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PHystorique- Les Portes du Temps
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21 novembre 2025

Royan le 9 mai 1253, débarquement du roi d’Angleterre Henri III.

Mort de Raymond VII de Toulouse (1241) → Alphonse de Poitiers hérite du comté.

 

Henri III tente de profiter du vide politique pour reprendre l’Aquitaine.

 

1245 : Première grande révolte gasconne contre l’administration anglaise jugée trop lourde (impôts, justice royale). Gaston VII de Béarn prend la tête du mouvement.

– Gaston ravage Dax et les terres de l’archevêque de Bordeaux.

– Arnaud-Guilhem de Gramont et le vicomte de Soule attaquent Bayonne, pillent le Labourd.

 

 

 

1248 : Henri III envoie Simon V de Montfort, comte de Leicester, comme lieutenant-général puis sénéchal de Gascogne (1248-1252, prolongé jusqu’en 1253).

Mission : mater la révolte à tout prix.

 

1248–1252 : Règne de terreur de Simon de Montfort :

– Châteaux pris et rasés (Castelnau, Moncade, Gramont, etc.).

– Otages pendus, villes mises à rançon.

– Impôts écrasants pour payer son armée.

→ La quasi-totalité des seigneurs gascons (même ceux qui étaient pro-anglais) se retournant contre lui.

 

 

 

Depuis 1252, la situation politique est grave :

  • Les Albret, les Durfort, les seigneurs de la vallée de la Garonne et de l’Entre-Deux-Mers se révoltent.
  • Alphonse de Poitiers (frère de Saint Louis) cherche à étendre l’influence capétienne en Gascogne.
  • La région est en état de quasi-guerre civile entre partisans du roi de France et partisans du roi d’Angleterre.

 

Après avoir reconnu sa vassalité envers le roi d'Angleterre Henri III Plantagenêt, Gaston VII de Béarn entre en conflit ouvert avec celui-ci.

Mis en grande difficulté, il se réfugie précipitamment outre-Pyrénées sur les territoires du roi de Castille et León, Alphonse X le Sage.

 

Alphonse X, roi de Castille, voulant faire valoir les droits qu'il prétendait avoir sur la Gascogne, ne manqua pas de faire alliance avec Gaston de Béarn et avec un grand nombre de seigneurs gascons, qui avaient pris les armes contre le roi d'Angleterre.

 

Henri III fut très alarmé de cette alliance.

 

Les bourgeois de La Réole, mécontents comme tout le monde, déclarèrent qu'ils se donneraient à un autre maître si on ne leur rendait pas justice contre Simon de Montfort ; ils ne furent pas écoutés, et se révoltèrent.

 

Le roi, espérant arranger diplomatiquement l'affaire, envoya deux députés aux révoltés, dont le chef était à La Réole, pour les engager à venir en Angleterre, où ils s'expliqueraient.

 

Les Gascons répondirent qu'ils ne quitteraient pas leur pays sans de bonnes garanties, de peur de perdre leurs forteresses.

 

Cependant, deux partis divisant La Réole, l'un d'eux s'était emparé du château, et l'autre se tenait dans la ville.

 

Le premier avait été secouru par Guillaume Pigorel, lieutenant de Leycester, et avait sans doute attaqué ceux de la cité, qui, tout en protestant qu'ils ne voulaient pas attenter aux droits du roi d'Angleterre, battaient le château avec des engins formidables.

 

Les deux commissaires arrivent à Bourg; et après avoir constaté l'état du pays, transmettent au roi les détails nécessaires en ces termes :

 

« Quant à nous, nous passâmes de Bourg à Bordeaux, et nous nous rendîmes auprès de l'archevêque, à qui nous fîmes remise de vos lettres, qu'il reçut avec beaucoup de respect, promettant d'obéir, autant qu'il le pourrait, à tous vos ordres. Il ajouta même qu'il nous accompagnerait à l'armée, pour y prendre conseil avec les autres magnats de cette terre qui s'y trouvaient, et auxquels s'adressaient vos dépêches.

 

Mais en même temps, il nous exposa la triste situation du pays, ainsi que la cause de cette guerre, sans nous laisser ignorer qu'il était demeuré vingt-un jours dans La Réole, à travailler à la paix, ou, du moins, pour tâcher de conclure une trêve entre les deux partis.

 

D'après lui, deux trêves auraient été successivement rompues de part et d'autre, presque aussitôt que signées. »

 

Les deux commissaires se rendirent de Bordeaux à l'armée, qui se trouvait à Gironde.

 

Ayant exposé de nouveau leur mission : « Un conseil, disent-ils, fut tenu entre les prélats, les barons et les maires des villes, réunis à votre frère (Geffroy de Lusignan, frère utérin d'Henry), à l'archevêque, à l'évêque de Bazas, à Pierre Cailhau ; ils se décidèrent à se présenter dans La Réole, et à communiquer vos lettres à  cette commune.

 

» Étant, en effet, entrés dans cette ville, nous y trouvâmes le seigneur Gaston de Béarn, avec plus de cent hommes d'armes, une grande partie des seigneurs d'Agenais, et les maires du Bazadais à la tête de leurs milices; une grande partie des gens de Sainte-Bazeille, et bon nombre d'autres, qui battaient, de nuit comme de jour, votre château et ceux qui s'y trouvaient, à l'aide de deux blides et d'autres engins.

 

Nous leur remîmes vos lettres, en présence de l'archevêque et de l'évêque; c'étaient le seigneur Gaston, le prieur du Mas, le maire de Bazas et le corps de la ville de La Réole.

 

 Nous leur reprochâmes, de plus, en nous adressant principalement au seigneur Gaston, de ce qu'ils s'étaient introduits dans votre ville, pour assiéger votre château.

 

» Mais après avoir reçu convenablement vos lettres, ils répondirent, comme l'avaient fait les autres, qu'ils ne pouvaient ni n'osaient partir pour l'Angleterre tant qu'il n'y aurait ni paix ni trêve ; et quant au fait de La Réole, c'est d'une commune voix qu'ils s'excusèrent, en présence de l'archevêque et évêque, disant qu'ils n'avaient aucune intention d'empiéter sur votre pouvoir, assignant, pour cause à leur agression, la grande discorde qui s'était élevée dans La Réole entre deux partis, dont l'un, du consentement de votre connétable, s'était emparé du château, et, de ce château, avait tiré sur l'autre parti resté dans la ville, ce qui avait forcé ces derniers à se défendre..

 

Ils ajoutaient que le sénéchal, qui aurait dû rendre justice à chacun, lors de sa venue en ces lieux, loin de retirer du château ceux qui s'y étaient logés, les favorisait, au contraire, dans leur entreprise.

 

Cette injure, d'après Gaston, et d'autres dommages portés tant à lui qu'aux autres magnats de Gascogne, qu'il affirme vous avoir dénoncés, avec prière, par diverses lettres, de leur en faire raison, les avaient décidés à se réunir pour leur défense, et nullement pour attenter à vos droits.

 

 Ces excuses nous parurent faibles et insuffisantes. »

 

L'archevêque, l'évêque de Bazas, ainsi que les barons présents à cette entrevue, insistèrent sur les périls et les dommages qui menaçaient les droits du prince anglais, si l'état des choses durait longtemps ; ils conseillèrent une trêve, ou plutôt une paix solide, qui permît aux plaignants de se rendre avec sûreté auprès du roi.

 

Une trêve eut lieu, en effet, jusqu'à la Saint-Jean, et fut prorogée ensuite jusqu'à l'Assomption de la Vierge.

 

Sur ces entrefaites, Leycester était revenu en Guienne.

 

Henry, qui ne se doutait pas de l'étendue du mal, lui avait donné 3,000 marcs d'argent, avec plein pouvoir de châtier les tracassiers Gascons; il débarqua en Médoc, prit le fort de Castillon, asile ordinaire de tous les mécontents.

 

Son armée se composait de troupes fournies par le roi de Navarre et par le comte de Bigorre, de quelques corps français, qu'il enrôla lui-même, plus, deux cents arbalétriers, tous bien décidés à combattre les Gascons.

 

On conspira contre sa vie : dans les rues comme dans les combats, il courut les plus grands risques ; enfin, l'archevêque de Bordeaux et quelques autres seigneurs du pays, furent chargés de porter les plaintes des Gascons au roi, et de demander le rappel de l'impitoyable Montfort, qu'on accusait de concussion, d'inhumanité, de crimes de toutes sortes.

 

Ces députés, munis de pleins pouvoirs, insistèrent pour que le comte de Leycester fût présent à la cour quand ils feraient l'exposé de l'état du pays; et ils supplièrent le roi d'ordonner à ses sénéchaux et baillis de protéger leurs terres, châteaux et revenus pendant leur absence.

 

Tout étant convenu et réglé, l'archevêque et les députés de La Réole et de quelques autres villes s'embarquèrent, vers la Pentecôte, pour l'Angleterre, où Leycester se rendit aussi, par les ordres d'Henry, pour se justifier.

 

Les députés demandèrent le redressement des griefs des habitants, le rappel de Montfort ainsi que la cessation de ses intolérables exactions et de ses cruautés; et dans le cas que ces méfaits du comte restassent impunis et qu'on fermât les oreilles aux justes réclamations de la Guienne, ils déclarèrent que la province en appellerait au roi de France, et se donnerait un autre maître. Tout étonné de ces reproches, Henry charge deux commissaires spéciaux d'éclaircir les faits sur les lieux, et cite Simon de Montfort à comparaître devant la Cour des Pairs, pour y rendre compte de sa conduite.

 

Montfort se dispose à se rendre à Londres ; mais avant de paraître à la Cour, il gagne à sa cause les deux commissaires, Nicolas de Molis et Dreux de Valence, qui disculpent le comte et mettent tous les torts à la charge des Gascons. Le comte lui-même arrive, et d'accusé il devient accusateur.

 

L'assemblée était nombreuse : les députés répétèrent les charges qu'ils avaient déjà alléguées au roi contre le comte, qui, ayant déjà mis dans ses intérêts plusieurs pairs, accabla les Gascons de reproches, accusa le roi d'ingratitude à son égard, et demanda de fortes indemnités pour les dépenses qu'il avait faites dans la guerre de Gascogne, dépenses tellement fortes, qu'elles avaient épuisé ses revenus personnels et l'avaient forcé de mettre en gage son comté de Leycester, et, tout cela, pour se voir accuser par de vrais coupables et pour être payé d'ingratitude même par le roi, qui, seul, avait profité de ses peines et de ses travaux.

 

 

Le roi laissa à Simon son commandement.

Celui-ci leva des troupes, et leur promit les dépouilles de la Gascogne; mais il fut vaincu : les Gascons se trouvèrent alors à peu près maîtres chez eux.

 

 L'affaire devenant très-sérieuse, le roi usa de ruse : il fit d'immenses préparatifs, et fit croire au Pape qu'il avait l'intention de passer en Terre-Sainte, et lui demanda de prendre ses États sous sa protection en excommuniant les rebelles.

 

Le Doyen de Saint-André de Bordeaux fut chargé de prononcer cette sentence.

Il excommunia, en conséquence : Gaston VII de Béarn; les vicomtes de Fronsac et de Castillon; Guillaume, prieur du Mas; Bertrand de La Dye; le maire et tous les jurats de La Réole; Bernard de Bonyll, et généralement tous les rebelles.

 

Mais, au lieu de se diriger vers la Palestine, Henri III entra dans la Gironde avec une armada de gros navires, débarque à Royan le 9 mai 1253 avec une armée importante destinée à reprendre le contrôle de la Gascogne.

 

Royan est le seul port sûr contrôlé par les Anglais

Royan appartient fermement au roi d’Angleterre, comme dépendance de l’Ombrière de Bordeaux.

Le port se situe à l’embouchure : large, profond, facile à défendre par des navires de guerre.

 

Si Henri III entrait directement dans Bordeaux, il serait coincé dans une “poche anglo-gasconne” très étroite, encerclée par des territoires ennemis.

 

Henri III débarque avec :

  • des chevaliers anglais,
  • des mercenaires gascons,
  • des navires de ravitaillement,
  • et plusieurs barons (dont Simon de Montfort au début de la campagne).

Royan servait de tête de pont anglaise dans l’estuaire.

 

Il limoge Montfort (qui part furieux), et nomme Jean de Grey sénéchal en même temps qu’il garde près de lui deux poids lourds : Richard de Clare et Jean de Warenne.

 

La stratégie d’Henri III : entrer en Gascogne par le sud
Remonter la Garonne en contrôlant chaque point stratégique :
  1. Bourg
  2. Blaye
  3. Saint-André-de-Cubzac
  4. Bordeaux (arrivée terrestre facile)
  5. La Réole (objectif principal du siège)

 

Pourquoi cette route ?

Parce que la révolte gasconne part de la Haute Garonne et du Bazadais.
Henri III veut sécuriser l’amont avant de pénétrer dans les zones hostiles.

 

 

 

 

 

Logistique de guerre

 

Voici les types de navires utilisés par Henri III Plantagenêt lors de son expédition de 1253 en Gascogne, fondés sur les Close Rolls, Patent Rolls, les Pipe Rolls, et la tradition navale anglaise du XIIIᵉ siècle.


Il s'agit d’un sujet bien documenté : les archives du règne d’Henri III mentionnent précisément les catégories de navires réquisitionnésnaves, cogs, barges, galleyes », etc.)

 

 1. Les types de navires employés en 1253

Lors du départ d'Angleterre et du débarquement à Royan (9 mai 1253), la flotte d’Henri III comprenait principalement :

 

 

A. Les cogs (cogæ) — les navires principaux

Le cog est le navire central des expéditions anglaises au XIIIᵉ siècle.

Caractéristiques :
  • coque arrondie,
  • grande capacité de charge (chevaux, vivres, hommes),
  • gouverné par un gouvernail d’étambot,
  • un mât unique portant une grande voile carrée,
  • 20 à 50 marins, 60 à 100 soldats.
Rôle :
  • Transport de troupes
  • Transport de chevaux (on aménage des planchers mobiles)
  • Transport de machines de siège (fers, cordages, pièces de trébuchet)
  • Transport de vivres

Henri III utilise principalement des cogs loués aux ports de la côte sud : Portsmouth, Shoreham, Winchelsea, Sandwich.

 

 B. Les barges (barge, bargia)

Mentionnées dans les Close Rolls pendant la préparation de l’expédition.

Usage :
  • Transport de chevaux et matériel lourd
  • Navires d’accompagnement, tirés ou remorqués
  • Navigation proche des côtes ou sur les estuaires

Les barges étaient plus larges et non pontées, parfaites pour débarquer sur les rives de la Gironde.

 

 C. Les navis (navires génériques, équivalents de transports légers)

Les registres emploient souvent navis comme terme générique — mais désignent en pratique :

  • de petits transports,
  • pour les charpentiers,
  • les ingénieurs militaires,
  • les maîtres d’artillerie,
  • les pièces des trabuchetti.

Ces navires servaient également à la navette entre Royan, Bordeaux et Blaye.

 

 D. Les lymres (lymmi, limmers) — bateaux rapides de liaison

Moins connus du grand public.

Rôle :
  • messagerie rapide
  • reconnaissance côtière
  • transport d’ordres
  • petite escorte armée

Ce type de bateau apparaît dans la marine anglaise sous Henri III.

 

 E. Quelques galleyes (galères), très rares en Angleterre

L’Angleterre du XIIIᵉ siècle n’emploie presque pas de galères (navires à rames), mais :

  • Henri III en affrète une ou deux, probablement de ports gascons (Bayonne) ou galiciens.

Rôle probable :

  • escorte
  • voire remorquage des barges à l’embouchure de la Gironde

Mais les cogs restent 95 % de la flotte.

 

 2. Composition probable de la flotte de 1253

Les listes de navires réquisitionnés dans les Rolls indiquent :

  • 30 à 40 cogs
  • 10 à 20 barges
  • 8–12 navires légers (navis, lymres)
  • 1–2 galères (rare et incertain)

 

La flotte totale ayant servi au transport des troupes d’Henri III est estimée entre 60 et 80 navires.

 

 3. Ce que transportait la flotte en 1253

Les Close Rolls -- avant le départ -- listent :

hommes d’armes
archers
chevaux
machines de siège :
  • pièces de trébuchets,
  • mangonneaux,
  • cordages,
  • ferrures,
  • madriers.
vivres et équipement
  • bière, pain, vin, blé, charpenterie
  • tentes, outillage d’ingénieur militaire, clous, échelles
argent (soldes)

La flotte n’était pas seulement militaire : c’était une véritable logistique royale maritime.

 

 

Cet épisode appartient à la grande expédition de Gascogne (1253–1254).

 

 

==> Été 1253 Phase décisive de la campagne - NICOLAS DE BOLLEVILLE, Connétable du roi d’Angleterre au Castri Fronsaci

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