Dimanche 25 juillet 1137 Mariage en la cathédrale Saint-André de Bordeaux d’Aliénor d’Aquitaine et du futur roi de France Louis VII

 Dimanche 25 juillet 1137 Mariage en la cathédrale Saint-André de Bordeaux d’Aliénor d’Aquitaine et du futur roi de France Louis VII

       A sa mort, le père d'Aliénor laissait entre les mains de sa fille héritière un gouvernement faible quasi dirigé par des roitelets féodaux. La petite princesse devait assumer ce lourd héritage.

Dès le début de l'année 1137, la future union de Louis le Jeune avec l'héritière d'Aquitaine était déjà arrangée. C'est ce qu'assurent tous les principaux auteurs-historiens de la présente étude. Cette union était préparée par le roi Louis VI le Gros, dont l'état de santé périclitait, de concert avec le très influent abbé Suger. Louis le Jeune n'a pas plus choisi son destin que la jeune héritière d'Aquitaine.

       Le frère d'Aliénor, Guillaume Aigret, étant mort, c'est à elle que revenait la majeure partie de l'héritage d'Aquitaine. Il ne restait plus qu’Aliénor qui se trouvait à être la fille aînée sans frère, donc l'héritière naturelle du duché d'Aquitaine.

D'après les dernières volontés de Guillaume X au moment de mourir, celui-ci faisait savoir aux messagers du roi Louis VI qu'il destinait la main de sa fille aînée au futur Louis VII. Le père d'Aliénor plaça donc sa fille aînée de même que son riche douaire sous la protection de Louis VI. 

Le domaine aquitain, d'une grande étendue, était désormais entré dans le giron de la couronne française et c'était une occasion en or pour elle d'accroître son pouvoir politique et son prestige de même que ses ressources à une époque où la plus grande partie des revenus est fournie en nature.

La comtesse-duchesse douairière fut un instrument politique que maniaient à volonté d'un commun accord les Guillaume X d'Aquitaine, Louis VI le Gros et Suger, l'abbé de Saint-Denis. Malgré la phrase du duc Guillaume X "si mes barons le jugent bon" concernant le mariage d'Aliénor, le sort de sa fille aînée fut décidé unilatéralement en haut lieu."

       Suger a voulu régler très rapidement la question du mariage politique d'Aliénor de concert avec Louis VI et aussi en obéissant aux dernières volontés de Guillaume X, ce qui correspondait d'ailleurs aux règles féodales en usage à l'époque. Plusieurs auteurs sont restés muets sur ce qui devait échoir de cet héritage du fief d'Aquitaine à la soeur cadette d'Aliénor.

 Après recherches personnelles, j'ai découvert chez deux auteurs, Alfred Richard et André Moreau-Néret, la cause de cette politique qui s'inscrit dans la mentalité des droits successoraux de la première moitié du XIIe siècle.

 

L'historien et archéologue Moreau-Néret en parle:

"Péronelle (Pétronille) n'avait pas eu grande part à l'héritage de son père, car le duc Guillaume, fidèle à sa race de rassembleurs de terres, n'entendait pas voir morceler son domaine; il l'avait laissé sa fille aînée Aliénor; Péronelle (Pétronille) n'eut donc que des biens limités comportant les terres et châteaux que le duc Guillaume possédait en Bourgogne du fait de Gérald, duc de Bourgogne (1)."

      L'unité des héritages semble avoir été la règle, comme chez les Capétiens. Alfred Richard d'ailleurs abonde dans le même sens que Moreau-Néret:

« Tout d'abord, la désignation formelle d'Aliénor, comme unique héritière du duché d'Aquitaine et du comté de Poitiers, maintenait l'indivisibilité de ce grand fief et écartait toute prétention à un partage qu'aurait pu émettre Aélith; il consacrait le droit d'aînesse absolu de la fille aînée et ne l’imposait la charge d'aucune attribution, même mobilière, en faveur de sa soeur (2). »

      Une carte des déplacements de Louis VII et de l'escorte envoyée par Louis VI (cinq cents chevaliers) en vue du mariage à Bordeaux est située en annexe I et le lecteur peut s'y référer.

 

 On évita soigneusement de passer par le Poitou où certains barons poitevins et d'Angoulême boudaient le mariage d'Aliénor.

 

Alfred Richard indique l'itinéraire de Louis VII et son escorte:

"Elle (l'armée) traversa d'abord les domaines du roi, l'Orléanais et le Berry/ ... / puis l'on entra en Aquitaine par le Limousin. On était à la fin de juin; à ce moment se célébraient à Limoges les fêtes de saint Martial qui attiraient toujours dans cette ville une nombreuse affluence                .

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Après ces fêtes, l'armée reprit sa route, passa par Périgueux, et dimanche matin, 11 juillet, elle se trouva en face /sic/, de l'autre côté de la Garonne (3) ."

Or, il s'agit d'une question d'agitation politique consécutive au schisme d'Anaclet II; Cette crise au sein du diocèse de Poitiers a donc laissé encore quelques traces visibles. Cela suffit pour expliquer le mariage de l'héritière d'Aquitaine dans son propre domaine aquitain à Bordeaux au lieu du domaine royal de l'Ile-de-France:"  

On ne pouvait songer à faire venir à la cour de France l'épouse destinée au jeune prince, trop de dangers la menaçaient en route: il fallait aller la chercher. Aussi Louis Le Gros, sans tarder, se mit-il en mesure de pourvoir à cette nécessité (4)." Voilà donc un point intéressant apporté par Alfred Richard et qui a été ignoré par la majorité des historiens.

Dimanche 25 juillet 1137, Mariage à Bordeaux d’Aliénor d’Aquitaine et du futur roi de France Louis VII

Le mariage eut lieu le 25 juillet 1137 et Louis VI er mourut le 1 aout.

      Cette mise au point historique de la part d'Alfred Richard permet une meilleure compréhension du contexte politico-religieux entourant le mariage d'Aliénor.

Après recherches, j'ai découvert peu de cas où un roi de France se soit marié en-dehors du domaine royal.

 Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu'une fois le mariage béni, le couple royal se déplaça rapidement la nuit pour atteindre le château de Taillebourg, en passant par Saintes, en vue de leur nuit de noces:

 

Les grands vassaux du duc d'Aquitaine n'étaient pas venus assister à son mariage, en particulier le comte d'Angoulême, et il (Suger) avait des nouvelles peu favorables sur les dispositions des barons remuants dont les domaines le séparaient du Poitou.

Aussi le jour même où leur union fut consacrée, les jeunes époux se mirent-ils en route (5)."

Louis VII, qui était très soucieux des prescriptions d'Eglise, n'a pas dû convoler en justes noces la journée même du mariage du couple royal.

Il a dû suivre la pieuse coutume suivant laquelle le roi gardait la continence deux ou trois jours après le mariage. Cette façon d'agir est peut-être à l'origine de l'impression d’Aliénor selon laquelle elle aurait épousé un moine, non pas un homme.

 
 

Jean Buisson Bachelier des Arts de l'université de Laval - Aliénor d'Aquitaine en son temps

 

 La vie d’Aliénor d’Aquitaine <==.... ....==> La vie d’Aliénor d’Aquitaine, la croisade part au printemps 1147.

 

 


 

La carte des déplacements d'Aliénor d'Aquitaine en tant que Reine de France (1137- 1152)
La carte des déplacements d'Aliénor en tant que Reine de France (1137- 1152) doit être retenue d'abord, Aliénor, de fille de duc qu'elle était en 1137, est devenue comtesse de Poitou d'abord puis duchesse d'Aquitaine et reine de France.

 

1             Moreau-Néret, André, "Le comte de Vermandois, Raoul IV de Crépy et Péronelle d'Aquitaine, soeur de la reine Aliénor," Fédération des sociétés d'histoires et d’archéologie de l'Aisne, Mémoires, v.18, (1972), p. 96.

2             Richard, Alfred, Histoire des comtes de Poitou (778-1204), Paris, Alphonse Picard & Fils, Editeurs, t. II, 1903, p. 12.

3             Ibid, p. 59.

4             Ibid, p. 58.

5             Richard, Alfred, Histoire des comtes de Poitou (778-1204), Paris, Alphonse Picard & Fils, Editeurs, t.II, 1903, p. 12,