La Fête de l’Être Suprême : célébration dans le jardin des Tuileries le 8 juin 1794 orchestré par Maximilien Robespierre
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La Fête de l’Être Suprême, célébrée le 8 juin 1794 (20 prairial an II selon le calendrier républicain), est un événement emblématique de la Révolution française, orchestré par Maximilien Robespierre et le peintre Jacques-Louis David.
Elle marque l’instauration officielle du culte de l’Être Suprême, une religion civique déiste visant à remplacer le catholicisme et le culte athée de la Raison, tout en promouvant les vertus républicaines comme la morale naturelle, l’égalité et la fraternité. Cette fête, qui débute dans le jardin des Tuileries à Paris, s’inscrit dans le contexte de la Terreur et de la déchristianisation, mais aussi dans l’aspiration de Robespierre à une société vertueuse inspirée de Rousseau. Bien que grandiose, elle est souvent vue comme un prélude à la chute de Robespierre, survenue le 27 juillet 1794 (9 thermidor).
Contexte historique
En 1793-1794, la Révolution est à son paroxysme : la France affronte une guerre extérieure contre les coalitions européennes, une guerre civile en Vendée et des troubles internes. La déchristianisation, impulsée par des radicaux comme les Hébertistes, a conduit à la fermeture d’églises et à la promotion du culte de la Raison, perçu par Robespierre comme un athéisme dangereux pour l’ordre social. Fervent déiste, Robespierre, influencé par Émile de Rousseau, défend l’existence d’un Être Suprême créateur de l’univers et de l’immortalité de l’âme. Le 7 mai 1794 (18 floréal), la Convention nationale adopte un décret reconnaissant cet Être Suprême et instituant un calendrier de fêtes décadaires (tous les 10 jours) pour célébrer des vertus comme la vérité, la justice ou la fraternité.
Cette fête du 20 prairial est la première de ce cycle, conçue pour unir le peuple autour d’une spiritualité républicaine, loin des prêtres et des dogmes catholiques.
Déroulement de la fête dans le jardin des Tuileries
La cérémonie commence en fin de matinée sous un soleil radieux, dans le jardin des Tuileries, transformé en scène théâtrale par David. Une foule immense – des députés, des sans-culottes, des citoyens parisiens – se presse autour d’un amphithéâtre adossé au palais des Tuileries, décoré de banderoles tricolores, d’oriflammes et de statues allégoriques.
Robespierre, en habit bleu rappelant le symbolisme chrétien, arrive en tête d’un cortège somptueux, portant un bouquet de fleurs et d’épis symbolisant la nature et la fertilité.
- Les discours de Robespierre : Sur l’amphithéâtre, l’« Incorruptible » prononce deux discours enflammés. Le premier stigmatise l’athéisme et le fanatisme ; le second rend grâce à l’Être Suprême pour les victoires républicaines et invoque la vertu comme base de la société. Des chœurs d’enfants entonnent un hymne à l’Éternel, composé par Gossec, tandis que la musique guerrière et les chants patriotiques animent l’assemblée.
- Le geste symbolique contre l’athéisme : Robespierre descend vers le bassin central du jardin, où trône un groupe de statues représentant l’athéisme, l’ambition, l’égoïsme, la discorde et la fausse simplicité. Armé d’une torche enflammée fournie par l’artificier Ruggieri, il met le feu à ces emblèmes. Des flammes jaillissent, et du brasier surgit une statue de la Sagesse entourée d’une auréole de gloire – un effet pyrotechnique spectaculaire destiné à symboliser la victoire de la raison morale sur l’impiété.
Ce « bûcher de l’athéisme » est un moment clé, mêlant théâtre, feu d’artifice et symbolisme antique.
La fête se poursuit ensuite par un cortège vers le Champ-de-Mars, où une montagne artificielle et un arbre de la Liberté dominent la scène. Les participants gravissent la montagne pour entonner un hymne final, sous les yeux de 500 000 spectateurs estimés.
À Paris, l’événement est un succès populaire, avec des repas civiques et des processions dans les rues fleuries.
Signification et conséquences
Cette fête vise à « refonder la Cité » autour d’une morale naturelle, en luttant contre le vide spirituel laissé par la déchristianisation. Elle intègre des éléments païens (processions, hymnes) et rousseauistes, tout en affirmant l’égalité : des adresses félicitent même l’abolition de l’esclavage des Noirs en février 1794.
Cependant, le rôle central de Robespierre – criant « Vive la République ! » et acclamé seul – suscite jalousie et moqueries chez les députés. Des ricanements fusent, et des phrases comme « J’aime ta fête, mais toi, je te déteste » (Lecointe-Puyraveau) circulent.
Moins de deux mois plus tard, la victoire de Fleurus (26 juin) et les excès de la Terreur mènent à la réaction thermidorienne : Robespierre est exécuté le 28 juillet. Le culte de l’Être Suprême est discrédité, interdit en 1802 par Bonaparte, et reste un symbole des utopies révolutionnaires – grandiose mais éphémère. Des fêtes similaires ont lieu en province (Normandie, Lyon, Bretagne), mais avec moins d’éclat.
Sources et représentations
Des gravures contemporaines, comme celles de Duplessis-Bertaux pour les Tableaux historiques de la Révolution (éd. Baudouin, 1824), immortalisent la scène : procession au bassin, foule en liesse, torche enflammée.
Ces images, conservées au Musée Carnavalet, montrent un mélange de ferveur et de théâtralité. Pour approfondir, consultez les travaux de François Furet ou les archives de la Bibliothèque nationale de France.