Siège de Hautefort (juillet 1183) dirigé contre Bertrand de Born par Richard Cœur de Lion, duc d’Aquitaine et le roi d’Angleterre Henri II
Les Origines et la Vie de Bertrand de Born
La famille de Bertrand de Born, dont le nom semble d'origine franque, était établie dès 1070 au moins en Limousin, aux confins du Périgord.
Aujourd'hui encore le village de Born ou Bort ainsi que la vaste forêt et l'étang du même nom sont situés dans les paroisses de Saint-Mesmin et de Salagnac, anciennement en Bas-Limousin, aujourd'hui du département de la Dordogne.
Des relations étroites de parenté existaient entre les Born et les seigneurs du voisinage.
Parmi ceux-ci se distinguaient les Lastours, seigneurs d'Hautefort et de Terrasson, dont l'un des ancêtres, Gui le Noir, qui bâtit Pompadour, est qualifié par Jaufre de Vigeois de « prince ou chef limousin » (princeps lemovicis), ne devant en cette qualité au souverain nominal qu'un hommage de pure forme.
Goufier de Lastours, arrière-petit-fils de ce Gui, se couvrit de gloire pendant la première croisade : Les chroniqueurs byzantins eux-mêmes l'ont célébré.
De retour à Hautefort, il donna de concert avec son frère Gérald les terrains où fut fondée l'abbaye du Dalon (1114).
La charte de fondation nomme comme l'un des témoins Itier de Born qui peu de temps après fit aussi une donation à la même abbaye conjointement avec son fils Bertran.
Celui-ci devant être alors assez âgé pour faire une donation ne peut être que le père du poète qui naquit seulement vers 1140.
D'après divers papiers de famille des Hau- tefort et les généalogies du Père Anselme, Goufier de Lastours aurait eu pour fille Ermengarde qui épousa Bertrand, fils d'Itier de Born et fut la mère du célèbre troubadour.
Goufier eut aussi plusieurs fils : l'aîné, Goufier, fut tué à Limoges sans postérité, le second, Olivier, paraît avoir possédé seul le domaine familial de Lastours et celui de Hautefort en commun avec sa sœur Ermengarde (1159-1169) et peut-être aussi avec un frère plus jeune, Gui, qui héritant des biens d'un certain Sicard Rasa, témoin également de la charte de fondation du Dalon, aurait aussi pris son nom.
Ce Gui mourut vers 1180. On trouve en effet deux actes du cartulaire du Dalon, datant de cette époque, suivant lesquels Bertrand de Born et son frère Constantin, fils d'Ermengarde et de Bertrand, font des donations à l'abbaye pour le salut de leurs parents et particulièrement de Guy Rasa.
On peut conjecturer vraisemblablement que ce dernier avait cédé aux deux frères ses droits sur Hautefort. Ermengarde de Lastours avait eu encore et avant Constantin un autre fils, Itier, qui n'apparaît pas ensuite dans les querelles qu'eurent Bertrand et Constantin. Sans doute il resta sans postérité et vécut paisible- ment à Born.
On ne sait rien de précis sur l'enfance et la jeunesse de Bertrand l'aîné.
Il y a tout lieu de croire qu'il reçut à l'abbaye du Dalon une instruction assez avancée pour l'époque, qu'il compléta ensuite par des voyages et des visites dans les cours du Midi ; ses connaissances géographiques et se: relations postérieures en font foi.
Tandis que Constantin, d'humeur plus casanière, restait à Hautefort où il épousa sa cousine germaine, Agnès, fille d'Olivier de Lastours, Bertrand fréquentait à Bordeaux la cour d'Eléonore de Guyenne qui après son divorce avec le roi de France fut reine d'Angleterre avec son mari Henri II.
Bertrand, un peu plus âgé que ses fils, Henri Court-Mantel, Richard appelé plus tard Cœur-de-Lion, Geoffroy de Bretagne et Jean Sans Terre, fut quelque peu leur imitateur à !a vie de tournois, de poésies et d'amour qui faisait alors l'occupation des seigneurs.
Il prit sur eux une grande influence et eut, diton, se faire aimer de leur sœur Mathilde qui épousa Henri le Lion, duc de Saxe, et fut mère de l'empereur d'Allemagne Othon.
Nous possédons à ce sujet deux poésies où Bertrand de Born célèbre sa beauté qu'il met au-dessus de celle des trois filles du vicomte de Turenne, Marie de Ventadour, Alice de Montford et Maheut de Montagnac l'aînée à qui cependant il consacra la plupart de ses poésies amoureuses.
Mais ces amours plus ou moins fictives n'empêchaient pas le mariage régulier. Bertrand se maria en premier lieu à une certaine Raimonde.
Il en eut deux fils, Bertrand et Itier, qui figurent avec leur mère dans une donation à l'abbaye du Dalon faite à Hautefort en 1179, et une fille, Aimeline, mariée plus tard à son parent Seguin de Lastours, seigneur de Pompadour.
Il eut ensuite d'une seconde femme appelée Philippa, deux autres fils, Bertrand qualifié de « minor » par opposition à son frère « senior » et Constantin qui fut moine au Dalon en même temps que son père.
Les dissentiments qui existaient depuis longtemps entre Bertrand de Born et Constantin au sujet de la possession d'Hautefort durent éclater dès 1 180 après la mort d'Olivier de Lastours et de Guy Rasa.
Constantin, gendre d'Olivier de Lastours, voyait d'un œil mécontent son frère Bertrand prétendre au commun partage de la châtellenie en vertu des droits de sa mère Ermengarde dont il était l'aîné, Il chercha sans doute à l'évincer et celui-ci furieux s'empara par surprise de la forteresse et en chassa Constantin: « Si j'ai frère ou cousin germain, ou cousin second, dit-il (Poés. pol. II) je partage avec lui l'œuf et le denier et s'il veut ensuite ma part, je le chasse de la communauté. »
Constantin lésé dans ses droits trouva un asile à Lastours chez son beau-frère Goufier, fils d'Olivier et souleva les seigneurs du voisinage contre Bertrand qui l'avait expulsé.
Celui-ci soutint courageusement la lutte, semant la division entre ses ennemis qu'il raille tour à tour.
Les principaux d'entre eux étaient le vicomte de Limoges Adhémar, et Richard, alors comte de Poitiers, qui s'étaient autrefois révolté avec sa mère et ses frères, peut-être à l'instigation de Bertrand, contre son propre père Henri II; mais ayant fait sa soumission, il s'était ensuite retourné contre ses anciens alliés les seigneurs d'Aquitaine dont il était duc.
C'est pour se débarrasser de lui que Bertrand travailla de tout son pouvoir à susciter la ligue à la tête de laquelle furent Henri Court-Mantel, le jeune roi, et Geoffroy de Bretagne, son frère, sans compter les ducs de Flandre et de Bourgogne et maints grands seigneurs.
Le roi Henri II accourut alors en Limousin, mais il ne put mettre à la raison son fils Henri le jeune qui, aidé des bandes des « paillers », envoyés par le roi de France, força son père à lever le siège de Limoges.
Pour payer ses mercenaires le jeune roi dût piller plusieurs monastères, mais blessé d'un coup de pierre et pris de la fièvre il vint mourir d'épuisement à Martel, dans le vicomté de Turenne.
Bertrand de Born nous a laissé des plaintes admirables sur la mort de son ami qu'il n'avait pas quitté.
Il dut cependant abandonner son corps pour aller s'enfermer dans Hautefort que Richard, suivi du roi Henri II et du fameux chef de routiers Martin l'Algai, vint assiéger pour punir Bertrand qu'il considérait comme le principal fauteur des troubles et le mauvais conseiller du jeune roi Henri.
On sait comment la place qui passait pour imprenable fut prise d'assaut après sept jours de siège, grâce à la trahison du roi d'Aragon, Alfonse il qui se trouvait dans les rangs anglais.
On sait aussi comment Bertrand toucha le cœur du vieux roi en lui parlant de son fils mort et comment il finit plus tard par recouvrer soi château et l'amitié de Richard, ou il lui conserva dans l'infortune.
Il est à présumer qu'un accord intervint entre Bertrans et Constantin qui Hautefort avait d'abord été rendu.
Mais ce dernier souleva contre lui la réprobation des seigneurs en prenant part avec Raoul de Castelnau aux ravages des routiers commandés par Mercaders qui désolaient alors la contrée.
En tous cas il est certain qu'un arrangement eut lieu entre Goufier, fils de Constantin, héritier de Lastours, mort sans être marié, et les fils de Bertrand de Born, Bertrand l'aîné, qui « trouva » comme son père en langue limousine et fut tué à Bouvines, fit en effet hommage de la châtellenie d'Hautefort à Philippe-Auguste en 1212, et elle passa plus tard entre les mains de son fils Itier.
Quant à l'illustre troubadour, trop peu sûr de la possession de ses terres pour les abandonner et prendre part aux croisades, il se contenta d'y pousser les autres et de susciter des troubles entre ses voisins auxquels il ne pardonnait pas d'avoir pris parti contre lui, et de l'avoir abandonné en 1183 après la mort du jeune roi.
« Anc mais per re qu'en Bertrans de Born disses en coblas ni en sirventes al rei Felip, ni per recordamen de tort ni d'aunimen quelh fos ditz ni faitz no vole guerrejar lo rei Richart, mas en Richartz si salhi a la guerra quan vi la frevoleza del rei Felip e raubet e prezet e ars castels e bores e vilas & aucis omes e pres, don tuit li baro, a cui desplazia la patz, foron molt alegre e'n Bertrans plus que tuit, per so que plus volia guerra que autre om e quar crezia que per lo seu dire lo reis Richartz agués comensada la guerra, ab loqual el s'apelava Oc-e-No, si com auziretz el sirventés qu'el fetz. »
Voici la traduction en français moderne, fluide mais très fidèle au texte occitan original (extrait de la Razò qui accompagne le célèbre sirventès de Bertran de Born « Oc-e-No ») :
« Jamais, pour aucune parole que Bertran de Born eût pu dire en couplets ou en sirventès au roi Philippe, ni par souvenir d’aucun tort ou affront qui lui aurait été fait ou dit, le roi Richard ne voulait faire la guerre ; mais Richard lui-même se jeta dans la guerre dès qu’il vit la faiblesse du roi Philippe : il pilla, prit, brûla châteaux, bourgs et villes, tua des hommes et en fit prisonniers. Tous les barons qui avaient en horreur la paix en furent très joyeux, et Bertran plus que tous les autres, parce qu’il désirait la guerre plus qu’aucun homme, et aussi parce qu’il croyait que c’était à cause de ses propres paroles que le roi Richard avait commencé la guerre ; avec ce roi, il se disait « Oc-e-No » (Oui-et-Non), comme vous l’entendrez dans le sirventès qu’il composa. »
Bertran de Born, seigneur de Hautefort, troubadour guerrier et grand provocateur, pousse sans cesse à la guerre entre les Plantagenêts et contre le roi de France.
Il se vante ici (par la voix du biographe) d’avoir, par ses sirventès incendiaires, réussi à faire sortir Richard de sa réserve : Richard, qui ne voulait initialement pas rompre la paix, se lance finalement dans une campagne dévastatrice dès qu’il perçoit la faiblesse de Philippe Auguste.
Le surnom « Oc-e-No » (Oui-et-Non) est le titre du sirventès le plus célèbre de Bertran, dans lequel il se présente comme l’homme qui dit « oui et non » à la fois, c’est-à-dire qui attise la guerre tout en jouant sur les deux tableaux.
En résumé : Bertran de Born se félicite d’avoir été l’étincelle qui a mis le feu aux poudres et relancé la guerre entre Richard Cœur-de-Lion et Philippe Auguste en 1183.
Comme tant d'autres en cette époque troublée il alla finir dans la prière et la pénitence sa vie si agitée.
Dès 1194 il est moine au Dalon, appartenant à l' ordre de Citeaux.
Depuis lors sa vie est paisible jusqu'à sa mort qui eut lieu vers 1215.
Les lignes qui précèdent n'ont d'autre but que d'éclairer quelque points restés obscurs de la vie du grand troubadour limousin.
Sa carrière et ses poésies sont trop connues pour insister plus longuement sur leur mérite.
B. MARQUE. La Revue du Plateau central
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Dirigé par :
- Richard, comte de Poitiers (futur Cœur de Lion)
- Henri II, roi d’Angleterre
Opposants :
- Bertrand de Born, seigneur de Hautefort
- (occasionnellement) son frère Constantin
- Henri le Jeune Roi, frère aîné de Richard et héritier de Henri II, s’est rebellé contre son père et contre Richard.
- Bertrand de Born, poète et redoutable intrigant politique, encourage activement la rébellion, notamment en excitant la jalousie entre les fils de Henri II.
- Il soutient Henri le Jeune contre Richard et permet aux troupes rebelles d’utiliser Hautefort comme base.
En juin 1183, Henri le Jeune meurt subitement près de Limoges.
Richard et Henri II décident alors de punir les seigneurs qui ont suivi Henri le Jeune — et en premier lieu Bertrand de Born.
1) Richard Cœur de Lion : il vient du sud du Poitou / Limousin occidental
Au printemps–été 1183, Richard :
- combat son frère Henri le Jeune
- prend contrôle progressif de la Haute-Marche, la région autour de Limoges, Aixe, Saint-Junien, Châlus
- sécurise ses places fortes angevines
Richard arrive donc vers Hautefort par le nord-ouest, probablement depuis :
- Limoges (base la plus logique)
- ou Aixe-sur-Vienne / Saint-Yrieix (poste avancé sur la route de Hautefort)
Les textes soulignent qu'il disposait déjà d’un camp établi dans le Limousin, à courte distance d’Hautefort.
Henri II se déplace pour rejoindre Richard après avoir appris :
- la mort de son fils Henri le Jeune (11 juin 1183)
- les troubles dans le Limousin
- les raids de Bertrand de Born
Henri II arrive donc depuis :
- Poitiers (capitale politique)
ou - Chinon / Loudun (ses résidences favorites)
Les itinéraires royaux placent Henri II :
- à Poitiers début juillet 1183
- puis marchant vers le Limousin pour rejoindre Richard
- avant d’arriver devant Hautefort vers le 17–20 juillet
Il descend par la grande route « via Lemovicensis » qui relie Poitiers à Limoges.
Voici les distances réalistes à cheval au Moyen Âge (fin XIIe siècle) pour rejoindre le siège de Hautefort (juillet–août 1183) depuis les deux points de départ les plus probables d’Henri II Plantagenêt à ce moment-là.
1. Départ de Poitiers (résidence fréquente d’Henri II)
Distance médiévale la plus directe : ≈ 195–210 km
Itinéraire probable :
Poitiers → Civray → Ruffec → Angoulême → La Rochefoucauld → Chabanais → Rochechouart → Saint-Mathieu → Nontron → Excideuil → Hautefort
(ou variante par Confolens et Châlus)Durée à cheval (royale, donc rapide) : Henri II voyageait très vite avec une maison militaire légère quand il était pressé : 70–90 km par jour en été sur bonnes routes.
→ 3 jours pleins (voire 2 jours et demi en forçant).
Exemple réel : Henri II a couvert Poitiers–Limoges (140 km) en moins de 2 jours plusieurs fois dans les années 1170-1180.2.
Départ de Chinon (autre grande résidence, Touraine)
Distance médiévale : ≈ 285–300 km
Itinéraire le plus rapide :
Chinon → Loudun → Thouars → Parthenay → Melle → Angoulême → puis même chemin qu’au-dessus vers le Périgord.Durée à cheval : 4 jours en voyage rapide (70–80 km/jour)
5 jours en voyage « normal » avec bagages et escorte plus lourde.
Henri II était très probablement à Poitiers ou dans ses environs immédiats (et non à Chinon) quand la révolte éclate au printemps 1183, car :
Il venait de tenir une grande cour à Poitiers pour Pâques 1182.
Ses déplacements connus en 1182-1183 le placent presque toujours entre Poitiers, Angoulême et Limoges.
Les chroniqueurs (Roger de Howden, Gérald de Galles) le situent « in Pictavia » quand il apprend la révolte de Richard et des vicomtes limousins.
Donc pour le siège de Hautefort en juillet 1183, Henri II est presque certainement parti de Poitiers ou d’un point très proche (peut-être même déjà Angoulême ou Limoges) et a mis environ 3 jours de chevauchée forcée pour arriver devant Hautefort avec son ost.
Richard arrive devant Hautefort, forteresse très solide, perchée sur un promontoire.
Une attaque de Richard échoue : Bertrand repousse l’assaut, malgré des troupes probablement inférieures en nombre.
Richard demande alors l’appui de son père.
Le roi, furieux contre Bertrand, se joint au siège.
Les sources indiquent une grande animosité personnelle de Henri II envers le troubadour, qu’il juge responsable de la discorde entre ses fils.
- Les engins de siège sont déployés.
- Les assiégeants bombardent les défenses.
- Après plusieurs jours, une muraille cède et les défenseurs sont encerclés.
Pour le siège de Hautefort (juillet 1183), les sources contemporaines sont peu bavardes, mais on peut reconstituer avec certitude les machines de siège typiques utilisées par Richard Cœur de Lion et Henri II, car elles sont décrites en détail dans d’autres sièges qu’ils dirigent à la même époque (Taillebourg, Aumale, Chalus, Verneuil, etc.).
Voici la liste la plus fiable et cohérente des machines qu’ils ont très probablement utilisées à Hautefort en 1183 :
- Richard utilise régulièrement des grands lanceurs de pierres.
- À Chalus (1199), ils sont explicitement mentionnés.
- En 1183, ce sont encore des trébuchets à traction (pas encore le trébuchet « gothique » du XIIIᵉ siècle).
- Portée : 100–150 m
- Projectile : blocs de 40 à 80 kg
- Utilité :
- briser les courtines
- écraser les hourds en bois
- ouvrir une brèche exploitable par l’assaut
Plus légers que les trébuchets, mais plus nombreux.
- Vitesse de tir plus élevée
- Parfaits pour viser :
- les merlons
- les défenseurs sur les remparts
- les portes
Ces perrières sont typiques des armées anglo-angevines.
Très probables, car Henri II en utilise à Rouen, Verneuil et Montmirail.
Un beffroi permet de :
- atteindre le sommet des remparts
- faire descendre des ponts-levis d’assaut
- protéger les archers en hauteur
Il faut un terrain relativement dégagé : c’est justement le cas du plateau face au château de Hautefort.
Richard emploie très souvent des sapeurs (mineurs), toujours sous abri.
Les galeries en bois protègent les hommes qui avancent jusqu’au pied des murailles pour :
- incendier les portes
- creuser sous les fondations
- poser des bûchers pour faire écrouler une tour ou un angle de mur
À Hautefort, la porte orientale était un point vulnérable probable.
Dans les sièges angevins du XIIᵉ siècle, le bélier :
- est monté sur roues
- protégé par une toiture de peaux fraîches détrempées
- utile pour :
- briser la porte
- ouvrir un point d’effondrement
Peu efficace contre une fortification rocheuse, mais utile pour les portes de Hautefort.
Artillerie défensive et offensive.
Richard utilise couramment :
- balistes (projectiles métalliques)
- arbalètes lourdes montées sur affût
Elles servent à :
- éliminer les défenseurs sur les remparts
- protéger les sapeurs
- couvrir les assauts
Les armées angevines se protègent avec :
- mantelets sur roues
- grands pavois pour couvrir les archers et arbalétriers
- écrans mobiles permettant d’avancer à courte distance
Arthurien probable :
- ✔ Trébuchets lourds
- ✔ Mangonneaux / perrières
- ✔ Beffroi d’assaut
- ✔ Chat / tortue / galerie de sape
- ✔ Bélier caponné
- ✔ Balistes et scorpions
- ✔ Mantelets et pavises
Hautefort ne peut plus tenir.
Le siège fut dur mais relativement bref, et se termina par la reddition honorable du seigneur Bertrand de Born après médiation.
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Bertrand de Born se rend, pensant tout perdre.
Il s’attend même à la prison ou à la confiscation.
Mais intervient alors l’épisode le plus célèbre :
Plusieurs chroniques (notamment Gesta Regis Henrici attribué à Benoît de Peterborough, et Roger de Hoveden) indiquent que :
- Henri II tombe gravement malade dans le camp.
- La fièvre est telle qu’on craint pour sa vie.
- L’armée anglaise est troublée : sans son roi, les opérations doivent cesser.
Hoveden dit en substance (traduction moderne) :
« Le roi, souffrant d’une violente maladie, dut abandonner le siège de Hautefort, et commanda que l’on fasse la paix avec Bertrand. »
Cela confirme que la maladie est la cause directe de l’arrêt du siège.
Richard, admirant le courage de Bertrand, va trouver son père et plaide en sa faveur :
« Sire, cet homme est brave. Il vaut mieux l’avoir pour ami que pour ennemi. »
Le roi, très affaibli, accepte la paix,
- Il rend Hautefort à Bertrand.
- Il lui pardonne sa rébellion.
- Il le rétablit dans tous ses biens.
Cet épisode est rapporté dans plusieurs sources, dont :
- Roger de Hoveden
- Ralph de Diceto
- Guillaume le Breton (plus tardif)
C’est un rare moment de clémence dans la politique d’Henri II.
Dans une lettre rapportée par Benoît de Peterborough, Henri II dit :
« Je ne veux pas que l’on dise que j’ai opprimé Bertrand alors que mon fils Richard le défend. »
Bertrand, profondément ému par ce pardon inattendu, compose deux poèmes pour remercier le roi et Richard :
- Si tuit li dol e.l plor e.l marrimen
- Rassa tan creis la hennar
Ces œuvres sont directement liées au siège de 1183.
- Hautefort reste à Bertrand jusqu’à sa mort.
- Il cesse dès lors toute activité de révolte contre les Plantagenêts.
- Le siège contribue à réaffirmer l’autorité de Richard en Aquitaine après la mort de son frère.
- Il marque la fin de la grande rébellion de 1182–1183.
Henri II est transporté à Limoges ou à Périgueux pour recevoir des soins.
Il se rétablit assez vite et poursuit sa campagne ailleurs.
Moyen-Age Classique 1137 / 1204 période Aliénor d'Aquitaine<==....
Nature des idées, des tendances et des passions chevaleresques dans les poésies des troubadours<==....
Les ligues féodales contre Richard Cœur de Lion et les poésies de Bertran de Born (1176-1194)<==....
D’or à deux bandes de gueules”
C’est la version la plus souvent citée dans les armoriaux médiévaux tardifs (XIVᵉ–XVe s.) pour les seigneurs de Hautefort, dont Bertrand est issu.
BORN (BERTRAND II DE), SEIGNEUR D'HAUTEFORT.
1248.
Sceau rond, de 33 mm, appendu à un acte daté du 2 des ides de juin 1248.
Légende. — ORTIS.
( Altofortis.)
Dessin. — Ecu droit à trois forces (d'or, à trois forces de sable, qui est d'Hautefort).
Contre-sceau.
Rond, de 23mm.
Légende. — SECRETVM.
Dessin. — Un lévrier rampant (d'azur, à un chien lévrier d'argent qui est de Born).
(D'après un dessin conservé à la Bibliothèque nationale, Mss., fonds français, t. 22421, F 200, et pris sur l'original au trésor du château d'Hautefort.)
N° 502 BORN (BERTRAND III DE),
1313.
Sceau rond, de 60 mm, appendu à un acte daté du 17 des calendes de juillet 1313. Légende ?
Dessin. — Ecu droit écartelé, aux 1 et 4 à une force, aux 2 et 3 à un lévrier rampant.
(D'après un dessin conservé à la Bibliothèque nationale, loc. cit.)
N° 503 BORN (BERTRAND IV DE),
SEIGNEUR D'HAUTEFORT ET DE THENON.
1333-1346.
Sceau rond, de 37mm. Légende ?
Dessin. — Ecu droit écartelé, aux 1 et 4 à trois forces, aux 2 et 4 à un lévrier rampant; l'écu surmonté d'un lévrier passant.
(D'après un dessin conservé à la Bibliothèque nationale, loc. cit.)
N° 504 LE MÊME.
1355.
Fragment de sceau rond, cire rouge, appendu sur queue de parchemin à des quittances données par Bertrand de Born, « seigneur d'Auttefort et de Tenon », en date des 13 juin et 16 août 1355.
Légende. — ... BERTR....DE BORN.
([Scel] Bertrand de Born.)
Dessin. —- Ecu penché, écartelé, aux 1 et 4 à un lévrier passant, aux 2 et 3 à trois forces, timbré d'un heaume à tête de lévrier ; fond rayé sans ornements.
(Bibliothèque nationale, Mss. Clairambault, t. CXLI.)
N° 505 LE MÊME.
1370-1371.
Sceau rond, de 25mni, cire rouge, appendu, sur queue de parchemin, à des quittances en date du 20 juillet 1370 et du 26 août 1371.
Légende. - S BT DE BORN S.... AVTAFOR. (Scel Bertrand de Born, seigneur d'Hautefort.)
Dessin. — Ecu penché, écartelé, aux 1 et 4 à trois forces posées 2 et 1, aux 3 et 4 à un lévrier, timbré d'un heaume surmonté d'une tête de lévrier ; le tout sur champ losange à petites quintefeuilles ; à droite et à gauche du heaume, un ornement semblable à un I.
(Bibliothèque nationale, Mss. Clairambault, t. CXLI et CLXIX.)
N° 506 LE MÊME.
1370-1372.
Sceau rond, de 25mm, cire rouge, appendu, sur queue de parchemin, à deux quittances en date des 13 novembre 1370 et 25 décembre 1372.
Légende. — S. BERTR …. E BORN.
(Scel Bertrand de Born.)
Dessin, — Ecu penché, écartelé, aux 1 et 4 à trois forces, aux 2 et 3 à un lévrier, timbré d'un heaume à tête de lévrier; fond uni, avec deux ornements en forme d'I.
(Bibliothèque nationale, Mss. Clairambault, t. CXLI.)