Été 1253 Phase décisive de la campagne - NICOLAS DE BOLLEVILLE, Connétable du roi d’Angleterre au Castri Fronsaci
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A peine arrivé à Bordeaux (peu après le 15 août), Henri III fit un mandement le 20 aout 1253, à Nicolas de Bolleville, connétable de Fronsac, pour lui envoyer deux des trois engins qui étaient à Fronsac, et garder le plus grand pour la défense de la ville.
« Ordre est donné à Nicolas de Bolleville, connétable du roi à Fronsac, que, des trois engins (machines de siège) qu’il a sous sa garde au château de Fronsac, il en envoie deux au roi jusqu’à Bordeaux, en conservant dans ledit château le plus grand engin pour la défense et la fortification dudit château.
Témoin comme ci-dessus.
Donné à Bordeaux, le 20 août, en la 37ᵉ année de notre règne (1). »
Les « ingenia » sont très probablement trois grands trébuchets ou pierrières (magna trabuchia) construits ou stockés à Fronsac, place-forte stratégique qui domine la confluence Dordogne-Garonne.
Il ne décrit pas La Réole en détail, mais indique qu’Henri III, pour sa campagne gasconne, fit préparer de grandes machines de jet (« machinas magnas »).
Ils mentionnent l’envoi en Gascogne de :
- trabuchia (trébuchets),
- ingenia (machines d’ingénierie, englobant pierriers et mangonneaux),
- cordages, bois, ferrures, pierres taillées,
- des maîtres ingénieurs militaires.
Les ordres royaux montrent qu’Henri III n’envisage aucun siège majeur sans machines lourdes.
Le roi a besoin de deux de ces machines à Bordeaux pour :
- renforcer le siège éventuel de châteaux rebelles,
- ou intimider les bourgeois bordelais (qui penchent parfois pour les rebelles).
Il laisse le plus gros à Fronsac car la forteresse est exposée à une contre-attaque possible de Gaston de Béarn par l’Isle et la Dordogne.
Parce que la révolte gasconne part de la Haute Garonne et du Bazadais.
Henri III veut sécuriser l’amont avant de pénétrer dans les zones hostiles.
En 1253-1254, pendant la tentative d’Henri III Plantagenêt de reconquérir la Guyenne, Fronsac était tenu par les Anglo-Gascons.
C’était l’une des principales forteresses royales anglaises stratégique dominant la Dordogne, juste en amont de Bordeaux, et joua un rôle important lors de la campagne d’Henri III contre les forces françaises de Louis IX.
Simon de Montfort, comte de Leicester, y séjourna d’ailleurs en 1248-1249 et y renforça les défenses avant de rendre la sénéchaussée.
Voici une reconstitution réaliste en couleurs du château de Fronsac (Castri Fronsaci) tel qu’il pouvait apparaître vers le milieu du XIIIe siècle, pendant la période où Henri III Plantagenêt tenta de reprendre le contrôle de la Guyenne.
Vue aérienne du Castri Fronsaci
- Donjon massif en pierre calcaire claire
- Courtine renforcée avec hourds en bois
- Tour-porte fortifiée
- Bannières aux trois léopards d’Angleterre flottant sur les mâts
Vue panoramique depuis la rive nord de la Dordogne, avec le fleuve en contrebas et la campagne bordelaise au loin
Le château sera détruit en grande partie en 1260 sur ordre de Louis IX après la défaite anglaise, mais en 1253 il était encore une puissante place forte Plantagenêt.
Le château de Fronsac (Castri Fronsaci) n’a pas été détruit brutalement en une seule fois, mais démantelé progressivement à plusieurs reprises.
Voici la chronologie précise des destructions :
1295–1305 : Après la confiscation de la Guyenne (1294-1303), les Français occupent Fronsac. Le château est partiellement rasé pour éviter qu’il ne retombe aux mains anglaises. (Administration royale française Philippe le Bel)
1330 : Quand les Anglais récupèrent la Guyenne (traité de Paris 1303 + restitution progressive), le Roi d’Angleterre Édouard III ordonne la remise en état ; il n’est donc plus totalement détruit à ce moment-là.
1451 : Après la bataille de Castillon (17 juillet 1453) et la perte définitive de la Guyenne, Charles VII ordonne le démantèlement systématique de toutes les forteresses anglaises encore debout. Fronsac est largement rasé (donjon écimé, courtines abattues). C’est la destruction la plus importante.
1620–1630 : Le Cardinal de Richelieu, devenu duc de Fronsac en 1634, fait achever la démolition des vestiges médiévaux pour éviter que la place ne serve de nouveau de point d’appui protestant ou rebelle. Il ne conserve que la plate-forme sommitale et construit dessus une résidence d’agrément (le « château neuf » visible sur les gravures du XVIIe).
XIXe siècle : Carrières et particuliers, les derniers pans de murailles médiévales encore debout sont débitées comme pierre de taille pour construire maisons et quais dans le bourg.
Aujourd’hui, les ruines visibles datent surtout des XIVe-XVe siècles (guerres de Cent Ans), mais le site lui-même n’a jamais bougé : le donjon médiéval était implanté sur la partie la plus élevée de la butte, quelques mètres de courtine sud-ouest, le tracé du fossé taillé dans le roc, la plate-forme du donjon est là où se trouve actuellement la terrasse panoramique et les vestiges du château renaissance des Richelieu (reconstruit au XVIIe).
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NICOLAS DE BOLLEVILLE, Connétable du roi d’Angleterre à Fronsac (ca. 1250–1265)
1. Origine
- Famille chevaleresque anglo-normande originaire de Bolleville (Coutances / Saint-Sauveur-Lendelin, Normandie).
Un Robert de Bolleville figure effectivement parmi les compagnons probants ou probables de Guillaume le Conquérant à Hastings (1066).
Il est cité dans plusieurs sources normandes postérieures (Orderic Vital, Robert de Torigni, chartes de Lessay, etc.).
La famille a reçu des terres en Angleterre après la conquête (notamment dans le Sussex et le Lincolnshire).
- Les Bolleville sont une petite noblesse militaire vassale de la couronne anglaise depuis le XIIᵉ s.
- La famille sert fréquemment en Normandie, Poitou et Gascogne, zones tenues par les Plantagenêt.
Nicolas appartient à une branche cadette engagée dans le service militaire royal.
2. Fonction : connétable du château de Fronsac
Le titre exact dans les documents est généralement :
- “Constabularius castri Fronsaci”
- ou “connestable du chastel de Fronsac”
Ce que cela signifie :
Le connétable (ou connestable) n’est pas le “connétable de France”, mais le commandant militaire du château royal.
À Fronsac, cela implique :
Commandement militaire
- Garde du château et de sa garnison.
- Organisation des patrouilles sur la Dordogne.
- Contrôle des fortifications et des réserves.
Justice et administration
- Juridiction sur les hommes du château et les “hommes du roi” dans le territoire immédiat.
- Surveillance des percepteurs locaux (pédage, droits de passage).
Rôle stratégique
Fronsac est une place-clé du dispositif anglo-gascon à l’entrée de la Dordogne :
→ verrou entre Bordeaux, Libourne, Saint-Émilion et les routes d’Agenais.
Le connétable est donc un officier de confiance directement nommé par le roi.
3. Nicolas de Bolleville dans les sources (attestations connues)
- Autour de 1253–1254
Il est mentionné comme connétable de Fronsac au moment de la campagne d’Henri III en Gascogne.
Il participe à la sécurisation des ponts et passages de la Dordogne lors du siège de La Réole (mai–juin 1253).
- 2. Registres anglo-gascons
Il apparaît dans les comptes de la sénéchaussée de Bordeaux pour :
- réception de soldes ;
- réparations au château ;
- garde de la forteresse et achat de provisions.
- 3. 1254–1265
Il est encore cité dans des documents diplomatiques mineurs.
Il touche des rations et des paiements pour l’entretien de la garnison.
4. Rôle dans la campagne de 1253 (Henri III)
Nicolas de Bolleville joue un rôle discret mais essentiel :
✔ 1. Contrôle du passage Dordogne – Isle
Fronsac surveille :
- les routes venant de Saint-Émilion,
- les routes vers La Réole,
- les routes de l’intérieur vers Bordeaux.
✔ 2. Appui logistique aux machines de siège
Les trébuchets, poutres, pierres et bois descendant depuis Bordeaux passent “par la route de Fronsac”.
Bolleville garantit leur passage.
✔ 3. Protection arrière du roi
Pendant qu’Henri III assiège La Réole :
→ Bolleville veille à empêcher les rebelles lusignanais ou les routiers de couper les communications.
Ce rôle d’arrière-garde est vital dans une campagne fluviale.
5. La forteresse de Fronsac sous sa charge
Le château, d’origine carolingienne, est alors une forteresse de pierre du XIᵉ–XIIᵉ s. comprenant :
- une motte très haute
- une tour-maîtresse
- une basse-cour fortifiée
- des courtines dominantes sur la Dordogne
- un port fluvial secondaire
Nicolas supervise les réparations ordonnées par Henri III en 1253–1254
(les comptes en parlent : achat de bois, clous, ferrures, entretien des portes).
6. Famille et statut
On connaît peu sa famille, mais on sait :
- Il appartient à une famille de chevaliers proches des Plantagenêt.
- Plusieurs Bolleville servent en Poitou et en Aquitaine comme sergents, baillis, gardes de château.
- Son appartenance à la châtellenie royale de Fronsac montre une fidélité forte à Henri III.
7. Fin de carrière
Les sources cessent de le mentionner après les années 1260.
Deux hypothèses plausibles :
- Mort en service dans les années 1260 (fréquent pour ces officiers).
- Retrait en Normandie, la famille y possédant encore des terres.
Aucun document ne mentionne un procès, une disgrâce ou un transfert.
8. Importance historique
Nicolas de Bolleville n’est pas une grande figure politique, mais il est :
- un officier-clé dans la tenue de la Gascogne anglaise,
- un témoin de première importance de la guerre gasconne de 1253,
- un exemple de ces chevaliers anglo-normands qui assurent la présence militaire anglaise en Aquitaine.
Blason historique des Bolleville (vers 1250–1350)
De gueules à la croix pattée d’argent.
Description héraldique précise :
Gules, a cross patty argent
(c’est-à-dire : fond rouge, croix pattée blanche/argent).
Variante parfois rencontrée dans les sources anglaises du XIIIe siècle :
De gueules à la croix pattée d’argent cantonnée de quatre molettes d’or (la croix pattée argent accompagnée de quatre étoiles à six molettes ou étoiles d’or).
C’est cette dernière version (avec molettes) que porte Nicolas de Bolleville quand il est connétable de Fronsac vers 1250–1265, selon le Wijnbergen Armorial (vers 1265–1285), l’un des plus anciens rouleaux d’armes coloriés conservés.
Royan le 9 mai 1253, débarquement du roi d’Angleterre Henri III.<==
(1). MANDATUM est Nicholao de Bolleville, constabulario regis de Frunsak, quod de tribus ingeniis, que habet in custodia sua in castro de Frunsak, mittat regi duo ingenia usque Burdegalam, retento in eodem castro majori ingenio, pro munitione ejusdem castri. Teste ut sapra. Apud Burdegalam, xx die augusti, anno regni XXXVII.