31 janvier 1794 Saint Michel Mont de Mercure, carrefour des colonnes infernales Grignon - Lachenay (Carte)
Arrivant de Châteaumur, la colonne de Grignon poursuivit ses exploits en s'avançant vers la Basse-Vendée, non sans détours et contre-marches, afin de ne rien laisser derrière elle.
Saint-Michel-Mont-Mercure, situé à 290 mètres d’altitude, point culminant de la Vendée, fut un lieu marqué par les exactions des colonnes infernales dirigées par le général Louis Grignon lors de la guerre de Vendée, en particulier le 31 janvier 1794. Ces colonnes, instaurées par le général Turreau après l’écrasement de l’armée vendéenne à Savenay (décembre 1793), avaient pour mission de ravager la Vendée militaire pour écraser toute résistance contre-révolutionnaire.
Contexte des colonnes infernales
Les colonnes infernales étaient des unités républicaines chargées de mener une campagne de destruction systématique : pillages, incendies, massacres de populations civiles, y compris femmes, enfants et vieillards, dans le but d’éradiquer le « brigandage » vendéen. Grignon, commandant de l’une de ces colonnes, opérait dans le bocage vendéen, une région stratégique où Saint-Michel-Mont-Mercure, par sa position géographique, était un carrefour clé entre Pouzauges et Les Herbiers.
Grignon fit poser un campement à la Flocellière, pendant 3 jours du 27 au 30 janvier 1794.
Le 28 janvier, un massacre important d'hommes, de femmes et d'enfants, a lieu à La Flocellière.
Le 29, la colonne se rend au Boupère, Grignon hésite à ordonner le massacre des habitants, mais il se contente de faire désarmer les 150 gardes nationaux de la commune et fait fusiller 19 prisonniers.
Son parcours se marquait d'épisodes atroces : au Pin, pour exemple, 20 habitants patriotes viennent ingénument à sa rencontre, le supplient de ne pas brûler leur bourg et d'accepter un repas fraternel qu'ils lui ont préparé; il les accueille avec cordialité, accepte de s'asseoir à leur table, dîne copieusement, puis, au dessert, « il les fait lier de cordes et traîner dans un champ voisin où ils sont exterminés à coups de sabre et de baïonnette. »
On ne peut énumérer les villages incendiés, les patriotes égorgés, « leurs certificats de civisme à la main, » les filles outragées, courant nues dans la neige pour se soustraire aux tueurs, violentées, torturées, brûlées vives, les mères poussées avec leurs enfants dans des fours allumés.
On se refuse à croire à l'authenticité de si cruels raffinements et l'on préfère admettre que la tradition, transmise d'âge en âge, les a progressivement amplifiés. Les forfaits dont on est sûr, d'après la correspondance des chefs de colonnes avec Turreau leur instigateur, ou d'après les protestations des autorités locales, inspirent assez d'épouvante et d'horreur sans qu'il soit besoin de puiser dans la tradition des rancunes vendéennes, si peu suspecte soit-elle de renchérissement.
Aux derniers jours de janvier, les deux colonnes commandées par Grignon se trouvaient réunies; depuis Bressuire, elles manœuvraient séparément, volant, tuant, brûlant sans rencontrer de résistance.
Les événements du 31 janvier 1794
Arrivée de Grignon : Après avoir campé à La Flocellière du 27 au 30 janvier 1794, Grignon se dirigea vers Saint-Michel-Mont-Mercure le 31 janvier, en route vers Les Herbiers pour rejoindre la colonne d’Amey. Ce jour-là, le bourg fut livré au chaos : pillages, incendies et massacres marquèrent le passage de la colonne. Selon l’abbé Billaud, cité dans les bulletins paroissiaux, « Grignon mit tout le pays à feu et à sang ».
Massacres et destructions : Le bourg fut incendié, et les habitants, souvent des paysans, furent massacrés sans distinction. La colonne se divisa au village de l’Épaud : une partie poursuivit vers Saint-Paul-en-Pareds, où 72 personnes, dont des femmes, des vieillards et des enfants, furent enfermées dans la cour du château, forcées à danser, puis fusillées après avoir été nourries et abreuvées. Une autre partie, suivant Grignon, laissa une traînée de cadavres et de fermes incendiées jusqu’aux Herbiers. Dans une maison, deux vieillards, dont le plus jeune avait au moins 80 ans, furent tués.
Contexte religieux : La paroisse de Saint-Michel-Mont-Mercure, profondément catholique, était un symbole de résistance spirituelle. Le curé réfractaire Lebreton se cachait, tandis que des prêtres comme l’abbé Brochu ou Gabilard assuraient les offices clandestins. Cette ferveur religieuse, marquée par des pratiques comme le port de scapulaires ou de Sacrés-Cœurs, attisa la « rage diabolique » des colonnes, selon certaines analyses, qui voyaient dans ces symboles du « fanatisme » à éradiquer.
A Saint Michel Mont Mercure, Grignon pénétrait là, sur le territoire de Charette.
Saint-Michel-Mont-Mercure comme carrefour
La position élevée de Saint-Michel-Mont-Mercure en faisait un point stratégique, utilisé comme point géodésique dès le XVIIIe siècle (méridienne de Bayeux). Lors des colonnes infernales, sa situation en faisait un passage obligé pour les troupes républicaines convergeant vers Les Herbiers ou d’autres bourgs vendéens.
Le 31 janvier 1794, Grignon et son second, Lachenay, qui avait incendié Rochetrejoux et massacré 200 personnes à Mouchamps, utilisèrent ce carrefour pour coordonner leurs mouvements destructeurs.
Bilan et mémoire
Le nombre exact de victimes à Saint-Michel-Mont-Mercure reste incertain, mais les témoignages, comme celui de l’abbé Billaud, décrivent un « grand massacre ». Les horreurs commises, bien que moins documentées que celles des Lucs-sur-Boulogne ou des noyades de Nantes, s’inscrivent dans la même logique de terreur républicaine.
L’église, surmontée de la statue de l’archange Saint-Michel (installée en 1897), reste un symbole de résilience pour la communauté, qui commémore ces événements comme un martyre lié à la foi catholique.
Sources complémentaires Abbé Billaud, Bulletin paroissial de Saint-Michel-Mont-Mercure, 1949.
Chemins secrets et Les Portes du Temps pour les détails des parcours des colonnes.
Homélie du père Argouarc’h (2024) sur le lien entre les massacres et la foi vendéenne.
A la mémoire des 32 habitants de Pouzauges massacrés par les « Colonnes infernales le 30 janvier 1794 <==.... .... ==> La colonne Infernale de Grignon de Saint Michel Mont-Mercure au château de Bois-Tissandeau des Herbiers
En arrivant au Boupère, il reçoit une lettre de son collègue le général Bard, un honnête soldat qu'indignait cette guerre déshonorante, l'assurant que tous les habitants de ce bourg sont bons patriotes, vrais républicains, et ont donné maintes preuves de leur civisme.

