Les vestiges du château de Labrit, dit château d'Albret
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Les vestiges du château de Labrit, également connu sous le nom de château d'Albret, constituent un site archéologique majeur dans les Landes, en Nouvelle-Aquitaine.
Situé sur la commune de Labrit (à environ 861 Chemin des Plantons), ce site représente le berceau ancestral de la puissante famille d'Albret, une lignée gasconne qui a joué un rôle clé dans l'histoire médiévale du Sud-Ouest de la France, culminant avec l'ascension au trône de France de l'un de ses descendants, Henri IV (1553–1610).
Ce "château de terre" est l'un des rares exemples conservés de motte castrale en plaine du XIIIe siècle dans la région, témoignant des fortifications féodales primitives construites en terre et en bois.
Description des vestiges :
Aujourd'hui, les vestiges visibles se composent principalement d'un ensemble de terrassements, de fossés et d'une vaste basse-cour, qui évoquent la structure originelle du castrum (forteresse).
Le site intègre une motte castrale imposante – une élévation artificielle sur laquelle s'élevait autrefois le donjon ou le logis seigneurial –, entourée d'une enceinte fortifiée.
Les fouilles ont révélé :
Des traces d'une construction regroupant les bâtiments essentiels à la vie des châtelains au XIIIe siècle (logis, chapelle, dépendances), recouverts aujourd'hui mais identifiés par sondages archéologiques.
Un niveau stérile en dessous, indiquant que le site a été édifié ex nihilo sur un sol d'argile.
Au XIVe siècle, sous Amanieu VII d'Albret (vers 1275–1326), une extension en pierre a été ajoutée dans la partie orientale de la cour, dont la forme des terrassements témoigne encore (le logis seigneurial, daté des XIIIe-XIVe siècles, a été partiellement reconstitué en matériaux modernes pour visualisation).
Le site, abandonné à la fin du XVIe siècle et partiellement détruit, ne présente plus de structures maçonnées intactes, mais ses reliefs topographiques (hauteurs de motte atteignant plusieurs mètres) restent impressionnants et accessibles au public.
Histoire et contexte :
Initialement daté des années 1100, le castrum de Labrit (mentionné comme castrum de Lebreto dans les sources médiévales) a été édifié plus tard, entre 1225 et 1230, sous l'impulsion d'Amanieu VI d'Albret (vers 1230–1270 environ).
Cette construction s'inscrit dans un contexte de renforcement des domaines anglo-gascons en Aquitaine, après les pertes françaises du Poitou et de la Saintonge lors de la guerre de Saintonge (1242).
Les seigneurs d'Albret, vassaux des rois d'Angleterre (ducs d'Aquitaine), y établissent leur base primitive au cœur des Grandes Landes, avant d'étendre leur influence vers l'est (Nérac, devenu leur capitale au XIIe siècle grâce à des donations monastiques).
Les raids normands évoqués dans les chartes de Mont-de-Marsan (comme celui de Vadaron en 841, potentiellement lié à Labrit ou un site proche) précèdent de loin cette phase, marquant les troubles vikings en Gascogne, mais le château lui-même est postérieur.
Le site a servi de résidence et de centre administratif aux premiers Albret, avant leur ascension : de barons gascons oscillant entre Angleterre et France, ils deviennent pairs de France au XVe siècle.
D'après une charte de Condom, le premier seigneur du lieu qui prit le titre de sire d'Albret fut Amanieu Ier, vers 1050.
Son fils, Amanieu II, croisé sous Godefroy de Bouillon, eut l'honneur d'entrer le second dans la ville sainte, en 1099 (2).
— Vers 1242, le sire d'Albret, gendre du vicomte de Tartas, assista à un traité entre Henri III, roi d'Angleterre, et Raymond VII, comte de Toulouse. Il accrut son apanage des châteaux de Cazenave et de Bazas (3).
Cet apanage acquit plus tard une grande importance : Nérac, Casteljaloux; Sainte-Bazeille, Rioms, Mas-d'Agen, Castet-Aillas, Milhau, Puynormand, Castelmoron et quelques autres villes moins considérables dépendirent de la sirerie d'Albret.
Le 20 avril 1263, il accorde un visa à un acte par lequel Edouard Plantagenêt (1239–1307), prince de Galle, a récemment cédé à Amanieu VI d’Albret (vers 1230–1270 environ) la seigneurie de Marennes et la terre d’Illats.
- "Seigneurie de Marennes" : La baronnie ou seigneurie de Marennes, située en Saintonge (près de La Rochelle, en Charente-Maritime actuelle), une région stratégique pour le commerce du sel et le contrôle maritime.
- "Terre d’Illats" : Illats est une commune près de Podensac en Gironde (Aquitaine), une terre viticole et agricole modeste mais symbolique dans le réseau féodal gascon.
Amanieu d'Albret fut un des seigneurs les plus puissants et les plus illustres de la Gascogne..
Le 4 juin 1285, des domaines situés dans les terres de Marennes furent restitués à un Amanieu d'Albret. Ils avaient été confisqués à Almann de Bédorède, damoiseau, qui avait été banni pour cause d'homicide.
Amanieu d'Albret, signalé comme étant fils d'Amanieu, reçut le 24 avril 1289 du roi d'Angleterre les droits qui revenaient à ce monarque dans la haute et basse justice de la paroisse de Pissons (Pissos), diocèse de Bazas, et dans le territoire de Bordes-Soules, situé dans la paroisse de Luxeir (Luxey), la justice haute et basse de la paroisse d'Argelouse et de la Lande, qui appartenait à Amanieu comme seigneur du château de Sores.
Ce seigneur n'était pas seulement un riche propriétaire, c'était aussi un guerrier et un diplomate employé par son souverain dans des affaires de la plus haute importance. Le 3 juillet 1294, il fut chargé, avec Jean de Bretagne, Jean de Saint-Jean et Robert Tybtot, de ménager une alliance entre le roi d'Angleterre et celui de Castille (8).
Le 19 octobre 1295, Édouard Ier lui écrivit pour le remercier de ses bons services, le louer d'avoir vaillamment combattu pour sa cause, et d'avoir exposé généreusement sa personne et ses biens. Il loua de la même façon plusieurs autres seigneurs de Gascogne, entr'autres celui de Rions, le maire, les jurats et la commune de Bourg.
Le 15 août 1302, il fut un de ceux qu'Édouard chargea de négocier un traité de paix avec le roi de France.
Le 26 octobre 1305, il fut également chargé, avec plusieurs autres seigneurs, d'un message important pour le Pape. Il paraît que, dans cette occasion, il n'oublia pas ses propres intérêts; car le Pape écrivit au roi, le 2 des calendes de mars de l'an 1306, de laisser à Amanieu le château de Milhau, possédé autrefois par son père.
Le 20 octobre de la même année, le roi répondit qu'il était disposé à faire dans cette occasion tout ce qui serait en son pouvoir pour être agréable à Sa Sainteté. Moreri, dans sa cinquième édition en deux volumes, dit qu'Amanieu remit à Édouard, prince d'Angleterre, tout le droit qu'il avait sur le château et la châtellenie de Milhat.
Son esprit était également propre à traiter les affaires les plus délicates; il fut un de ceux qui furent chargés, le 6 novembre 1307, de négocier le mariage du roi d'Angleterre avec Isabelle fille de Philippe le Bel, et de discuter la dot que cette princesse devait apporter.
Édouard écrivit au roi de France qu'il pouvait ajouter foi aux paroles des messagers qu'il lui envoyait (1).
Le même jour, le roi donna à Amanieu deux mille livres bordelaises à prendre sur le péage de Saint-Macaire.
Le 1er janvier 1308, il l'envoya de nouveau vers Philippe, et le 4 mars 1309 vers le Pape, pour traiter des affaires de la plus haute importance.
Le 25 mai de cette même année, une donation est faite à Raymond Guillaume de Budos, neveu du Pape; on trouve Amanieu d'Albret parmi les témoins.
— Le 5 avril 1312, le roi d'Angleterre, duc de Guyenne, envoie un message au sire d'Albret, devenu par un triple héritage un des plus puissants seigneurs de la Gascogne (4). Le roi lui demande son avis sur des affaires majeures. Le 14 du même mois, il le charge d'aider de ses lumières Jean de Ferrère, sénéchal de Gascogne, pour conserver intacts les droits du roi dans ce pays.
Les vicomtés de Dax et de Tartas passent à cette maison.
Son chef assiste, en 1329, à côté des princes du sang, à l'hommage rendu par Édouard III au roi de France (5).
— Le sire et Perducas d'Albret se signalent, en 1367, à la bataille de Navarret.
Le 4 mai de l'année suivante, Arnaud Amanieu, sire d'Albret, épouse Marguerite de Bourbon, sœur de la reine ; il est fait grand chambellan, en 1382 ; son fils, Charles, lui succède en 1401 ; il est aussi grand chambellan, puis connétable après la mort du brave de Sancerre; il est tué à la bataille d'Azincourt, en 1415.
Le successeur de Charles combat vaillamment contre les Anglais, avec le vicomte de Tartas et le sire d'Orval, ses deux fils.
— En 1484, Jean d'Albret devient roi de Navarre, par son mariage avec Catherine, héritière de François-Phœbus de Foix (6).
Leur fils occupe aussi le trône de Navarre sous le nom d'Henri II. Jeanne III d'Albret, épouse d'Antoine de Bourbon, succède à son père, en 1555 ; elle était déjà mère du bon et du grand Henri, qui réunit les couronnes de France et de Navarre.
On trouve encore César-Phœbus d'Albret, maréchal de France (1614-1676).
Les d'Albret portèrent d'abord pour armes :
De gueules sans aucune pièce d'armoirie; ils obtinrent le privilège, en 1389, d'écarteler de France leur écusson.
L’emplacement du château fut redécouvert en 1960 par le professeur Jean-Bernard Marquette (historien local), le site est acquis par la municipalité entre 1985 et 1988.
Des fouilles systématiques menées dès 1992 par le Centre de Recherches Archéologiques sur les Landes (CRAL) ont permis d'affiner la datation et de mieux comprendre l'architecture des mottes féodales "de première génération" – des fortifications en terre, typiques des XIe-XIIIe siècles en Europe du Nord-Ouest.
Protection et visite
Statut patrimonial : Inscrit à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques (ISMH) le 19 mars 1988 pour la parcelle E 230 (fossés et basse-cour), puis classé Monument Historique (MH) le 27 décembre 1990 pour l'ensemble des ouvrages subsistants, y compris les parcelles arasées et les sous-sols. Cela protège le site contre toute altération, soulignant son rarissime témoignage médiéval.
Accès : Propriété communale, le site est ouvert au public et aménagé pour les visites (panneaux explicatifs, sentiers). Il est particulièrement mis en valeur lors des Journées Européennes du Patrimoine (JEP), avec des animations sur l'histoire des Albret. Coordonnées GPS approximatives : 44.158°N, 0.663°W. Pour plus d'infos, consultez le site de la mairie de Labrit ou l'office de tourisme de l'Albret.
(1) Monlezun, l. 6, p. 290.
(2) Ibid., t. 2, p. 90 et-suivantes.
(3) Marca, liv. 7, diap. 10.
(4) Grands Officiers de la couronne, t. 6.
(5) Monlezun, t. 3, p. 214.
(6) Ibid., t. 6, p. 371. — Alain, père de Jean, qu'il lit son héritier universel, était seigneur d'Albret, vicomte de Tartas, comte de Gaure et de Dreux, captal de Buch et maître des seigneuries, châtellenies et baronnies déjà mentionnées.