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5 novembre 2025

23 août 1423 Loches - Lettres de vente et cession de Niort par Charles VII à Jean duc d’Alençon – Praguerie : Le siège de Niort (été 1440).

Ce document, conservé sous la cote B X1a 8604, fol. 67, et publié par Pierre Guérin dans Archives historiques du Poitou (t. 26, p. 405-412), est une charte datée du 23 août 1423 par laquelle Charles VII, roi de France, vend et cède la ville, le château, la châtellenie et la seigneurie de Niort à Jean Ier duc d’Alençon.

 

 

 

Voici une analyse concise et un résumé en français, en lien avec le contexte historique et les détails fournis.

 

 

Contexte historique

 

En 1423, la guerre de Cent Ans bat son plein.

 

Charles VII, encore dauphin (il ne sera couronné qu’en 1429 à Reims), lutte contre les Anglais et leurs alliés bourguignons, qui contrôlent une grande partie du nord de la France, dont Paris.

 

Le Poitou, bien que majoritairement loyal au roi, est une zone stratégique entre les territoires anglais (Guyenne) et les régions fidèles.

 

 

 

 

Charles VII (1403-1461), roi de France depuis octobre 1422, mène une cour itinérante dans le contexte précaire de la Guerre de Cent Ans.

 

Contraint au sud de la Loire par les avancées anglo-bourguignonnes, il opère depuis le "royaume de Bourges" (Berry, Touraine, Poitou, etc.), avec des résidences principales à Bourges, Chinon, Mehun-sur-Yèvre et Loches.

 

 Ce dernier site, forteresse stratégique en Touraine, devient un refuge clé dès 1418 pour le dauphin (alors Charles), puis pour le roi, où sa famille (reine Marie d'Anjou et fils) y réside souvent pour sécurité.

 

 

En 1423, une année marquée par le Traité d'Amiens (avril, alliance anti-française) et la victoire française à La Brossinière (juillet), Charles VII consolide ses alliances diplomatiques tout en évitant les confrontations directes.Contexte de 1423

 

 

Début d'année : Charles VII signe le traité d'Amiens (1er janvier, indirectement), isolé par l'alliance anglo-bourguignonne-bretonne. Il se tourne vers Yolande d'Aragon (sa belle-mère) pour négocier avec le duc Jean V de Bretagne (alliance finalisée en 1425).

 

 

Mi-1423 : Victoire à La Brossinière (15 septembre, mais préparatifs dès juillet-août), première contre-offensive significative contre les Anglais en Anjou-Maine.

 

 

Situation familiale : Son fils Louis (futur Louis XI), né le 3 juillet 1423 à Bourges, est transféré à Loches peu après pour protection, soulignant l'importance du site comme sanctuaire royal.

 

 

Séjour à Loches en août 1423

 

Les sources historiques attestent un séjour de Charles VII à Loches en août 1423, bien que l'itinéraire précis (jours exacts, durée) ne soit pas détaillé dans les chroniques générales (comme celles de Chastellain ou les ordonnances royales).

 

 

Ce déplacement s'inscrit dans sa stratégie de proximité avec les fronts ouest (Poitou, Anjou) et de consolidation administrative en Touraine.

 

 

À Loches, il rend une ordonnance en faveur de l'abbaye de Beaulieu-lès-Loches (moine bénédictin proche), datée explicitement d'août 1423, confirmant sa présence sur place.

 

 

 

Cela reflète son rôle de protecteur des institutions locales pour asseoir sa légitimité contestée ("roi de Bourges").

 

 

Itinéraire de Charles VII en 1423 : Séjour à Loches en août

 

 

Janvier-février 1423 Bourges (capitale)

Négociations post-Traité d'Amiens ; consolidation du Berry.

 

 

 

Printemps 1423 Tours / Chinon (Touraine)

Préparatifs militaires ; alliances avec l'Anjou (Yolande d'Aragon).

Juillet-août 1423 Loches

Séjour royal ; ordonnance pour l'abbaye de Beaulieu (août) ; protection du dauphin Louis (né en juillet). Possible conseil de guerre avant La Brossinière.

 

 

Automne 1423 Mehun-sur-Yèvre / Bourges

Retour au centre ; diplomatie bretonne.

 

 

 

Itinéraire élargi autour d'août 1423

 

L'itinéraire de Charles VII en 1423 est fluide, adapté aux menaces anglaises (victoires à Cravant en juillet, Verneuil en 1424).

 

De Bourges (base administrative), il descend vers la Touraine pour Loches (environ 100 km au nord-ouest, via routes fluviales de la Loire/Indre).

 

Le trajet typique : Bourges → Loches : Environ 5-7 jours à cheval/cour (200 km), via Vierzon, Châteauroux, puis Amboise/Tours.

 

Motif : Sécurité (Loches est fortifié) et proximité de Poitiers (Parlement royal depuis 1418).

 

Niort le 21 septembre 1418, le dauphin Charles institut par une lettre la translation du Parlement royal à Poitiers<==....

 

 

 

À Loches : Résidence au logis royal (construit vers 1370 par Louis d'Anjou), avec vue sur l'Indre.

 

Peu de modifications par Charles VII, mais aménagements pour la cour.

 

 

Départ de Loches : Vers Chinon ou Mehun, pour superviser les fronts ouest.

 

Ce séjour illustre la précarité royale : Loches, "ville royale" dès le XIe siècle, abrite la cour itinérante jusqu'aux réformes des années 1430 (ordonnances de Charles VII).

 

 

 

 

Face aux pressions financières dues aux guerres, Charles VII recourt à la vente de domaines royaux pour financer ses campagnes, une pratique courante à l’époque.

 

 Jean d’Alençon, cousin du roi et figure militaire importante (il deviendra plus tard un compagnon de Jeanne d’Arc), reçoit Niort en échange de paiements en argent et en biens.

 

 

 

 

Jean d’Alençon devient seigneur à part entière, percevant revenus et hommages, mais reste vassal du roi pour les hommages dus.

 

Le sénéchal de Poitou conserve le droit de tenir des assises à Niort pour les vassaux non liés à la châtellenie, ainsi que la souveraineté sur la justice locale pendant ces assises.

 

Les privilèges des maires et échevins de Niort sont préservés.

 

Fidèle du roi, il reçoit Niort comme récompense et gage de loyauté.

 

 Sa participation aux campagnes (notamment avec Jeanne d’Arc à Orléans en 1429) renforcera son statut, bien qu’il sera accusé de trahison plus tard (1439) et exécuté en 1474.

 

 

 

28 août 1423 Lettres portant vente et cession par le roi à Jean duc d’Alençon des ville, château, châtellenie et seigneurie de Niort.

  • B X1a 8604, fol. 67
  • a P. Guérin, Archives historiques du Poitou, 26, p. 405-412

D'après a.

 

Charles, par la grace de Dieu roy de France. Savoir faisons à tous, presens et advenir, que, pour les grans charges et affaires que de long temps avons eues et avons encores pour le present à supporter, à l’occasion des guerres estans en nostre royaume, par l’advis et meure deliberacion d’aucuns des gens de nostre conseil, pour le cler et evidant proufit et utilité de nous et de nostre dit royaume, et pour secourir à la necessité d’icelui, de nostre certaine science, puissance et auctorité royal, avons vendu et delaissié et transporté, et par la teneur de ces presentes, vendons, cedons, delaissons et transportons, à fin de heritaige perpetuel, à nostre très chier et très amé cousin Jehan duc d’Alençon (1) noz chastel, ville, chastellerie et seigneurie de Niort en nostre conté de Poictou, avecques toutes leurs appartenances et appendences, sans riens en excepter ne retenir, ainsi que les diz chastel, ville et chastellenie se comportent et contiennent, tant en fiefz, foiz, hommaiges deuz à cause du demaine de la chastellenie du dit lieu de Niort, cens, rentes et autres devoirs comme en boys, rivieres, moulins, estangs, garennes, prez et toutes autres redevances et choses quelxconques, comment qu’elles soient censées, nommées ou appellées, ainsi que se elles estoient nommeement specifiées et declairées en ces presentes, avecques la haulte justice, moyenne et basse, et tout droit de chastellerie et baronnie, et le ressort et obeissance des hommes, vassaulx et subgiez quelxconques de la dicte terre de Nyort, mesmement du maire de la dicte ville qui est à present et ceulx qui seront pour le temps advenir ;

 

 lesquelx seront tenuz obeir et ressortir par devant nostre dit cousin et ses officiers, et faire serement à nous et à lui, sans prejudice des privileges que se dient avoir les maire et eschevins, manens et habitans de la dicte ville ; à tenir et possider en droit de heritaige perpetuel par nostre dit cousin, ses hoirs ou ayans cause hereditablement à tousjours, et en percevoir et recevoir les foiz, hommaiges, fruiz, proufiz, revenues et emolumens, et en joir, user et exploicter comme de leur propre chose et comme vraiz seigneurs, proprietaires, possesseurs et heritiers, ainsi et par la forme et maniere que nous et noz predecesseurs en avons joy, usé et exploictié, reservé à nous les foiz et hommaiges que nous en sera tenu faire nostre dit cousin, et aussi le ressort et souveraineté tant seulement.

 

 Et reservé aussi que nostre seneschal de Poictou ou son lieutenant pourra tenir et tendra en la dicte ville de Niort noz assises et juridicion d’aucuns noz hommes feaulx, vasseurs, chastellains et autres tenens de nous autrement que à cause de la dicte chastellenie de Nyort, de nostre conté de Poictou, lesquelx ont accoustumé avoir leur ressort au siege et auditoire du dit Nyort, pour l’aise d’eulx et de leurs hommes.

 

 Et cognoistra aussi nostre dit seneschal et pourra cognoistre du ressort et souveraineté de la justice, hommes et subgiez de la dicte ville et chastellenie de Nyort, durant noz dictes assises.

 

Ceste presente vendicion, cession et transport par nous faiz à nostre dit cousin, pour les sommes et parties d’or et d’argent cy après declairées, qu’il nous a pour ce payées et baillées, et les avons de lui prinses pour nostre cler et evidant proufit, pour emploier au recouvrement de nostre seigneurie :

 

Et premierement cinq cens trente marcs d’argent blanc que nostre très chiere et très amée cousine la duchesse d’Alençon et nostre dit cousin, son filz, vendirent ja pieça à Pierre Gosse, alors tenant le compte de la Monnoye de Tours, pour le pris et somme de dix mile livres tournois en monnoye de gros alors ayant cours, si comme il appert par la certificacion du dit Gosse, donnée le dixiesme jour de mars l’an mil iiiic xix ;la quelle somme de dix mille livres tournois fut baillée et delivrée à nostre bien amé secretaire maistre Jehan Chastenier (2), à ce commis de par nous ; et icelle somme, par l’ordonnance de nostre amé et feal conseillier l’evesque de Maillezais (3), alors arcediacre de Passays et commissaire de par nous sur le fait des finances, fut baillée et delivrée à Nicolas Glayot, alors clerc de maistre Macé Heron, tresorier de noz guerres, pour icelle convertir et emploier au fait de son office, si comme ce puet apparoir par la certificacion du dit Chastenier, donnée le xme jour de mars l’an mil iiiic dix neuf, en la restitucion de laquelle somme de dix mille livres tournois noz amez et feaulx conseilliers maistre Guillaume de Champeaux, evesque de Laon (4), feu maistre Raymon (5) Raguier, Alexandre Lebourcier et Guillaume Charrier, commis à la recepte generale des dictes finances, [sont] obligiez à nos diz cousine et cousin, si comme il appert par lettres de ce faisans mencion, données soubz le scel de la prevosté de Bourges, le cinquiesme jour de mars l’an mil IIIIc XIX.

 

Sur laquelle somme avions fait paier par le dit Charrier, le XXIIIIe jour d’octobre l’an mil iiiic vint, la somme de mille livres tournois, et le second jour de decembre après ensuivant, la somme de mille livres tournois en monnoye de gros alors ayans cours, par Jehan de Serre, dit Vigneron, si comme tout ce est contenu au dos des lettres obligatoires de ce faisans mencion ;

 

laquelle somme de deux mille livres tournois avons quictée et donnée et par ces presentes quictons et donnons à nostre dit cousin, pour plusieurs fraiz, mises et interestz par lui et ses gens faiz à la poursuite de la dicte finance ; lesquelles lettres obligatoires et certificacions des diz Gosse et Chastenier, avecques deux descharges du dit de Serre, qui avoient pour ce esté levées de la somme de huit mille livres, restans des diz dix mille livres, l’une de cinq mille livres sur Leonart Genoillac (6), tenant le compte de la Monnoye de Poictiers, donnée le douziesme jour de mars l’an mil IIIIc XIX, l’autre de troys mille livres tournois sur le dit Gosse, donnée icelui jour, nostre dit cousin a baillées et rendues pour nous audit Macé Heron ; et par ces moyens avons voulu et voulons les diz cinq cens trente marcs d’argent blanc demourer à leur nature et estre cy prins en payement.

 

Item, quatre cens marcs d’argent blanc, que nos diz cousine et cousin nous avoient prestez dès le mois d’avril l’an mil iiiic vint et un, et iceulx baillez et delivrez pour nous au dit evesque de Maillezays et à feu maistre Guillaume Thoreau (7), lors commissaires sur nos dictes finances ; en la restitucion desquelx mars ilz s’estoient obligiez à nos diz cousine et cousin, si comme il appert par lettres obligatoires, de ce faisans mencion.

 

Lesquelles, avecques une scedule de Hemon Raguier, aussi trezorier de noz guerres et une descharge du dit Charrier, montant mille livres tournois de gros, faisans de ce mencion, nostre dit cousin a semblablement rendues au dit Macé Heron.

 

Item, six cens huit marcs une once un quart d’argent blanc, vere (sic) et doré ;

 

Item, en vaisselle et autres joyaulx d’or, quarante deux marcs quatre onces et demie, lesquelx six cens huit marcs une once un quart d’argent blanc, vere et doré et quarante deux marcs quatre onces et demie ont esté pezez et les façons des diz marcs telz qu’ilz estoient apreciées et tauxées de nostre ordonnance par Henry de Douay, Thomassin Barthamont et Guillaume Bouhalle, orfevres jurez et assermentez pour ce faire, à la somme de sept cens huit escuz d’or.

 

Item, quatre mille livres trois cens huit escuz d’or, paiez en six mille quatre cens soixante deux livres tournois, qui est trente solz pour escu.

 

Item cinq mille huit cens cinquante livres tournois, restans à paier de six mille livres tournois, que par certaines noz lettres ou descharges avions ordonnez estre paiées à nostre dit cousin, pour sa pension et estat des mois d’avril, may, juin et juillet darrains passez, ce present d’aoust et celui de septembre prochain ; laquelle reste de cinq mille huit cens cinquante livres tournoys prenons cy en payement, et l’avons fait advaluer de nostre consentement à trois mille neuf cens escuz d’or qui est trente sols tournoys pour escu.

 

Toutes lesquelles parties font en somme quinze cens huit marcs une once un quart d’argent blanc, pareil au pointzon de Paris, et quarante deux mars quatre onces et demie d’or de touche à dix huit caratz et huit mille neuf cens seze escuz d’or.

 

Desquelles sommes et parties d’or et d’argent, tant monnoyé que en vaisselle et joyaulx, et aussi des lettres et autres choses dessus dictes nous avons fait faire recepte, pour et en nostre nom, par le dit Macé Heron, et pour ce nous en tenons à contens, agreez et bien paiez, les tenons pour receues manuelment et en quictons et quicte clamons nostre dit cousin, ses hoirs et aians cause, promettans en bonne foy, pour nous et nos diz hoirs et ayans cause, sur l’obligacion aussi et ypotheque de tous noz biens et choses quelxconques, garantir, delivrer et defendre à nostre dit cousin et tenir et avoir toutes les choses dessus dictes fermes, estables et agreables à tousjours, sans jamais venir à l’encontre, et icelles faire tenir, observer et garder de point en point.

 

Renonçans à toutes objections, oppositions et debaz, etc., parmi ce toutesvoyes que, toutes foiz et quantes fois qu’il plaira à nous, ou nos diz hoirs ou ayans cause, bailler, rendre et restituer à nostre dit cousin ou aux siens les dites sommes et marcs d’or et d’argent dessus diz ou autres semblables et de tele valeur, ainsi et par la maniere qu’elles sont cy dessus declairées, nostre dit cousin, ses hoirs ou ayans cause ne les pourront ne devront refuser, mais les seront tenuz prandre et recevoir, et par ce moyen nous laissier rendre et remettre en nostre main nos diz chastel, ville et seigneurie de Nyort, et leurs dictes appartenances, en l’estat qu’elles sont aujourd’uy, sans aler ou debatre au contraire ; et en ce cas sera du tout adnullé ce present contract.

 

Si donnons en mandement à noz amez et feaulx gens de nostre Parlement, aux gens de noz comptes et tresoriers, au seneschal de Poictou et à tous noz autres justiciers et officiers, ou à leurs lieuxtenans, presens et advenir, et à chascun d’eulx, si comme à lui appartendra, que à nostre dit cousin ou à ses commis et deputez en ce ayans povoir souffisant de lui, mettent et instituent ou facent mettre et instituer en saisine et possession des diz chastel, ville, chastellenie, seigneurie et appartenances de Niort, et d’icelles, ensemble de toutes les choses dessus dictes qui y pevent competer et appartenir, facent, seuffrent et laissent icelui nostre cousin, ses hoirs ou ayans cause joir et user plainement et paisiblement, comme de leur propre chose, et tout par la forme et maniere que cy dessus est contenu, sans y mettre quelque difficulté ou debat.

 

Car ainsi nous plaist il et pour les causes que dessus le voulons estre fait.

 

Et par raportant ces presentes ou vidimus d’icelles fait soubz seel royal ou autentique par une foiz seulement, avecques certificacion de nostre dit cousin, par laquelle appere qu’il joisse des dictes choses, nous voulons et mandons nostre receveur ordinaire de nostre dit conté de Poictou en estre et demourer quicte et deschargé, en la reddicion de ses comptes, par nos diz gens des comptes et par tout aillieurs ou mestier sera.

 

Et afin que ce soit ferme chose et estable à tousjours, nous avons fait mettre nostre seel à ces presentes.

 

 Sauf en autres choses nostre droit et l’autrui en toutes.

 

 Donné en nostre chastel de Loches, le vint huitiesme jour du moys d’aoust l’an de grace mil IIIIc vint et trois, et de nostre regne le premier.

 

Ainsi signé en la marge de dessoubz : Par le roy, l’evesque de Maillezais, le sire de Mirandol (8) et plusieurs autres presens. J. Le Picart. Visa.

 

Et au doz d’icelles estoit escript :

 

Lecta et publicata Pictavis in Parlamento regio, vicesima septima die julii anno Domini millesimo CCCCmo XXIIII°. Blois.

Collacio facta est cum originalibus literis.

 

 

 

La décadence commença pour Niort après l'engagement que fit Charles VII, le 28 août 1423, des château, ville et châtellenie à son cousin le duc d'Alençon.

 

Sous l'administration imprévoyante de celui-ci, ses officiers saisirent les droits de navigation la Sèvre, non entretenue, cessa presque d'être navigable et le commerce de rivière s'arrêta. M. Gouget, dans un intéressant mémoire sur le commerce de Niort, a évalué à 40,000 francs de notre monnaie les droits de navigation perçus par la ville pendant l'une des dernières années de l'administration de Jean de Berry, ce qui, le droit ad valorem étant de 2 0/0, suppose un mouvement de deux millions en marchandises.

 

En 1448, les tarifs n'avaient pas varié et l'impôt ne produisait plus que 150 livres tournois, qu'on peut évaluer à un peu plus de 8,000 francs (9).

 

Quoique le seigneur engagiste administrât la ville, ce fat du roi qu'elle obtint, en 1434, confirmation de ses privilèges(10).

Le dépérissement de Niort à cette époque n'était pas dû seulement aux exactions des officiers du duc d'Alençon, toute la région de l'Ouest, entre la Loire et la Gironde, était désolée par les compagnies que protégeaient les seigneurs.

L'état du pays devait être à peu près le même qu'à l'époque de Henri III, et la Trémoille  depuis sa disgrâce, y avait pris à peu près le rôle qu'avait eu autrefois Hugues de Lusignan.

 Des routiers à sa dévotion occupaient presque toutes les places, les châteaux et même les villages, dont ils transformaient les églises en forteresses.

Tous les gentilhommes du pays, et parmi eux le duc d'Alençon, faisaient cause commune avec ces brigands, qui, en toute sécurité, détroussaient les voyageurs, pillaient et rançonnaient les habitants.

La situation s'aggrava encore quand Charles VII, décidé 4 rétablir l'ordre, eut rendu l'ordonnance du 2 novembre 1439.

Ce fut le dauphin que le roi chargea d'aller réprimer les désordres du Poitou.

Quoique ce prince n'eut alors que dix-sept ans, il avait déjà fait ses preuves dans une mission de ce genre en Languedoc et s'en était tiré à son honneur.

Malheureusement, il ne s'agissait plus seulement de disperser des compagnies et d'assujettir des capitaines de bandes aux ordres du roi la coalition des seigneurs, à la tête desquels étaient la Trémoille et le duc d'Alençon, lui parut susceptible de servir ses vues ambitieuses.

Reçu à Niort par ce dernier, il entra dans la conjuration.

Le procureur du roi dénonça aux conseillers au Parlement, qui accompagnaient le dauphin en qualité d'enquêteurs, les officiers de Jean d'Alençon, comme ayant levé induement, sans commission ni mandement du roi;  plusieurs grans sommes de deniers au profit du duc, de capitaines et de gens d'armes mais à ce moment, le dauphin était devenu leur allié, et on ne pouvait condamner les exactions de ces officiers.

Aussi, le 16 février 1439-1440, une sentence des enquêteurs déclara renvoyés en bloc des fins de la plainte, comme ayant agi au mieux des intérêts de la ville, quoique irrégulièrement, les maire, bourgeois, commissaires, collecteurs, manans , et habitants (11).  

Il est difficile de savoir quels furent au vrai dans ces conjonctures les sentiments des habitants de Niort vis-à-vis des chefs de la Praguerie.

 

 

Le siège de Niort (été 1440) : Arthur de Richemont (connétable de France) et Jean de Dunois (bâtard d’Orléans) Canons installés sur les hauteurs (butte de Saint-André).

 

 

Charles VII réagit vite : il envoie une armée royale (menée par Arthur de Richemont, connétable de France) assiéger Niort dès mai-juin 1440.

 

Le siège dure environ 6 à 8 semaines (mai-juillet 1440) et se termine sans combat majeur – une victoire politique et militaire du roi.

 

Fin avril 1440, arrivée des princes rebelles. Jean II d’Alençon, Charles de Bourbon, Georges de La Trémoïlle et leurs capitaines (dont Jean de Xaintrailles) entrent à Niort.

Ils y lèvent des troupes, fortifient le château et les remparts.

 

Début mai, Charles VII mobilise. Le roi, à Poitiers, ordonne à Arthur de Richemont (connétable de France) et Jean de Dunois (bâtard d’Orléans) de marcher sur Niort avec 5 000 à 6 000 hommes (chevaliers, arbalétriers, artillerie).

 

Mi-mai, arrivée de l’armée royale. Les royaux campent au nord de Niort (vers Saint-Maixent).

Ils coupent les routes vers La Rochelle et Poitiers. (Camp royal : plaine de la Sèvre)

Fin mai – début juin, négociations et blocus. Alençon envoie des émissaires au roi.

Trêve de 15 jours négociée (jusqu’au 15 juin). Les rebelles espèrent des renforts anglais (via La Rochelle) ou bretons.

 

15-20 juin, reprise du siège. Pas de renforts. Les royaux resserrent le blocus.

Canons installés sur les hauteurs (butte de Saint-André).

 Premiers tirs sur les remparts. Bombardement léger (artillerie naissante)

 

Fin juin, famine et dissensions internes. Niort manque de vivres (réserves épuisées).

Les bourgeois, hostiles aux princes, ouvrent des pourparlers secrets avec Dunois.

 

Début juillet, fuite nocturne par une poterne d’Alençon.

Nuit du 5 au 6 juillet : Jean II d’Alençon s’échappe déguisé (selon la chronique de Perceval de Cagny) avec une petite escorte vers l’Auvergne (chez Bourbon). Il abandonne la ville.

 

Sortie 6-8 juillet, Reddition de Niort

Les capitaines restants (La Trémoïlle, Xaintrailles) négocient la capitulation honorable : vie sauve, biens conservés, départ libre.

 

La ville ouvre ses portes le 8 juillet. Entrée triomphale des royaux

 

 

Conséquences :

Paix de Vendôme (avril 1440, prolongée en 1441) : Alençon signe une paix séparée, jure fidélité au roi et récupère temporairement ses biens. Mais la révolte échoue, affaiblissant les princes.

Niort reste royal ; Alençon perd le gage en 1449 lors de la reconquête normande, mais le récupère brièvement avant d'être confisqué en 1458 pour trahison.

 

 

 

C'était à Niort qu'avaient eu lieu les premiers pourparlers entre le dauphin et Jean d'Alençon ce fut là que ce dernier se réfugia, avec le sénéchal de Poitou, après avoir pillé Saint-Maixent, le 3 avril 1440.

Il est vraisemblable que le duc avait su composer le corps de ville de gens dévoués à ses intérêts.

Dans tous les cas, quoique la ville se soit rendue au roi sans résistance (12), Charles VII crut devoir supprimer la mairie « avec les droits, privileges, prerogatives, libertez, justice et juridiction, garde et gouvernement, » et la faire administrer directement par des officiers royaux.

Ce régime dura deux ans, après quoi, à la prière des habitants, le roi rendit à la ville sa mairie « avec tous les droictz, privileges, prerogatives et preeminences, justice et juridiction, ensemble les droitz de corps et de collège,-  etc.(13). »

Réintégrés dans leurs privilèges, les habitants voulurent en jouir complètement, mais, depuis la cession de la ville à Jean d'Alençon, les officiers du duc avaient usurpé un grand nombre des droits que les concessions royales avaient attribués au corps de ville ils étaient allés jusqu'à vouloir faire démolir « la maison de l'échevinage et horloge, » prétendant que les maires et échevins s'étaient induement emparés de la place publique sur laquelle ils l'avaient fait construire.

 Il en était résulté de nombreux procès qui étaient encore pendants, quand, à la suite de la répression de la Praguerie, la ville fit retour au domaine.

La confiscation de la mairie par le roi mit fin pour un temps aux démêlés mais, après la restitution des privilèges, le procureur du roi reprit les prétentions des officiers ducaux et contesta à la ville plusieurs de ses droits et franchises.

 

 

Une enquête sur les privilèges fut confiée par le roi au sénéchal du Poitou, en 1443.

De là des débats et des procédures qui durèrent jusqu'en 1448 et se terminèrent par une sentence du sénéchal maintenant les maire, échevins, bourgeois et habitants dans la possession de tous les privilèges qui leur avaient été successivement octroyés.

Toutefois, comme il fallait bien que la royauté trouvât quelque profit à cette sentence, sous le prétexte que c'était sans permission du roi qu'ils avaient élevé sur la place publique leur hôtel-de-ville, les Niortais furent condamnés à une amende de vingt écus d'or.

Louis XI, à son avènement, confirma tous les privilèges, attribua la noblesse au maire, aux douze échevins et aux douze jurés, et institua un siège royal pour éviter aux habitants de la ville et châtellenie l'obligation d'aller plaider à Poitiers à la cour du sénéchal.

La concession de ces privilèges aux membres du corps de ville devait infailliblement séparer leurs intérêts de ceux de leurs concitoyens, et en même temps, l'institution d'une juridiction royale ne pouvait manquer de porter atteinte à celle de la commune.

A dater de cette époque, et pendant plus de deux siècles, l'organisation de la municipalité de Niort ne reçut aucune modification.

 

 

 

Jean II d'Alençon compagnon d'armes de Jeanne d'Arc et le Château des Ducs d'Alençon<==....

 

 

 

 

 

(1). Jean II duc d’Alençon, pair de France, comte du Perche, vicomte de Beaumont au Maine, né au château d’Argentan, le 2 mars 1409, fils de Jean Ier et de Marie de Bretagne, dame de la Guerche, eut une existence particulièrement accidentée.

Prisonnier des Anglais à la bataille de Verneuil (1424), il ne fut remis en liberté qu’en 1427, après avoir payé une grosse rançon.

Compagnon d’armes de Jeanne d’Arc, il prit d’assaut la ville de Jargeau en 1429 et eut grande part à la victoire de Patay.

Au sacre de Charles VII, il représenta le duc de Bourgogne, arma le roi chevalier et le servit fidèlement jusqu’en 1440.

A cette époque, il intrigua avec le dauphin Louis et fut cause en partie de la mésintelligence de ce prince avec son père.

L’un des chefs de la Praguerie, il donna asile aux mécontents dans Niort et tint cette ville contre le roi.

Accusé plus tard d’intelligences avec les Anglais, il fut condamné à mort dans un lit de justice séant à Vendôme, le 10 octobre 1458.

 

La peine capitale fut commuée en une prison perpétuelle au château de Loches.

 Louis XI parvenu à la couronne le mit en liberté. Cependant il se compromit de nouveau avec les Anglais et fut, le 18 juillet 1474, une seconde fois condamné à perdre la tête.

 Louis XI commua encore la peine en une prison perpétuelle, mais ne le tint captif que dix-sept mois.

Le duc venait de recouvrer la liberté, lorsqu’il termina sa carrière à Paris, en 1476 ; il fut inhumé aux Jacobins.

 

(2). Jean Chastenier, aliàs Chasteigner, secrétaire du dauphin Charles, comte de Poitou, depuis le mois d’octobre 1419, remplit ces fonctions jusqu’au mois d’octobre 1425 ; à cette date il fut pourvu de la charge de greffier de la Chambre des aides au palais de Poitiers. (Ordonnances des rois de France, t. XI, p. 26 et 85 ; t. XIII, p. 106.)

 Une maison qu’il possédait à Paris, rue du Four-Saint-Honoré, au coin de la rue de la Hâche (depuis rue des Deux-Écus), tenant par derrière à la rue des Étuves, fut confisquée par Henri VI, ainsi que diverses rentes qui lui appartenaient dans cette ville, à cause de sa fidélité à Charles VII. M.A. Longnon a publié divers actes du Trésor des chartes relatifs à ce personnage dans son ouvrage intitulé : Paris pendant la domination anglaise, in-8°, 1878, p. 206, 224, 262. (Publication de la Société de l’histoire de Paris et de l’Île-de-France.)

(3). Guillaume de Lucé, évêque de Maillezais (1419-1432)

Guillaume de Lucé est une figure ecclésiastique et politique du XVe siècle, actif dans le contexte de la fin de la guerre de Cent Ans en France.

Évêque de Maillezais, un diocèse poitevin créé en 1317 et rattaché à l'abbaye Saint-Pierre de Maillezais (aujourd'hui Vendée), il est également connu pour son rôle de conseiller du roi Charles VII.

Son épiscopat s'inscrit dans une période de troubles, marquée par les conflits franco-anglais et les réformes financières royales.

 

Voici un portrait synthétique basé sur les sources historiques.

Biographie

Origines et famille : Guillaume de Lucé appartient à une famille noble poitevine, probablement originaire de Lucé-sur-Boulonne (près de Poitiers).

 Il est le frère aîné de Thibaud (ou Thibault) de Lucé, qui lui succédera comme évêque de Maillezais de 1432 à 1455.

Les deux frères illustrent la pratique des promotions ecclésiastiques au sein des lignages aristocratiques, où l'Église sert de vecteur d'influence politique.

Carrière ecclésiastique : Nommé évêque de Maillezais en 1419, il succède à Jean Le Masle (1385-1419), dans un diocèse stratégique bordant les zones de conflits (Poitou, Saintonge).

Maillezais, érigée en évêché par le pape Jean XXII, est un centre spirituel et administratif, avec une cathédrale abbatiale fondée au Xe siècle par Emma de Blois, épouse de Guillaume IV d'Aquitaine.

Son mandat dure jusqu'en 1432 (ou 1436 selon certaines chroniques), marqué par des efforts pour consolider les biens ecclésiastiques face aux ravages de la guerre.

Une épitaphe mentionne un anniversaire célébré le 14 mars en sa mémoire, aux côtés de ceux de son frère.

 

Rôles politiques et financiers :

Conseiller du roi : Guillaume est un membre influent du Grand Conseil de Charles VII (le "Bien Servi"), entourant le roi pendant la reconquête de la France.

 Il apparaît dans des actes royaux dès les années 1420, notamment pour des missions diplomatiques et administratives.

Commissaire des finances : En 1423, il est désigné comme commissaire royal sur les finances, aux côtés de figures comme Guillaume Thoreau.

 Il supervise des opérations complexes, telles que la vente de domaines royaux pour financer l'effort de guerre.

Par exemple, dans les lettres de cession de Niort au duc d'Alençon (23 août 1423), il est explicitement mentionné comme ayant reçu des fonds prêtés par la duchesse et le duc d'Alençon (400 marcs d'argent blanc en 1421), destinés à la trésorerie des guerres.

 Ces paiements, validés par des certificats et quittances, soulignent son rôle dans la gestion des dettes royales.

En 1433, Charles VII lui accorde des lettres d'amortissement pour un accord sur la seigneurie de Chaillé, impliquant des rachats de terres et des mouvances féodales (liées aux châteaux de Velluire et Mervent).

Liste des Abbés - évêques et seigneurs de l’abbaye de Maillezais<==....

(4). Guillaume de Champeaux, président de la Chambre des comptes et conseiller d’État, fut créé évêque de Laon le 16 octobre 1419 ; il conserva ce siège, sans y résider beaucoup, jusqu’à sa mort arrivée en février 1444. C’est lui qui baptisa le dauphin Louis en la cathédrale de Bourges, le 24 juillet 1423. (Gallia christ., t. IX, col. 551.)

(5). Sic. Il faut corriger « Hémon », véritable prénom de ce trésorier des guerres de Charles VII, mentionné fréquemment dans les textes de l’époque.

(6). Ce nom d’une famille poitevine connue est écrit plus fréquemment dans les textes de Janoilhac.

(7). Il a été question de ce personnage ci-dessus, p. 308, note 4.

(8). Jean Louvet, chevalier, sire de Mirandol, conseiller et favori de Charles VII jusqu’en juillet 1425. (Voy. ci-dessus, p. 374, note 4.)

(9).  Lequel (duc d'Alençon) la tint par longtemps pendant lequel il s'appropria le revenu du péage qui avait été ordonné pour entretenir ladite riviere en estat navigable et par ce moyen fut interrompu et discontinué l'entretien, et icelle riviere devint tellement comblée de sablons et empeschée de bois, que les porz et havres sont rompuz et y est discontinué ledit fait de marchandise especiaument

(10). Le 21 aoùt 1434. Ordonn., t. XIII, p. 204.- Chr, Augier, Thrésor. de Nyort, p. 17.

(11). Ils durent toutefois payer une somme de 150 livres dont la décision des commissaires contient quittance.

En punition des exactions commises sur eux par les agents du pouvoir, on fait encore payer aux habitants les frais de la guerre civile. (Mss. de D. Fonteneau, t. XX, p. 233.)

(12) « Après leur departement (du duc et du sénéchal), ceulx de ladite » ville de Nyort ne tindrent point icelle, mais baillèrent liberallement » entrée au roy. » (Jean Chartier, t. I, p. 257.)

(13). Mai 1442. Le mandement au sénéchal pour exécution est du 12 mai. (Mss. de D. Fonteneau, t. XX, p. 241.)

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