1137 avant le 9 avril Guillaume, duc d'Aquitaine, prend sous sa protection le monastère de Saint- Benoit-du-Sault
Dans la première moitié du XIIe siècle, le prieuré de Saint-Benoît n'avait pas d'ennemis plus redoutables que les seigneurs de Brosse.
Guillaume, duc d'Aquitaine, prend sous sa protection le monastère de Saint- Benoit-du-Sault et ses biens, et défend à Géraud, vicomte de Brosse, de faire résidence ni de construire une maison dans le bourg de Saint-Benoit-du-Sault.
La légende et la chronique font ici place au langage des actes.
Ecoutons le père de la reine Eléonore d’Aquitaine s'adressant à un troisième Géraud :
« Je, Guillaume, duc d'Aquitaine, déclare prendre la celle de Sales et ses dépendances, avec ce qu'elle possède et pourra acquérir, sous ma défense et protection, envers et contre tous, principalement contre le vicomte de Brosse et les siens, qui ont coutume de l'inquiéter et de l'appauvrir. »
« Statuons donc, » ajoute-t-il, « et défendons par notre autorité, que ledit vicomte, ou ses héritiers, résident habituellement dans le bourg de Sales, qu'ils y construisent ou qu'ils y acquièrent de maison à eux destinée. Car aucun des prédécesseurs dudit Géraud n'a eu de domicile dans ce lieu, du temps de nos ancêtres. Nous lui défondons également de prélever à l'avenir, dans le bourg et dans la terre de Saint-Benoît, les mauvaises coutumes auxquelles lui-même a renoncé par charte antérieure (10). »
1137, avant le 9 avril (1).
Ego Guillelmus, Aquitanorum dux, cellam Salensem et omnia que ad eam spectant, tam illa que habet quam ea que in posterum est adquisitura, in custodia nostra et defensione suscipio contra omnes homines et maxime contra vicecomitem Brucie et suos qui eam inquietare soient et pauperare.
Statuimus igitur et auctoritate nostra prohibemus ut predictus vicecomes, aut sui heredes, in vico Salensi assiduam stationem non habeant aut domum propriam in burgo ipso vel adjacentiis edificare aut habere presumat, neque enim aliquis predecessorum prenotati vicecomitis Geraudi assiduam stationem aut domum propriam in burgo jam dicto vel adjacentiis alicujus aatecessoris nostri tempore habuit.
Prohibemus etiam ut pravas consuetudines quas, secundum tenorem carte quam fieri fecit vicecomes, ipse dimisit et adjuravit, in burgo et terra sancti Benedicti, ulterius non habeat vel requirat; quod qui fecerit, iram nostram et confusionem suam se incurrere noverit.
Ut vero hoc inconvulsum et ratum permaneat, manus nostre signo + et sigilli nostri autoritate confirmamus.
Signum Hugonis Clareti. Signum Guillelmi, camerarii. Signum Angelelmi de Mortuomari. Signum Hugonis Tirolii. S. vicecomitis de Castello Araudi. S. Bernardi de Tolosa. S. Petri Helie de Calviniaco.
S. vicecomitis de Castello Araudi - Aimery 1er vicomte de Châtellerault et le père d'Aénor de Châtellerault. Par sa fille, il était le grand-père d'Aliénor d'Aquitaine, successivement reine de France et d'Angleterre.
Petri Helie de Calviniaco - Pierre-Hélie de Chauvigny
Le gendre de Guillaume X, Louis VII, roi de France, parvenu au duché d'Aquitaine du chef de sa femme, ne ménage pas davantage son remuant vassal :
« Nous le mandons et enjoignons, » écrit-il au même Géraud, « que tu cesses d'inquiéter l'église et la terre de Sales, qui relève du duché d'Aquitaine, comme fondation particulière, et du royaume de France, comme membre de l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, et qui, à ce double titre, a droit à notre protection. Nous t'interdisons aussi de prélever injustement ou violemment aucune mauvaise coutume dans ladite terre.
Enfin, nous renouvelons l'édit et constitution de notre seigneur et père, Guillaume, duc d'Aquitaine, portant défense à toi d'avoir un domicile et de résider habituellement dans Saint-Benoît, voulant ainsi l'enlever (dit textuellement Louis VII) l'occasion de forfaire en quoi que ce soit, ni envers quelque personne que ce puisse être. Que si tu oses enfreindre notre commandement, tu connaîtras en temps et lieu (la royauté, à cette époque, avait besoin de prendre son temps et de se déplacer pour venger ses offenses), tu connaîtras en temps et lieu combien cela nous déplaît, et tu mesureras à ses effets l'étendue de notre colère (3). »
Au moment où les vicomtes de Brosse se voyaient si sévèrement admonestés par leurs suzerains, ils n'en étaient pas à leurs premiers essais de composition avec le prieuré de Saint-Benoît-du-Sault. Malheureusement, leur humeur indocile l'emportait presque toujours sur leurs meilleures résolutions, et il n'y avait pas de règlement par eux-mêmes accepté qui tint contre les brusques retours de leur insatiable convoitise.
==> Ducs d' Aquitaine et Comtes de Poitou et plus
(1). Cet acte est postérieur au précédent auquel il se réfère, et antérieur la mort du duc Guillaume (9 avril 1137).
(2). Nous devons la collation de l'original à M. Eugène Hubert, archiviste du département de l'Indre, à qui nous adressons tous nos remerciements.
(3) Ludovicus, Dei gratia Francorum rex et Aquitanorum duxe, G. vicecomitti de Brucia, salutem et gratiam suam. Fidelitati tue monendo mandamus, ut ecclesiam et terram Salensem, que, ex ducatu clemosina nostra est, ex regno veto pro abbatia Sancti Benedicti, tam ipse quam omnia ad ipsam abbatiam peitinentia, sub nostra consistunt defensione, nullatenus inquietare presumas, neque consuetudines aliquas violenter et injuste ibi supponere, siquidem, juxta constitutum et edictum patris et domini nostri, G. Aquitanorum ducis, et ejus privilegium, domum propriam habere le in prefato burgo aut assiduam mansionem omnino prohibernus; ne exinde forisfaciendi aliquid alicui tibi sit licentia. Quod si facere presumpseris, loco et tempore; quantum nos pigeat et quantum graviter nos adversum te commoveris, senties, (Fonds de Saint-Benoit, pièce 2.)
Cet acte a été reproduit, avec une légère variante, dans le t. XVI ; des Scriptores de D. Bouquet. Cff. Raynal, Histoire; du Berry, t, I, p. 373-374. —Grillon des Chapelles, Esquisses biographiques du département de l'Indre, t.I, p, 172...
Original, parchemin. Archives départementales de l'Indre, H 1018. C, p. 194. M, Bibl. nat., ms. lat. 12775, p. 144. – Z, Bibl. nat., coll. Dupuy, vol. 820, fol. 10.
CXXVI. n. lIelias C. – o. nostra omis par C. p. Sig. C; S barre M. q. La croix omise par C– r. conilrmo roboro C. Peut-être faut-il corriger confirmando roboro.- s. Hugonis Clareti dans la charte de Pierre, archevêque de Bourges.
Publ. Mémoire pour les supérieurs et directeurs des Missions étrangères, Parîs, 1742 (Bibl. nat., Imprimés, Fol. F. 4, n° 14941, p. 2).
Indiq. b, fol. 326, d'après B, fol. 86. -Inventaire des titres de Saint-Benoit-du-Sault de 1742, Arch. nat., S 6871, n* 4, p. 66.