18 octobre 1793 — Le rendez-vous du vieux pont de Montrevault : L'adjudant-général Beaupuy face aux 5 000 captifs libérés de Saint-Florent par Bonchamps.
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L’extrait textuel partagé provient d'une célèbre lettre de l'adjudant-général républicain Michel de Beaupuy adressée au général Antoine-Joseph Santerre (ou transmise par le représentant Merlin de Thionville).
La prise nocturne de Beaupreau (17-18 octobre 1793)
- L'audace tactique de Beaupuy et Westermann : Après l'âpre bataille de Cholet, malgré des troupes épuisées et sans cartouches, Beaupuy et François-Joseph Westermann font le pari de l'offensive immédiate au lieu de temporiser. L'apostrophe de Beaupuy (« N'avez-vous pas des baïonnettes ? Des grenadiers ont-ils besoin d'autre chose ? ») illustre le style de commandement des armées de la République, fondé sur la vitesse et la charge au choc.
- Le passage du pont de Beaupreau : À une heure du matin, sous le clair de lune, Beaupuy, Savary et François-Ignace Bloss mettent pied à terre et chargent à la baïonnette le pont défendu par la pièce de mitraille vendéenne. L'effet de surprise entraîne la fuite des canonniers et la prise des approvisionnements (poudre, farine, munitions).
Le trajet de l'officier républicain : Il part le matin de Beaupréau et marche vers le nord en direction de Saint-Florent-le-Vieil
Le trajet des prisonniers libérés : Libérés à Saint-Florent-le-Vieil (au bord de la Loire), ces milliers de soldats républicains marchent vers le sud pour rejoindre leurs armées à Cholet.
Le point de rencontre : Montrevault se situe exactement sur la route entre Beaupréau et Saint-Florent.
C'est là que l'officier républicain voit arriver cette foule immense de soldats épuisés qu'il prend d'abord pour des rebelles vendéens.
Le vieux pont de Montrevault (appelé pont de Bohardy) a été construit en 1465
Malgré tous les vides faits dans son corps de troupes, Beaupuy ne perdit pas un instant.
Il fallait prendre un parti après la victoire : ou retourner à Chollet ou marcher sur Beaupreau.
Il soumit cette question aux généraux Haxo, Chabot, Westermann, aux adjudants-généraux Bloss et Savary, qui se trouvaient près dè lui et demanda leur avis.
Il fut décidé d'une voix unanime qu'on se porterait sur Beaupreau ; l'ordre en est donné.
Quelques voix se font entendre : «Nous n'avons plus de cartouches. » — « N'avez-vous pas des baïonnettes ? reprend Beaupuy, des grenadiers ont-ils besoin d'autre chose ? »
On répond par des cris de Vive la République ! et on part.
Le Massacre de Beaupréau (17-18 octobre 1793)
Le massacre de Beaupréau s'inscrit dans les événements dramatiques qui suivent immédiatement la seconde bataille de Cholet (17 octobre 1793).
Battue par les forces républicaines, l'Armée catholique et royale entame sa retraite vers Saint-Florent-le-Vieil pour tenter de franchir la Loire.
Dans la nuit du 17 au 18 octobre, les généraux républicains Haxo, Beaupuy et Westermann se lancent à la poursuite des troupes vendéennes en déroute.
Ils atteignent avant minuit la bourgade de Beaupréau, située à une vingtaine de kilomètres au nord de Cholet.
L'arrière-garde vendéenne y est rapidement enfoncée et contrainte de se replier.
Beaupuy et Westermann s'avancent au clair de lune vers Beaupreau, et le succès confirme leur audace.
« La prise de Beaupreau, dit Beaupuy dans son rapport, a complété la journée de Chollet ; c'est à une heure après minuit que nous sommes arrivés devant le château.
La position avantageuse des postes avancés, le canon d'alarme, tout annonçait de la résistance.
Arrivés au débouché et vis-à-vis le pont, nous avons été accueillis par un coup de canon chargé à mitraille ; quoique couverts, il a cependant ralenti notre marche. »
Aussitôt, j'ai ordonné aux tambours de battre la charge ; ils avaient disparu.
Alors, mettant pied à terre, ainsi que Bloss et Savary, nous avons tous couru sur ce pont, aux cris de : » Vive la République ! et avec tant de vivacité que les canonniers ont pris la fuite sans faire feu.
Moulin à poudre, munitions de toute espèce, farines, voilà notre conquête ; des prisonniers dont nous avons brisé les fers et qui ne cessent de bénir la République, voilà notre récompense (i). »
Beaupreau occupé, Westermann s'y livre au repos avec sa cavalerie épuisée de fatigue.
Quant à Beaupuy, son premier soin est de reconnaître les positions autour de la ville et d'y établir sa troupe. Il informe aussitôt le général en chef de sa position et du besoin qu'il a de cartouches, d'artillerie et de canonniers.
« On pourra se faire une idée du courage et de la force d'âme du général Beaupuy, dit Savary qui l'accompagnait, lorsqu'on saura que depuis quelques jours il était travaillé d'une fièvre ardente.
Le lendemain matin, vers 9 heures, le gros de l'armée républicaine investit complètement Beaupréau.
La mise à mort des blessés vendéens
À leur arrivée, les troupes républicaines découvrent les blessés de l'armée vendéenne abandonnés dans les hôpitaux de la ville. Un massacre systématique est alors perpétré.
Le témoignage du général Kléber :
Dans ses Mémoires, le général républicain Jean-Baptiste Kléber confirme la réalité et la portée de cette exécution collective :
« À Beaupréau, on trouva quatre cents blessés à l'hôpital, qui furent immolés à la vengeance en représailles d'un pareil nombre de Républicains, égorgés sur les chariots de l'ambulance, à la retraite de Clisson. »
Le récit d'Amédée de Béjarry :
Dans ses Souvenirs publiés en 1884, le petit-fils de l'officier vendéen Amédée-François-Paul de Béjarry apporte des précisions sur le lieu et la violence des faits, situés au collège de Beaupréau réquisitionné comme hôpital militaire :
« Après la bataille de Cholet, les républicains s'en emparèrent et massacrèrent sans pitié tous les blessés — sept à huit cents ! — qu'on y avait entassés :
On les sabrait sur leurs lits, puis on les jetait, par les fenêtres, dans la cour de la maison. [...] J'ai pu assister plusieurs fois à l'exhumation de quelques-unes des nombreuses victimes de cette boucherie et compter sur leurs ossements le nombre ou la nature des coups sous lesquels elles avaient succombé. J'ai vu jusqu'à dix coups de sabre sur un seul crâne ! »
Bilan et divergence des sources
Bien que la réalité du massacre soit incontestée par l'historiographie de la guerre de Vendée, les estimations quant au nombre de victimes varient selon les témoignages :
400 blessés d'après le rapport militaire de Kléber (évoquant une mesure de représailles).
700 à 800 victimes selon les mémoires de la famille de Béjarry.
La poursuite des Vendéens continue ; le 18 octobre, les avant-postes, sur la route de Beaupreau à Saint-Florent, signalent un grand nombre d'individus qui se dirigent vers l'avant-garde.
Beaupuy s'y porte aussitôt. C'étaient des prisonniers républicains, au nombre de quatre à cinq mille, qui, menacés de mort, avaient été sauvés par l'intervention de l'héroïque général vendéen Bonchamps.
Celui-ci, mortellement blessé à Chollet, avait demandé leur grâce comme dernière faveur. Il y avait dans les deux camps de nobles caractères.
Cependant quand nos soldats arrivèrent à Saint-Florent, le 20 octobre, ils apprirent que les Vendéens avaient passé la Loire.
Beaupuy s'empressa d'en avertir Léchelle :
« La Loire est sous nos yeux ; plus de rebelles de ce côté, quelle satisfaction ! Mais aussi quelle différence si les nôtres avaient tenu à Varades !
La France entière en serait purgée, la Loire eût été leur tombeau, ils s'y seraient précipités tant la terreur était grande parmi eux. »
Mais Varades, situé en face de Saint-Florent sur la rive droite, avait été emporté par les Vendéens. La guerre n'était pas finie ; elle n'avait fait que changer de rive.
Lettre de Bérard à Villiers.
Saint-Florent, le 19 octobre 1793.
Je t'écris de la chambre que vient de quitter Bonchamp.
A huit heures du matin, je quittais Beaupréau et j'étais en route, avec une partie de l'armée, pour Saint-Florent.
A Montrevault, quelle a été notre surprise de voir arriver à nous une foule considérable, et plusieurs milliers de nos frères des bleus, déguenillés, défigurés, las, maigres, parlant à peine, et dans des émotions incroyables !
De loin on les prenait pour une troupe de rebelles.
Beaupuy se porta en avant, et quand il eut reconnu que c'étaient des prisonniers qui venaient d'être délivrés par Bonchamp expirant, il en fut attendri jusqu'aux larmes. Nous pleurions tous. Mon Dieu, quelle scène!.
Il y a une âme dans ce Bonchamp, et je ne, serai plus si implacable avec ces brigands, que pourtant je déteste.
Les prisonniers ont été dirigés sur Cholet, etc. (2).
Carte Guerre de Vendée et Lieux de Mémoire (Maps et Dates) <==
La Virée de Galerne – Octobre 1793, La Bataille de Fougères. <==
(1) Guerre des Vendéens et des Chouans, tome II, pages 278 et suiv. -
(2) La Vendée en 1793, par M. H. Grille, tome II, page 336.