Les Journées du 31 mai et du 2 juin 1793 : le triomphe des Montagnards (gauche radicale)
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Les Journées du 31 mai et du 2 juin 1793 (11 et 13 prairial an I selon le calendrier républicain) constituent un tournant décisif de la Révolution française. Ces insurrections populaires, menées par les sans-culottes parisiens et soutenues par les Montagnards (la gauche radicale de la Convention nationale), aboutissent à l'épuration des Girondins, faction modérée.
Elles marquent le début de la domination exclusive de la Montagne, l'instauration d'un gouvernement révolutionnaire centralisé et le prélude à la Terreur.
Cet épisode illustre la radicalisation de la Révolution, où la pression populaire force l'Assemblée à trancher les clivages internes pour sauver la République face aux menaces intérieures et extérieures.
Contexte : divisions à la Convention et crise révolutionnaire
En 1793, la France est en péril : la monarchie a été abolie (21 septembre 1792), mais la République naissante affronte une coalition européenne (guerre extérieure), des révoltes fédéralistes en province (contre la centralisation parisienne) et une insurrection en Vendée (guerre civile).
À la Convention nationale, élue en septembre 1792, deux factions s'affrontent :
- Les Girondins (ou Brissotins), à droite, modérés et décentralisateurs, issus de la bourgeoisie provinciale. Ils prônent une république fédérale, une économie libérale et sont accusés de mollesse face aux royalistes. Des figures comme Brissot, Vergniaud, Guadet et Roland (ministre de l'Intérieur) dominent initialement.
- Les Montagnards, à gauche radicale, centralisateurs et populistes, alliés aux Jacobins et aux sans-culottes parisiens. Robespierre, Danton, Saint-Just et Marat défendent une république une et indivisible, avec des mesures sociales (Maximum des prix) et une répression ferme des suspects.
Les tensions s'exacerbent après l'exécution de Louis XVI (janvier 1793) et les massacres de Septembre 1792.
L'assassinat de Marat par Charlotte Corday (13 juillet 1792, mais ses effets persistent en 1793) radicalise les Montagnards. Les Girondins, soupçonnés de complicité avec les fédéralistes (révoltes à Lyon, Marseille, Bordeaux), perdent du terrain. Le 18 mars 1793, la loi des suspects est votée, mais les Girondins freinent les réformes radicales. Les sans-culottes, excédés par la famine et les défaites militaires, exigent l'épuration de la Convention.
Le 26 avril 1793, la Commune de Paris, bastion montagnard, forme une Commission extraordinaire des Douze pour enquêter sur les "factions". Les Girondins ripostent en créant une Commission des Six, mais cela attise la colère populaire. Le 30 mai, 30 000 sans-culottes armés, menés par Hanriot (commandant de la Garde nationale), investissent la Convention, exigeant l'arrestation de 29 Girondins (dont Brissot et Vergniaud).
Déroulement des journées
- 31 mai 1793 : L'insurrection éclate au lever du soleil. Les sections parisiennes (sans-culottes, artisans, ouvriers) érigent 70 barricades et convergent vers le Palais national (actuel Palais Bourbon). Hanriot, à cheval, harangue la foule : « Citoyens, la liberté ou la mort ! » La Convention, paniquée, est cernée par 80 000 manifestants armés de piques et de fusils. Les pétitionnaires, au nombre de 33 000 signatures, demandent l'arrestation des Girondins, l'abolition du Maximum (contrôle des prix) et des salaires pour les volontaires. Sous la menace, la Convention cède : elle met en accusation les commissaires girondins (dont Buzot et Barbaroux, déjà en fuite) et accorde une avance de 15 millions aux sections. Les Montagnards, menés par Robespierre, exploitent l'occasion pour consolider leur pouvoir, tandis que Danton plaide pour la modération. La journée se termine sans effusion de sang, mais avec l'arrestation de neuf Girondins (dont Hébert et Varlet pour les Enragés, alliés des Montagnards).
- 2 juin 1793 : La pression reprend. Les sans-culottes, renforcés, entourent à nouveau la Convention avec des canons pointés sur l'entrée. Hanriot crie : « Législateurs, le peuple en armes vous entoure ; il attend que vous prononciez la déchéance des traîtres. » Les pétitionnaires, conduits par Dobsen et Varlet, exigent l'arrestation des 22 principaux Girondins restants (Vergniaud, Gensonné, Guadet, etc.). Après un débat houleux, la Convention vote l'arrestation de 31 députés et ministres girondins (dont Clavière et Lebrun). Les accusés sont conduits à l'Abbaye ou à la Force, mais certains s'évadent (Barbaroux vers la Provence).
Les Montagnards triomphent : Robespierre déclare que « la Montagne est sauvée ». La foule acclame, et les sections se dispersent pacifiquement.
Ces journées, qualifiées de "révolution dans la Révolution", coûtent peu de vies (quelques escarmouches), mais brisent l'équilibre institutionnel.
Conséquences : domination montagnarde et gouvernement révolutionnaire
- Politiques immédiates : Le 2 juin, la Convention crée le Comité de salut public (6 membres, renouvelable) pour centraliser le pouvoir exécutif, préfigurant le gouvernement de la Terreur. Le 10 juin, il est élargi à 12, avec Robespierre, Saint-Just et Danton. La loi des suspects (17 septembre) et la réorganisation du Tribunal révolutionnaire (septembre-octobre) institutionnalisent la répression. Les révoltes fédéralistes sont écrasées (Lyon retombe en octobre 1793).
- Social et économique : Les Montagnards imposent le Maximum général (29 septembre 1793) pour lutter contre la famine, et la levée en masse (août 1793) pour l'effort de guerre.
- Sur la Vendée et les missions : Ces journées libèrent les représentants en mission (comme Carrier à Nantes ou Francastel à Angers) pour une répression radicale contre les contre-révolutionnaires, reliant directement à la guerre de Vendée et aux excès de la Terreur. ==> Sous les ordres de Jean-Baptiste Carrier Les noyades de Nantes entre novembre 1793 et février 1794
Les Girondins, bien que non tous guillotinés immédiatement (beaucoup s'évadent ou sont jugés plus tard, comme Brissot en octobre 1793), sont marginalisés. Cela unifie la gauche radicale sous l'égide des Montagnards, mais sème les graines des purges internes (chute des Hébertistes et Dantonistes en 1794).
Héritage et interprétations
Ces journées symbolisent le passage d'une révolution bourgeoise (Girondins) à une révolution populaire et jacobine (Montagnards), sauvant la République mais inaugurant la dictature du Comité de salut public.
Historiens comme Albert Soboul y voient un soulèvement "prolétarien" préfigurant 1848, tandis que François Furet les critique comme un coup d'État plébiscitaire. Elles inspirent la tradition de la gauche radicale française, où la souveraineté populaire prime sur les institutions modérées.
Pour approfondir, consultez les Mémoires de Robespierre ou les archives de la Bibliothèque nationale de France. Ces événements, immortalisés par des gravures contemporaines, rappellent la violence nécessaire perçue par les révolutionnaires pour préserver la liberté.
La Gauche Radicale et les Montagnards pendant la Révolution Française
La gauche radicale pendant la Révolution française désigne les courants politiques les plus extrêmes et progressistes, opposés aux modérés et aux forces conservatrices. Elle se cristallise particulièrement autour du groupe des Montagnards (ou la Montagne), qui représente l'aile la plus intransigeante de la République naissante.
Formé à la Convention nationale (1792-1795), ce groupe, siégeant sur les bancs les plus élevés à gauche de l'assemblée, incarne une vision dynamique et centralisatrice de la Révolution, prônant l'égalité sociale, la république une et indivisible, et une lutte sans merci contre les ennemis internes et externes.
Les Montagnards, souvent synonymes de jacobins radicaux, sont les principaux acteurs de la Terreur (1793-1794), mais aussi de réformes sociales comme la levée en masse et la loi du Maximum.
Origines et Formation
Le terme "Montagnards" apparaît dès l'Assemblée législative (1791-1792), où les députés les plus à gauche, influencés par les idées des Lumières et des clubs jacobins, se distinguent des modérés. Leur nom évoque les bancs élevés qu'ils occupent physiquement, symbolisant une "montagne" de liberté et de résistance, en référence à des textes classiques comme les Vies parallèles de Plutarque ou les Lettres de la montagne de Rousseau.
À la Convention, après la chute de la monarchie (10 août 1792), ils s'opposent frontalement aux Girondins, faction plus modérée et décentralisatrice, accusée de complaisance envers les contre-révolutionnaires.Les Montagnards émergent comme une force unie lors du procès de Louis XVI (décembre 1792-janvier 1793), où ils votent massivement la mort du roi sans appel au peuple, contrairement aux Girondins.
Leur radicalisme s'ancre dans une base sociale mixte : bourgeoisie parisienne, intellectuels et alliance avec les sans-culottes (ouvriers et artisans radicaux), qui leur apportent un soutien populaire via la Commune de Paris.
Idéologie et Positions Politiques
La gauche radicale montagnarde se définit par une révolution "dynamique" et inachevée, loin de la vision "statique" des Girondins qui voulaient figer les acquis de 1789 au profit de la bourgeoisie.
Ils prônent :
- Centralisation et souveraineté populaire : La Convention comme incarnation unique de la nation, contre le fédéralisme girondin.
- Réformes sociales et économiques : Soutien à l'égalité, avec la loi du Maximum (mai 1793) pour limiter les prix et lutter contre les accapareurs ; mesures d'assistance aux pauvres et droit au travail ; abolition de l'esclavage (février 1794).
- Anticléricalisme et laïcité : Promotion du culte de la Raison, puis de l'Être Suprême (décret de mai 1794), et répression des prêtres réfractaires.
- Guerre révolutionnaire : Levée en masse (août 1793) pour une mobilisation totale, transformant la guerre en croisade pour exporter la République.
Cette table illustre les clivages principaux, où les Montagnards incarnent une gauche plus populiste et interventionniste.
Figures Emblématiques
Les Montagnards comptent des leaders charismatiques, souvent issus de la petite bourgeoisie ou du peuple :
- Maximilien Robespierre : "L'Incorruptible", théoricien de la vertu républicaine et de la Terreur comme justice.
- Georges Danton : Orateur flamboyant, modéré au sein du groupe, artisan de la chute des Girondins mais victime des purges internes.
- Louis Antoine de Saint-Just : Jeune radical, proche de Robespierre, défenseur d'une république "parfaite".
- Jean-Paul Marat : Journaliste virulent, symbole de la presse révolutionnaire (assassiné en juillet 1793).
Autres : Camille Desmoulins, Jacques-Louis David (peintre et député), Bertrand Barère, Pierre-Louis Prieur de la Marne.
Ces figures, réunies au Club des Jacobins, dirigent le Comité de salut public (créé en avril 1793), organe exécutif central qui orchestre la Terreur.
Rôle dans la Terreur et la Guerre Civile
En juin 1793, soutenus par l'insurrection des sans-culottes (31 mai-2 juin), les Montagnards épurent la Convention des Girondins, marquant le début de leur domination.
Face à la coalition européenne et à la Vendée (guerre civile), ils instaurent l'état d'exception : loi des suspects (septembre 1793), Tribunal révolutionnaire réorganisé, et répression brutale (noyades à Nantes, colonnes infernales en Vendée). La Terreur vise à "purger" la société des traîtres, avec environ 17 000 exécutions officielles.
Malgré les excès, leur action sauve la République : victoires militaires (Fleurus, juin 1794) et stabilisation économique. Cependant, les divisions internes éclatent : élimination des Hébertistes (ultras, mars 1794) et des Dantonistes (modérés, avril 1794), menant à la chute de Robespierre (9 Thermidor, juillet 1794).
Héritage et Postérité
Après Thermidor, les survivants montagnards (les "Crêtois") s'opposent en vain à la réaction bourgeoise, éliminés lors des insurrections de germinal et prairial (1795).
Leur Constitution de 1793, démocratique mais inappliquée, inspire les mouvements ultérieurs. Sous la IIe République (1848), le terme "Montagnards" renaît pour désigner la gauche sociale (Ledru-Rollin, Barbès), prônant le droit au travail.
Les Montagnards symbolisent la gauche radicale comme force de transformation sociale, mais aussi d'excès violents. Leur legs – égalité, laïcité, souveraineté populaire – nourrit la tradition républicaine française, tout en alimentant les débats sur la Terreur comme "mal nécessaire".
Des historiens comme Albert Soboul ou François Furet soulignent leur rôle pivotal dans la survie de la Révolution, malgré les controverses.
Carte Guerre de Vendée et Lieux de Mémoire (Maps et Dates)<==.... ....==> Discours prononcés de Robespierre à l’égard de la grande catastrophe des journées du 31 mai et du 2 juin 1793