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PHystorique- Les Portes du Temps
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1 novembre 2026

18 Janvier 1794 Doué - Opposition du général Bard commandant de Luçon aux rigueurs de Turreau, Fontenay sauvée des flammes !

C’est le 29 nivôse an II (18 janvier 1794) que Turreau assembla à Doué, près Saumur, les généraux de l’armée de l’Ouest pour leur faire part de ses intentions.

 

Voilà la scène exacte de Doué-la-Fontaine, 29 nivôse an II :

  • À gauche debout, Turreau : 37 ans, cheveux gris tirés, en train de pointer sur la carte de la Vendée ses 12 colonnes qui doivent tout incendier et pousser vers la mer

 

  • Au centre, Bard à 34 ans : c'est le jeune général en train de s'opposer, la main ouverte : il explique qu'il faut au contraire tenir les postes pacifiés au lieu de les dégarnir

 

  • Autour de la table : les autres généraux de l'Armée de l'Ouest, avec les cocardes tricolores aux bicornes, qui écoutent

 

  • Sur la table : la grande carte déployée avec "Saumur - Pont de Saumur - Loire", les bougies, les décrets "An II de la République", le sceau "République Française"

 

C'est le moment où Bard obtient que Luçon et Fontenay soient épargnés, comme le rapporte Périot :

"Fontenay fut du nombre des communes conservées, grâce au général Bard, car sans lui cette ville et ses habitants n'existeraient plus."

 

 

 

La réunion historique s'est déroulée précisément à la maison de la Gabielle, située à Doué-la-Fontaine.

 

C'est dans cette demeure, qui servait alors de quartier général ou de point de rassemblement, que le général Louis-Marie Turreau a réuni la majeure partie de son état-major et les chefs de corps républicains (comme Caffin, Cordelier, Grignon ou Moulin) pour leur notifier les ordres de marche précis de ce qui allait devenir les colonnes infernales

 

À Doué-la-Fontaine, l'utilisation de cet ancien bâtiment de l'administration royale (le grenier à sel) par l'état-major républicain en 1794 n'est pas un hasard : après la Révolution (qui avait pourtant aboli la gabelle en 1790), ces grands édifices publics ou d'anciens logis officiels saisis ont très souvent été réutilisés par l'armée républicaine pour y installer leurs quartiers généraux, leurs tribunaux militaires ou leurs dépôts de munitions en raison de leur taille et de leur emplacement stratégique en centre-ville.

 

 

Malgré ses blessures qui lui interdisaient les longs trajets, Bard tint à se rendre à cette convocation. Il était accompagné de Périot, l’adjoint à l’état- major qui, trois mois auparavant, l’avait ramené blessé à Luçon.

 

Turreau indiqua immédiatement ses projets ; ils ne pouvaient être approuvés par des généraux dignes de ce nom ; Bard au premier rang s’éleva contre le plan proposé.

 

A défaut de procès-verbal régulier, la correspondance ultérieure de Bard nous montre assez la nature des objections qu’il souleva.

 

Que n’occupait- on fortement les postes établis dans le pays, au lieu de les dégarnir pour former des colonnes, dont le passage n’aurait d’autre effet que de rallumer la guerre dans des paroisses aujourd’hui pacifiées?

 

La crainte des violences et des incendies n’allait-elle pas ressusciter l’insurrection et lui fournir de nouveaux contingents?

 

 Malgré les réclamations de divers généraux qui connaissaient mieux que lui le pays, Turreau ne voulut rien entendre opposition de Bard eut toutefois ce résultat d’épargner au territoire qu’il commandait la visite des colonnes qu’on allait former.

 

Le commandant de Luçon ne se contenta pas de sauver les populations placées sous sa protection directe, il rendit le même service à Fontenay-le-Peuple, alors chef-lieu du département, et désigné, non moins que Luçon, par son prétendu modérantisme, aux fureurs calculées du général en chef.

 

En agissant ainsi, Bard était mû sans doute par un sentiment d’humanité qui suffit à expliquer sa conduite, mais nous notons en outre que Fontenay avait bien mérité du commandant de Luçon dans une circonstance toute récente.

 

Quatre jours auparavant, « le 25 nivôse, le brave général Bard, qui professait  pour Fontenay une estime dont il lui donna plus tard des preuves, » dit le savant Benjamin Fillon, s’était adressé aux Fontonaisiens pour renforcer le poste de Chantonnay, et la garde nationale, assemblée par le maire Testard, avait aussitôt formé un détachement composé «de grenadiers » aguerris et de «gens aisés, afin que les pères de famille indigents pussent continuer leurs travaux (1) »

 

Ainsi en faisant appel aux populations, au lieu de les molester et de les terroriser, Bard savait obtenir d’elles un concours et un dévouement qu’il invoquait ensuite pour plaider leur cause (2)?

 

 Son heureuse intervention en faveur de Fontenay est relatée ailleurs par le même historien local.

« Fontenay, dit-il, compris dans la proscription générale, allait être livré aux flammes, lorsque Bard prit sa défense et parvint à faire révoquer l’ordre (3). »

 

L’érudition si sûre et si considérablement documentée de Benjamin Fillon suffirait à établir le rôle de Bard dans cette circonstance.

 

Mais une pièce contemporaine des événements, et publiée par Ed. Lockroy, dans son ouvrage intitulé Une Mission en Vendée, fournit un témoignage direct.

 

 

 

 

 

Ce témoignage émane de l’adjoint à l’état-major Périot, et il a été produit un mois après la réunion tenue à Doué.

 Nous le transcrivons intégralement.

« Liberté                                 Egalité

« Armée de l’Ouest. — Rapport.

 

(20 février 1794)

 « Fontenay le Peuple, le 2 ventôse de l’an II de la République française une et indivisible.

 

 « Rapport exact de ce qui s’est passé dans l’assemblée des généraux de l’armée de l’Ouest à Doué près Saumur, où j’ai assisté comme aide de camp du général Bard, commandant la division de Luçon.

 

« Je fais le rapport en vrai républicain, en homme impartial.

 

Je souhaite que le Comité de Salut public de la Convention nationale, à qui je désire qu’il soit envoyé, y trouve des lumières qui ne lui aient pas été transmises.

 

 

(18 janvier 1794)

« Le 29 nivôse dernier, la majeure partie des généraux de l’armée de l’Ouest s’assembla à Doué, sur la convocation du général en chef Turreau, qui arrivait des Pyrénées.

 

« Ce général proposa le plan de tout incendier dans le territoire dit de la Vendée.

 

Différentes réclamations furent faites par des généraux qui avaient fait la guerre avec succès, qui l’avaient terminée, car il ne restait plus que la bande de Charette et celle de la Rochejaquelein dispersées et épuisées.

 

Le général n’entendit rien, lui seul prononça.

« Pour l’effectuation de son plan, il divisa son armée en douze colonnes.

 

« Il fit ensuite la distraction des postes à conserver; ils se bornèrent à huit ou dix pris au hasard sur la carte, avec une légèreté dont il n’y a pas d’exemple.

 

Fontenay fut du nombre des communes conservées, grâce au général Bard, car sans lui cette ville et ses habitants n’existeraient plus.

« Rien n’arrêta le général en chef dans sa détermination.

 

Son secrétaire lui fit une sage réflexion, en lui observant qu’il serait convenable de soumettre le plan au Comité de Salut public, aux représentants du peuple, avant de passer à l’exécution, qu’ils pourraient avoir quelques réflexions à faire.

 

Le général lui répondit que cela serait trop long et ne finirait pas, qu’il suffisait de lui transmettre l’arrêté pris.

 

« J’avais, ainsi que tous les amis de l’humanité, l’espoir que le plan ne pourrait être exécuté, à raison d’une des dispositions qui portait que les blés et fourrages seraient soustraits à l’incendie, à la dévastation, et portés sur les derrières des  signalée par Périot et relative à l’enlèvement des denrées n’eut pas toute l’utilité qu’il en attendait, elle servit cependant de prétexte à quelque-uns des commandants des colonnes pour épargner des villages, où ils déclarèrent que cet colonnes, mais il en a été bien autrement, et le seul bon article du plan n’a été exécuté qu’en partie.

 

« Voilà ce que j’ai vu, ce que j’atteste sur mon honneur.

Signé : Périot.

 

 

 

 

« Pour copie conforme à l’original :

 « Bardebette, G. L. Perreau, député de la Société populaire de Fontenay le Peuple près les représentants Topsen et Guezno à Rochefort et la Société populaire de Rochefort. »

 

Si la disposition enlèvement ne pouvait avoir lieu faute de moyens de transport.

 

La correspondance des officiers employés à cette tris te besogne semble indiquer que certains d’entre eux essayèrent d’en restreindre le plus possible les effets destructeurs. Il est à regretter que d’autres n’aient pas eu les mêmes scrupules, et qu’il s’en soit trouvé quelques-uns pour commettre, sans égards, pour l’humanité, et même sans distinction entre les rebelles et les patriotes, des attentats contre les personnes que n’autorisaient point les décrets les plus rigoureux de la Convention, et que le général en chef se garda bien d’annoncer ou de révéler au gouvernement.

 

 

 

Voici dans quels termes Turreau avait fait connaître les mesures prises par lui. Récrivait, le 19 janvier, au Comité de Salut public:

 

« Je commence l’opération que j'avais projetée avant même d'être général en chef.

 

Douze colonnes, parties de différents points, et embrassant seize lieues de pays, marchant toujours à la même hauteur, et ayant toutes les facilités pour se secourir mutuellement, entrent dans la Vendée et poussent l’ennemi du côté de la mer.

 

Haxo et Dutruy, placés sur les côtes avec des forces suffisantes, les poussent également sur moi, de manière que si les ordres que j’ai donnés sont strictement exécutés, il me paraît impossible qu’ils ne soient pas entièrement cernés.

 

Chaque chef de colonne à son instruction particulière;

 

Tous ont l’ordre d’incendier les villages, métairies, forêts, etc., mesure que j’ai cru indispensable, et que vous mêmes, citoyens représentant, vous avez indiquée dans votre arrêté du mois d’août (vieux style) (4).

 

 

J’ai excepté cependant de l’incendie général quelques villes ou bourgs dont l’existence est absolument nécessaire pour y placer des garnisons. »

 

 

 

Au ministre de la guerre Turreau écrivait le même jour:

 

« Chaque chef de colonne a ordre de fouiller et de brûler les forêts, villages, bourgs et métairies, exceptant cependant les lieux que j’ai considérés comme postes importans, et ceux qui sont indispensables pour établir les communications.

 

Ces douze colonnes occuperont le 8 pluviôse (27 janvier) les postes de la Cuillère, Tallud sur Maine, Pouzauge, la Flocelière, les Epesses, Saint-Laurent, Chollet, le May, Jallais et Sainte-Christine (5). »

 

 

L’exécution étant aussitôt commencée, un contre- ordre du ministre ou du Comité de Salut public ne pouvait plus parvenir en temps utile.

 

Le général Bard était retourné dans son commandement. Il n’avait aucune participation aux mouvements qui s’effectuaient.

 

 Le territoire en avant de Luçon, c’est-à-dire la vallée de la Semagne et celle du Lay avec Chantonnay, se trouvait préservé momentanément. Bientôt le résultat néfaste des opérations de Turreau s’y lit sentir.

 

Des individus chassés de leur demeure dans les autres parties de la Vendée se portèrent de ce côté. Des rassemblements d’insurgés s’y montrèrent de nouveau. La rébellion assoupie pendant un temps, se réveillait brusquement.

 

 

 

 

 

 

A la date du 27 janvier, le jour même où les douze colonnes avaient terminé leur œuvre, nous trouvons dans Savary (t. III, p. 93) la dépêche suivante de Bard au général en chef :

 

« Du 27 = Le général Bard (Chantonnay),

 « L’adjudant general Cortez te fera connaître les postes importans que je fais occuper.

 

Si tu me retires encore six cents hommes, comme tu me le marques, je te préviens que le poste ne sera pas tenable.

 

Les rassemblements grossissent journellement; des volontaires viennent d’être égorgés entre Saint-Fulgent et Saint-Vincent, et je m’attends à chaque minute à être attaqué.

 

 J’ai été obligé d’envoyer trois cents hommes au port de la Claye, poste très important qui a été abandonné par les jeunes gens de la nouvelle levée.

 

Cortez, qui connaît tout ce pays-là, te fera sentir l'importance qu'il y a à conserver les postes établis. Je n’ai que deux mille hommes pour garder sept postes.

 

« J’ai été instruit hier, par le commandant de la Roche-sur- Yon, que les brigands s’étaient emparés d’Aizenay, qui n’était défendu que par des jeunes gens de la nouvelle levée.

 

Le commandant, qui était à Aizenay lorsque les brigands s’y sont présentés, m’annonce à l’instant qu’ils étaient très nombreux et qu’ils ne s’y sont pas arrêtés longtemps. »

 

Pour comprendre la portée de certaines de ces observations, il faut se rappeler que l’utilité des villages comme lieux de garnison était pour eux la plus sûre sauvegarde.

 

En multipliant les postes, Bard prenait des garanties contre les velléités dévastatrices du général en chef.

 

C’est dans la même pensée qu’il avait choisi pour messager l’adjudant-général Cortez. Non seulement celui-ci connaissait bien le pays, mais il était originaire de la région menacée, et il y avait toute sa famille.

 

Né à Bessay entre Sainte-Hermine et Mareuil, jeune, ardent, courageux, Cortez était de ces patriotes vendéens prêts à tous les sacrifices pour le triomphe de la République, mais n’admettant pas que, pour le rétablissement de l’ordre, leur pays eût à subir d’inutiles et coupables violences. Il resta invariable dans ces sentiments jusqu’à la pacification complète (6).

 

 

 

 

Ayant que les protestations de la Vendée patriote ne fussent parvenues au Comité de Salut public, Turreau avait résolu de se débarrasser du général dont la présence à Luçon l’empêchait de porter à son gré le fer et le feu sur les rives du Lay et de la Semagne.

 

 

 

Il se décida à frapper le général Bard.

 

 

Le 24 mars, il signa l’ordre suivant, qui a été souvent reproduit, quelquefois incomplètement.

 

 

« Au quartier général à la Motte-Achard, le 4 germinal, l'an deuxième de la République française, une et indivisible.

 

« Liberté, Fraternité, Egalité ou la Mort.

 

« Turreau, général en chef de l’armée de l’Ouest.

 

« Il est ordonné au général Huché de partir sur le champ pour se rendre à Luçon.

 

Il prendra le commandement de toutes les forces qui s’y trouvent, ainsi que dans les postes adjacents.

 

Il fera enlever, par tous les moyens militaires, les subsistances et fourrages qui se trouvent, sur la droite, depuis Sainte-Hermine jusqu’à Chantonnay; en avant de lui, jusqu’à Saint-Hilaire de Voust, la Chaize-le-Vicomte et Chateau-Guibert; sur la gauche, depuis le Bourg sous la Roche-sur-Yon et le Tablier, jusqu’à la Claye, le tout inclusivement.

 

Toutes les subsistances qui en proviendront seront reversées, ainsi que les bêtes à cornes, sur Luçon.

 

Aussitôt les enlèvements faits, tous les bourgs, villages, hameaux, fours et moulins seront entièrement incendiés sans exception; les habitants seront renvoyés sur Luçon.

 

Bien entendu que ceux qui seront reconnus avoir pris part directement ou indirectement à la révolte de leur pays seront exterminés sur le champ. Il se conformera particulièrement à l’arrêté des représentants du peuple du 2 ventôse, concernant les réfugiés.

 

 Il remettra au général Bard nos ordres portant sa suspension provisoire (7). »

 

 « Le Général en chef de l’armée de l’Ouest, Turreau. »

 

 

 

En même temps qu’il était suspendu, Bard recevait l’ordre de se rendre à Nantes, où se trouveraient réunis le général en chef et les représentants du peuple.

 

 Il répondit à Turreau le 27 mars :

« J’ai reçu l’ordre de me rendre à Nantes, j’obéis et je pars demain. J’irai à petites journées parce que ma santé et mes plaies ne me permettent pas de faire le voyage aussi promptement que je le désirerais (8). »

 

Le général Huché écrivait le même jour au général en chef (9) :

« Je suis arrivé à Luçon le 25 à sept heures du soir, et je me suis empressé de donner des ordres conformes à ceux que j’ai reçus de toi à mon départ (10). —

 

J’ai remis au citoyen Bard sa suspension (11).

 

Il part demain pour Nantes encore convalescent de ses blessures. »

 

Huché indiquait ensuite comment allaient s’exécuter les ordres de destruction.

 

Les mesures prises par le général en chef provoquèrent de toutes parts un sentiment de révolte contre Turreau et son agent.

 

 

 

26 janvier 1794

 

  • Sainte-Christine : Incendiée par la colonne du général  Jean-Baptiste Moulin.
  • Saint-Laurent-de-la-Plaine (nommé Saint-Laurent par Turreau) : Également incendiée ce jour-là par la colonne du général Moulin.
  • Jallais : Atteinte et incendiée par la colonne du général Crouzat.

 

 

27 janvier 1794

  • Les Épesses : Le village ainsi que le château du Puy du Fou à proximité sont incendiés par la colonne du général Boucret.

 

 

 

28 janvier 1794

  • La Flocellière : Atteinte par la colonne du général Grignon qui y commet des massacres et brûle le château.

 

 

 

30 janvier 1794

  • Pouzauges : Les colonnes de Grignon et de Lachenay s'y rejoignent et y déclenchent d'importantes destructions et massacres.

 

 

 

Cas particuliers (Villes-étapes préservées)

 

  • Cholet et Le May : Cholet est occupée dès le 29 janvier par le général Moulin. Ces villes servaient de postes importants et stratégiques (points de ralliement, centres logistiques ou hôpitaux militaires). Selon les termes mêmes de la lettre de Turreau, l'ordre d'incendie exceptait ces centres urbains indispensables pour maintenir les communications de l'armée républicaine.

 

 

La Cuillère (La Caillère) et Tallud-sur-Maine (Tallud-Sainte-Gemme) : Ces villes servaient de points d'arrivée et de rassemblement assignés aux colonnes de la 1ère division (généraux Duval et Prévignaud).

 

Ce sont les campagnes, métairies et bourgs environnants traversés en chemin qui ont été systématiquement incendiés à partir du 23-25 janvier.

 

 

 

Carte Guerre de Vendée et Lieux de Mémoire (Maps et Dates) <==

 

 

 

 

(1). Benjamin Fillon, Recherches historiques et archéologiques sur Fontenay, 1847, tome I, p. 441.

(2). Chapelain, qui s'était occupé d’organiser dans sa localité une force défensive, recevait aussi de Bard des encouragements, dont il se prévalut plus tard. Il dit dans la lettre déjà citée :

 « Le 20 nivôse de l’an deuxième, c’est-à-dire dix-huit jours avant le passage des colonnes, le général Bard m’écrivoit :

 « Il m’est impossible de vous fournir des troupes comme vous paraissez le désirer. Quant à la solde que vous demandez pour votre garde nationale, je ne puis rien décider à cet égard; c’est au département qu’il faut vous adresser, et je ne doute nullement qu’il ne satisfasse à votre demande. Vous pouvez toujours réunir votre monde et faire le service très exactement. Vous pouvez compter que je ferai tout ce qui dépendra de moi pour leur faire avoir la solde, etc. » Donc la garde nationale de mon canton étoit reconnue; ses services la rendoient digne de l’être. Voilà les chouans que je commandois! »

(3). Ouvrage, déjà cité, t. 1, p. 444.

(4). Ce décret, que nous avons reproduit plus haut (p. 20), avait été rendu au plus fort de la guerre, lorsque l’armée catholique-royale comptait environ 120.000 combattants, et que les troupes républicaines venaient d’essuyer des désastres réitérés. Même à ce moment la Convention, qui ne visait que les forêts et les «repaires des rebelles», ordonnait quant aux personnes l'observation des « égards dus à l’humanité. »

(5). Savary, t.III, p.47 à 49.

(6). En avril 1794, son énergique opposition aux excès le faisait arrêter et traduire au tribunal révolutionnaire.

 Un an plus tard, au moment où la République, ayant traité avec Charette, montrait à son égard une condescendance imprévue, Cortez écrivait, le 30 floréal, au représentant du peuple Maignen :

« Charette, toute sa bande et tous les chefs des rebelles sont autant de scélérats (je le signe), « qui trompent tes collègues. Ces scélérats n'attendent que la récolte « pour recommencer les hostilités. Heureusement ils manqueront « de munitions et de vivres. Quant à moi, mon cher ami, j’en perdrai la tête, je ne conçois rien à tout ceci. Entourés d’espions, « d’égoïstes et d'aristocrates qui, sous le masque du patriotisme, « cherchent il nous surprendre, ma seule réponse est celle-cy : La république ou la mort. L’exécution des loix. Protection et respect aux personnes et aux propriétés. » (Arch. hist. de la Guerre, Armée de l’Ouest).

 Cortez fit partie de l’état-major de Travot dans l’armée de Hoche, et Carnot lui adressa, le 6 thermidor an IV, la lettre suivante :

« L’issue heureuse de la guerre civile, qu'alimentaient les ennemis de la France dans l’intérieur de la République, est due en partie à votre zèle et à l’activité avec laquelle vous avez secondé les opérations du général Hoche. Recevez le témoignage de la confiance du Directoire et de la satisfaction que votre conduite active et courageuse lui a fait éprouver. » Chassin, qui publie cette dernière lettre (Vendée patriote, t. III, p. 397), indique que Cortez mourut à Ressay en 1807.

 

 

(7). En supprimant la fin de cet ordre, les écrivains contre-révolutionnaires (V. notamment Wallon, les Représentants du peuple en mission, t. I, p. 167, et Eugène Veuillot, ouvrage déjà cité) laissent ignorer que des généraux patriotes risquaient leur tôle plutôt que de s’associer à de pareilles violences. Le parti de la Révolution apparaît ainsi comme en dehors de l’humanité, pendant que le parti contraire est supposé l’asile de la modération et de la vertu. Il est juste d’ajouter que la prétérition notée par nous n’est pas commise par tous les historiens royalistes. Ce qui est regrettable, c’est qu’elle le soit par des érudits qui ont l’air d'écrire l’histoire avec des documents, et ne peuvent s’empêcher de l'écrire avec des idées préconçues. Certaines thèses historiques ont été ainsi échafaudées à grand renfort de citations fragmentaires savamment combinées. Grâce â ce procédé, on peut faire dire à l’histoire à peu près tout ce qu’on veut.

(8). Savary, t. III, p. 315.

(9). Savary, t. III, p. 314.

(10). Relativement â l’incendie de toute cette partie du pays. (Note de Savary).

(11). Turreau le fit destituer par les représentants du peuple (Note de Savary).

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