Philippe de Clérembault, comte de Palluau, baron de Bouin
La famille de Clérembault est fort ancienne.
Le Père Anselme, dans son Histoire généalogique, cite un Geoffroy Clérembault, chevalier, seigneur du Plessis, en 1117.
Le Plessis-Clérembault, appelé aujourd'hui simplement le Plessis, Grand-Plessis, était jadis une maison noble de la paroisse d'Aizenay. C'est là, vraisemblablement, que cette famille a pris naissance.
Elle s'est distinguée dans les armes, pendant le XIVe siècle, et, par des alliances heureuses et autrement, augmenta peu à peu sa fortune et ses propriétés.
Dès le commencement du XIVe siècle, les Clérembault sont qualifiés seigneurs de la Gordonère, de Chantebuzain, de la Salle, etc.
Malheureusement pour leur honorabilité, toutes leurs acquisitions ne furent pas toujours marquées au coin de la probité et de la justice; la vérité historique nous fait un devoir de déclarer ici qu'elles furent même, plusieurs fois, le fruit de pilleries et de véritables brigandages.
Nous allons en fournir la preuve.
Chacun sait que les guerres dites de Religion firent de la seconde moitié du XIVe siècle une époque désastreuse pour notre bas Poitou.
Dans tout le pays, ce n'était que désordres, et les crimes les plus déplorables étaient commis au grand jour par les huguenots ou des seigneurs qui, sous prétexte de religion, satisfaisaient leurs vengeances ou leurs convoitises particulières et personnelles.
C'est ainsi que, pour nous borner à la contrée qui avoisine Palluau, nous constatons que, de 1562 à 1568, le service religieux fut interrompu dans les églises de Saint- Pierre du Luc, de Beaufou, d'Aizenay, de Saint-Paul-Mont-Penit, de Falleron et de Saint-Christophe, parce que les huguenots ou leurs alliés les avaient pillées, ruinées ou en avaient même massacré les desservants (1).
Les seigneurs de Chantebuzain étaient-ils huguenots, à cette époque? Nous n'osons ni le croire, ni l'affirmer; toujours est-il, cependant, qu'ils leur donnèrent la main en plusieurs rencontres et partagèrent avec eux les dépouilles des catholiques (2).
Le 29 juin 1562, de connivence avec plusieurs autres seigneurs, Jacques et Louis de Clérembault chassèrent le prieur de Saint-Gervais, François Prévost. Ils tuèrent même un de ses serviteurs et allèrent briser ses meubles chez Antoine Prévost, seigneur de la Renbrinière; puis, à partir de ce jour, ils s'arrogèrent la jouissance du prieuré, plusieurs années durant (3).
Les Grands-Jours qui se tinrent à Poitiers en l'année 1567, eurent à juger les frères Henri, Jacques et Louis Clérembault, pour un grief non moins odieux et non moins criant.
Après avoir fait des rassemblements illicites d'hommes « armés à blanc » en leur maison de Chantebuzain, « ils s'étaient transportés avec eux au prieuré de Saint-Paul-Mont-Penit, qu'ils avaient saccagé, ayant volé les, meubles et fruits du dit prieuré, occis les bêtes, blessé et navré les gens et les mercenaires du prieur, maître Guillaume Gilbert. »
Ils occupaient ledit prieuré et le détenaient par force et contre toute justice depuis cinq ans, quand, sur la demande du prieur, la haute cour eut à statuer sur ces faits de brigandage.
Prévenus à temps, les délinquants se dérobèrent à la justice, dont ils prévoyaient bien la rigueur à leur endroit. Donc, bien loin de répondre aux sommations de comparoir qui leur furent faites, ils se cachèrent et se laissèrent condamner par défaut.
Henri, Jacques et Louis de Clérembault, condamnés à mort, ne furent exécutés qu'en effigie.
Plus tard, ils obtinrent des lettres de rémission ou de pardon, sauvèrent ainsi leur vie, préservèrent leur maison de Chantebuzain de la démolition à laquelle elle avait été condamnée, et accrurent même l'éclat et la richesse de leur famille au point que leur fils et neveu, nommé Jacques de Clérembault, de simple vassal de la baronnie de Palluau, en devint propriétaire, ainsi que nous l'avons dit, moins de cinquante ans après l'arrêt des Grands-Jours de Poitiers (4).
Dans les pillages opérés par les huguenots en bas Poitou, Palluau semble avoir été d'abord épargné.
Son nom, du moins, ne figure pas dans les nombreuses doléances présentées au roi au nom des desservants dont les églises avaient été ruinées et incendiées par les sectateurs de la religion prétendue réformée.
Cependant, si nous en croyons l'historien Thibaudeau, en 1588, la petite ville avait reçu la visite des insurgés qui s'y étaient cantonnés; car, après la capitulation du château de la Garnache devant l'artillerie du duc de Nevers, commandant de l'armée royale, les prisonniers faits pendant le siège furent conduits jusqu'à l'abbaye de Breuil-Herbaud, et non à Palluau, qui était occupé, dit-il, par les protestants (5).
Le 15 juillet 1601, Jacques de Clérembault avait épousé Louise Rigault de Millepied; il en eut sept enfants : quatre garçons et trois filles.
Les plus célèbres d'entre eux furent Philippe, qui devint comte de Palluau, après son père, et maréchal de France; Gilbert, qui eut les titres d'abbé de Jard, de la Chalade et de Noirmont, fut évêque de Poitiers (sacré le 21 juillet 1658, mort le 5 janvier 1680); René, chevalier de Malte, mort jeune.
En avril 1622, Jacques de Clérembault prenait une part glorieuse à l'expédition du roi Louis XIII contre les huguenots de Benjamin de Rohan-Soubise, dans l'île de Riez.
Soubise, après s'être emparé du fort de la Chaume, grâce à une capitulation dont il devait violer tous les termes, menaça Talmont, qu'il n'osa assiéger, et se contenta de courir le pays en tous sens pour le rançonner cruellement et piller les églises et les châteaux des catholiques.
C'est alors qu'informé de ces désordres, le jeune roi Louis XIII résolut d'y mettre un terme et fit une descente en bas Poitou, à la tête d'une armée de huit mille hommes.
Jacques de Clérembault, seigneur de Chantebuzain et de Palluau, y commandait le régiment de Navarre.
Les calvinistes, dont l'armée était aussi nombreuse que celle du roi, et qui, de plus, possédaient des canons, n'osèrent pas livrer bataille. Ils se laissèrent acculer dans l'île de Riez, pensant peut-être qu'ils y seraient à couvert des poursuites de l'armée royale.
Mais, dans la nuit du 15 au 16 avril, au moment de la basse mer, cette armée pénétra dans l'île, par le gué de Besse, avec un entrain sans pareil, à la suite de Bassompierre et du comte de Palluau, qui lui donnèrent l'exemple en se jetant à l'eau les premiers.
On sait le reste. Les soldats de Soubise, surpris de ce coup d'audace, n'essayèrent même pas de résister; leur déroute fut complète et un grand nombre furent impitoyablement massacrés, malgré les efforts du roi pour leur sauver la vie (6).
Dans son État du Poitou sous Louis XIV (p. 472), M. Dugast-Matifeux dit que Louis XIII (sans doute pour récompenser Clérembault de sa participation à cette expédition) érigea la baronnie de Palluau en comté par lettres patentes datées du camp d'Apremont (avril 1622), en faveur de son fils Philippe.
Mais cette érection ne fut faite seulement qu'en faveur de Jérôme Phelypeaux de Pontchartrain, qui l'obtint de Louis XIV par lettres patentes datées du mois de décembre 1713 (7).
Le 14 mai 1629, Jacques de Clérembault rendait encore un aveu de sa baronnie de Palluau, et dès les premiers mois de l'année 1631, il mourait, laissant ses propriétés et ses titres à son second fils Philippe. L'aîné, du nom de Louis, était mort en bas âge.
PHILIPPE, chef du nom de CLÉREMBAULT-PALLUAU, n'avait que vingt-quatre ans quand il succéda à son père.
Comme lui, il avait embrassé la carrière des armes, où il devait le surpasser en mérite comme en gloire.
Il commença à porter les armes à l'âge de seize ans. Simple capitaine d'une compagnie de chevau-légers, sous les ordres de Comtsalaud, colonel de la cavalerie légère de France, il fut appelé, en cette qualité, à faire partie d'une expédition en Italie, en août 1636.
Il se trouva au combat du Tessin; puis, l'année suivante, il était au siège de Landrecies, et, en 1640, à l'attaque des lignes d'Arras.
Devenu alors maréchal de camp, Clérembault prenait part, comme tel, au siège de Perpignan, en 1642; l'année d'après, il accompagnait le grand Condé au siège de Thionville, et en 1644 l'aidait à gagner la célèbre bataille de Fribourg.
Après ces divers exploits, il fut pourvu de la charge de mestre de camp général de la cavalerie légère, et servit encore aux sièges de Philipsbourg, de Courtray, de Dunkerque, de la Bassée et de Lens.
En 1650, Philippe de Clérambault, comte de Palluau, devint, par achat, maître de la totalité de l'île Bouin. (8)
Enfin, nommé lieutenant général des armées du roi, il les commanda aux sièges d'Ypres, de Bellegarde et de Montrond en Berry, place dont il fit démolir les fortifications après l'avoir prise d'assaut (9);
Il fut fait maréchal de France par lettres royales données à Paris le 18 février 1653.
L'insigne de sa dignité, c'est-à-dire le bâton, lui fut remis le 1er juin de la même année.
Quoi qu'en ait dit une critique jalouse, ses glorieux états de service et sa valeur militaire méritaient cette distinction honorifique.
En 1659, il accompagna Mazarin aux conférences de l'île des Faisans, qui amenèrent le traité des Pyrénées.
Philippe de Clérembault reçut, en récompense, le 31 décembre 1661, les titres de gouverneur du Berry et de bailli de cette province, de chevalier des ordres..., etc... Il était alors à l'apogée de sa gloire.
Une vie aussi mouvementée ne lui permit guère, on le comprend, de faire de longs séjours dans son château de Palluau. Quand il n'était pas à l'armée, il se tenait le plus ordinairement à la cour.
L'année qui suivit sa promotion au grade de maréchal de France, le 26 avril 1654, Clérembault épousait, à Paris, Louise-Françoise Bouthillier, la fille du secrétaire d'État Chavigny (Bouthillier).
Nous nous plaisons à penser quelle belle fête ce fut dans le vieux château de Palluau, quand le maréchal, son illustre seigneur, y conduisit pour la première fois sa jeune et brillante épousée !
La trompe du guetteur eut à peine signalé leur arrivée, que la population de la petite cité dut se porter en masse aux abords du château, des bannières multicolores furent hissées au sommet des tours, les canons tonnèrent en signe d'allégresse, les ponts- levis abaissèrent majestueusement leurs lourds tabliers, et tous les vassaux réunis aux hommes d'armes de la place vinrent se ranger dans la cour d'honneur et offrir aux nobles arrivants l'hommage et le salut de bienvenue...
Mais si cette description est de l'histoire vraie, évidemment, n'oublions pas que nous ne pouvons nous arrêter à ces détails qui ne manquent pourtant pas d'un certain charme, sans outrepasser les bornes prescrites à notre récit.
Sans doute, la demeure seigneuriale de Palluau fut trouvée trop vieille, trop sombre et trop démodée par notre jeune châtelaine, accoutumée aux splendeurs des salons du Louvre.
C'est pourquoi on peut présumer très vraisemblablement que, dès ce jour, sa reconstruction fut décidée, quoiqu'elle ne fût faite ou terminée qu'en 1661 seulement, ainsi que nous le dirons plus loin.
Le maréchal ne jouit pas longtemps de son œuvre. Il fut pris d'une maladie de langueur dès l'année suivante, et, ni les médecins, ni les eaux de Bourbon, dont il essaya, ni l'air natal dans sa campagne de Palluau, ne purent refaire sa santé altérée (10).
Trois ans après, le 24 juillet 1665, il se mourait à Paris, à l'âge de cinquante-neuf ans.
Son corps fut aussitôt apporté à Palluau, où il fut enterré dans l'église du lieu.
Quant à son épouse, elle lui survécut longtemps et ne le rejoignit dans la tombe que dans les premières années du siècle suivant.
De tous les personnages qui illustrèrent Palluau, aucun, assurément, ne saurait être mis en parallèle avec le maréchal Philippe de Clérembault.
Une peinture du XVIIe siècle, qui se voit encore au musée de Versailles, nous a conservé son portrait physique.
Quant à son portrait moral, il a été tracé par des plumes diverses qui nous le présentent sous un jour plus ou moins favorable.
Nous emprunterons, comme nous paraissant le plus véridique, celui qu'en a fait le duc de Saint-Simon dans ses Mémoires :
« Le maréchal de Clérembault, dit-il, était homme de qualité, bon homme de guerre, et avait été mesrre de camp général de la » cavalerie; fort à la mode sous le nom de comte de Palluau, avant qu'il prît son nom, lorsqu'il devint maréchal de France. C'était un » homme de beaucoup d'esprit, orné, agréable, plaisant, insinuant et souple, avec beaucoup de manège, toujours bien avec les ministres, » fort au gré du cardinal Mazarin et fort aussi au gré du monde et toujours parmi le meilleur.
Le comte de Palluau, ajoute en note le » spirituel auteur, devint maréchal de France en 1653.
On était alors en pleine Fronde et les poètes satiriques n'épargnèrent pas un » général qui était resté fidèle à Mazarin. Blot lui décocha le couplet suivant :
A ce grand maréchal de France,
Favori de Son Éminence,
Qui a si bien battu Persan,
Palluau, ce grand capitaine
Qui prend un château dans un an
Et perd trois places par semaine (11).
Au dire de Saint-Simon, le maréchal était un homme d'esprit.
C'était, il faut le croire, l'opinion de ses contemporains, puisque, peu d'années après sa mort, on a publié ses Conversations avec le chevalier de Méré (12).
C'est à Poitiers, que le maréchal s'étant retiré, six mois environ, à cause de sa mauvaise santé, près de l'évêque, son frère, se lia d'un commerce intime avec le chevalier de Méré.
Ils partageaient leur temps entre le jeu, la promenade et les conversations; mais, dit l'auteur des Conversations, « leur jeu n'était qu'un amusement; et c'est ainsi » qu'il en faut user avec ses vrais amis : car si le grand jeu ne détruit l'amitié, du moins elle en pourrait être altérée. » (2e Conversation, p. 68.)
D'après le même auteur, le maréchal de Clérembault employait au jeu un temps considérable. (Voir 3e Conversation, p. 149; 4e Conversation, p. 152; 5e Conversation, p. 247; 6e Conversation, p. 248.)
Sainte-Beuve a fait du maréchal le sujet d'un de ses Portraits littéraires. D'après lui, « ce maréchal au parler bègue » avait des manières affectées et devait être « plus adroit courtisan que grand guerrier. »
En 1699, la Mareschalle de Clérambault demeurait à Paris, en son hostel, rue des Lions, paroisse de Sainct Paul.
En classant des liasses de vieux papiers du XVIIe siècle et en déchiffrant les parchemins relatifs à l'histoire de « ma petite patrie » «l'isle de Boing», devenu « Bouin », commune la plus septentrionale du département de la Vendée, située dans la baie de Bourgneuf, en face de l'île de Noirmoutiers, j’ai eu la bonne fortune de tomber sur trois documents, signés de Louise Françoise Bouthillier, veuve de Philippe de Clérambault, « marquis de l’isle de Boing et mareschal de France » établissant : Que le 28 Juillet 1676, elle habitait « Saint-Clou » ; Que le 18 Mars 1699, « ladite dame demeurait à Paris, en son hostel, rue des Lions, paroisse de Sainct-Paul » ; Enfin, que le 19 Janvier 1700, elle signait un pouvoir « fait et passé à Paris, en son hôtel rue des Bons-Enfants, paroisse de Saint-Eustache ».
Avant de reproduire le document du 18 Mars 1699, il n’est pas inutile d’évoquer la personnalité de Philippe de Clérambault.
Dans sa récente « monographie de la commune de Bouin », Léon Dubreuil s’exprime ainsi : « Philippe de Clérambault se fit appeler marquis de l’isle de Bouin.
C’était une usurpation de titres, fréquente au XVIIe siècle : la seigneurie ne fut, en effet, jamais érigée en marquisat ».
Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il fut incontestablement propriétaire de cette île vers le milieu du XVIIe siècle : les archives communales en font foi.
Et Léon Dubreuil ajoute : « Le 28 Juillet 1650, il avait acheté à René du Chatelier-Barlot la partie poitevine de la seigneurie de Bouin ;
le 7 Décembre de la même année, il en acheta l’autre partie à Charles du Chateigner, pour 50.000 livres, plus les frais évalués à 1500 livres.
Enfin, il acheta 27.000 livres tournois les droits de M. du Jarel, seigneur de Bois-Rouault ».
Le parchemin du 28 Juillet 1676 énumère tous les titres du « hault et puissant seigneur, monseigneur Philippe de Clérambault, chevalier des Ordres du Roy, comte de Palluau, marquis de l’isle de Bouing, baron des baronnies de Nesles et de Rognacq, seigneur de Courteaux, vicomte de Mareuil, Chevry et autres lieux, mareschal de France, gouverneur et lieutenant général pour le Roy dans la province de Berry.... »
Il mourut en 1665, laissant deux fils : l’aîné Jules, abbé de Saint- Savin et de Jard, devint membre de l’Académie française ; le cadet, Philippe, hérita de son père et devint marquis de l’isle de Bouing, jusqu’en 1702, année de sa mort.
Il se noya, en voulant franchir le Danube après la défaite d’Hoschtadt.
Ce fut sa mère « la Mareschalle de Clérambault», dont il est question ci-après, qui conserva son droit de suzeraineté effective sur l’ile et qui habita rue des Lions, dans notre arrondissement, ainsi qu’en témoigne le document ci-après, revêtu de sa signature.
Goulay.
Par devant les Conseillers du Roy, notaires de Sa Majesté au Châtelet de Paris, soussignés, sur présente très haute et puissante dame Louise- Françoise Bouthillier, veuve de deffunt très hault et puissant seigneur, Messire Philippe de Clérambault, vivant chevallier des Ordres du Roy, Conseiller en tous ses conseils, comte de Palluau, mareschal de France, au nom et comme fondé de procuration général, ainsy qu’elle a dict de Messire Jules de Clérambault, abbé des abbayes de Saint- Savin et de Jard, et de Messire Philippe de Clérambault, chevallier, seigneur, comte de Palluau, colonel d’un régiment d’infanterie pour le Roy, leurs enfants héritiers du dict deffunt seigneur Mareschal de Clérambault, leur père, la dite dame demeurant à Paris en son hostel rue des Lions, paroisse de Sainct-Paul, laquelle a dict donner pouvoir à Maistre René Baraud, procureur fiscal de la terre et seigneurie de l’isle de Boing, de retirer par retrait féodal soit au nom des dicts seigneurs enfants de ma dicte dame ou du dict Baraud les biens traduits aux registres de la ville de Nantes sur Jan Bidé et Marguerite de Champroust adjugés à Louis Mesnard, à sa femme, le dix-neufvième Juillet mil six cent quatre-vingt-cinq, à la somme de treize mil sept cent ljvres, rellevant de la dicte seigneurie de l’isle de Bouing et d’autant que le dict retrait féodal se fera sur deniers du dict Baraud, la dicte dame Mareschalle de Clérambault au dict nom cède et transporte sans aucune garantie, le dict droit de retrait féodal pour l’exhiber par le dict Baraud en son nom, se subrogeant en son lieu et place et des dicts seigneurs ses enfants pour faire toutes les poursuites que besoin sera pour l’exécution du dict retrait féodal.
A la charge par le dict Baraud de la garantir et les dicts seigneurs ses enfants, tant du principal, intérest, que pour loyaux cousts et despens et de tenir les dicts domaines et héritages de la dicte seigneurie de l’isle Bouin, aux mêmes droits, cens, rentes, et autres charges et devoirs qui étaient et de tenir les dicts biens, domaines et héritages, accordant ma dicte dame Mareschalle au dict Baraud, la présente cession du dict retrait féodal en raison des bons et agréables services qu’il luy a rendus et qu’elle espère qu’il lui rendra à l’advenir et aux dicts seigneurs ses enfants, sans préjudice de tous les autres droicts et actions qu’elle a et peult avoir, et les dicts seigneurs ses enfants contre le dict Baraud pour autres causes.
— Fait et passé à Paris en l’hostel de ma dicte dame Mareschalle, ce dix-huit Mars mil six cent quatre-vingt-dix- neuf, avant midy et a signé : Louise F. Bouthillier.
Malade, il meurt à l'âge de 59 ans, non sans avoir été confessé par l'abbé Louis Gouraud, son ami d'enfance, originaire de Saint-Paul-Mont-Penit.
Le corps du maréchal sera ramené à Palluau et enterré dans l'église, mais son tombeau sera profané par les Révolutionnaires, plus d'un siècle plus tard, et ses ossements jetés dans les fossés du château.
Son fils et unique héritier, Jules de Clérambault, prêtre commendataire de Lieu-Dieu en Jart, la céda en 1713 à Jérôme Phélipeaux, comte de Pontchartrain.
Cette seigneurie fut aussitôt érigée en baronnie, et à partir de 1714 elle ne fut plus régie que par la coutume du Poitou.
La deuxième fille de M. de Pontchartrain épousa le duc de Nivernais et vendit à Louis XV la baronnie de Bouin, en 1767, pour la somme de 700,000 livres.
En 1785 tous les domaines et droits appartenant à Sa Majesté furent engagés au profit du marquis de Caulaincourt, commandant le régiment de Rohan-Soubise mais en 1787 les habitants de l'île réclamaient encore la conservation de leurs privilèges et le marquis de Caulaincourt dut résilier son engagement à la veille de la Révolution.
Le maréchal de Clérembault laissa deux fils : Jules et Philippe (13).
JULES, l'aîné, succéda à son père dans ses titres de propriétaire et de baron de Palluau, mais il ne suivit point comme lui la carrière des armes.
« C'était un vilain bossu qui avait de l'esprit et de la science », a écrit Saint-Simon; il entra dans les ordres, prit le grade de licencié en théologie à la Faculté de Paris, et fut promu au sacerdoce. Pourvu des riches bénéfices de quatre abbayes (Saint-Taurin d'Évreux, Lieu-Dieu en Jard, Saint-Savin et Chartreuve), notre abbé commendataire put facilement se livrer à son goût pour les choses de l'esprit, dans lesquelles il acquit, il faut le croire, une certaine réputation, puisqu'il fut jugé digne d'occuper l'un des quarante fauteuils de l'Académie française.
On ne connaît, cependant, de lui, aucune œuvre littéraire. « Il ne produisait pas beaucoup », a dit Saint-Simon.
Jules de Clérembault remplaça, à l'Académie, le fabuliste La Fontaine.
Et comme il était tout contrefait, les plaisants d'alors disaient qu'on avait nommé Ésope à la place de La Fontaine.
Il parut peu à Palluau, dont le château était pourtant rebâti à neuf et devait être parfaitement aménagé; sa résidence habituelle était son hôtel de Paris, rue des Bons-Enfants, paroisse de Saint-Eustache.
Quand il mourut, le 17 août 1714, sa mère, « la maréchale de Clérembault, qui n'avait plus d'autres enfants, dit encore Saint-Simon, ne crut pas que ce fût la peine de s'en affliger (14). »
Revue du Bas-Poitou
Paysages et monuments du Poitou photographiés par Jules Robuchon
Notes Historique du l’Ile de Bouin en Poitou <==
LE CHATEAU ET LES SEIGNEURS DE LA GARNACHE - MAISON DE ROHAN <==
(1) Remontrances faites au roi par l'évêque de Luçon (Mgr Thiercelin), vers 1565. (Notes du t. III de l'Histoire du Poitou, par Thibaudeau, p. 517 et suiv.)
(2) Dans une note de son État du Poitou sous Louis XI V, p. 109, M. Dugast-Matifeux dit positivement, en parlant de Philippe de Clérembault, le maréchal de France, et de son frère, l'évêque de Poitiers, qu'ils étaient issus de parents calvinistes, mais qui se convertirent.
(3) Histoire des Moines et des Évêques de Luçon, par l'abbé du Tressay, t. II, p. g3.
(4) Marchegay. Recherches historiques sur le département de la Vendée, p. 84 et suiv. (Irc série).
(5) Thibaudeau, Histoire du Poitou, t. III, p. 66.— En 1 558, à l'époque du siège et de la prise de La Garnache par les ligueurs, Henri IV vint au secours de cette ville et s'avança jusqu'à Palluau; mais, à son arrivée, il apprit que la ville avait capitulé, et la garnison qui en était sortie par capitulation vint, en effet, le rejoindre. A quelques centaines de mètres du village de l'Ardiller, commune de Palluau, le point de jonction de trois chemins porte encore le nom de camp de Soubise.
(6) Voir l'intéressante relation de cette expédition publiée par M. Mourin de Sourdeval, dans l’Annuaire de la Soc. d'Émulation de la Vendée, 1860, p. 97 et suiv. —Voir aussi Thibaudeau, Hist. du Poitou, t. IIf, p. 253-54.
(7) Une pièce du chartrier de Thouars nous en fournit une preuve évidente. C'est le refus d'acceptation d'un aveu présenté par la veuve du maréchal Philippe de Clérembault, en 1665. L'un des motifs de refus est ainsi conçu : « L'aveu présenté est encore défectueux, parce que on présente la baronnie de Palluau soubs le titre de compté (sic) sans que l'on rapporte aucune lettre d'érection et le consentement de Mgr le duc de la Trémoille sans lequel lad. terre n'a pu être érigée en compté.... »
(8). Sous le régime féodal, l'île de Bouin jouissait à double titre de certains privilèges assez étendus, comme île de mer, et comme faisant partie des Marches communes de Poitou et de Bretagne.
Elle était en quelque sorte indivise entre les deux provinces, et l'investiture en fut donnée aux barons de la Garnache et de Rays.
Mais si elle resta jusqu'à l'avènement de Louis XVI à peu près exempte d'impôts envers le roi, elle fut constamment en lutte avec les seigneurs immédiats au sujet des taxes qu'ils établissaient à l'infini.
Les revenus se partageaient entre les suzerains des deux provinces, et la justice s'y administrait par deux officiers distincts ou sénéchaux, qui l'exerçaient alternativement et de mois en mois.
Du côté du Poitou, elle obéit, après les barons de la Garnache, à la maison de Thouars, aux Clisson, puis à Jean de la Vergne et aux Châtellier-Barlot.
La partie bretonne de l'île échut d'abord aux sires de Rays, entra dans la maison de Machecoul et passa par alliance entre les mains de Ch. de Chateigner.
(9). Louis II de Bourbon, le « Grand Condé » ayant pris la tête de la Fronde des Princes, la forteresse fut son principal point d'appui en Berry et Bourbonnais.
Les armées royales, commandées par Philippe de Clérambault, comte de Palluau, mirent le siège devant Montrond en octobre 1651. Devant la résistance acharnée des partisans de Condé, commandés par le Marquis de Persan, gouverneur de la forteresse, l'Etat- major du roi envisagea un moment de lever le siège. Mais ce retrait des troupes royales aurait été perçu comme un grave échec de Mazarin et des renforts furent envoyés.
Sans ravitaillement, épuisée, la garnison de Montrond capitula le ler septembre 1652.
Ce siège de près de 11 mois, fut un grand traumatisme pour le Saint-Amandois, traduit par l'expression « Guerre de Montrond ».
Sur ordre de Mazarin, les fortifications furent démantelées, Montrond ne présentant plus de réel enjeu stratégique puisque le règne de Louis XIV annonçait la monarchie absolue et la défense d'un royaume unifié concernait les frontières. Une forteresse aussi puissante au plein centre du territoire ne pouvait représenter qu'un danger pour le pouvoir... http://www.ville-saint-amand-montrond.fr/la-forteresse-de-montrond-f-66.html
(10) Conversations de M. de Clérembault et du chevalier de Méré (Ire Conversation, p. 16 et 17), édition de 1669, Paris.
(11) Mémoires du duc de Saint-Simon (édition Hachette), t. XIII, p. 15.
(12) Les Conversations de M. D. C. (de Clérembault) et du C. D. M. (chevalier de Méré), imprimées à Paris, chef Claude Barbin, en 1669, réimprimées en 1675, et de nouveau à Lyon, en 1677. — Le chevalier de Méré était un Poitevin; son vrai nom est Georges Brossin. (Voir ce nom dans Dreux du Radier, Bibliothèque hist. et crit. du Poitou, t. IV, p. 244.)
(4) Le maréchal de C. est ce qu'on appelle un galant homme qui sait parfaitement le monde. Il a passé sa vie à la cour ou à l'armée, et peu de gens ont eu plus que lui cet esprit naturel qui fait que l'on est habile et agréable. Avec sa langue embarrassée, il ne laisse pas de s'expliquer de bonne grâce ..... » (Ire Conversation.)
(13) Le P. Anselme mentionne aussi une fille du nom de Thérèse. — Philippe, le cadet, qui porta le titre honorifique de comte de Palluau, fut colonel d'un régiment de son nom, brigadier d'armée en 1690, puis maréchal de camp en 1693.
Il se noya dans le Danube à la désastreuse bataille d'Hochstedt, en 1704. Il avait préféré franchir le fleuve à la nage avec son cheval plutôt que de se rendre prisonnier.
A la mort de son mari, la maréchale de Clérembault s'empressa de présenter aveu pour faire hommage de Palluau; mais elle fut déclarée non recevable, à moins qu'elle ne justifiât d'être propriétaire par quelque contrat de délaissement qui lui en aurait été fait.
C’est son fils, Messire Jules de Clérembault, fils aîné, qui doit faire aveu. (Chartrier de Thouars.)
(14) Mémoires, t. VII, p. 98.
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