Canalblog Tous les blogs Top blogs Tourisme, Lieux et Événements Tous les blogs Tourisme, Lieux et Événements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
PHystorique- Les Portes du Temps
TRADUCTION
Derniers commentaires
31 octobre 2026

1369 d’Angoulême, l’armée anglaise de Pembroke et Hugh Calveley en route pour piller Saumur passent par Vihiers.

Pendant la Guerre de Cent Ans, Vihiers est au cœur de la zone la plus ravagée d'Anjou — ce qui explique pourquoi du castrum Viheris de Foulques Nerra il ne reste que la base en glacis et le souterrain.

 

 

Voici ce qu'on sait précisément :

 

Le contexte : Anjou, une marche anglaise

Vihiers est une ville close, l'une des 32 villes closes de l'Anjou, sur la route entre Poitiers — anglaise jusqu'en 1372 — et Angers.

 

En 1323, Charles de Valois s’en alla guerroyer contre les Anglais en Guyenne.

 

Au dire d’Hirec, les Anglais envahirent pour la première fois l’Anjou, ils s’emparèrent de Vihiers et de plusieurs forteresses.

 

Les Bretons accoururent pour les chasser ; mais les ennemis continuant leur marche victorieuse pillèrent le château de Brochessac aujourd’hui Brissac, qui appartenait à la famille de Montmoreney, célèbre par ses exploits en Espagne contre les Maures, et brûlèrent l’église collégiale après avoir massacré les chanoines.

 

Hirec est l'un des chroniqueurs locaux repris par André Joubert. Il confirme ce que l'on pressentait : Vihiers tombe 14 ans avant le début officiel de la Guerre de Cent Ans (1337).

 

L'ouvrage de référence est celui d'André Joubert, Les invasions anglaises en Anjou aux XIVe et XVe siècles (1872) : l'Anjou subit trois grandes vagues :

  • 1355-1360 : chevauchées du Prince Noir
  • 1368-1380 : compagnies anglaises et routiers après la rupture du traité de Brétigny
  • 1412-1425 : l'armée de Thomas de Clarence, duc de Clarence, qui après avoir dévasté le Maine, l'Anjou, la Touraine, menace l'Orléanais, puis l'occupation sous Henri V / Henri VI jusqu'en 1429

 

 

En 1369, la guerre de Cent Ans reprend de plus belle.

 

Le roi de France Charles V rompt les traités antérieurs et repart à l'offensive.

 

 En réaction, les forces fidèles à la couronne d'Angleterre lancent de grandes vagues d'attaques et des chevauchées destructrices dans l'ouest de la France.

 

L'Anjou devient alors une cible hautement stratégique pour le contrôle de la Loire.

 

John Hastings, 2e comte de Pembroke, débarque avec la reprise de la guerre de Cent Ans.

Les troupes anglaises partent d'Angoulême (alors aux mains du Prince Noir, prince d'Aquitaine) et remontent vers le nord pour ravager l'Anjou, une province fidèle au roi de France.

 La stratégie de la "chevauchée" consistait à piller, brûler et rançonner les campagnes pour affaiblir l'économie de l'adversaire sans forcément chercher la bataille rangée.

 

Les assaillants (parti anglais) : Une armée d'environ 600 lances, 300 archers et 1 500 fantassins.

Elle est commandée par le comte de Pembroke, accompagné de Hugh de Claverly (H. Caverley), du vicomte de Châtellerault (Louis d'Harcourt) et de plusieurs seigneurs poitevins alliés.

 

Le Bassinet de H.Caverley : Il s'agit du casque principal conique en acier qui enveloppe la tête, prolongé par un camail de mailles (le gorgerin attaché par des verveilles) protégeant le cou et le haut des épaules.

 

Le Grand Heaume de parade (cimier) : En plus du bassinet porté pour le combat, la figure porte sur le dessus de sa tête son grand heaume de joute (ou de parade) orné de son cimier héraldique : une tête de veau noire couronnée d'argent (a calf's head sable crowned argent), jouant sur son nom de famille (Calveley / calf).

 

L'axe naturel de progression : Pour remonter d'Angoulême vers Saumur en ligne droite, l'itinéraire traverse le Poitou (par exemple via Niort ou Parthenay), puis pénètre en Anjou par le sud-ouest.

 

 Vihiers (Villa nuncupata galice Vihers ) se situe précisément sur cette trajectoire historique, à mi-chemin entre le Poitou et Saumur.

 

L’itinéraire géographique de la chevauchée de 1369 menée par le comte de Pembroke et le capitaine de grandes compagnies Hugh Caveley (Hue de Cavrelée) n'est pas cartographié au village près par les chroniqueurs de l'époque.

 

Cependant, la logique militaire du XIVe siècle, la topographie et le réseau routier hérité de l'Empire romain permettent de reconstituer précisément leur progression de la Charente à la Loire.

 

L’itinéraire géographique global (D'Angoulême à la Loire)

L'armée anglaise quitte Angoulême, alors base arrière du Prince Noir et capitale du duché de Guyenne/Aquitaine sous contrôle anglais, pour mener un raid de destruction en territoire français. L'axe de progression s'articule en trois grandes étapes :

 

La traversée du Poitou (Le couloir de progression) : Les troupes remontent plein nord. Le Poitou est une zone disputée, parsemée de fiefs changeant d'allégeance. L'armée progresse selon toute vraisemblance en suivant les anciennes voies romaines ou les chemins de crête, passant par le secteur de Niort ou de Parthenay, afin d'éviter les zones trop marécageuses.

 

La pénétration en Anjou méridional (La zone de ravage) : C'est en entrant en Anjou que la chevauchée prend toute son intensité destructrice. L'armée avance sur un front large (en râteau) pour maximiser le pillage. C’est ici qu'ils traversent le Vihiersois (la région de Vihiers), une zone de transition stratégique avant d'atteindre la vallée de la Loire.

 

  • Les deux objectifs sur la Loire :
    • Saumur : Le corps principal de l'armée mené par Pembroke fonce sur Saumur. Ils brûlent les faubourgs non fortifiés mais se cassent les dents sur l'enceinte de la ville, défendue par Robert de Sancerre.

 

Les Ponts-de-Cé : En parallèle, l'avant-garde ou une troupe de routiers très mobile commandée par Hugh Calveley bifurque légèrement vers le nord-ouest pour s'emparer par surprise du pont de Sé (Les Ponts-de-Cé), l'unique point de passage fortifié permettant de franchir la Loire juste au sud d'Angers

 

 

2. L'état des fortifications de la région en 1369

En 1369, la région subit de plein fouet les réformes défensives imposées par le roi de France Charles V, mais toutes les localités ne sont pas logées à la même enseigne. On distingue trois types de structures face à la chevauchée anglaise :

 

Le « Plat Pays » et les petits forts (Proies faciles)

Froissart mentionne que les Anglais brûlent les « villes et petits forts qui ne se pouvoient tenir ».

 

Dans le Vihiersois et le Saumurois, les campagnes sont parsemées de petites maisons fortes, de prieurés fortifiés ou de simples mottes castrales. Ces structures ne sont pas conçues pour résister à une véritable armée, mais seulement à de petites bandes de brigands. Les paysans s'y réfugient à la hâte, mais ces places sont souvent prises d'assaut, pillées, et leurs défenseurs mis à rançon.

 

Les places fortes d'importance (Exemple : Saumur et Vihiers)

Saumur : À cette date, la ville possède déjà un château fortifié (qui sera d'ailleurs profondément reconstruit et modernisé quelques années plus tard, à partir de 1373, par Louis Ier d'Anjou) ainsi qu'une enceinte urbaine solide.

 

C'est cette fortification, combinée à la présence d'une garnison de métier menée par un capitaine d'expérience (Robert de Sancerre), qui sauve la ville. Les Anglais ne disposant pas d'artillerie lourde ni de temps pour un long siège lors d'une chevauchée rapide, ils doivent abandonner la ville et se contenter de détruire les faubourgs.

 

Vihiers : La ville possède à l'époque son Castrum, un château seigneurial majeur qui commande le passage entre le Poitou et l'Anjou. Si le bourg environnant subit les pillages, la forteresse elle-même servait de point d'appui et de refuge, bien que souvent contournée par les chevauchées qui préféraient piller les villages sans défense plutôt que de s'épuiser face à des murs.

 

« Jean Chandos s'avance avec plus de 500 hommes, pillant la région et ses abbayes sans rencontrer de résistance.

 

Juste après son départ, le comte de Pembroke s'abat à son tour sur l'Anjou avec 300 chevaliers, recrutant les retardataires de l'armée de Chandos, pillant les champs et rançonnant les villages que Chandos avait épargnés

Pembroke revient une seconde fois avec Hugues de Calveley et avec plus de 2 000 hommes ainsi que du matériel de siège [...]

 

Septembre 1369  L'armée anglaise arrive bientôt à Saumur, où elle se fait repousser. »

 

Dans les Chroniques de Jean Froissart, un chroniqueur du XIVe siècle.

« Si se départirent toutes ces gens, dont le comte de Pennebroch étoit chef et gouverneur, de la ville d'Angoulême et du prince, et cheminèrent tant à leur arroy qu'ils entrèrent en Anjou.

 

Si commencèrent le pays à ardoir et exillier, et à faire moult de des-rois, et passèrent outre à l'un des lez, ardant et exillant villes et petits forts qui ne se pouvoient tenir, et en rançonnant le plat pays jusques à Saumur sur Loire.

 

Si se logèrent tantôt ès faubourgs et commencèrent la ville à assaillir; mais ils ne la purent prendre ; car messire Robert de Sancerre, atout grand gens d'armes, s'y étoit herbergé.

 

Ceux la gardèrent, et défendirent bien de recevoir et de prendre nul dommage ; mais tout le pays de là environ fut pris, ars, gâté et exillié, et y firent en cette chevauchée les Anglois moult de desrois.

 

Et s'en vinrent messire Hue de Cavrelée et sa route à un pont sur Loire, que on dit au pays le pont de Sé.

 

Si furent ceux déconfits qui le gardoient et le pont pris, et se boutèrent ces Compagnies dedans, et le fortifièrent tellement qu'ils le tinrent depuis un grand temps. »

 

 

 

 

 

2. Vihiers : destruction puis reconstruction

La formule qui revient partout pour Maupassant résume tout :

Victime des destructions successives dues à la guerre de cent ans, la guerre de religion, puis à la guerre de Vendée, il sera reconstruit avec les modifications propres à chaque époque.

 

Concrètement :

  • Vers 1360-1370 : Vihiers est pris et ruiné. Comme l'ensemble de la châtellenie, il est sans doute ruiné en même temps que la ville par les troupes anglaises. C'est à ce moment que le donjon primitif de Foulques Nerra (1010) disparaît presque entièrement.

 

  • Fin XIVe - début XVe : Reconstruction que vous voyez encore aujourd'hui. Le château est reconstruit au XIVe siècle ou au début du XVe siècle sur un plan proche de celui que nous connaissons. Seuls les percements du rez-de-chaussée de la façade sud en falun peuvent être attribués à cette époque. Le reste en tuffeau est plus tardif.

 

 

  • Le souterrain que vous avez visité est justement réaménagé à cette occasion : Au XVe siècle, le souterrain aurait été percé ou réaménagé et on aurait construit la salle de garde appelée communément la chapelle afin d'en garantir l'entrée.

 

En d'autres termes, la salle voûtée du souterrain n'est plus la salle de 1016 : c'est la salle reconstruite par les Français après le départ des Anglais pour verrouiller l'entrée du tunnel.

 

3. Le contexte local

Autour de Vihiers à la même époque :

  • Montreuil-Bellay, Doué, Saumur sont tenus tantôt par les Français, tantôt par des routiers anglais comme Bernard de la Salle.
  • Bertrand du Guesclin guerroie contre les Anglais retranchés dans l'abbaye de Saint-Maur, à quelques kilomètres de Vihiers, vers 1370-1371. C'est lui qui reprend la région.

 

Après 1453, Vihiers reste une baronnie importante — plus de 100 fiefs en relèvent — mais le château n'a plus de rôle militaire.

 

Il devient résidence seigneuriale des Turpin de Crissé jusqu'à la Révolution, où il sera de nouveau incendié pendant la Guerre de Vendée.

Commentaires
PHystorique- Les Portes du Temps