au matin, on se dirigea sur Saint-Aubin en ordre de bataille.
Les forces dont François II disposait avaient été réparties en trois corps d'armée l'avant-garde était conduite par le maréchal de Rieux, le centre par Alain d'Albret, et l’arrière-garde par le sire de Chateaubriant.
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Les Anglais de lord Scales faisaient partie de l'avant-garde c’était évidemment un hommage rendu à leur bravoure ; d'ailleurs, pour faire croire qu'ils étaient plus nombreux qu'ils ne l'étaient en réalité, on leur avait adjoint dix- sept cents soldats bretons, auxquels on avait fait prendre des hoquetons blancs à croix rouges (1). Eux n'était plus guère que trois cents.
Arrivée à une demie lieue de Saint-Aubin-du-Cormier, sur le bord d'une forêt, l'armée bretonne fit halte dans une vaste lande découverte qui porte encore aujourd'hui le nom de « lande de la Rencontre ».
Cette lande, dit M. Pocquet de Haut Jussé (2), un des historiens contemporains qui connaît le mieux le passé de la Bretagne, « cette lande est bornée à l'Ouest par forêt de Haute-Sève, à l'Est par le bois d'Ussel, au Sud par le ruisseau de l'étang d'Onée, et au Nord par les coteaux formant la ligne du Sillon de Bretagne.
C'était une position admirable et unique pour une grande bataille à droite les chênes séculaires de la forêt de Haute Sève à gauche, les taillis du bois d'Ussel; devant, une vaste plaine légèrement vallonnée et coupée par quelques roches granitiques émergeant du sol c'est dans ce cadre de verdure, par une chaude soirée de la fin de juillet, au milieu de ce paysage d'un caractère si breton, que l'indépendance de la Bretagne devait sombrer sans retour. Les courts ajoncs et la bruyère rose des landes allaient boire à flots le sang breton, »
Pendant cette même matinée du 28 juillet où les Bretons s'étaient avancés d'Orange dans la direction de Saint-Aubin-du-Cormier, la Trémoille, parti de Fougères avec son armée, était arrivé de son côté à Saint-Aubin vers midi.
Informé de la présence de l'armée ennemie non loin de là, il s'était aussitôt porté contre elle avec toutes ses forces.
Ici, il convient do laisser encore la parole à M. Pocquet du Haut-Jussé « Pour sortir de Saint-Aubin », dit ce dernier, « les Français devaient passer par un chemin étroit, resserré entre le bois de la Chaîne et le Bois d'Usel ; aussi marchaient-ils » à la file et sans ordre », ne croyant pas les Bretons si près.
Quand ils débouchèrent sur la lande, ils aperçurent de loin, sur un coteau en pente douce, à 800 mètres environ, l'armée des Bretons « qui jà estoit en bataille et en moult bel ordre Gabriel de Montfaucon et dix ou douze hommes d'armes français, qui chevauchaient en avant, engagèrent un combat d'avant-garde.
Si à ce moment les Bretons s'étaient portés en masse en avant, ils eussent défait les Français avant leur formation ; mais une fois de plus les dissensions leur furent fatales.
Rieux voulait avancer, les autres hésitèrent, discutèrent et laissèrent passer l'occasion.
La Trémoïlle vit en face de lui l'armée bretonne sur le versant du coteau : l'avant-garde ou la gauche commandée par le maréchal de Rieux, appuyée au bois d'Usel ; le centre ou corps de bataille, sous les ordres de d'Albret, déployé sur la lande, à droite, dans la direction de Haute-Sève, couvrant son flanc droit du charroi de l'artillerie ; la cavalerie par détachements sur les ailes, prête à se porter où besoin serait; l'arrière-garde, formant réserve et comptant moins de combattants que de vivandiers et de valets.
Le général ne perd pas de temps; il divise son armée en trois corps : l'avant-garde, formant la droite, est commandée par Adrien de l'Hospital « vieil capitaine français » ; l'arrière-garde, formant réserve, par le sire de Baudricourt, gouverneur de Bourgogne; lui-même prend le commandement du centre, ayant pour lieutenant Jacobo Galiota, habile capitaine napolitain.
Il eut le temps de faire creuser une tranchée devant son artillerie, et le combat s'engagea par une décharge générale des canons des deux armées qui causa de grands ravages de part et d'autre.
Après cette première décharge, les armées marchèrent l'une vers l'autre: l'avant-garde des Bretons s'avança « en pointe » contre l'ennemi la droite des Français se porta en masse contre elle ; Rieux « soutient le faix très vertueusement » ; le centre des Bretons s'ébranle alors pour soutenir le choc la mêlée devient générale et fort rude; tes coups pleuvent, le sang coule ; les archers anglais montrent une grande intrépidité ; les Bretons crient :
Saint Samson ! Saint Samson !
Les Suisses répondent :
Saint Lau! Saint Lau !
Devant l'assaut furieux des Bretons, les Français reculent de cent pas.
Mais une fausse manœuvre se produit dans le mouvement du centre breton : le capitaine Blair, ou Beler, chef des auxiliaires Allemands, pour se mettra à l'abri des boulets de l'artillerie française qui tirait encore quelques coups, descend trop tôt la pente menant au ruisseau de Riquelon, ce qui produit un angle, ou pli, une brisure dans la ligne bretonne qui se trouve « ployée comme en croissant ».
Galiota aperçoit ce point faible, et, au moment où les Français se voyaient sur leur droite si rudement repoussés, il crie à La Trémoïlle « Donnons plus bas! »
Aussitôt Galiota, qui avait médité son plan hardi, s'élance avec une troupe d'élite de 400 cavaliers bardés de fer « en l'endroit du ply » contre les Allemands ; il tombe mortellement blessé; mais, malgré une énergique résistance, sa troupe parvient à percer cette légion sans appui.
La cavalerie bretonne, postée sur les ailes, aurait dû arrêter cette trombe humaine et l'empêcher de prendre à des l'infanterie ; mais « elle fist très mal son devoir et ne soutinst point », en sorte qu'elle découvrit les gens de pied.
Les cavaliers de Galiota se jettent sur l'artillerie, tuent les soldats; ils courent à l'arrière-garde, tombent sur les vivandiers et tes valets, portent partout le désordre et la mort.
Les troupes françaises à leur tour pénètrent vivement par la brèche ouverte, prennent à revers le corps de bataille, puis la gauche des Bretons ; assaillis de dos et de face, ceux-ci faiblissent et se débandent; bientôt c'est la déroute !
Alors ce fut un carnage…… les 2000 archers portant la croix rouge se firent tuer jusqu'au dernier ; du côté des Bretons, 5 à 6000 hommes gisaient sur le sol, et, parmi eux, le prince de Léon, âgé de 18 ans……. le comte de Scales, chef Anglais, etc.
Telle a été, d'après M. Pocquet du Haut Jussé, cette mémorable bataille de Saint-Aubin-du-Cormier dont les résultats furent si considérables.
Si elle fut néfaste pour la Bretagne en tant que puissance indépendante, elle n'en fut pas moins glorieuse pour plusieurs des corps qui y combattirent sous le drapeau breton, entr'autres pour les archers Anglais et leur vaillant chef, Edouard Wydeville, dont nous venons de voir la grande intrépidité et la mort héroïque en cette journée.
En ce qui concerne d'ailleurs la troupe anglaise, il convient, pour compléter le récit de la bataille, d'ajouter un détail que nous devons à la chronique du chanoine Jean de Molinet-
Ce détail est relatif à la place exacte ou combattirent et tombèrent les insulaires de Wight. « Le seigneur de Scales avec bon nombre d’Anglais », lisons-nous dans cette chronique, « demourèrent morts sur la placé auprês d'un bois nommé Selp. »
Or, d'après M. Pocquet du Haùt-Jussé qui, eu sa qualité de Rennais, connaît bien Saint-Aubin-du-Cormier et les environs, le bois nommé Selp ne peut être autre que le bois d'Usel dont le nom aura été un peu défiguré par la dure prononciation des soldats allemands et flamands ayant combattu à Saint-Aubin-du-Cormier et desquels, après leur retour dans leur pays.
Jean de Monnet, écrivant à Valenciennes ses chroniques dix ans environ après l'événement, aura appris ce détail topographique.
Un autre détail, d'un mélancolique intérêt, doit ici prendre place.
Quinze jours après son importante victoire du 28 juillet, La Trémoïlle recevait la capitulation de cette même ville de Saint-Malo, où, comme on s'en souvient, nos Anglais étaient débarqués dans les derniers jours de mai.
Un des articles de la capitulation portait que « tous les biens, navires, armes, monstures, et aultres choses quelconques du feu seigneur de Scalles estant de présent en ladite ville et au port et rade d'icelle sont et demourront à la volonté de mondit seigneur de La Trémoîlle (3) »
Certes, en prenant terre quelques mois auparavant sur la côte bretonne, et en y laissant, pour s'enfoncer dans l'intérieur du pays, leurs navires et bagages, Wydeville et ses compagnons ne se doutaient pas qu'ils les abandonnaient pour toujours et que le général en chef des Français en disposerait un jour à sa guise !
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Cependant la nouvelle de l'issue, si funeste au point de vue anglais, de la journée de Saint-Aubin-du-Cormier était parvenue en Angleterre, à Londres comme à l'île de Wight.
A Londres, le peuple, irrité plus que jamais contre la France, demandait à grands cris une prompte intervention qui ne devait du reste pas tarder à se produire.
Mais Henri VII, toujours attaché à sa politique de conciliation et d'atermoiements, n'en persista pas moins, pendant quelque temps, à continuer, autant qu'il dépendait de lui, ses relations amicales avec Charles VIII.
Il avait envoyé dans les premiers jours d'août au roi de France un de ses hommes de confiance, appelé Jehan Bon, pour lui annoncer ce qui était arrivé, selon ses prévisions, d'ailleurs, au capitaine de Wight et à sa troupe, et désavouer une fois de plus la malencontreuse expédition faite contre son gré (4).
Le messager du souverain anglais, débarqué probablement sur nos côtes vers te milieu d'août, dut atteindre Chartes VIII au moment où ce prince, après avoir signé le traité du Verger, allait s'établir pour une dizaine de jour au manoir de la Roche-Talbot, près de Sablé, dans le Maine.
C'est là en tous cas que le roi de France accorda audience à Jehan Bon et lui donna sa réponse à transmettre à son maître.
Cette réponse, dont l'original se trouve aux archives de Londres, a été publiée il y a quelques années dans les Lettres de Charles VIII, vaut la peine d'être reproduite dans notre étude où elle a sa place tout indiquée. Elle fait pour ainsi dire le pendant à la lettre de Henri VII que nous avons citée plus haut :
« La Roche-Talbot, 29 aout 1488.
Très hault et très puissant prince, nostre très cher et très amé cousin, nous avons reçu les lettres que par nostre cher et bien amé Jehan Bon, porteur d'icelles, nous avez escriptes, et par luy avons sceu de voz bonnes nouvelles, dont, si très fort que faire pouvons, vous remercions, aussi de ce que par vosd. lettres nous faictes sçavoir touchant-feu seigneur Edouard de Wideville, qui se disoit seigneur de Scalles.
Car, comme vous avons escript par Jarretière, lequel aviez envoyé devers nous pour ceste cause, nous savons certainement que l’allée dud. feu de Scalles et de voz subjectz qu'il avoit menez avecques luy en Bretaigne estoit sans nostre sceu et congé et à vostre très grant desplaisance par amour de nous, et n'y avons faict nulle doubte.
Au sourplus, depuis que vous avons dernièrement escript, par l'aide de Dieu et le service de noz bons et loyaulx subjectz, nous avons gaigné la bataille contre les Bretons et noz autres rebelles subjectz aussi les villes et places de Dynan et Sainct-Malo ont esté mises en nostre obéissance.
Et nonobstant toutes ces choses, avons fait paix avecques nostre cousin le duc de Bretaigne, combien que, se nous eussions voulu, il estoit bien en nous de mectre en noz mains le demourant dud. pays de Bretaigne, et les places d'icelluy, mais il nous souffisoit seulement d'assurer pour le temps advenir le droit que nous y prétendons et en chasser noz rebelles subjectz qui se (y) estoient rettirez, ainsi que le tout avons chargé aud Jehan Bon vous dire plus au long.
Et s'il est chose que puissions faire pour vous, en le nous faisant sçavoir, l'accomplirons de très bon cueur.
Très hault et très puissant prince, nostre très cher et amé cousin, nostre Seigneur vous ait en sa saincte garde.
CHARLES
PARENT.
A très hault et très puissant prince, nostre très cher et très amé cousiu le Roy d'Angleterre » (5).
- Fin de l'indépendance bretonne : Le duc François II est contraint de signer le traité du Verger (août 1488), s'engageant à ne pas marier ses filles sans l'accord du roi de France.
- Le rattachement à la Couronne : François II meurt quelques semaines plus tard. Sa fille Anne de Bretagne devient duchesse ; son mariage ultérieur avec Charles VIII (puis avec Louis XII) scellera le rattachement progressif du duché au royaume de France.
Pour la noblesse poitevine engagée aux côtés du roi, comme le lignage du Puy du Fou, cette victoire consacre le triomphe définitif de l'autorité royale sur les grands princes féodaux.
L'expédition d'Édouard Wydeville en Bretagne (1488) : étude historique et littéraire par le Mis de Beauchesne.
Poitou Aquitania: Période Renaissance 1453/ 1492<==
Engagement de Pierre et Jacques du Puy du Fou à l'arrière-ban de Louis XI <==
(1). A. Dupuy, Réunion de la Bretagne à la France
(2).M.Barth. Pocquet du Haut-Jussé, ancien plaident de la Société historique et archéologique d'Ille-et-Vilaine, s'est fait, comme on sait, le continuateur de l'Histoire de Bretagne commencée par A. de la Bordene. Dès avant publication du 4e volume, rédigé presqu'entièrement par lui, il a bien voulu me confier les pages où il raconte la bataille de Saint Aubin-du-Cormier, et ce sont ces pages qu'avec sa permission, je reproduis ici. Nous prions le savant historien breton de recevoir ici l'expression de notre plus profonde gratitude tant pour les pages qu'il nous a communiquées que pour le précieux plan du champ de bataille qui accompagnait son envoi.
(3). Correspondance de Charles VIII, p.462.
(4). Voir ci-dessous la lettre de Charles VIII à Henri VII.
(5). Cette lettre, dont l’original est conservé aux archives de Londres, dans le State papers, a été publiées par P.Pelicier, dans ses lettres missives de Charles VIII.